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TRIBUNAL CANTONAL
AI 225/09 - 413/2009
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. J O M I N I
Juges:MM. Perdrix et Gasser, assesseurs
Greffier :M. Greuter
Cause pendante entre :
Q.________, à Renens, recourant,
et
OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITÉ POUR LE CANTON DE VAUD, à
Vevey, intimé.
Art. 87 RAI
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E n f a i t :
A.Q.________ (ci-après l'assuré), né en 1957, sans emploi depuis
de nombreuses années, a demandé à plusieurs reprises depuis 1998 des
prestations de l'assurance-invalidité. Après un refus initial de l'Office de
l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud (ci-après: l'OAI), confirmé par
un jugement du Tribunal des assurances du 12 mai 2000, d'autres refus
ont été prononcés parce qu'une aggravation de l'état de santé n'avait pas
été établie. Ainsi notamment, dans une décision sur opposition du 8 février
2007, l'OAl a d'abord considéré que les derniers renseignements médicaux
obtenus n'apportaient pas d'éléments objectifs permettant d'admettre une
aggravation de l'état de santé, puis a constaté qu'il fallait retenir une
capacité de travail exigible de 80% aussi bien dans l'activité habituelle
d'ouvrier d'usine que dans une activité adaptée aux limitations
fonctionnelles. Cette décision sur opposition n'a pas fait l'objet d'un
recours au Tribunal des assurances.
B.Le 22 octobre 2008, l'assuré a adressé à l'OAI une demande de
prestations Al (demande de révision). Le 29 octobre 2008, l'OAl lui a
répondu qu'il traiterait cet acte comme une nouvelle demande au sens des
art. 17 LPGA (loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit
des assurances sociales; RS 830.1) et 87 ss RAI (règlement du 17 janvier
1961 sur l'assurance-invalidité; RS 831.201). Il a fixé à l'assuré un délai
pour produire un rapport médical détaillé.
Le 24 novembre 2008, Q.________ a remis à l'OAl un certificat
médical de son médecin, le Dr T., endocrinologue à Lausanne,
attestant qu'il présentait toujours un diabète de type Il insulino-requérant
se compliquant essentiellement d'une rétinopathie proliférante qui a
progressé. Ce médecin proposait de se référer, sur le plan
ophtalmologique, à l'avis du Dr W. ou de la Dresse D..
L'OAl a dès lors demandé un rapport médical – selon la formule
usuelle – au Dr W., ophtalmologue à Lausanne. Le Dr W.________ a
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rendu son rapport le 2 février 2009, en mentionnant le même diagnostic
que le Dr T.________ et en indiquant, comme pronostic, une "stabilisation
de l'état actuel possible". Il a joint la copie d'un avis écrit qu'il avait donné
le 24 novembre 2008 à la Dresse D., ophtalmologue à Renens, où
il évoquait "une rétinopathie diabétique ischémique encore proliférative
malgré les précédentes séances de pan-photocoagulation". Il proposait un
traitement complémentaire (complément laser sous anesthésie).
Un collaborateur de l'OAI s'est entretenu le 3 février 2009 avec
le cabinet de la Dresse D., qui a indiqué ne pas avoir
d'informations médicales à fournir, l'assuré n'étant plus suivi par ce
médecin. L'OAI a renoncé à demander un rapport.
Le Dr N.________ du Service médical régional de l'Al (SMR) a
rédigé un avis médical le 20 février 2009, qui retient en conclusion que la
rétinopathie proliférante est connue chez cet assuré depuis 1999, que la
nécessité d'un traitement au laser n'impliquait que l'affection ait des
répercussions sur la capacité de travail et qu'il n'y avait donc pas de fait
nouveau.
C.L'OAI a adressé le 24 février 2009 à Q.________ un projet de
décision (préavis) dans le sens d'un refus d'entrer en matière sur la
dernière demande de prestations Al. La motivation est in extenso la
suivante:
"Votre précédente demande de prestations avait été rejetée par
décision sur opposition du 8 février 2007. Un nouvel examen ne
pourrait être envisagé que si vous rendez plausible que l'état de fait
s'est modifié après cette date et qu'il est désormais susceptible de
changer votre droit aux prestations. Avec votre nouvelle demande,
vous n'avez pas rendu vraisemblable que les conditions de fait
s'étaient modifiées de manière essentielle. C'est pourquoi une autre
appréciation d'un état de fait demeuré inchangé n'est pas possible".
