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TRIBUNAL CANTONAL
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PE10.012205-JLR/AFE
J U G E M E N T D E L A C O U R D ’ A P P E L P E N A L E
Présidence de M. B A T T I S T O L O
Juges:Mme Favrod et M. Colelough
Greffière:MmeChoukroun
Parties à la présente cause :
V., prévenu, représenté par Me Véronique Boillet, avocate d’office à
Lausanne, appelant,
A., prévenu, représenté par Me François Chanson, avocat d'office à
Lausanne, appelant,
et
MINISTERE PUBLIC, représenté par le Procureur de l’arrondissement de
Lausanne, intimé.
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La Cour d’appel pénale considère :
E n f a i t :
A.Par jugement du 7 juillet 2011, le Tribunal correctionnel de
l’arrondissement de Lausanne a libéré A.________ du chef d'accusation de
faux dans les certificats (I); l'a condamné, pour infraction à la Loi fédérale
sur les étrangers, contravention et infraction grave à la Loi fédérale sur les
stupéfiants et blanchiment d'argent, à 5 (cinq) ans de peine privative de
liberté, sous déduction de 410 (quatre cent dix) jours de détention avant
jugement, ainsi qu'à une amende de 500 fr. (cinq cents), la peine privative
de liberté de substitution en cas de non paiement fautif étant fixée à 5
(cinq) jours (II); a condamné V., pour infraction à la Loi fédérale sur
les étrangers, contravention et infraction grave à la Loi fédérale sur les
stupéfiants, à 4 (quatre) ans de peine privative de liberté, sous déduction
de 410 (quatre cent dix) jours de détention avant jugement, ainsi qu'à une
amende de 500 fr. (cinq cents), la peine privative de liberté de substitution
en cas de non paiement fautif de l'amende étant fixée à 5 (cinq) jours (III),
a ordonné le maintien en détention de A. et V.________ pour des
motifs de sûreté (IV); a ordonné la confiscation et la dévolution à l'Etat de
l'argent séquestré (2'100 fr, 1'500 fr. et 607 fr. 20) sous fiche n° 1820 et
de l'argent séquestré (100 fr. 50, 500 fr. et 75 €) sous fiche n° 1821 (V); a
ordonné la confiscation et la destruction des objets séquestrés sous fiches
n° 1826 et 1830 (VI); a mis à la charge d'A.________ une partie des frais de
justice, arrêtée à 30'113 fr. 60, y compris l'indemnité allouée à son conseil
d'office Me Chanson, par 4'500 fr., TVA et débours compris (VII); a mis à la
charge de V.________ une partie des frais de justice arrêtée à 18'672 fr. 40,
y compris l'indemnité allouée à son conseil d'office, Me Patrice Girardet,
par 3'500 fr., TVA et débours compris (VIII); a dit que le solde des frais de
justice était laissé à la charge de l'Etat (IX) et que le remboursement à
l'Etat des indemnités allouées aux conseils d'offices sous chiffres VII et VIII
ci-dessus ne sera exigible que si la situation économique des prévenus le
permet (X).
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B.En temps utile, V.________ et A.________ ont interjeté appel
contre ce jugement. V.________ a conclu à sa réforme en ce sens qu'il est
condamné pour un trafic de drogue portant sur 689,9 g, soit 243,62 g net
de drogue et que son bon comportement en prison est pris en compte
pour atténuer la peine qui doit être assortie du sursis. A.________ a conclu
à la réforme du jugement en ce sens qu'il est condamné pour un trafic de
drogue portant sur 640 g et à la réduction de la peine infligée en
conséquence.
Le 24 août 2011, le Ministère public de l'arrondissement de
Lausanne n'a présenté ni demande de non-entrée en matière ni appel
joint. Il s'en est remis à justice quant à la recevabilité des appels.
C.Les faits retenus sont les suivants :
1.1V.________ est né le 30 janvier 1991 au Zimbabwe, pays dont il
est ressortissant. Elevé par ses parents, il a suivi sa scolarité mais n’a pas
terminé l’école secondaire. Au décès de son père, V.________ a quitté son
pays pour la Suisse dans l’idée d’y trouver un travail. Le prévenu a déclaré
percevoir une rente mensuelle de 280 fr. de la part de l’EVAM. Après avoir
dû quitter le centre pour requérants à Crissier, cet organisme lui aurait
trouvé un appartement de deux pièces, à Cossonay, dont il assumait de
surcroît les frais. Selon le prévenu, son père aurait été tué et sa propre vie
aurait alors été en danger, au Zimbabwe. Sa mère et ses frères et sœurs
vivent toujours là-bas. V.________ n’a personne à charge.
Le casier judiciaire suisse de ce prévenu est vierge de toute
inscription.
Placé en détention provisoire depuis le 24 mai 2010 en raison
des faits dont il sera question ci-dessous, V.________ a été placé à la prison
de la Croisée. Le 20 juin 2011, le directeur de cet établissement
pénitentiaire a rendu un rapport tout à fait élogieux au sujet de ce
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prévenu (pièce 72). Discret, poli et correct, respectueux des règles
d’hygiène et des directives de la prison, V.________ n’a fait l’objet d’aucune
sanction disciplinaire et n’a pas eu d’ennuis avec ses codétenus. Il a tout
d’abord travaillé à l’atelier poterie, puis a rejoint la buanderie. Il s’est bien
intégré à l’équipe. Son travail est de qualité. Il a suivi des cours de français
durant 9 mois, ainsi que des cours de dactylographie et d’informatique, de
manière assidue.
1.2A.________ est né le 27 août 1982 au Nigéria, pays dont il est
ressortissant. Elevé par ses parents dans son pays, il a suivi une formation
dans une école technique pour être droguiste et a ouvert sa propre affaire.
Le père du prévenu aurait fait partie d’une société secrète, au Nigéria. Il
aurait été convenu qu’à son décès un de ses fils prenne sa place au sein
de cette société. A la mort du père ni le prévenu, ni son frère n’étaient
intéressés. Les deux frères auraient reçu des menaces, les informant
qu’en cas de refus de leur part, ils en subiraient les conséquences. Au
décès de son frère dans un accident de voiture, que A.________ considère
comme suspect, ce dernier a décidé de quitter son pays pour venir en
Suisse. Le prévenu a déclaré que s’il restait ici et qu’il n’avait pas de
travail, il pourrait à nouveau toucher à la cocaïne et il ne veut pas
retourner en prison, où il n’a jamais été auparavant. Il a également
observé qu’il n’avait ni femme, ni famille et qu'en cas de retour au Nigéria,
il reprendrait son commerce.
Le casier judiciaire suisse de A.________ est vierge de toute
inscription.
Le prévenu a été placé en détention préventive depuis le 24
mai 2010, en raison des faits dont il sera question ci-dessous. La demande
d’exécution de peine anticipée déposée par ses soins a été acceptée. Il a
alors été incarcéré à la prison de Bellechasse, dès le 8 mars 2011.
2.1V.________ et A.________ ont demandé l'asile en Suisse
respectivement le 13 février et le 7 avril 2009. Leurs requêtes ont été
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rejetées le
19 mai 2009 pour A.________ et le 11 septembre 2009 pour V.. Du
9 octobre 2009, date de l'entrée en force de la décision de rejet le
concernant,
au 25 mai 2010, date de son arrestation, V. a séjourné
illégalement en Suisse. Du 3 juin 2009, date de l'entrée en force de la
décision de rejet le concernant, au jour de son arrestation le 25 mai 2010,
A.________ a séjourné illégalement en Suisse. V.________ et A.________ ont
admis ces faits.
2.2Depuis qu'il est en Suisse et jusqu'à son interpellation,
V.________ a continué à fumer de l'herba cannabis en quantités exactes
indéterminées. De plus, il a consommé de la cocaïne, par voie nasale, à
raison de 3 fois par semaine en moyenne. Le prévenu a admis ces faits.
2.3Dans la région lausannoise, entre mars et le 24 mai 2010,
V.________ a œuvré en étroite collaboration avec A.________ dans un trafic
de cocaïne.
Dans leur rapport de synthèse du 29 septembre 2010 (P. 25),
les inspecteurs T.________ et Z.________ indiquent que, à la suite
d’informations confidentielles, des écoutes téléphoniques ont été placées
dès février et mars 2010 sur les portables de deux revendeurs de cocaïne
surnommés « U.________ » et « I.________ ». Ces derniers n’ont pas été
arrêtés à ce jour. Les conversations enregistrées ont permis d’établir que
l’un de ces revendeurs lausannois se fournissait auprès du surnommé
« C.________ » ou « G.», soit A.. Aux débats, V.________ a
admis qu’il surnommait A.________ "G.". Ce dernier a également
admis que plusieurs personnes l’appelaient de la sorte. Enfin, V. a
également admis aux débats de première instance qu'il était surnommé
« H.________ ». Les numéros de téléphone [...], [...], [...], [...] et [...] utilisés
par A., puis le numéro [...] utilisé par V. ont dès lors fait
l'objet de contrôles.
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Comme il a pu être établi que, le 24 mai 2010, une mule,
K., devait venir livrer de la cocaïne à V. au café [...] à
Lausanne, un dispositif a été mis en place de manière à interpeller au lieu
de la livraison les précités, ainsi que A., au café [...] à Cossonay.
Au moment de son interpellation, V. détenait deux
téléphones dont les numéros attribués étaient le [...] et le [...]. Les
contrôles téléphoniques ont en outre permis d'établir que ce prévenu
utilisait également un troisième téléphone dont le numéro était le [...] (P.
25 et 26). V.________ a reconnu sa voix aux débats de première instance.
Lors de la visite de son domicile officiel à Cossonay X.________ a été
interpellé. La fouille des lieux a permis de découvrir : environ 80 g de
cocaïne sous forme de 7 fingers, 75 €, 500 fr., deux supports de carte SIM
pour les numéros [...], [...] (sous contrôle téléphonique et utilisés par
A., qui a reconnu sa voix aux débats de première instance), un
support de carte SIM pour le numéro [...] (utilisé par V.), un
document du SPOP au nom de A., divers téléphones mobiles,
papiers, pièces d’identité (au nom de V. et X.________ notamment)
et calepins comportant des inscriptions de comptabilité. Lors de la visite
domiciliaire effectuée à Cossonay, deux bidons de poudre de lait vides ont
été découverts, sachant que le lactose peut être utilisé comme produit de
coupage de la cocaïne.
Une visite domiciliaire effectuée dans l'appartement qu'utilisait
A.________ au ch. [...] à Lausanne, a permis de découvrir un sachet de
marijuana, 2'100 fr., 1'500 fr., divers téléphones portables, un papier au
nom de V.________ et divers papiers comportant des inscriptions de
comptabilité.
Il est constant que les prévenus ont transité dans les deux
appartements susmentionnés.
Lors de son arrestation, V.________ avait dissimulé dans son
rectum de la cocaïne, sous forme de 3 boulettes (masse nette totale
d’environ 3,3 g), un petit cylindre, ou finger (4,9 g net) et 5 fingers (d’une
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masse totale nette de 47,9 g), soit environ 54 g de cocaïne. A.________
avait, quant à lui, dissimulé dans son rectum 8 cylindres contenant 60,4 g
net de cocaïne. K.________ avait livré 55 cylindres de
10 g environ chacun de cocaïne, qu’il avait placés dans une bouteille de
lait.
En résumé, V.________ a vendu ou détenu une quantité totale
de 800 g de cocaïne, soit 270 g de cocaïne pure. Il a ainsi été en
possession de 40 g le
3 avril 2010 (P. 25, p. 30), représentant 12,8 g de cocaïne pure (taux de
32%), il a procédé à la vente de 40 g respectivement le 5 avril et le 23
avril 2010 (P. 25, p. 31 et 37), représentant en tout 25.6 g de cocaïne pure
(taux de 32%). Lors de son interpellation le 24 mai 2010, il détenait 56, 1
g de cocaïne (P. 21), représentant
27,9 g de cocaïne pure (taux moyen compris entre 24,9% et 40,5 %).
Toujours
le 24 mai 2010, il a réceptionné 544,8 g de drogue, livrée par K.,
soit
189,8 g de cocaïne pure (P. 21). V. a admis que son trafic a porté
sur 689,9 g de drogue pure.
S'agissant de A., il est notamment ressorti de l'enquête
policière qu'il avait vendu ou réceptionné une quantité totale de 1'100 g
de cocaïne, soit au taux de 32% une quantité de 352 g de drogue pure et
non une quantité de 1'080 g de cocaïne représentant 341 g comme retenu
à la suite d'une erreur de calcul, par les premiers juges (cf. jgt., pp 41 et
42). Il a ainsi organisé avec O. (condamnée le 11 avril 2011 [Pièce
67]) la livraison en Suisse de 500 g de cocaïne en provenance de
l'Espagne, soit 160 g de cocaïne pure, dite livraison n'ayant finalement pas
eu lieu. Par ailleurs, entre les mois de mars et avril 2010, il a vendu à
diverses personnes un total de 400 g de cocaïne (20 g + 3 x 50 g + 50 g +
40 g + 2 x 20 g + 100 g) soit 128 g de cocaïne pure (au taux de 32%).
Entre le 27 avril et le 12 mai 2010, il a réceptionné 140 g de cocaïne (20 g
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son interpellation, il détenait l'équivalent d'environ 60 g de drogue pure,
dissimulés dans son rectum.
Les premiers juges ont également retenu que le 2 avril 2010,
A.________ a remis 100 g, soit 32 g de cocaïne pure (taux de 32%) à
V., que le 7 avril 2010, A. a reçu 20 g, soit 6,4 g de cocaïne
pure (taux de 32%) de V., que le 8 avril 2010, A. a envoyé
V.________ chercher et livrer 30 g, soit 9,6 g de cocaïne pure (taux de
32%), que le 4 mai 2010, V.________ a livré 40 g, soit 12,8 g de cocaïne
pure (taux de 32%) à A.________ et enfin que le 5 mai 2010 V.________ a
cherché de la part de A.________ 40 g, soit 12,8 g de cocaïne pure (taux de
32%). Enfin, V.________ a admis être allé à Berne le 16 mai 2010 pour
trouver 50 g de cocaïne (16 g de drogue pure au taux de 32%) pour
A., qu'il n'aurait finalement pas trouvée selon ses dires.
En définitive, il convient de retenir contre V. un trafic
de cocaïne portant sur 1'080 g, soit 375,6 g de drogue pure (taux de 32%)
et contre A.________ un trafic portant sur 1'380 g, soit 441,6 g de drogue
pure.
3.Pour ces faits, V.________ a été déclaré coupable d'infraction à
la Loi fédérale sur les étrangers, contravention et infraction grave à la Loi
fédérale
du 3 octobre 1951 sur les stupéfiants et les substances psychotropes
(Lstup,
RS 812.121). Quant à A.________, il a été déclaré coupable d'infraction à la
Loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr., RS 142.20),
contravention et infraction grave à la LStup et blanchiment d'argent.
E n d r o i t :
1.L’appel doit être annoncé dans les dix jours qui suivent la
communication du jugement, soit la remise ou la notification du dispositif
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écrit (art. 399 al. 1 CPP). La déclaration d’appel doit, quant à elle, être
déposée dans les vingt jours à compter de la notification du jugement
motivé (art. 399 al. 3 CPP).
Interjetés dans les formes et délais légaux contre le jugement
d’un tribunal de première instance ayant clos la procédure (art. 398
al. 1 CPP), les appels sont recevables.
2.Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un
plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2).
L’appel peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus
du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié, pour
constatation incomplète ou erronée des faits et pour inopportunité (al. 3).
I.Appel de V.________
3.V.________ conteste en premier lieu la quantité de cocaïne
retenue à sa charge, admettant uniquement un trafic portant sur 689,9 g,
soit 243,62 g de cocaïne pure. Il affirme en effet que les quantités de
drogue évoquées lors de conversations enregistrées par la police en cours
d'enquête doivent être comprises en terme de "boulette" et non de
"finger" comme retenu – selon lui arbitrairement - par les premiers juges.
L'appelant conclut que le doute sur ce point aurait dû lui profiter.
3.1La présomption d'innocence, garantie par les art. 14 par. 2
Pacte ONU II (Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16
décembre 1966, RS 0.103.2), 6 par. 2 CEDH (Convention de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
RS 0.101) et 32 al. 1 Cst. (Constitution fédérale de la Confédération suisse
du 18 avril 1999, RS 101), ainsi que son corollaire, le principe in dubio pro
reo, concernent tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des
preuves.
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18 -
En tant que règle relative au fardeau de la preuve, la
présomption d'innocence signifie que toute personne prévenue d'une
infraction pénale doit être présumée innocente jusqu'à ce que sa
culpabilité soit légalement établie et, partant, qu'il appartient à
l'accusation de prouver la culpabilité de celle-là (ATF 127 I 38 c. 2a; TF
6B_831/2009 du 25 mars 2010 c. 2.2.1).
Comme règle d'appréciation des preuves, le principe in dubio
pro reo est violé si le juge du fond se déclare convaincu de faits
défavorables à l'accusé sur lesquels, compte tenu des éléments de preuve
qui lui sont soumis, il aurait au contraire dû, objectivement, éprouver des
doutes; on parle alors de doutes raisonnables (cf. ATF 120 Ia 31 c. 2c; TF
6B_831/2009, précité, c. 2.2.2). Sur ce point, des doutes simplement
abstraits et théoriques ne suffisent pas, car de tels doutes sont toujours
possibles et une certitude absolue ne peut être exigée. Bien plutôt, il doit
s’agir de doutes importants et irréductibles, qui s’imposent au vu de la
situation objective (ATF 127 I 38, c. 2a).
3.2La constatation des faits est incomplète lorsque toutes les
circonstances de fait et tous les moyens de preuve déterminants pour le
jugement n'ont pas été pris en compte par le tribunal de première
instance. Elle est erronée lorsque le tribunal a omis d'administrer la
preuve d'un fait pertinent, a apprécié de manière erronée le résultat de
l'administration d'un moyen de preuve ou a fondé sa décision sur des faits
erronés, en contradiction avec les pièces, par exemple (Kistler Vianin, op.
cit., n. 19 ad art. 398 CPP).
3.3En l'occurrence, les premiers juges ont retenu que la drogue
dont il était question dans les conversations téléphoniques enregistrées
entre les deux appelants s'entendait en terme de "finger". Pour s'en
convaincre, ils ont retenu les explications du dénonciateur T., dont
l'expérience est indéniable en matière de lutte contre le trafic de drogue.
Le Tribunal a aussi tenu compte des déclarations de X. et de celle
de A.________. Ils ont enfin pris en considération le fait que les deux
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prévenus faisaient parfois crédit à leurs acheteurs et qu'ils avaient coupé
la drogue livrée avec du lactose (cf. jgt., pp. 39-40).
Les conclusions des premiers juges ne prêtent pas le flanc à la
critique. A la lecture des rapports circonstanciés de la police (pièces 25 et
L'art. 47 CP confère un large pouvoir d'appréciation au juge.
Ce dernier doit exposer quels éléments il a pris en compte pour fixer la
peine, de manière à ce que l'on puisse vérifier que tous les aspects
pertinents ont été pris en considération et comment ils ont été appréciés,
que ce soit dans un sens atténuant ou aggravant. Il lui appartiendra, dans
le cadre de son pouvoir d'appréciation, de déterminer
dans quelle mesure il y a lieu de tenir compte des divers facteurs de la
peine
(JT 2010 IV 127). Le juge ne viole le droit fédéral en fixant la peine que s'il
sort du cadre légal, s'il se fonde sur des critères étrangers à l'art. 47 CP,
s'il omet de prendre en considération des éléments d'appréciation prévus
par cette disposition ou, enfin, si la peine qu'il prononce est exagérément
sévère ou clémente au point de constituer un abus du pouvoir
d'appréciation (ATF 134 IV 17 c. 2.1 et les réf. citées).
Dans le domaine spécifique des infractions à la LStup, le
Tribunal fédéral a, en outre, rappelé que même si la quantité de la drogue
ne joue pas un rôle prépondérant, elle constitue sans conteste un élément
important. Elle
perd cependant de l'importance au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la
limite à partir de laquelle le cas doit être considéré comme grave au sens
de
l'art. 19 ch. 2 let. a LStup. Il en va de même lorsque plusieurs des
circonstances aggravantes prévues à l'art. 19 ch. 2 LStup sont réalisées.
Le type de drogue
et sa pureté doivent aussi être pris en considération. Si l'auteur sait que la
drogue est particulièrement pure, sa culpabilité sera plus grande; en
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22 -
revanche, sa
culpabilité sera moindre s'il sait que la drogue est diluée plus que
normalement
(ATF 122 IV 299 c. 2c, ATF 121 IV 193 c. 2b/aa). Le type et la nature du
trafic en cause sont aussi déterminants. L'appréciation est différente selon
que l'auteur a agi de manière autonome ou comme membre d'une
organisation. Dans ce dernier cas, il importera de déterminer la nature de
sa participation et sa position au sein de l'organisation: un simple passeur
sera ainsi moins coupable que celui qui joue un rôle décisif dans la mise
sur pied des opérations et qui participe de manière importante au bénéfice
illicite (ATF 121 IV 202 c. 2d/cc). L'étendue du trafic entrera également en
considération. Un trafic purement local sera en règle générale considéré
comme moins grave qu'un trafic avec des ramifications internationales. Le
délinquant qui traverse les frontières (qui sont surveillées) doit en effet
déployer une énergie criminelle plus grande que celui qui transporte des
drogues à l'intérieur du pays et qui limite son risque à une arrestation
fortuite lors d'un contrôle; à cela s'ajoute que l'importation en Suisse de
drogues a des répercussions plus graves que le seul transport à l'intérieur
des frontières. Le nombre d'opérations constitue un indice supplémentaire
permettant de mesurer l'intensité du comportement délictueux; celui qui
écoule une fois un kilo d'héroïne sera en principe moins sévèrement puni
que celui qui vend cent grammes à dix reprises. Outre les éléments qui
portent sur l'acte lui-même, le juge doit prendre en considération la
situation personnelle du délinquant, à savoir sa vulnérabilité face à la
peine, ses obligations familiales, sa situation professionnelle, les risques
de récidive, etc. Les mobiles, c'est-à-dire les raisons qui ont poussé
l'auteur à agir, ont aussi une influence sur la détermination de la peine. Il
conviendra ainsi de distinguer le cas de l'auteur qui est lui-même
toxicomane et qui agit pour financer sa propre consommation de celui qui
participe à un trafic uniquement poussé par l'appât du gain (ATF 122 IV
299 c. 2b). Enfin, il faudra tenir compte des antécédents, qui comprennent
aussi bien les condamnations antérieures que les circonstances de la vie
passée, ainsi que du comportement du délinquant lors de la procédure. Le
juge pourra atténuer la peine en raison de l'aveu ou de la bonne
coopération de l'auteur de l'infraction avec les autorités policières ou
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judiciaires notamment si cette coopération a permis d'élucider des faits
qui, à ce défaut, seraient restés obscurs (ATF 121 IV 202 c. 2d/aa).
4.2V.________ a été condamné à une peine privative de liberté de 4
ans. En tant que son argumentation repose sur la prémisse d'une
modification de la quantité de drogue retenue, elle est vouée à l'échec.
Pour le surplus, on relève que les premiers juges ont estimé la
culpabilité de V.________ comme particulièrement lourde, bien que
légèrement inférieure à son coprévenu, A.. Ils ont retenu à charge
le fait qu'il est venu en Suisse pour se livrer à un trafic de cocaïne
d'envergure ainsi que les quantités de drogue en cause, représentant 31
fois le minimum requis pour retenir la circonstance aggravante de la
quantité. Ils ont également retenu que V. avait écoulé une grande
quantité de drogue en très peu de temps, ce qui démontrait qu'il était très
bien organisé et implanté dans cette activité délictueuse, avec des
connexions auprès de grossistes étrangers. Les premiers juges ont encore
relevé à charge que V.________ a formé avec son comparse A.________ une
équipe qui pouvait se prêter main forte, pour s'assurer un ravitaillement et
un écoulement de cocaïne quasi constant et que les infractions étaient en
concours.
A décharge, le tribunal de première instance a tenu compte
des aveux partiels, de même que des regrets exprimés par V.________. Son
jeune âge a également été retenu, ainsi que le fait – mais dans une
certaine mesure seulement - que de la cocaïne n'a pas pu être livrée ou
effectivement vendue.
Le bon comportement en détention, qui n'a rien
d'exceptionnel, est un élément neutre concernant la fixation de la peine et
l'appelant ne peut se prévaloir de ce comportement pour conclure que la
peine prononcée est excessivement sévère. Au surplus, il n'y a pas de
détresse dans le fait de venir en Suisse, puis d'y rester sans autorisation
de séjour pour procéder à un trafic de drogue dure de grande ampleur.
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Au vu de l’ensemble de ces éléments, la quotité de la peine
prononcée est adéquate au regard des infractions commises, de la
culpabilité de l’appelant et de sa situation personnelle. Elle ne relève ni
d’un abus ni d’un excès du pouvoir d’appréciation dont jouit l’autorité de
première instance, laquelle n’a ignoré aucun des critères déterminants
consacrés à l’art. 47 CP. Ces moyens, mal fondés, doivent être rejetés.
5.En définitive, l'appel de V.________ est intégralement rejeté et le
jugement de première instance confirmé.
II.Appel de A.________
6.A.________ conteste la quantité de cocaïne retenue à sa charge,
admettant uniquement un trafic portant sur 689,9 g, soit 243,62 g de
cocaïne pure. Il affirme que les quantités de drogue évoquées lors de
conversations enregistrées par la police en cours d'enquête doivent être
comprises en terme de "boulette" et non de "finger" comme retenu – selon
lui arbitrairement - par les premiers juges. Il fait référence aux
incohérences que contiendrait, selon lui, le rapport de police établi par le
dénonciateur T..
Comme on l'a déjà vu (cf. consid. 3.3), le dénonciateur
T. a expliqué qu'il convenait d'interpréter les conversations
téléphoniques en les replaçant dans leur contexte. Il n'y a aucune
incohérence à cela, d'autant plus que le dénonciateur est une personne
expérimentée en matière de lutte contre le trafic de drogue. Fondés sur
cette expérience et sur l'ensemble des éléments du dossier déjà soulevés
ci-dessus (cf. consid. 3.3), les premiers juges ont retenu à raison que
A.________ et V.________ ont agi comme deux trafiquants de niveau
intermédiaire et non comme des vendeurs de rue. Par conséquent, les
quantités de drogues écoulées ne peuvent s'entendre qu'en terme de
finger et non de boulette comme le soutient l'appelant. Ce moyen, mal
fondé, ne peut qu'être rejeté.
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7.A.________ remet en cause la quotité de la peine prononcée à
son encontre, qu'il juge trop sévère au vu de la quantité de drogue qu'il
admet avoir écoulé.
7.1Les premiers juges ont condamné A.________ à une peine
privative de liberté de 5 ans. En tant que l'argumentation de A.________
repose sur la prémisse d'une modification de la quantité de drogue
retenue, elle est vouée à l'échec.
Au surplus, on relève que les premiers juges ont retenu à
charge que la culpabilité de A.________ est particulièrement lourde, qu'il
est venu en Suisse dans l'unique but de se livrer à un trafic de cocaïne et
d'en retirer un substantiel bénéfice. Ils ont retenu la très importante
quantité de drogue écoulée en l'espace de deux mois, à savoir 37 fois le
minimum requis pour retenir la circonstance aggravante de la quantité.
Les premiers juges ont tenu compte du fait que l'appelant était très bien
organisé, qu'il avait différents téléphones mobiles et pouvait être hébergé
dans différents lieux, qu'il avait différents contacts avec d'importants
grossistes à l'étranger et qu'il avait formé avec V.________ une équipe qui
pouvait se prêter main forte, pour s'assurer un ravitaillement et un
écoulement de cocaïne quasi constant. Il a également été retenu à charge
que, droguiste de formation, A.________ s'était investi avec conscience et
volonté dans ses activités délictueuses, alors qu'il était parfaitement au
courant du danger que représente la cocaïne. Enfin, les premiers juges ont
relevé que les infractions étaient en concours.
A décharge, le tribunal de première instance a pris en
considération les aveux très partiels de l'appelant ainsi que les regrets
exprimés et les excuses présentées. Il a également été retenu, dans une
certaine mesure seulement, le fait qu'une partie de la cocaïne n'a pas pu
être livrée ou effectivement vendue.
7.2Au vu de l’ensemble de ces éléments, la quotité de la peine
contestée est adéquate au regard des infractions commises, de la
-
26 -
culpabilité de l’appelant et de sa situation personnelle. Elle ne relève ni
d’un abus ni d’un excès du pouvoir d’appréciation dont jouit l’autorité de
première instance, laquelle n’a ignoré aucun des critères déterminants
consacrés à l’art. 47 CP. Elle sera donc confirmée.
8.En définitive, les appels sont intégralement rejetés et le
jugement de première instance confirmé.
Compte tenu de l'issue de la procédure, les frais de la
procédure d'appel par 2'460 fr. (deux mille quatre cent soixante francs)
arrêtés en application des art. 21 et 23 TFJP (Tarif des frais judiciaires
pénaux, RSV 312.03.1), doivent être mis par moitié chacun à la charge des
appelants (art. 428 al. 1 CPP).
Une indemnité de défense d'office pour la procédure d'appel
est allouée par 1'749 fr. 60 (mille sept cent quarante neuf francs et
soixante centimes), TVA comprise, à Me Chanson et par 972 fr. (neuf cent
septante deux francs), TVA comprise, à Me Boillet.
Par ces motifs,
la Cour d’appel pénale,
vu les articles 40, 47, 49, 50, 51, 69, 70, 103, 106, 252 et 305 bis ch. 1 CP,
19 ch. 1 et 2, 19a ch. 1 LStup, 115 al. 1 lit. b LEtr; 398 ss CPP
prononce :
I. Les appels de V.________ et de A.________ sont rejetés.
II. Le jugement rendu le 7 juillet 2011 par le Tribunal
correctionnel de l'arrondissement de Lausanne est confirmé
selon le dispositif suivant:
"I.Libère A.________ du chef d'accusation de faux dans les
certificats;
-
27 -
II.condamne A.________ pour infraction à la Loi fédérale sur
les étrangers, contravention et infraction grave à la Loi
fédérale sur les stupéfiants et blanchiment d'argent, à 5 (cinq)
ans de peine privative de liberté, sous déduction de 410
(quatre cent dix) jours de détention avant jugement, ainsi qu'à
une amende de 500 fr. (cinq cents), la peine privative de
liberté de substitution en cas de non paiement fautif de
l'amende étant fixée à 5 (cinq) jours;
III.condamne V.________ pour infraction à la Loi fédérale sur
les étrangers, contravention et infraction grave à la Loi
fédérale sur les stupéfiants, à 4 (quatre) ans de peine privative
de liberté, sous déduction de 410 (quatre cent dix) jours de
détention avant jugement, ainsi qu'à une amende de 500 fr.
(cinq cents), la peine privative de liberté de substitution en cas
de non paiement fautif étant fixée
à 5 (cinq) jours;
IV.ordonne le maintien en détention de A.________ et
V.________ pour des motifs de sûreté;
V.ordonne la confiscation et la dévolution à l'Etat de
l'argent séquestré (2'100 fr., 1'500 fr. et 607 fr. 20) sous fiche
n° 1820 et de l'argent séquestré (100 fr. 50, 500 fr. et €75)
sous fiche n°1821;
VI.ordonne la confiscation et la destruction des objets
séquestrés sous fiches n° 1826 et 1830;
VII.met à la charge d'A.________ une partie des frais de
justice, arrêtée à 30'113 fr. 60, y compris l'indemnité allouée à
son conseil d'office Me Chanson, par 4'500 fr., TVA et débours
compris;
VIII. met à la charge de V.________ une partie des frais de
justice arrêtée à 18'672 fr. 40, y compris l'indemnité allouée à
son conseil d'office, Me Patrice Girardet, par 3'500 fr., TVA et
débours compris;
IX.dit que le solde des frais de justice est laissé à la charge
de l'Etat;
-
28 -
X.dit que le remboursement à l'Etat des indemnités
allouées aux conseils d'office sous chiffres VII et VIII ci-dessus
ne sera exigible que si la situation économique des prévenus
le permet."
III. Le maintien en détention de V.________ et de A.________ est
ordonné à titre de sûreté.
IV. La détention subie depuis le jugement de première instance
par V.________ et par A.________ est déduite.
V. Une indemnité de défenseur d'office d'un montant de 1'749 fr.
60 (mille sept cent quarante neuf francs et soixante centimes),
TVA comprise, est allouée à Me Chanson pour la procédure
d'appel.
VI. Une indemnité de défenseur d'office d'un montant de 972 fr.
(neuf cent septante deux francs), TVA comprise, est allouée à
Me Boillet pour la procédure d'appel.
VII.Les frais de la procédure d'appel par 2'460 fr. (deux mille
quatre cent soixante francs) sont mis à la charge de V.________
et de A., à raison d’une moitié chacun, outre le
montant des indemnités versées aux conseils d’office.
VIII.V. et A.________ ne seront tenus de rembourser à l’Etat
les indemnités en faveur de leurs conseils d’office que lorsque
leur situation financière le permettra.
Le président :La greffière :
-
29 -
Du 15 novembre 2011
Le dispositif du jugement qui précède est communiqué aux
appelants et aux autres intéressés.
La greffière :
-
30 -
Du
Le jugement qui précède, dont la rédaction a été approuvée à
huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Me Véronique Boillet, avocate (pour V.),
-Me François Chanson, avocat (pour A.),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Ministère public de l'arrondissement de Lausanne,
-M. le Président du Tribunal correctionnel de l'arrondissement de
Lausanne,
-Ministère public de la Confédération,
-Service de la population (30.01.1991; 27.08.1982),
-Office fédéral des migrations,
-Bureau de communication en matière de blanchiment d'argent
par l'envoi de photocopies.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1