1007
TRIBUNAL CANTONAL
CO09.014217
73/2012/SNR
C O U R C I V I L E
Jugement incident dans la cause divisant X., à Cologny (GE),
d'avec Y., à Coppet.
Du 5 juin 2012
Présidence de MmeROULEAU, juge instructeur
Greffier :Mme Umulisa Musaby
Statuant immédiatement à huis clos, le juge instructeur
considère :
E n f a i t e t e n d r o i t :
Vu le procès ouvert devant la Cour civile par le demandeur
X.________ à l’encontre du défendeur Y.________, selon demande du 9 avril
2009, dont les conclusions prises avec dépens sont les suivantes :
" I.Y.________ est reconnu débiteur de X.________ est lui doit
immédiat paiement de la somme de € 137'572.40 (cent
trente-sept mille cinq cent septante-deux euros et quarante
centimes), intérêts à 5% l’an en sus, dès le 3 octobre 2006 sur
la somme de € 1'800.- (mille huit cents euros), dès le 15
janvier 2007 sur la somme de € 1'800.- (mille huit cents
euros), dès le 30 mars 2007 sur la somme de € 7'848.- (sept
mille huit cent quarante huit euros), dès le 7 mai 2007 sur la
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somme de € 9'210.- (neuf mille deux cent dix euros), dès le 25
juin 2007 sur la somme de € 9'000.- (neuf mille euros), dès le
1er août 2007 sur la somme de € 11'000.- (onze mille euros),
dès le 14 septembre 2007 sur la somme de € 9'866.40 (neuf
mille huit cent soixante-six euros et quarante centime
d’euros), dès le 3 décembre 2007 sur la somme de € 7'200.-
(sept mille deux cents euros), dès le 25 février 2008 sur la
somme de € 4'749.90 (quatre mille sept cent quarante-neuf
euros et nonante centimes d’euros), dès le 26 mars 2008 sur
la somme de € 10'800.- (dix mille huit cents euros), dès le 6
août 2008 sur la somme de € 11'200.- (onze mille deux cents
euros), dès le 27 octobre 2008 sur la somme de € 7'848.-
(sept mille huit cent quarante-huit euros) et dès le 29 août
2008 sur la somme de € 50'000.- (cinquante mille euros).
II. Y.________ est reconnu débiteur de X.________ est lui doit
immédiat paiement de la somme de USD 8'280.- (huit mille
deux cent huitante dollars américains), intérêts à 5% l’an en
sus, dès le 29 octobre 2007.
III.Y.________ est reconnu débiteur de X.________ est lui doit
immédiat paiement de la somme de Fr. 63'403.90 intérêts à
au moins 5% l’an en sus, dès le 1
er
septembre 2006
correspondant à un salaire annuel moyen à titre de provision
pour la clientèle procurée.
IV. L’opposition faite à la poursuite N° [...] de l’Office des
poursuites et faillites de Nyon-Rolle est définitivement levée,
libre cours étant laissé à ladite poursuite.
V. L’opposition faite à la poursuite N° [...] de l’Office des
poursuites et faillites de Nyon-Rolle est définitivement levée,
libre cours étant laissé à ladite poursuite.
VI. L’opposition faite à la poursuite N° [...] de l’Office des
poursuites et faillites de Nyon-Rolle est définitivement levée,
libre cours étant laissé à ladite poursuite.
VII. X.________ a droit à 10% de tout montant perçu par Y.________
en vertu du contrat d’exclusivité du 10 mai 2004.
VIII.X.________ a droit à 15% de tout montant perçu par Y.________
en vertu du contrat d’édition du 15 octobre 2004.",
vu le jugement incident rendu le 22 décembre 2009 par le juge
instructeur dont le dispositif est le suivant :
"I. La requête incidente déposée le 17 juillet 2009 par le requérant
Y.________ est admise.
II. La cause pendante entre Y.________ et X., selon demande
du 9 avril 2009, est suspendue jusqu’à droit connu sur la
compétence du Tribunal de Grande Instance de Paris dans le
cadre de la procédure ouverte par Y. à l’encontre de
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3 -
X.________ et les sociétés N.________ et M.r, sous
référence [...].
(...).",
vu l'arrêt du 3 août 2010 de la Chambre des recours du
Tribunal cantonal vaudois (ci-après : la Chambre des recours) rejetant le
recours interjeté contre ce jugement par X.,
vu la requête incidente déposée le 23 septembre 2010 par
Y.________ qui a pris, avec suite de frais et dépens, les conclusions
suivantes :
"I.Admettre la requête.
II.Se dessaisir de la demande déposée par Monsieur
X.________ contre Monsieur Y.________ auprès de la Cour
civile du Tribunal cantonal vaudois le 9 avril 2009 en
faveur du Tribunal de Grande Instance de Paris.",
vu l'avis du juge instructeur du 5 octobre 2010, rappelant aux
parties que selon le jugement incident, confirmé par la Chambre des
recours, la cause était suspendue jusqu'à droit connu sur la compétence
du Tribunal de Grande instance de Paris (ci-après : le Tribunal de Grande
Instance), et les informant que l'arrêt du 3 août 2010 avait fait l'objet d'un
recours au Tribunal fédéral de la part de M. X., que dès lors la
cause restait suspendue, si bien que la requête incidente ne serait traitée
que lorsque la reprise de cause aurait été prononcée,
vu le courrier du 8 octobre 2010 du requérant, demandant la
reprise de cause pour le motif que le Tribunal de Grande Instance avait
admis sa compétence et que l'arrêt de la Chambre des recours était
devenu définitif et exécutoire à défaut d'effet suspensif qui serait attaché
au recours en matière civile au Tribunal fédéral,
vu l'avis du juge instructeur du 26 octobre 2010 invitant
l'intimé X. à se déterminer sur la question de la reprise de cause,
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4 -
vu la lettre du 8 novembre 2010 du requérant, informant le
juge instructeur que contrairement à ce qu'il avait soutenu le 8 octobre
écoulé, la compétence du Tribunal de Grande Instance n'était pas
définitivement admise, qu'elle ne le serait pas avant droit connu sur le
pourvoi en cassation interjeté par X., de sorte qu'il adhérait
désormais à la position du juge instructeur et estimait que sa requête
incidente, prématurée, ne pourrait être traitée que lorsque la compétence
du Tribunal de Grande Instance serait définitivement acquise,
vu la détermination du 23 novembre 2010 de l'intimé,
déclarant que "la reprise de cause est, et était dès le début, effectivement
prématurée, la requête incidente en reprise de cause doit, en
conséquence, être rejetée, avec suite de frais et dépens",
vu l'arrêt rendu le 20 décembre 2010 par le Tribunal fédéral,
rejetant le recours de l'intimé,
vu le courrier du juge instructeur du 18 mars 2011 informant
les parties que la cause demeurait suspendue jusqu'à droit connu sur le
pourvoi formé par l'intimé auprès de la Cour de cassation de Paris (ci-
après : la Cour de cassation),
vu le courrier du 16 janvier 2011 (recte : 2012) du requérant,
communiquant au juge instructeur le contenu de l'arrêt rendu le 5 janvier
2012 par la Cour de cassation et requérant la reprise de cause,
vu la reprise de cause ordonnée le 17 janvier 2012 par le juge
instructeur,
vu l'avis du même jour notifiant la requête incidente à l'intimé
X. et lui impartissant un délai au 6 février 2012 pour faire la
déclaration prévue par l'art.148 CPC-VD (Code de procédure civile vaudois
du 14 décembre 1966 dans sa teneur au 31 décembre 2010) ou indiquer
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5 -
les mesures d'instruction demandées, et informant les parties que dit avis
valait interpellation au sens de l'art.149 al. 4 CPC-VD,
vu le courrier du 20 janvier 2012 du requérant, acceptant que
l'audience soit remplacée par un échange d'écritures,
vu le courrier du 27 février 2012, dans le délai prolongé, de
l'intimé déclarant s'opposer aux conclusions incidentes, mais acceptant
que l'audience incidente soit remplacée par un échange d'écritures,
vu l'avis du 28 février 2012 du juge instructeur impartissant un
délai au 14 mars 2012 à la partie requérante et au 29 suivant à la partie
intimée, pour déposer leurs mémoires incidents et les informant qu'à
l'échéance de ce dernier délai, il serait statué sans plus ample instruction
en application de l'art. 149 al. 4 CPC-VD,
vu les mémoires incidents déposés le 14 mars 2012 par le
requérant et le 1
er
juin suivant, dans le délai prolongé, par l'intimé,
vu les pièces au dossier ;
vu les art. 146 ss CPC-VD (applicable par le renvoi de l'art. 404
al. 1 CPC [Code de procédure civile du 19 décembre 2008, RS 272]) ainsi
que les art. 21 et 22 aCL (Convention concernant la compétence judiciaire
et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale conclue à
Lugano le 16 septembre 1988, entrée en vigueur pour la Suisse le 1
er
janvier 1992 [RS 0.275.11], applicable par le renvoi de l'art. 63 ch. 1 de la
Convention de Lugano, révisée le 30 octobre 2007 [CL 2007; RS
0.275.12]);
attendu que le 21 août 2008, Y.________ a déposé par-devant le
Tribunal de Grande instance de Paris une demande en reddition de
comptes et de restitution à l'encontre de X.________ et des sociétés
N.________ et M.________,
-
6 -
que par demande du 9 avril 2009 l'intimé a saisi la Cour civile,
concluant au paiement par le requérant de plusieurs montants à titre
d'honoraires qui lui seraient dus sur la base d'un contrat de mandat signé
le 11 mai 1996 et prévoyant que l'intimé représente le requérant dans sa
carrière d'artiste, contre rémunération égale à 10 % du montant des
sommes à lui revenir à quelque titre que ce soit,
que le juge instructeur de la cour de céans, par jugement
incident du 22 décembre 2009, a suspendu la cause ouverte devant la
Cour civile jusqu'à droit connu sur la compétence du Tribunal de Grande
Instance de Paris,
qu'au pied de sa requête du 23 septembre 2010, le requérant
demande que la Cour civile se dessaisisse de la demande du 9 avril 2009
en faveur du Tribunal de Grande Instance de Paris,
que l'intimé s'y oppose, concluant au maintien de la
suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur le fond dans le cadre de
la procédure française;
attendu que conformément à l'arrêt rendu par le Tribunal
fédéral dans la cause opposant les parties, la Convention de Lugano
(version 1988) s'applique en l'espèce (cf. TF 4A_530/2010 du 20 décembre
2010 c. 2.1),
qu'à teneur de l'art. 21 al. 1 aCL, lorsque des demandes ayant
le même objet et la même cause sont formées entre les mêmes parties
devant des juridictions d'Etats contractants différents, la juridiction saisie
en second lieu sursoit d'office à statuer jusqu'à ce que la compétence du
tribunal premier saisi soit établie,
que selon l'al. 2 de la même disposition, le juge saisi en second
lieu se dessaisit ensuite de la cause en faveur du tribunal premier saisi
lorsque la compétence de celui-ci est établie,
-
7 -
que cela signifie qu'elle a dû être préalablement contestée par
le défendeur ou que le magistrat saisi de la première demande a soulevé
la question de sa propre compétence de son propre chef,
que si le premier juge s'est reconnu compétent ou si, sur
recours, cette compétence a été confirmée, le second juge ne pourra que
se dessaisir purement et simplement,
qu'il ne pourra pas vérifier la compétence de l'autre juridiction,
sous réserve d'une compétence exclusive que la convention attribuerait
au juge saisi en second lieu, étant admis que le premier juge est
certainement le mieux placé pour apprécier sa propre compétence (ATF
123 III 414 c. 7a, JT 1999 I 251; Donzallaz, La convention de Lugano du 16
septembre 1988 concernant la compétence judiciaire et l'exécution des
décisions en matière civile et commerciale, vol. I, n. 1498 p. 564;
Knoepfler/Schweizer/Othenin-Girard, Droit international privé suisse, 3
ème
éd., 2005, n 701a, p. 403; en ce sens également Gaudemet-Tallon, Les
conventions de Bruxelles et de Lugano, 2ème éd., p. 209),
attendu en l'espèce que, dans les considérants de son
jugement du 22 décembre 2009, le juge instructeur a retenu que le
requérant avait ouvert, en premier lieu, action à l'encontre de l'intimé et
les sociétés N.________ et M.________ auprès du Tribunal de Grande
Instance de Paris et que pour sa part, l'intimé avait ouvert, en second lieu,
action à l'encontre du requérant auprès de la Cour civile,
qu'en outre, les prétentions pécuniaires contractuelles de
l'intimé à l'encontre du requérant reposaient sur le même complexe de
faits que celles du requérant à l'égard de l'intimé et des sociétés
N.________ et M.________,
qu'il s'agissait d'un côté d'un trop-perçu de commissions, et de
l'autre de commissions supplémentaires à payer, le tout reposant sur le
-
8 -
contrat de mandat du 11 mai 1996 et sur les accords subséquents qui en
ont découlé,
que les prétentions des parties portaient dès lors sur la
rétrocession de commissions prélevées indûment ou le paiement de