Q.________ n'a pas formulé d'observations ni d'objections. Le
6 avril 2009, l'OAl a rendu une décision de refus d'entrée en matière en
reprenant la motivation de son préavis.
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D.Le 4 mai 2009, Q.________ a écrit à la Cour de céans en se
plaignant du refus des prestations Al. Il a été invité à compléter son acte,
avec l'avis prescrit à l'art. 61 let. b LPGA. Il a déposé une écriture
complémentaire le 27 mai 2009, où il allègue que son état de santé ne
s'arrange pas (diabète), que sa vue se dégrade, qu'il n'est pas apte à
travailler et qu'il s'estime en droit d'obtenir des prestations (mesures
professionnelles et rente).
L'OAl a déposé sa réponse le 5 octobre 2009, qui comporte le
passage suivant:
"En l'occurrence, nous constatons que nous avons sollicité du Dr
W.________ un rapport médical dans le cadre de la demande de
prestations de l'assurance-invalidité déposée le 27 octobre 2008 par
l'assuré. Dès lors, nous sommes entrés en matière sur la demande
de prestations précitée du recourant et c'est, par conséquent, à tort
que nous avons notifié à l'intéressé une décision de refus d'entrer en
matière.
Cependant, nous constatons qu'il ne ressort pas du rapport médical
établi par le Dr W.________ des éléments médicaux nouveaux (cf.
avis médical du SMR du 20 février 2009). Aussi, nous estimons qu'il
convient de considérer la décision de refus d'entrer en matière
comme une décision de refus de rente d'invalidité."
Cette réponse a été communiquée au recourant avec un délai
de déterminations. Celui-ci n'a pas déposé de nouvelle écriture.
E n d r o i t :
1.a) Les dispositions de la loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la
partie générale du droit des assurances sociales (LPGA; RS 830.1)
s'appliquent à l'AI (art. 1 LAI [loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-
invalidité; RS 831.20]). Les décisions sur opposition et celles contre
lesquelles la voie de l'opposition n'est pas ouverte – ce qui est le cas des
décisions en matière d'assurance-invalidité (cf. art. 57a LAI) – sont sujettes
à recours auprès du tribunal des assurances compétent (art. 58 LPGA). Le
recours doit être déposé dans les trente jours suivant la notification de la
décision sujette à recours (art. 60 al. 1 LPGA), compte tenu des féries (cf.
art. 38 al. 4 let. a LPGA).
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La loi cantonale vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure
administrative (LPA-VD; RSV 173.36) s'applique aux recours et
contestations par voie d'action dans le domaine des assurances sociales
(art. 2 al. 1 let. c LPA-VD). La Cour des assurances sociales du Tribunal
cantonal est compétente pour statuer (art. 93 al. 1 let. a LPA-VD).
b) En l'espèce, la première écriture, équivalant à une
déclaration de recours, a été déposée en temps utile. Complété dans le
délai supplémentaire fixé conformément à l'art. 61 let. b LPGA et
comportant implicitement des conclusions tendant à l'annulation de la
décision attaquée puis au renvoi de l'affaire à l'OAl pour qu'il alloue des
prestations, le recours satisfait aux conditions légales de recevabilité, de
sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière.
2.La contestation porte sur la question de l'aggravation de l'état
de santé du recourant après que des prestations Al lui avaient déjà été
refusées. On comprend, sur la base du dossier, que la prestation
demandée est une rente et non pas des mesures professionnelles, le
recourant s'estimant incapable de travailler.
