Composition : M. W I N Z A P , président
Greffière:MmeCattin
Parties à la présente cause :
C.________, prévenu, représenté par Me Robert Fox, défenseur de choix à
Lausanne, appelant,
et
Ministère public, représenté par le Procureur du Ministère public de
l’arrondissement de Lausanne, intimé.
-
2 -
Le Président de la Cour d’appel pénale prend séance à huis
clos pour statuer sur l’appel formé par C.________ contre le jugement rendu
le 24 janvier 2017 par le Tribunal de police de l’arrondissement de
Lausanne dans la cause le concernant.
Il considère :
E n f a i t :
A.Par jugement du 24 janvier 2017, le Tribunal de police de
l’arrondissement de Lausanne a notamment constaté que C.________ s’est
rendu coupable de contravention à la Loi fédérale sur les étrangers (IV), l’a
condamné à une amende de 1'000 fr. et dit qu’à défaut de paiement de
l’amende, la peine privative de liberté de substitution sera de 10 jours (V),
et a mis une partie des frais de justice par 1'699 fr. 50 à sa charge (VI).
B.Le 26 janvier 2017, C.________ a annoncé faire appel de ce
jugement. Par déclaration motivée du 6 mars 2017, il a conclu
principalement à son annulation et au renvoi de la cause à l’autorité de
première instance pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
Subsidiairement, il a conclu à son acquittement, les frais étant laissés à la
charge de l’Etat.
Par avis du 18 avril 2017, le président de la cour de céans a
informé C.________ que le jugement attaqué ne portait que sur une
contravention, de la compétence d’un juge unique, susceptible d’une
procédure écrite. Il lui a dès lors demandé de donner son accord, auquel
cas un délai serait fixé pour compléter, s’il le souhaitait, sa déclaration
d’appel.
Le 27 avril 2017, le Ministère public a indiqué qu’il ne se
présenterait pas à l’audience agendée au 18 mai 2017 si elle devait être
-
3 -
maintenue et a conclu au rejet de l’appel, se référant entièrement aux
considérants du jugement attaqué.
Le 28 avril 2017, le président a imparti à C.________ un délai au
9 mai 2017 pour lui faire savoir s’il consentait à une procédure écrite.
Le 9 mai 2017, l’appelant a consenti à ce que l’appel soit traité
en procédure écrite et a sollicité la fixation d’un délai pour compléter sa
déclaration d’appel.
Par avis du 12 mai 2017, le président a confirmé que l’appel
serait traité en procédure écrite et a annulé l’audience fixée au 18 mai
1.1Interjeté dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP [Code
de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]) par une partie
ayant qualité pour recourir contre un jugement du tribunal de première
instance ayant clos la procédure, l’appel est recevable.
1.2S'agissant d'un appel dirigé contre une contravention, la
procédure écrite est applicable (art. 406 al. 1 let. c CPP) et la cause ressort
de la compétence d'un juge unique (art. 14 al. 3 LVCPP [Loi vaudoise
2.1Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un
plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2).
L’appel peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus
du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (al. 3 let.
a), pour constatation incomplète ou erronée des faits (al. 3 let. b) et pour
inopportunité (al. 3 let. c).
L'appel doit permettre un nouvel examen au fond par la
juridiction d'appel. Celle-ci ne doit pas se borner à rechercher les erreurs
du juge précédent et à critiquer le jugement de ce dernier ; elle doit tenir
ses propres débats et prendre sa décision sous sa responsabilité et selon
sa libre conviction, qui doit reposer sur le dossier et sa propre
administration des preuves. L'appel tend à la répétition de l'examen des
faits et au prononcé d'un nouveau jugement (Eugster, in : Niggli/
Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, 2
e
éd., Bâle 2014, n. 1
ad art. 398 CPP). L'immédiateté des preuves ne s'impose toutefois pas en
instance d'appel. Selon l'art. 389 al. 1 CPP, la procédure d'appel se fonde
sur les preuves administrées pendant la procédure préliminaire et la
procédure de première instance. La juridiction d'appel administre, d'office
ou à la demande d'une partie, les preuves complémentaires nécessaires
au traitement de l’appel (art. 389 al. 3 CPP ; TF 6B_78/2012 du 27 août
2012).
2.2L’art. 398 al. 4 CPP prévoit que lorsque seules des
contraventions ont fait l’objet de la procédure de première instance,
l’appel ne peut être formé que pour le grief que le jugement est
juridiquement erroné ou que l’état de fait a été établi de manière
manifestement inexacte ou en violation du droit. Aucune nouvelle
allégation ou preuve ne peut être produite.
