1102
TRIBUNAL CANTONAL
JI10.002402-130454
338
C O U R D ’ A P P E L C I V I L E
Arrêt du 27 juin 2013
Présidence de M. C O L O M B I N I , président
Juges:M.Giroud et Mme Kühnlein
Greffière:MmeTille
Art. 839, 961 al. 3 CC ; 145, 263 CPC
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par A., à
Lausanne, demandeur, contre le prononcé rendu le 29 janvier 2013 par la
Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord
vaudois dans la cause divisant l’appelant d’avec la PPE B. et la
PPE C.________, à Yverdon-les-Bains, intimées, la Cour d’appel civile du
Tribunal cantonal voit :
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E n f a i t :
A.Par prononcé du 29 janvier 2013, la Présidente du Tribunal civil
de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a rejeté la demande
formée le 16 septembre 2011 par A.________ à l’encontre de PPE B.________
et PPE C.________ (I); constaté la caducité de l’inscription provisoire opérée
le 7 juillet 2011 par le Registre foncier du Jura-Nord vaudois sous n°
11/02205 (II) ; ordonné au Conservateur du Registre foncier, office du Jura-
Nord vaudois, de radier l’inscription provisoire de l’hypothèque légale des
artisans et entrepreneurs opérée le 7 juillet 2011 sous n° 11/02205, d’un
montant de 13'935 fr. 25 avec intérêt à 5 % l’an dès le 15 janvier 2010,
plus accessoires légaux, en faveur d’A., à Lausanne, sur les bien-
fonds dont A.D._______ et B.D._, D.E.____ et E.E., E.F._____
et F.F., [...],F.G.__ et G.G._, H., I., J.,
A.K.__ et B.K., K.L. et L.L., M., M.N._____ et N.N.,
O., O.P._____ et P.P., A.Q. et B.Q., R., A.S._____ et
B.S., S.T. et T.T., A.U. et B.U., [...], [...], [...], [...],
[...], [...], [...], [...], [...], [...], et [...] sont propriétaires sur le territoire de la
commune [...] selon parts et désignations cadastrales citées (III) ; arrêté
les frais judiciaires à 1'400 fr., frais du Registre foncier en sus, à charge
d’A.___ (IV) ; dit que les frais judiciaires d’A.________ arrêtés au chiffre
IV sont laissés à la charge d’Etat (V) ; dit que l’indemnité d’office de
l’avocat John-David Burdet, conseil d’A., sera arrêtée dans une
décision séparée (VI) ; dit que l’indemnité d’office de l’avocat John-David
Burdet sera laissée à la charge de l’Etat (VII) ; dit que le bénéficiaire de
l’assistance judiciaire est, dans la mesure de l’art. 123 CPC (Code de
procédure civile du 19 décembre 2008, RS 272), tenu au remboursement
des frais judiciaires et de l’indemnité du conseil d’office mis à la charge de
l’Etat (VIII) ; dit qu’A. est le débiteur des défenderesses PPE
B.________ et PPE C.________, solidairement entre elles, et leur doit
immédiat paiement du montant de 3'240 fr., débours et TVA compris, à
titre de dépens de la procédure (IX) et rayé la cause du rôle (X).
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En droit, le premier juge a considéré que les mesures
provisionnelles relatives à l’inscription provisoire au Registre foncier d’une
hypothèque légale des artisans et entrepreneurs en faveur d’A.________
étaient entrées en force le 1
er
juin 2011, soit à l’échéance du délai d’appel
au Tribunal cantonal ouvert contre l’arrêt sur appel rendu le 19 mai 2011
par le Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. Il
a en outre retenu, après examen de la jurisprudence et de la doctrine en
la matière, que le délai fixé dans l’arrêt sur appel du 19 mai 2011 au sens
de l’art. 961 al. 3 CC (Code civil du 10 décembre 1907, RS 210) constitue
un délai de droit matériel fédéral qui n’est pas suspendu par les féries
prévues à l’art. 145 CPC, et que, de ce fait, le délai de nonante jours fixé
par le juge était échu lors du dépôt de la demande en inscription définitive
déposée le 16 septembre 2011, rendant dite demande tardive et
entraînant la radiation de l’inscription provisoire de l’hypothèque légale
des artisans et entrepreneurs ordonnée le 31 mars 2010.
B.Par appel du 28 février 2013, A.________ a conclu, avec suite de
frais et dépens, principalement à la réforme du prononcé en ce sens qu’il
est constaté que le demandeur A.________ a agi dans le délai imparti pour
ouvrir action au fond en validation de la procédure provisionnelle en
inscription d’une hypothèque légale des artisans et entrepreneurs
conformément au chiffre IV (recte : chiffre V de l’expédition complète) de
l’ordonnance de mesures provisionnelles du 31 mars 2010 rendue par le
Président du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord
vaudois, la cause étant renvoyée à l’autorité inférieure pour la poursuite
de l’instruction ; subsidiairement, l’appelant a conclu à l’annulation et au
renvoi de la cause à l’autorité inférieure pour nouvelle décision dans le
sens des considérants.
A l’acte d’appel étaient annexées la décision attaquée et une
copie de l’enveloppe l’ayant contenue.
Le 29 avril 2013, l’appelant a requis d’être mis au bénéfice de
l’assistance judiciaire. Par décision du 2 mai 2013, la Juge déléguée de la
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Cour d’appel civile a accordé à A.________ le bénéfice de l’assistance
judiciaire avec effet au 28 février 2013 (I), dit que le bénéfice de
l’assistance judiciaire est accordé dans la mesure suivante : exonération
d’avances (1a), exonération des frais judiciaires (1b) et assistance d’un
avocat d’office en la personne de John-David Burdet (1c) (II), et astreint
A.________ à payer une franchise mensuelle de 50 fr. dès et y compris le 1
er
juin 2013 (III).
Par réponse du 3 juin 2013, les intimées PPE B.________ et PPE
C.________ ont conclu au rejet de l’appel.
Le 24 juin 2013, Me John-David Burdet a produit une liste
détaillée de ses opérations.
C.La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base du
prononcé complété par les pièces du dossier :
1.Le demandeur A.________ est titulaire de l’entreprise
individuelle « [...]», dont le but est l’exploitation d’une entreprise de
plâtrerie et peinture, ainsi que l’isolation et la rénovation de façades.
Entre 2008 et 2009, le demandeur a effectué des travaux dans
le cadre de la construction du complexe résidentiel « [...]», à Yverdon-les-
Bains, qui comprend les bâtiments H et I, pour un montant total de
plusieurs centaines de milliers de francs. Le contrat d’entreprise relatif à
ces travaux était conclu avec la société [...], elle-même liée par un contrat
d’entreprise totale avec [...], maître d’ouvrage.
Les défenderesses PPE B., PPE C., et les
copropriétaires de ces bâtiments, sont propriétaires des parcelles,
respectivement des lots de copropriété par étages (PPE), sur et dans
lesquelles les travaux ont été effectués par le demandeur.
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Les dernières retouches ont été effectuées par le demandeur
en octobre 2009.
2.Par requête de mesures provisionnelles et préprovisionnelles
en inscription d’une hypothèque légale du 22 janvier 2010, le demandeur
a requis du Président du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et
du Nord vaudois (ci-après : le Président du Tribunal civil) l’inscription d’une
hypothèque légale des artisans et entrepreneurs d’un montant de 45'191
fr. 20 plus intérêts à 5 % l’an dès le 15 janvier 2010 sur les parcelles des
défenderesses PPE B., PPE C. et de leurs copropriétaires
nommément cités.
Par ordonnance de mesures préprovisionnelles du même jour,
le Président du Tribunal civil a ordonné l’inscription de l’hypothèque légale
requise.
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 31 mars 2010,
dont la motivation a été envoyée aux parties le 20 octobre 2010, la
Présidente du Tribunal civil a en substance révoqué l’ordonnance de
mesures préprovisionnelles du 22 janvier 2010 (lI), ordonné l’inscription
provisoire au Registre foncier du district Jura-Nord vaudois d’une
hypothèque légale des artisans et entrepreneurs d’un montant de 25’581
fr. 95 avec intérêt à 5 % l’an dès le 15 janvier 2010, plus accessoires
légaux, en faveur d’A., à Lausanne (III), dit que l’inscription
provisoire de l’hypothèque légale resterait valable jusqu’à l’échéance d’un
délai de trois mois après droit connu sur le fond du litige (IV) et imparti à
A. un délai de nonante jours, à compter du jour duquel
l’ordonnance serait devenue définitive, pour ouvrir action au fond, à
défaut de quoi l’ordonnance deviendrait caduque et l’hypothèque légale
serait radiée (V).
Cette ordonnance a été modifiée par le Tribunal civil de
l’arrondissement la Broye et du Nord vaudois dans un arrêt sur appel du
11 février 2011 dont la motivation a été rendue le 19 mai 2011, en ce sens
que ce tribunal a ordonné l’inscription provisoire au Registre foncier du
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district Jura-Nord vaudois d’une hypothèque légale des artisans et
entrepreneurs d’un montant de 13’935 fr. 25 avec intérêt à 5 % l’an dès le
15 janvier 2010, plus accessoires légaux, en faveur d’A., confirmé
l’ordonnance de mesures provisionnelles du 31 mars 2010 pour le surplus
et déclaré dit arrêt immédiatement exécutoire.
3.Le 14 septembre 2011, les défenderesses ont interpellé le
Président du Tribunal civil afin que celui-ci atteste qu’aucune action
n’avait été ouverte, alors que le délai de nonante jours pour valider les
mesures provisionnelles en inscription d’une hypothèque légale des
artisans et entrepreneurs était échu.
Le 15 septembre 2011, le demandeur s’est spontanément
déterminé sur la lettre des défenderesses, contestant l’échéance invoquée
et exposant que selon lui, les mesures provisionnelles étaient entrées en
force le 20 juin 2011 et que le délai, suspendu durant les féries judiciaires,
n’était pas encore échu.
Par avis du même jour, la Présidente du Tribunal civil a
répondu aux parties que compte tenu des dates de notification de l’arrêt
sur appel, le délai de recours au Tribunal fédéral avait commencé à courir
le 23 mai 2011 et que l’arrêt sur appel était dès lors définitif et exécutoire
depuis le 23 juin 2011, de sorte que c’était à partir de cette date que
commençait à courir le délai de nonante jours pour ouvrir action.
4.Par demande en inscription définitive d’une hypothèque légale
des artisans et entrepreneurs du 16 septembre 2011, le demandeur a
conclu à ce qu’ordre soit donné au Registre foncier de Grandson Yverdon
d’inscrire définitivement en faveur d’A. et sur les bien-fonds dont
sont propriétaires PPE B., la PPE C. et les copropriétaires
nommément désignés, une hypothèque légale des artisans et
entrepreneurs d’un montant de 13'929 fr. 45, avec intérêts 5% l’an dès le
15 janvier 2010, plus accessoires légaux.
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Le 18 novembre 2011, les défenderesses ont conclu au rejet
de la demande et soulevé l’exception de tardiveté de la demande au fond.
Dans ses déterminations du 20 février 2012, le demandeur a
contesté l’exception soulevée par les défenderesses.
Une audience s’est tenue le 20 mars 2012, au cours de
laquelle la Présidente du Tribunal civil a décidé, en application de l’art.
125 CPC, de limiter dans un premier temps la procédure à l’examen de la
question du respect ou non par le demandeur du délai de nonante jours
imparti par le chiffre V de l’ordonnance de mesures provisionnelles du 31
mars 2010 pour ouvrir action au fond en validation de la procédure
provisionnelle, dès lors que la réponse à cette question était de nature à
simplifier considérablement le procès. Un délai a alors été imparti aux
parties pour déposer un mémoire de droit au sujet de cette question.
Par « mémoire sur question préjudicielle » du 15 mai 2012, le
demandeur a en substance conclu à ce qu’il plaise à la Présidente du
Tribunal civil constater qu’il avait agi dans le délai imparti pour ouvrir
action au fond en validation de la procédure provisionnelle et dire que
l’instruction de la cause se poursuivait.
Par mémoire du même jour, les défenderesses ont une
nouvelle fois conclu au rejet des conclusions de la demande, au motif que
celle-ci n’avait pas été interjetée dans le délai imparti.
Le demandeur a déposé une réplique le 16 mai 2012. Les
défendeurs ont dupliqué le 21 mai 2012.
E n d r o i t :
1.L'appel est recevable contre les décisions finales de première
instance (art. 308 al. 1 let. a CPC) au sens de l'art. 236 CPC, dans les
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causes patrimoniales dont la valeur litigieuse dépasse 10'000 fr. (art. 308
al. 2 CPC).
Formé en temps utile (art. 311 al. 1 CPC) par une partie qui y a
intérêt (art. 59 al. 2 let. a CPC), contre une décision finale de première
instance rendue dans une cause patrimoniale dans laquelle les conclusions
portent sur un montant supérieur à 10’000 fr., l'appel est recevable.
2.L'appel peut être formé pour violation du droit (art. 310 let. a
CPC) et constatation inexacte des faits (art. 310 let. b CPC). La violation du
droit, au sens de l’art. 310 let. a CPC, doit s’entendre largement et vise
toute application incorrecte du droit écrit ou non écrit, qu’il s’agisse de
droit matériel ou de la procédure, du droit fédéral ou du droit cantonal
(Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 2 ad art. 310 CPC). L’autorité
d’appel peut revoir l’ensemble du droit applicable, y compris les questions
d’opportunité ou d’appréciation laissées par la loi à la décision du juge, et
doit le cas échéant appliquer le droit d’office conformément au principe
général de l’art. 57 CPC (JT 2011 III 43).
3.a) Dans un premier moyen, l’appelant fait valoir que le délai
de nonante jours imparti par la Présidente du Tribunal civil pour requérir
l’inscription définitive de l’hypothèque légale des artisans et
entrepreneurs a été respecté, ce délai étant suspendu par les féries de
l’art. 145 al. 1 let. b CPC. Subsidiairement, il fait valoir que le tribunal
aurait dû rendre les parties attentives à l’absence de féries, en application
de l’art. 145 al. 3 CPC.
b) aa) Aux termes de l’art. 961 al. 3 CC, qui traite de la
question des inscriptions provisoires au Registre foncier, le juge statue sur
la requête et autorise l’inscription provisoire si le droit allégué lui paraît
exister ; il détermine exactement la durée et les effets de l’inscription et
fixe, le cas échéant, un délai dans lequel le requérant fera valoir son droit
en justice.
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9 -
Selon la jurisprudence antérieure au 1
er
janvier 2011, lorsque
le droit fédéral prévoit une disposition telle que l’art. 961 al. 3 CC, la
question de l’ouverture de l’action ne relève pas des règles cantonales,
quand bien même la loi ne fixe pas elle-même le délai dans lequel le
demandeur doit invoquer son droit en justice, mais laisse au juge le soin
d’y procéder. La conséquence de l’inobservation du délai est dès lors la
même que quand il est déterminé par la loi, à savoir la péremption du
droit (ATF 119 II 434 c. 2a et réf). Or, un délai péremptoire de droit fédéral
ne saurait être ni interrompu, ni suspendu. II ne peut non plus être
prolongé ou restitué en vertu des seules règles cantonales de procédure
(ATF 119 II 434 c. 2a; ATF 101 II 86 c. 2 et réf); tout au plus peut-il l’être
par décision du juge, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un délai légal
(ATF 119 II 434 c. 2a; ATF 97 II 209 c. 2; ATF 66 II 105 c. 1). En outre, la
durée de validité de l’inscription provisoire au registre foncier dépend,
s’agissant de l’inscription d’une hypothèque légale, de l’ouverture du
procès en inscription définitive. Lorsque celui-ci a été introduit dans le
délai fixé, l’annotation effectuée à titre provisoire reste valable jusqu’à
droit connu sur le fond. Le Tribunal fédéral en a déduit que la sécurité
juridique commandait également que cette question ne dépende pas de
l’application du droit cantonal de procédure (ATF 119 II 434 c. 2a et b).
Depuis l’unification de la procédure civile au niveau fédéral le
1
er
janvier 2011, les règles applicables au délai fixé par le juge pour la
validation de mesures provisionnelles ont été précisées.
Selon l’art. 263 CPC, entré en vigueur le 1
er
janvier 2011, si des
mesures provisionnelles sont prononcées alors que l’action au fond n’est
pas encore pendante, le tribunal impartit au requérant un délai pour le
dépôt de la demande, sous peine de caducité des mesures ordonnées.
L’art. 145 al. 1 CPC prévoit quant à lui que les délais légaux et
les délais fixés judiciairement ne courent pas pendant les féries. Or, le
délai de l’art. 263 CPC est fixé judiciairement et est dès lors être suspendu
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durant les féries. En effet, ce n’est pas le droit civil qui impose la fixation
du délai pour valider des mesures provisionnelles, mais bien le nouveau
CPC.
Pour considérer que le délai fixé pour ouvrir action n’était pas
suspendu, le premier juge se fonde essentiellement sur l’ATF 119 II 434 c.
2a et 2b, dans lequel le Tribunal fédéral avait considéré que le délai de
l’art. 961 al. 3 CC constituait un délai de droit matériel fédéral, qui ne
saurait être ni interrompu ni suspendu. Or, comme exposé plus haut, la
radio decidendi de la Haute Cour était alors essentiellement d’éviter que
les règles diverses du droit cantonal de procédure, notamment sur les
féries, puissent influer sur le cours du délai pour ouvrir action en
inscription définitive et que, par exemple, une action ouverte dans le
canton de Zurich soit jugée recevable alors que ne le serait pas une action
ouverte dans le canton de Vaud, en vertu de règles différentes sur les
féries. Ce but de sécurité du droit n’est plus pertinent depuis l’entrée en
vigueur du CPC fédéral.
Il y a ainsi lieu d’admettre, même si l’art. 961 al. 3 CC n’a pas
été formellement abrogé par l’entrée en vigueur du CPC, que l’art. 263
CPC s’applique à toutes les mesures provisionnelles, indépendamment du
point de savoir si le droit matériel contient une règle semblable (en ce
sens Schumacher, Das Bauhandwerkerpfandrecht, Ergänzungsband zur 3.
Auflage, Zurich 2011, n. 678). On ne comprendrait au demeurant pas pour
quelle raison seul le délai de l’art. 961 al. 3 CPC serait soustrait aux règles
sur la suspension des délais alors que tous les autres délais impartis par le
juge pour valider des mesures provisionnelles y seraient soumis. En
d’autres termes, l’art. 961 al. 3 CC ne constitue pas une règle dérogeant à
l’art. 263 CPC, en instituant une règle de droit matériel empêchant
l’application des règles sur les féries, mais revêt désormais une nature
procédurale.
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Il est vrai que le délai pour ouvrir action en inscription
définitive d’une hypothèque légale ordonnée seulement à titre provisoire
est prévu dans son principe à l’art. 961 al. 3 CC. Mais cette disposition ne
fait que régler l’éventualité de la fixation d’un délai (« le cas échéant », «
nötigenfalls »), fixation qui n’est pas imposée par l’art. 960 CC traitant de
l’annotation de restrictions au droit d’aliéner. Il s’avère ainsi que
l’obligation de fixer un délai ne figure qu’à l’art. 263 CPC. C’est aussi cette
disposition et non pas l’art. 961 al. 3 CC qui exige que la fixation du délai
soit assortie d’une commination de caducité des mesures ordonnées
(Schumacher, loc. cit.). Il faut déduire de ces principes que le délai pour
ouvrir action en validation de l’inscription d’une hypothèque légale est de
nature procédurale et se trouve saisi par l’art. 145 al. 1 CPC. L’avis des
auteurs qui considèrent toujours, en référence à l’ATF 119 II 434, que le
délai judiciaire de l’art. 961 al. 3 CC est un délai de péremption de droit
matériel fédéral non suspendu par les féries (Hohl, Porcédure civile II, 2
e
éd., n. 962 p. 178 ; Gloor, Autorisation de procéder — délai pour porter
l’action devant le tribunal — suspension de ce délai pendant les féries
judiciaires, DTA 2012 pp. 155 ss, en particulier p. 158 ch. 4; Frei, Berner
Konimentar, n. 2 ad art. 142 CC; Benn, Basler Kommentar, nn. 6-7 ad art.
142 CC; Hoffmann-Novotny, KUKO-ZPO, n. 5 Rem. prél. ad art. 142-149
CPC) ne peut dès lors être suivi.
Par souci d’exhaustivité, il faut préciser que le délai fixé par le
juge en application de l’art. 961 al. 3 CC, outre le fait qu’il se rapproche de
l’art. 263 CPC, ne doit pas être assimilé aux autres délais prévus par le
droit matériel fédéral, et ceci pour plusieurs raisons. D’une part, il ne s’agit
pas d’un délai qui se compte en années comme beaucoup de délais
prévus par le droit matériel (parmi ceux-ci les délais pour ouvrir l’action en
désaveu de paternité [art. 256c CC], l’action en contestation de la
reconnaissance de paternité [art. 260c CC], l’action en paternité [art. 263],
l’action en constatation de la nullité du testament [art. 521 CC] et l’action
en réduction [art. 533 CC]), pour lesquels le prolongement en raison de
plusieurs périodes successives de féries n’a pas de sens. D’autre part,
comme exposé plus haut en référence à l’arrêt publié aux ATF 138 II 615,
comme dans le cas de l’art. 209 CPC, l’intérêt du requérant de ne pas
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avoir à faire valoir son droit en justice pendant les féries l’emporte sur
celui de l’intimé d’être fixé sur le sort de la procédure. Or, tel n’est pas le
cas pour les autres délais prévus dans le droit matériel. Si les art. 961 al. 3
CC et 209 CPC poursuivent un objectif de sécurité juridique (tout comme
les délais relatifs aux actions susmentionnées ainsi qu’à l’action en
annulation d’une décision de l’association [art. 75 CC], l’action en
responsabilité en matière de protection de l’adulte [art. 454 CC], l’action
en inscription d’une hypothèque légale des artisans et entrepreneurs [839
al. 2 CC], l’action en annulation du congé [336b al. 2 CO], et l’action en
annulation d’une décision de l’assemblée générale de la société anonyme
[art. 706a al. 1 CO]), la pesée des intérêts en présence doit s’effectuer
différemment selon que l’instance est déjà liée ou non. Dans le second
cas, l’intérêt du défendeur d’avoir connaissance des prétentions qui sont
formulées à son encontre et de savoir dans quel délai elles peuvent être
formulées sans se livrer à des computations compliquées l’emporte sur
celui du demandeur à l’action de bénéficier de périodes de vacances
judiciaires.
bb) L’inscription provisoire d’une hypothèque légale des
artisans et entrepreneurs est obtenue par la voie des mesures
provisionnelles, qui est régie par la procédure sommaire (art. 248 let. d
CPC). Selon l’art. 145 al. 2 let. b CPC, la suspension des délais ne
s’applique pas à la procédure sommaire. Il y a dès lors lieu d’examiner si
le délai fixé par la Présidente du Tribunal civil à A.________ pour ouvrir
action en inscription définitive de l’hypothèque légale des artisans et
entrepreneurs relevait également de la procédure sommaire et que, de ce
fait, il n’était pas suspendu.
Dans un arrêt récent, le Tribunal fédéral a considéré que le
délai de l’art. 209 al. 4 CPC pour ouvrir action lorsque la conciliation
n’aboutit pas en matière de bail est suspendu par les féries, alors même
que l’art. 145 al. 2 let. a CPC prévoit que la suspension des délais ne
s’applique pas à la procédure de conciliation. Selon la Haute Cour, « le
délai de l’art. 209 CPC commence à courir avec la notification de
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l’autorisation de procéder, à savoir à un moment où il n’y a plus de
procédure de conciliation en cours. Ce délai, a fortiori, s’écoule alors que
cette procédure est close et l’autorité de conciliation dessaisie. On ne
saurait dès lors admettre sans autre qu’il est un élément de la procédure
de conciliation » (ATF 138 III 615, c. 2.3). Dans cet arrêt, le Tribunal
fédéral a également retenu que l’intérêt du demandeur à ne pas devoir
déposer une demande pendant les féries l’emporte sur celui du défendeur
à être fixé sur la poursuite du litige, sachant que si cette écriture devait
être déposée dans le délai non suspendu, la procédure judiciaire n’en
serait pas moins ralentie par les féries (ibid.).
Il y a lieu de raisonner de la même manière pour le délai de
l’art. 263 CPC, en ce sens que la procédure en validation des mesures
provisionnelles est une procédure judiciaire ordinaire soumise aux règles
du CPC, soit à la procédure ordinaire ou simplifiée suivant la valeur
litigieuse (Bohnet, L’hypothèque légale des artisans et entrepreneurs en
procédure civile suisse, in : Le nouveau droit de l’hypothèque légale des
artisans et entrepreneurs, Neuchâtel 2012, n. 112, p. 86 ; contra :
Schumacher, op. cit., n. 688 p. 214, qui considère que les féries sont
inapplicables en vertu de l’art. 145 al. 2 let. b CPC, tout en relevant que, si
le juge n’a pas attiré l’attention des parties sur ce point conformément à
l’art. 145 al. 3 CPC, on doit tenir compte des féries). Les dispositions sur
les féries et la suspension des délais de l’art. 145 CPC seront donc
applicables en cours de procédure (cf également CACI 15 janvier 2013/31
c. 4 s’agissant de l’application de l’art. 63 LP [loi fédérale sur la poursuite
pour dettes et la faillite du 11 avril 1889, RS 281.1] au délai pour ouvrir
action en contestation de l’état de collocation). Au moment où les mesures
provisionnelles sont ordonnées, la procédure, régie par les règles de la
procédure sommaire, est close, de sorte que l’art. 145 al. 2 let. b CPC n’est
pas applicable.
cc) Selon l’art. 145 al. 3 CPC, les parties sont rendues
attentives aux exceptions prévues à l’al. 2, soit à l’absence de suspension
des délais dans la procédure de conciliation et la procédure sommaire. Si
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le tribunal viole cette obligation, les délais doivent être suspendus
(Message relatif au Code de procédure civile suisse du 28 juin 2006, FF
2006 6841, p. 6919). Bien que certains auteurs nuancent cette sanction
dans les cas où la partie est représentée par un mandataire professionnel
notamment (Tappy, CPC commenté, Bâle 2011, n. 16 ad art. 145 CPC), le
Tribunal fédéral a récemment confirmé que le devoir du tribunal de rendre
les parties attentives aux exceptions à la suspension des délais constitue
une règle de validité, de sorte que si l'indication fait défaut, les délais sont
suspendus (ATF 139 III 78 c. 5).
Cet élément est toutefois sans importance pour le cas
d’espèce, dans la mesure où le délai prévu par l’art. 961 al. 2 CC est
suspendu en application de l’art. 145 al. 1 CPC, comme exposé plus haut.
c) Au vu de ce qui précède, force est de constater que le délai
de nonante jours imparti par la Présidente du Tribunal civil à A.________
pour requérir l’inscription définitive de l’hypothèque légale des artisans et
entrepreneurs sur les parcelles des intimés a été suspendu du 15 juillet au
15 août, en application de l’art. 145 al. 1 let. b CPC.
4.a) Dans un deuxième moyen, l’appelant soutient que l’arrêt
sur appel du Tribunal d’arrondissement du 11 février 2011, dont la
motivation a été reçue le 21 mai 2011, n’est devenu définitif qu’à
l’échéance du délai de 30 jours pour recourir au Tribunal fédéral, selon
l’art. 100 al. 1 LTF (loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005, RS 173.110),
de sorte que le délai pour valider les mesures provisionnelles n’a pas
couru avant le 23 juin 2011.
b) Aux termes de l’art. 405 al. 1 CPC, les recours sont régis par
le droit en vigueur au moment de la communication de la décision aux
parties. Ce moment correspond à la date de l’envoi de la décision par le
tribunal (ATF 137 III 130 c. 2). En l’espèce, l’arrêt sur appel du 11 janvier
2011 a été communiqué aux parties le 19 mai 2011. Les voies de droit
sont dès lors régies par le CPC fédéral à l’encontre de cette décision.
-
15 -
Contrairement à ce que soutient l’appelant, l’arrêt sur appel du
Tribunal d’arrondissement ne pouvait faire l’objet d’un recours direct au
Tribunal fédéral. En effet, selon la jurisprudence, les cantons doivent
soumettre au tribunal supérieur, c’est-à-dire au Tribunal cantonal, les
recours pendants au 1
er
janvier 2011 qui seraient jugés après cette date. A
compter de cette date, le recours au Tribunal fédéral n’est recevable que
contre une décision cantonale de dernière instance (art. 75 al. 1
er
LTF),
prise par un tribunal supérieur (art. 75 al. 2 1
ère
phrase LTF) et, sauf
exceptions expresses, rendue sur recours (art. 75 al. 2 2
ème
phrase LTF).
Dès lors, si un jugement d’appel est rendu par un tribunal
d’arrondissement, lequel n’est pas un tribunal supérieur au sens de l’art.
75 al. 2 1
ère
phrase LTF, le recours devant le Tribunal fédéral est
irrecevable (ATF 137 III 238 c. 2, JT 2011 III 105).