commissions, fondées chacune sur des relations contractuelles identiques,
qu'autrement dit, le sort des deux demandes dépendait d'une
question litigieuse commune, soit la question de la liquidation des rapports
contractuels entre les parties,
que les conditions de l'identité de parties, d'objet et de cause
étaient dès lors réalisées,
que sur recours, la Chambre des recours d'abord, le Tribunal
fédéral ensuite, ont considéré qu'en admettant l'exception de
litispendance et en suspendant le procès, l'art. 21 al. 1 aCL avait été
correctement appliqué,
qu'ils ont confirmé le jugement incident, qui est dès lors
devenu définitif et exécutoire,
que le juge de céans ne saurait revenir sur la réalisation des
conditions de la litispendance, sur lesquelles le Tribunal fédéral s'est
exprimé de manière suffisamment claire (c. 2),
qu'il les considère dès lors comme remplies,
que c'est en vain que l'intimé tente de remettre en cause la
condition de l'identité de cause et d'objet, en arguant qu'au-delà de la
connexité toute générale en dissolution de rapports contractuels, il
faudrait encore distinguer l'action en enrichissement illégitime et celle en
reddition de comptes, de celle en paiement des honoraires qui fait l'objet
de la procédure suisse,
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9 -
que l'intimé avait déjà soumis cet argument à la Chambre des
recours et au Tribunal fédéral, qui l'ont tous deux considéré comme
infondé,
que, comme déjà exposé, le procès ouvert devant la cour de
céans, en second lieu, a été suspendu dans l'attente d'une décision
établissant la compétence du Tribunal de Grande Instance de Paris,
que le 5 janvier 2012, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi
formé par l'intimé, confirmant ainsi que le Tribunal de Grande Instance de
Paris était compétent pour statuer sur les conclusions prises par le
requérant,
que cet arrêt est venu entériner la décision rendue par la Cour
d'appel de Paris, confirmant l'ordonnance du juge de la mise en état, qui
avait rejeté l'exception d'incompétence du Tribunal de Grande Instance de
Paris soulevée par l'intimé,
que tant devant la Cour de cassation que devant la Cour
d'appel, l'intimé avait avancé que ce serait sa consorité avec les sociétés
défenderesses précitées en France qui aurait permis qu'il soit actionné
dans ce pays, alors que cette consorité ne serait pas établie,
que la Cour de cassation a fait sien le motif de la cour d'appel,
qui avait considéré que "les demandes présentées contre les trois
défendeurs s'inscrivant dans une même situation de fait et de droit
devaient être jugées ensemble, afin d'éviter que des solutions
inconciliables soient adoptées",
qu'il en résulte que la question de la compétence du premier
juge saisi a été examinée et qu'elle est établie,
que le juge de céans, dont le pouvoir d'examen est à cet égard
restreint, ne saurait revoir la compétence du premier juge saisi, aucune
-
10 -
compétence exclusive qui lui serait attribuée n'étant ni établie, ni même
évoquée,
que c'est dès lors en vain que l'intimé soutient que la
compétence du juge français l'éloigne de son réel domicile qui serait en
Suisse, tout en reposant sur une consorité fictive,
qu'au vu de ce qui précède, les conditions d'un
dessaisissement sont remplies ;
attendu qu'il reste à se demander dans quelle mesure le
dessaisissement doit être ordonné, l'intimé soutenant encore qu'il n'est
pas certain que la juridiction française examinera la totalité des
prétentions formulées dans la demande du 9 avril 2009,
que l'art. 21 aCL ne traite pas la question du dessaisissement
partiel,
que, pour la doctrine, lorsque l'identité d'objet et de cause
n'est que partielle, notamment face à une pluralité de conclusions dont
seules certaines sont formulées dans les deux procès, le juge saisi en
second lieu n'aura que l'obligation de se dessaisir pro parte de l'instance,
tout en restant compétent pour les conclusions non concernées par le
premier procès, mais qu'en ce cas, sur demande de l'une des parties, le
second juge pourra se dessaisir de la cause au bénéfice du premier
magistrat, en application de l'art. 22 al. 2 aCL traitant de la jonction
d'affaires connexes (Donzallaz, op. cit., n. 1445 ; Dasser, Kommentar zum
Lugano-Übereinkommen, n. 18 ad art. 21 CL),
qu'en l'espèce, le Tribunal fédéral, analysant la condition de
l'identité d'objet, est arrivé à la conclusion que l'action déposée en France
a un objet plus large, mais qui englobe également les prétentions que
l'intimé voudrait faire valoir isolément en Suisse,
-
11 -
qu'il a ajouté qu'il n'était certes pas exclu d'imaginer, au moins
sur le plan théorique, que les conclusions prises en Suisse portent sur des
faits (par exemple une publication ou une représentation déterminée) et
des montants (les honoraires qui en découlent) qui ne sont pas inclus dans
les conclusions telles qu'elles ont été prises devant le tribunal parisien,
que l'intimé ne démontre cependant pas quelles créances ne
seraient pas concernées par le procès en France,
qu'on doit dès lors admettre qu'a priori toutes les prétentions
formulées dans la demande du 9 avril 2009 sont comprises dans l'action
en reddition de comptes et en restitution ouverte à Paris,
que selon l'art. 101 du Code de procédure civile français, s'il
existe entre des affaires portées devant deux juridictions distinctes un lien
tel qu'il soit de l'intérêt d'une bonne justice de les faire instruire et juger
ensemble, il peut être demandé à l'une de ces juridictions de se dessaisir
et de renvoyer en l'état la connaissance de l'affaire à l'autre juridiction,
que contrairement aux craintes de l'intimé, rien ne laisse
présager que le Tribunal de Grande Instance de Paris serait incompétent
pour l'une ou l'autre des conclusions de l'intimé,
qu'on ne saurait envisager que la procédure suive son cours ou
soit suspendue pour une partie des conclusions, qui n'est pas déterminée,
qu'au vu de ce qui précède, il se justifie de se dessaisir de la
demande du 9 avril 2009 dans sa totalité,
qu'ainsi les conclusions incidentes du requérant doivent être
admises et celles de l'intimé rejetées ;
attendu que les frais de justice sont arrêtés à 1'250 fr. à la
charge du demandeur et à 1'800 fr. pour le défendeur (art. 4 al. 1, 155,
159, 169 et 170a al. 1 du tarif du 4 décembre 1984 des frais judiciaires en
-
12 -
matière civile, applicable par renvoi de l'art. 99 al. 1 TFJC [Tarif des frais
judiciaires civils du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]),
que les dépens sont alloués à la partie qui a obtenu
l'adjudication de ses conclusions (art. 92 al. 1 CPC-VD),
que ceux-ci comprennent principalement les frais de justice,
les honoraires et les débours d'avocat (art. 91 let. a et c CPC-VD),
que les honoraires d'avocat sont fixés selon le tarif du 17 juin
1986 des honoraires d'avocats dus à titre de dépens (art. 2 al. 1 ch. 10 de
ce tarif, applicable par renvoi de l'art. 26 al. 2 TDC [Tarif des dépens en
matière civile]; RSV 270.11.6),
que le requérant qui obtient gain de cause a droit à des
dépens, qu'il convient d'arrêter à 2'300 fr., soit 500 fr. pour les honoraires
de son conseil et 1'800 francs en remboursement de ses frais de justice.
Par ces motifs,
le juge instructeur,
statuant à huis clos
et par voie incidente,
p r o n o n c e :
I.La requête en dessaisissement déposée le 23 septembre
2010 par Y.________ est admise.
II.La Cour civile se dessaisit de la cause pendante entre
X.________ et Y., ouverte selon demande du
9 avril 2009.
III.Les frais de justice sont arrêtés à 1'250 fr. (mille deux
cent cinquante francs) pour le demandeur X. et à
- 13 -
1'800 fr. (mille huit cents francs) pour le défendeur
Y..
IV.Le demandeur X. versera au défendeur
Y.________ le montant de 2'300 fr. (deux mille trois cents
francs) à titre de dépens.
Le juge instructeur : Le greffier :
S. RouleauE. Umulisa Musaby
Du
Le jugement qui précède, dont le dispositif a été expédié pour
notification le 12 juin 2012, lu et approuvé à huis clos, est notifié, par
l'envoi de photocopies aux conseils des parties.
Les parties peuvent faire appel auprès de la Cour d'appel civile
du Tribunal cantonal dans les trente jours dès la notification de la présente
décision en déposant un appel motivé, en deux exemplaires. La décision
qui fait l'objet de l'appel doit être jointe au dossier.
Le greffier :
E. Umulisa Musaby