-
6 -
2.3C.________ a été condamné par le Tribunal de police de
l’arrondissement de Lausanne pour contravention à la Loi fédérale sur les
étrangers. Toutefois, selon l’acte d’accusation rendu le 27 juillet 2016 par
le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne, l’appelant a été
renvoyé devant les premiers juges pour l’infraction d’emploi d’étrangers
sans autorisation, à savoir un délit. Dans ces circonstances, le pouvoir de
cognition du juge sera complet (art. 398 al. 4 CPP a contrario).
3.L’appelant invoque une constatation erronée des faits et une
violation de l'art. 117 al. 3 LEtr (Loi fédérale sur les étrangers du 16
décembre 2005 ; RS 142.20). Il conteste avoir eu un quelconque contact
avec G.________ et lui avoir prêté les trois ouvriers étrangers contrôlés par
le Service de l’emploi. Il fait valoir qu’un lien direct entre le document qu’il
aurait signé et l’engagement des trois ouvriers ne pourrait être établi.
3.1
3.1.1A teneur de l'art. 10 CPP, toute personne est présumée
innocente tant qu'elle n'est pas condamnée par un jugement entré en
force (al. 1). Le tribunal apprécie librement les preuves recueillies selon
l'intime conviction qu'il retire de l'ensemble de la procédure (al. 2).
Lorsque subsistent des doutes insurmontables quant aux éléments
factuels justifiant une condamnation, le tribunal se fonde sur l'état de fait
le plus favorable au prévenu (al. 3).
3.1.2D'après l'art. 117 LEtr, quiconque, intentionnellement, emploie
un étranger qui n'est pas autorisé à exercer une activité lucrative en
Suisse ou a recours, en Suisse, à une prestation de services
transfrontaliers d'une personne qui n'a pas l'autorisation requise est puni
d'une peine privative de liberté d'un an au plus ou d'une peine pécuniaire.
Dans les cas graves, la peine sera une peine privative de liberté de trois
ans au plus ou une peine pécuniaire. En cas de peine privative de liberté,
une peine pécuniaire est également prononcée (al. 1). Quiconque, ayant
fait l'objet d'une condamnation exécutoire en vertu de l'alinéa 1,
-
7 -
contrevient de nouveau, dans les cinq années suivantes, à l'al. 1, est puni
d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine
pécuniaire. En cas de peine privative de liberté, une peine pécuniaire est
également prononcée (al. 2). Si l'auteur agit par négligence, il est puni
d'une amende de 20'000 francs au plus (al. 3)
3.2En l’espèce, il n’est pas contesté que l’appelant a été mandaté
par R.________ pour constituer la société W.Sàrl pour laquelle il a
fonctionné comme associé-gérant avec signature individuelle du 19 janvier
au 14 avril 2015. Dans ce cadre, R. gérait les chantiers et
s’occupait du recrutement alors que l’appelant s’occupait de la gestion
administrative, notamment de l’établissement des contrats de travail
(jugt., p. 11). Le premier juge a retenu que l’appelant avait établi et signé
le contrat de régie qui a servi au prêt de F., T. et
M., ouvriers ne possédant pas de permis de séjours valables. Il a
en particulier acquis sa conviction sur les déclarations de G.,
également impliqué dans cette affaire. Aux débats de première instance,
tout comme durant l’enquête, ce dernier a expliqué avoir contacté
R.________ car il avait besoin de trois ouvriers pour terminer un chantier.
R.________ lui a indiqué être en mesure de lui prêter les ouvriers
demandés, les formalités administratives devant être accomplies par
C.. Il se souvient ainsi que c’est ce dernier qui a établi le contrat
de régie qu’ils ont signé tous les deux (jugt., pp. 7 s.). G. a ajouté
qu’avant d’être contacté par le contrôleur du Service de l’emploi, il n’avait
jamais vu les trois ouvriers prêtés par la société W.Sàrl, ceux-ci
devant être envoyés directement sur le chantier (PV aud. 3, pp. 3 s.).
Deux contrats de régie figurent au dossier. Le premier, non
daté, a été produit par le Service de l’emploi à l’appui de sa plainte du 8
juillet 2015 (P. 5/14) et le second, daté du 16 mars 2015, a été produit par
l’appelant le 4 octobre 2016 (P. 29). Hormis la date manuscrite du 16 mars
2015, ces contrats sont en tous points similaires et on peut en déduire
qu’il s’agit du même exemplaire, ce qu’admet d’ailleurs l’appelant.
G. a déclaré à cet égard que c’était le seul contrat qu’il avait signé
avec l’appelant et qu’il avait toujours lié ce contrat aux trois ouvriers qui
-
8 -
avaient travaillé sur son chantier. Le fait que le contrat de régie porte la
signature de C.________ et de G.________ corroborent les propos de ce
dernier (cf. P. 5/14 et P. 29). Les dénégations de l’appelant sur le fait qu’il
n’aurait eu aucun contact avec G.________ ne sont donc pas crédibles et
c’est en vain que l’appelant plaide qu’il n’est pas possible de lier ce
contrat aux trois ouvriers contrôlés par le Service de l’emploi. Certes, ce
contrat n’est pas nominatif. Cela tend plutôt à prouver l’absence de
contrôle auquel l’appelant devait se livrer avant de prêter ces trois
ouvriers recrutés par son associé, d’autant plus que tous les protagonistes
lient le contrat de régie à l’engagement des ouvriers et que c’est
l’appelant lui-même qui est l’auteur de ce contrat. L’appelant fait encore
valoir que la date d’engagement, soit le 16 mars 2015, ne coïncide pas
avec les déclarations des ouvriers faites au Service de l’emploi. Cela
s’explique toutefois par le fait que F., T. et M.________ ont
minimisé leur implication dans le chantier dirigé par G.________ lorsqu’ils
ont été contrôlés le 30 mars 2015 afin de diminuer leur propre
responsabilité et, partant, la sanction à laquelle ils s’exposaient. De plus,
lors de son audition du 4 mai 2016, G.________ a expliqué avoir téléphoné
quelques jours après la signature du contrat de régie à R.________ car il
avait besoin des ouvriers et que ce dernier l’avait renvoyé auprès de
C., lequel lui avait confirmé que les ouvriers allaient être envoyés
sur son chantier (PV aud. 3, p. 2).
Ainsi, à l’instar du premier juge, la version de G.,
constante et corroborée par le contrat de régie présent au dossier, doit
être préférée à celle de l’appelant. Le Tribunal de police n’a dès lors
procédé à aucune constatation erronée des faits.
3.3Selon la répartition des tâches voulue par R.________ et
l’appelant au sein de la société W.________Sàrl, ce dernier était en charge
de finaliser l’engagement des trois ouvriers. Il avait déjà établi des
contrats de travail au nom de W.Sàrl (jugt., p. 5) et connaissait par
conséquent les exigences imposées par la législation sur les étrangers. En
sa qualité d’associé-gérant, il appartenait donc à l’appelant de vérifier que
les trois ouvriers qui allaient travailler sur le chantier de G. et qui
-
9 -
avaient été recrutés par R.________ disposaient de permis de séjour
valables, ce qu’il n’a pas fait. En signant le contrat de régie sans autres
vérifications, l’appelant n’a pas fait preuve de toute la diligence requise,
ce qui pouvait d’autant plus être attendu de lui en sa qualité d’agent
d’affaires breveté. Il s’est ainsi rendu coupable de négligence.
Partant, les éléments constitutifs de l’art. 117 al. 3 LEtr sont
réalisés et c’est à bon droit que le Tribunal de police a reconnu C.________
coupable de contravention à la Loi fédérale sur les étrangers.
4.L’appelant, qui concluait à son acquittement, ne conteste pas
la peine en tant que telle. Examinée d’office, le président de céans
considère, au regard de la culpabilité de C.________ et de sa situation
personnelle, que l’amende de 1'000 fr. prononcée par le premier juge
réprime de manière adéquate la contravention commise et qu’elle doit
être confirmée.
5.En définitive, l’appel de C.________ doit être rejeté et le
jugement du Tribunal de police du 24 janvier 2017 intégralement
confirmé.
Vu l'issue de la cause, les frais de la procédure d'appel,
constitués du seul émolument d’arrêt, par 720 fr. (art. 21 TFIP [Tarif des
frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre
2010 ; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de C.________, qui succombe
(art. 428 al. 1 CPP).
-
10 -
Par ces motifs,
le Président de la Cour d’appel pénale,
statuant en application de l'art. 398 al. 4 CPP,
prononce :
I. L’appel est rejeté.
II. Le jugement rendu le 24 janvier 2017 par le Tribunal de police
de l’arrondissement de Lausanne est confirmé selon le
dispositif suivant :
"I.inchangé;
II.inchangé;
III.libère C.________ du chef d’accusation d’emploi
d’étrangers sans autorisation;
IV.constate que C.________ s’est rendu coupable de
contravention à la Loi fédérale sur les étrangers;
V.condamne C.________ à une amende de 1'000 fr. (mille
francs) et dit qu’à défaut de paiement de l’amende, la peine
privative de liberté de substitution sera de 10 (dix) jours;
VI.met les frais de justice par 1'487 fr. 50 à la charge de
R.________ et par 1'699 fr. 50 à la charge de C.."
III. Les frais d'appel, par 720 fr., sont mis à la charge de
C..
IV. Le présent jugement est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
-
11 -
Le jugement qui précède, dont la rédaction a été approuvée à
huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Me Robert Fox, avocat (pour C.________),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-M. le Président du Tribunal d’arrondissement de Lausanne,
-M. le Procureur de l’arrondissement de Lausanne,
-Secrétariat d’Etat aux migrations,
-Secrétariat à l’économie,
par l'envoi de photocopies.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1