La Cour d’appel civile a déduit de cette jurisprudence que la
voie de l’appel des art. 308ss CPC auprès du juge unique de la Cour
d’appel civile était ouverte contre un jugement d’appel sur mesures
provisionnelles communiqué après le 1er janvier 2011 par un tribunal
d’arrondissement (JT 2011 III 106). Le délai d’appel est cependant de dix
jours lorsque la décision a été en prise en procédure sommaire de
mesures provisionnelles (art. 314 al. 1 CPC).
c) En l’espèce, il y a lieu de retenir, avec le premier juge, que
la décision de mesures provisionnelles est devenue définitive le 31 mai
2011, soit à l’échéance du délai d’appel de dix jours auprès de la Cour
d’appel civile du Tribunal cantonal. Dès lors, et au vu des éléments
développés au considérant 3b, le délai de nonante jours imparti par la
Présidente du Tribunal civil a couru dès le 1
er
juin jusqu’au 14 juillet (soit
pendant 44 jours) et a repris son cours le 16 août pour arriver à échéance
le 30 septembre 2011. Il n’était donc pas échu lors du dépôt de la
demande de l’appelant, le 16 septembre 2011.
-
16 -
L’appel doit dès lors être admis sur ce point et le prononcé
attaqué doit être réformé en ce sens que la demande en inscription
définitive d’une hypothèque légale des artisans entrepreneurs formée le
16 septembre 2011 par A.________ est recevable, la cause étant renvoyée
à la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord
vaudois pour la poursuite de l’instruction.
- a) Il résulte de ce qui précède que l’appel doit être admis, et le
prononcé réformé en ce sens que la demande est recevable, la cause
étant renvoyée à la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de la
Broye et du Nord vaudois pour la poursuite de l’instruction.
Outre le paiement de l’avance de frais de première instance de
1'400 fr., les intimés, qui succombent, verseront à l’appelant un montant
de 3’240 fr. à titre de dépens de première instance, soit un montant total
de 4'640 francs.
Il y a lieu de réserver la question du montant de l’indemnité
allouée à Me John-David Burdet pour la procédure de première instance à
la décision finale.
b) Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 713 fr.
(art. 62 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010, RSV
270.11.5]), seront entièrement mis à la charge des intimés qui
succombent (art. 106 al. 1 CPC).
c) Les intimés doivent verser, solidairement entre eux, la
somme de 1'200 fr. à l’appelant à titre de dépens de deuxième instance.
d) Me John-David Burdet a produit une liste détaillée de ses
opérations, faisant état de 4 heures et 15 minutes de travail. Son
-
17 -
indemnité d’office doit être arrêtée à 836 fr. 20, correspondant au nombre
d’heures annoncé à un tarif horaire de 180 fr., plus 61 fr. 20 de TVA et 10
fr. de débours.
Par ces motifs,
la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos,
p r o n o n c e :
I.L’appel est admis.
II.Il est à nouveau statué comme il suit :
I.-La demande est recevable, la cause étant renvoyée à
la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de
la Broye et du Nord vaudois pour la poursuite de
l’instruction.
II.- Les frais judiciaires, arrêtés à 1'400 fr. (mille quatre
cents francs), sont mis à la charge de Communauté
des copropriétaires PPE B., bâtiments H et PPE
C., solidairement entre elles, le sort des frais
du Registre foncier étant renvoyé à la décision finale.
III.- L’indemnité d’office de l’avocat John-David Burdet,
conseil d’A., sera arrêtée dans le cadre de la
décision finale.
IV.- PPE B., bâtiments H et PPE C.,
solidairement entre elles, doivent verser à A.
la somme de 3’240 fr. (trois mille deux cent quarante
francs) à titre de dépens.
III.Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 713 fr.
(sept cent treize francs), sont mis à la charge des intimées,
solidairement entre elles.
-
18 -
IV.L’indemnité d’office de Me John-David Burdet, conseil de
l’appelant, est fixée à 836 fr. 20 (huit cent trente-six francs
et vingt centimes), TVA et débours compris.
V.Les intimées PPE B., bâtiments H et PPE C.,
solidairement entre elles, doivent verser à l’appelant
A.________ la somme de 1'200 fr. (mille deux cents francs) à
titre de dépens de deuxième instance.
VI.L’arrêt motivé est exécutoire.
Le président :La greffière :
Du 1
er
juillet 2013
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit
aux intéressés.
La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :
-Me John-David Burdet, avocat (pour A.),
-Me Laurent Gilliard, avocat (pour PPE B. et PPE C.________)
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est de
13'935 fr. 25.
-
19 -
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Dans les affaires
pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de
droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la
contestation ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF).
Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :
-Mme la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et
du Nord vaudois.
La greffière :