a) La décision attaquée est, d'après son intitulé et sa
motivation, une décision de non-entrée en matière fondée sur l'art. 87 RAI
(règlement du 17 janvier 1961 sur l'assurance-invalidité; RS 831.201). En
vertu de l'aI. 4 de cette disposition, lorsqu'une rente a été refusée parce
que le degré d'invalidité était insuffisant, une nouvelle demande ne peut
être examinée que si les conditions prévues à l'art. 87 al. 3 RAI sont
remplies. Cela signifie que la nouvelle demande doit établir de façon
plausible que l'invalidité s'est modifiée de manière à influencer les droits
de l'assuré. En d'autres termes, le fardeau de la preuve (ou de la
démonstration du caractère plausible) est à la charge de l'assuré. Ainsi, il
n'incombe pas dans cette situation à l'OAI, ni du reste au Tribunal
cantonal, d'examiner d'office, en requérant des avis médicaux, si l'état de
santé s'est aggravé. II faut d'autant plus exiger de l'assuré qu'il rende
plausible cette modification ou aggravation lorsqu'il présente sa nouvelle
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demande peu après l'entrée en force de la décision de refus de prestations
(ATF 130 V 64). L'art. 87 al. 4 RAI a pour but de permettre à
l'administration qui a précédemment rendu une décision de refus de
prestations, d'écarter sans plus ample examen de nouvelles demandes
dans lesquelles l'assuré se borne à répéter les mêmes arguments, sans
alléguer une modification des faits pertinents (cf. ATF 133 V 108, consid.
4.2; TFA I 597/05 du 8 janvier 2007, consid. 2).
b) Il n'y a pas lieu d'examiner si la demande de prestations
signée le 22 octobre 2008 – et enregistrée le 27 octobre suivant à l'OAI –,
avec le certificat médical du Dr T., aurait justifié une non-entrée en
matière, parce qu'elle ne permettait pas d'établir de façon plausible que
l'invalidité s'était modifiée de manière à influencer les droits de l'assuré.
L'OAI a en effet relevé, dans sa réponse au recours, qu'il avait lui-même
complété l'instruction sur le plan médical et donc qu'il était en réalité
entré en matière.
c) La seule question à trancher est celle de savoir si, sur la
base des éléments allégués par le recourant et des résultats de
l'instruction complémentaire (rapport du Dr W. et avis du SMR), il
faut retenir une aggravation de l'incapacité de gain et donc une nouvelle
décision sur le droit aux prestations (cf. cas de révision de l'art. 88a aI. 2
RAI). Lorsque l'OAI a communiqué son préavis puis a rendu la décision
attaquée, il ressortait suffisamment clairement du dossier que l'état de
santé du recourant n'avait pas subi d'aggravation significative. Les avis
médicaux obtenus ne sont pas équivoques à ce propos. Les propres
déclarations du recourant ne sont à l'évidence pas concluantes. Un refus
de prestations AI est, dans ces conditions, conforme au droit fédéral du
point de vue matériel.
En se fondant sur des arguments d'ordre formel dans sa
décision – le fait que l'assuré n'avait pas rendu plausible une aggravation –
, l'OAl a néanmoins exposé que la procédure se rapportait à
“l'appréciation d'un état de fait demeuré inchangé”. On pourrait
éventuellement comprendre cette motivation dans le sens que, de toute
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manière, l'absence d'évolution ne justifiait pas une nouvelle décision ou
une révision.
Quoi qu'il en soit, le mauvais intitulé de la décision attaquée
(refus d'entrer en matière) n'a pas empêché le recourant de la contester
devant la juridiction cantonale en faisant valoir des arguments de fond.
L'OAI s'est exprimé sur l'aggravation dans sa réponse (en proposant une
substitution de motifs). La possibilité a été donnée au recourant d'exercer
son droit d'être entendu et il a renoncé à se déterminer. Dans cette
situation, la Cour de céans peut rejeter le recours pour de motifs de fond
sans que des garanties de procédure aient été violées.
Il s'ensuit que le recours, mal fondé, doit être rejeté et la
décision entreprise confirmée.
3.Le recourant, qui succombe, doit supporter les frais de justice,
arrêtés à 400 fr. (art. 69 al. 1bis LAI; 49 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer
des dépens (art. 61 let. g LPGA; 55 LPA-VD).
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est rejeté.
II. La décision attaquée est confirmée.
III. Les frais judiciaires, arrêtés à 400 fr. (quatre cents francs),
sont mis à la charge du recourant Q.________.
IV. Il n'est pas alloué de dépens.
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Le président :Le greffier:
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à:
-Q.________,
-Office de l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud,
-Office fédéral des assurances sociales,
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17
juin 2005 sur le Tribunal fédéral; RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai 6, 6004
Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).
Le greffier: