Language barrier not a major cause for relief from default

CREC t109-022723-486i/2009Cantonal Court / Civil Appeals ChamberSep 23, 2009Dismissed

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Omnilex summary

B.________ SA appealed a labor court ruling that had rejected its request for relief from a default judgment. The company argued that its representatives did not understand French and therefore misread the hearing notice. The cantonal court held that this was not a major cause under the LJT because the company had been properly informed through a French-speaking intermediary and had to organize its defense accordingly. The appeal was rejected and the default relief denial confirmed. However, the court found that the request for reasons of the default judgment had been filed in time and remitted the matter to the first judge to decide that request.

Omnilex headnote

Art. 45 LJT, interpreted in light of the notion of major cause; relief from default requires a cumulative, non-attributable impediment to appearance and timely inability to notify the president. A party to proceedings in French cannot invoke its own lack of linguistic mastery where it was correctly informed through an auxiliary able to translate and where the ensuing misunderstanding is imputable to its own faulty organization. The court is not required to communicate in the parties' language or verify their understanding; a commercial company litigating in Vaud must take the organizational measures necessary to conduct the case in French (consid. 3). A timely request for reasons of a default judgment must be decided by the first judge (consid. 4).

Full text

806 TRIBUNAL CANTONAL 486/I C H A M B R E D E S R E C O U R S


Arrêt du 23 septembre 2009


Présidence de M. C O L O M B I N I , président Juges:MM. Giroud et Denys Greffier :M. Elsig


Art. 8, 452 al. 1 ter CPC; 45, 46 LJT La Chambre des recours du Tribunal cantonal prend séance pour s’occuper du recours interjeté par B.________ SA, à Lausanne, défenderesse au fond et requérante au relief, contre le jugement incident rendu le 6 août 2009 par la Présidente du Tribunal de prud'hommes de l'arrondissement de Lausanne dans la cause divisant la recourante d’avec X.________, à Carouge, demanderesse au fond et intimée au relief. Délibérant à huis clos, la cour voit :

  • 2 - E n f a i t : A.Par jugement incident du 6 août 2009, la Présidente du Tribunal de prud'hommes de l'arrondissement de Lausanne a rejeté la requête de relief déposée par la défenderesse B.________ SA (I) et rendu le jugement sans frais ni dépens (II). La Chambre des recours fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, dont il ressort ce qui suit : La demanderesse X.________ a ouvert action le 29 juin 2009 contre la défenderesse B.________ SA devant le Tribunal de prud'hommes de l'arrondissement de Lausanne. Par exploit du 30 juin 2009, les parties ont été citées à comparaître à l'audience préliminaire fixée au "mardi vingt et un juillet deux mille neuf à dix-sept heures quarante-cinq" et invitées à envoyer leurs pièces au greffe du tribunal d'ici au "20 juillet 2009". Cet exploit a été notifié à la défenderesse le 1 er juillet 2009. La défenderesse ne s'est pas présentée à l'audience préliminaire du 21 juillet 2009. Par jugement sous forme de dispositif rendu par défaut de la défenderesse le 22 juillet 2009, la Présidente du Tribunal de prud'hommes de l'arrondissement de Lausanne a dit que la défenderesse doit payer à la demanderesse la somme de 3'100 fr. bruts (I), ordonné à la défenderesse de fournir à la demanderesse des certificats de salaires 2007 et 2008 pour les impôts (II), rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (III) et rendu le jugement sans frais ni dépens (IV). Par acte du 29 juillet 2009, mis à la poste le lendemain, la défenderesse a requis le relief et motivé cette requête comme il suit :

  • 3 - "(...) Notre société est un agence de voyage qui recevoir en principe des touristes chinois, les deux personnels qui travaillent dans notre bureau en Suisse ne parlent pas le français. Quand nous avons reçu votre courrier du 30 juin 2009, notre directeur M. D.________ l'a montré à une personne chinoise qui comprend bien le français, et a été informée que l'audience aurait lieu le 21 juillet 2009 à 17h45. Pour cette audience, M. D.________ a préparé un dossier qu'il voulait présenter au juge. Le 21 juillet 2009 après-midi, avant que M. D.________ partait pour l'audience, il a relu votre courrier du 30 juin 2009, comme il ne comprenait pas le français, il a juste compris la date 20 juillet 2009 écrit en chiffre arabe. Et il a cru que l'audience a eu lieu le jour avant. Il a voulu vérifier avec la personne qui comprend bien le français, mais il ne l'a pas trouvé. C'est pourquoi, M. D.________ a raté cette audience." Dans la même écriture, la défenderesse a requis la motivation du jugement du 22 juillet 2009. En droit, la présidente a considéré que le motif invoqué par la défenderesse ne constituait pas une cause d'empêchement majeur. B.B.________ SA a recouru contre ce jugement en concluant implicitement à sa réforme en ce sens que sa requête de relief est admise. E n d r o i t : 1.Selon l'art. 46 al. 1 LJT (loi du 17 mai 1999 sur la juridiction du travail; RSV 173.61), les parties peuvent recourir au Tribunal cantonal contre les jugements du tribunal ou du président. Cela vaut notamment pour le jugement rejetant une requête de relief, qui constitue un jugement principal (Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3ème éd.,

  • 4 - 2002, n. 19 ad art. 444 CPC, p. 662; JT 1988 III 102). Au demeurant, le recours de l'art. 313 CPC (Code de procédure civile du 14 décembre 1966; RSV 270.11) a une portée générale (Poudret/Haldy/Tappy, op. cit., n. 1 ad art. 355 CPC, p. 534 et ad art. 313 CPC, p. 480; JT 1997 III 14: procédure sommaire). Le recours interjeté en temps utile, est ainsi recevable. 2.Saisie d'un recours en réforme contre un jugement principal rendu par un tribunal de prud'hommes ou par son président, la Chambre des recours revoit librement la cause en fait et en droit (art. 452 al. 2 CPC, applicable par renvoi de l'art. 46 al. 2 LJT). Les parties ne peuvent toutefois articuler des faits nouveaux, sous réserve de ceux résultant du dossier et qui auraient dû être retenus ou de ceux pouvant résulter d'une instruction complémentaire selon l'art. 456a CPC (art. 452 al. 1 ter CPC). Ainsi, le Tribunal cantonal revoit la cause en fait et en droit sur la base du dossier, sans réadministration des preuves déjà administrées en première instance. Il développe donc son raisonnement juridique après avoir vérifié la conformité de l'état de fait du jugement aux preuves figurant au dossier et l'avoir, le cas échéant, corrigé ou complété au moyen de celles-ci (JT 2003 III 3). En l'espèce, l'état de fait du jugement est conforme aux pièces du dossier. Il n'y a pas lieu de le compléter ni de procéder à une instruction complémentaire, la cour de céans étant à même de statuer en réforme. 3.La recourante soutient que l'absence de maîtrise de la langue française par ses représentants constitue une cause majeure au sens de l'art. 45 LJT et justifie d'octroyer le relief.

  • 5 - En vertu de l'art. 45 al. 1 LJT, la partie défaillante peut demander le relief si elle a été empêchée de comparaître pour une cause majeure dont elle n'a pas pu informer le président en temps utile. Les conditions pour demander le relief telles que formulées à l'art. 45 al. 1 LJT sont cumulatives. En effet, le législateur a apporté des restrictions à l'exercice du droit au relief, qui ne peut être accordé qu'une fois, afin d'éviter qu'une partie ne prolonge indûment la procédure en ne se présentant pas pour des motifs spécieux (Ducret/Osojnak, in Procédures spéciales vaudoises, n. 1 ad. art. 45 LJT, pp. 312-313). Selon la jurisprudence, la notion de "cause majeure" doit être interprétée de la même manière aux art. 305 al. 2 CPC et 355 CPC (JT 1997 III 14). Il doit en aller de même de l'art. 45 al. 1 LJT. Constitue par exemple une telle cause la maladie non chronique, l'accident, le deuil récent ou le service militaire. S'agissant d'une société commerciale, si l'empêchement de comparaître frappe la personne seule à connaître les faits de la cause, il doit entraîner le renvoi de l'audience et justifier en conséquence l'admission de la demande de relief. Par empêchement de comparaître, on entend par exemple un déplacement à l'étranger pour affaires impossibles à remettre à plus tard; il n'en va pas de même lorsque l'impossibilité de se présenter résulte de la prise de vacances. Il appartient en pareil cas au responsable du dossier de désigner un représentant et de lui donner tous les renseignements nécessaires à la défense des intérêts de la partie (JT 1997 III 14; Ch. rec. du 28 avril 2004 n° 343; Mercier, Le jugement par défaut en procédure civile vaudoise, thèse Lausanne 1974, pp. 146 ss). Le premier juge a relevé qu'il incombait aux parties à un procès de prendre toutes les mesures nécessaires au suivi de leur cause et qu'en particulier la gestion de leur agenda relevait de la responsabilité de chacune d'elles. Il a considéré que dès lors que la recourante avait été informée de la date de l'audience en cause par une personne comprenant bien le français, l'erreur qu'elle avait commise ultérieurement était fautive et lui était entièrement imputable. Au surplus, le premier juge a jugé que l'on pouvait

  • 6 - raisonnablement attendre d'une société ayant son siège à Lausanne, qu'une fois partie à un litige dans le canton de Vaud, elle prenne toutes les dispositions utiles pour être à même d'y faire face en français, langue du procès (art. 8 CPC). Ces considérations, complètes et convaincantes, peuvent être confirmées par adoption de motifs (art. 471 al. 3 CPC). Il y a lieu de relever qu'aucune règle ne contraint le juge à s'exprimer dans la langue particulière des parties ni à s'assurer que celles-ci comprennent le français. Au contraire, l'art. 8 CPC prescrit que la langue du procès est le français. En outre, le représentant de la recourante a été informé correctement de la date de l'audience en cause par une personne connaissant le français. Dans la mesure où la date du 20 juillet 2009 figurant en chiffres arabes dans l'exploit du 30 juin 2009 avait fait naître un doute dans l'esprit du représentant de la recourante et où ledit représentant n'avait pu lever ce doute auprès de la personne qui lui avait traduit l'exploit, il y a lieu de considérer qu'il devait, vu son absence de connaissance de la langue française, se présenter à l'audience à la date et l'heure que lui avait indiqué son auxiliaire. Le fait qu'il ait considéré que l'audience était passée doit au vu de ces éléments lui être imputé à faute, ce qui exclut que l'on puisse considérer l'absence de connaissance de la langue française comme une cause majeure au sens de l'art. 45 al. 1 LJT. Le recours doit être rejeté sur ce point. 4.Dans sa requête du 29 juillet 2009, la recourante a également requis que lui soit communiquée la motivation du jugement par défaut rendu le 22 juillet 2009. Cette demande de motivation est intervenue en temps utile dans le délai de dix jours prescrit par l'art. 117a al. 2 LOJV (loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979, RSV 173.01). Il convient dès lors de renvoyer la cause au premier juge pour qu'il statue sur cette demande.

  • 7 - 5.En conclusion, le recours doit être rejeté en application de l'art. 465 al. 1 CPC et la décision confirmée, la cause étant renvoyée au premier juge pour qu'il statue sur la demande de motivation. La valeur litigieuse ne dépassant pas 30'000 fr., le présent arrêt doit être rendu sans frais (Ducret/Osojnak, op. cit., n. 2 ad art. 10 LJT, p. 257 et références) Par ces motifs, la Chambre des recours du Tribunal cantonal, statuant à huis clos, en application de l'art. 465 al. 1 CPC, p r o n o n c e : I. Le recours est rejeté. II. La décision est confirmée. III. La cause est renvoyée au Président du Tribunal de prud'hommes de Lausanne pour qu'il statue sur la demande de motivation du jugement par défaut, formée par B.________ SA dans sa requête du 29 juillet 2009. IV. L'arrêt est rendu sans frais. V. L'arrêt motivé est exécutoire. Le président : Le greffier :

  • 8 - Du 23 septembre 2009 Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés. Le greffier : Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à : -B.________ SA, -Unia Genève (pour X.________). La Chambre des recours considère que la valeur litigieuse est inférieure à 15'000 francs. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

  • 9 - Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à : -Mme la Présidente du Tribunal de prud'hommes de l'arrondissement de Lausanne. Le greffier :

Keywords

relief from defaultmajor causelanguage barrierlabor proceduretimelinessappealdefault judgment

Extracted by Omnilex

Key legal question

Whether the appellant's lack of French understanding constituted a major cause justifying relief from the default judgment.

Extracted holding

No. The language difficulty was attributable to the appellant's own fault because it had been correctly informed of the hearing date through a French-speaking intermediary and had to take the necessary organizational measures.

Extracted reasoning

Relief under Art. 45 LJT requires a cumulative major impediment and timely inability to inform the president. The court held that a company litigating in Vaud must arrange to handle the case in French; there is no duty for the judge to use the parties' language. Since the appellant had received the information correctly through an auxiliary, any later confusion about the date was imputable to it.

Key legal question

Whether the request for reasoning of the default judgment filed on 29 July 2009 was timely and had to be dealt with by the first judge.

Extracted holding

Yes. The request was made within the ten-day period, so the case had to be sent back to the first judge to rule on the request for motivation.

Extracted reasoning

The court found the request for reasons timely under the applicable procedural deadline and therefore remitted the matter to the president of the labor court to decide it.

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