Shareholder voting agreement and blocking clause are valid

BGE 88 II 172Federal Supreme Court Official Reports (BGE) / Band IIJun 12, 1962Dismissed

Extracted by Omnilex

Omnilex summary

Gérard Spinedi challenged a contractual penalty claimed by Bornand and Cavazza after he sold shares despite a shareholders' voting and blocking agreement. The Federal Tribunal held that such agreements are valid in principle, that the six-year commitment was not immoral or contrary to personal freedom, that headcount voting within the syndicate was permissible, and that no conflict with the company's statutes was shown. The appeal in reform was rejected, leaving the cantonal award of CHF 192,000 intact.

Omnilex headnote

Art. 19 CO, Art. 20 CO, Art. 27 al. 2 CC, Art. 530 ss CO, Art. 534 al. 2 CO; validity of shareholder voting and blocking agreements. Shareholder agreements on the exercise of voting rights, combined with share-blocking clauses, are admissible in principle. They are void only if their object is unlawful or contrary to morals; a pecuniary obligation is immoral only where it jeopardizes the debtor's economic existence. A contractual rule of headcount voting within a simple partnership is not incompatible with company law, since it does not alter the statutory voting weight attached to shares but merely limits the parties' contractual freedom in exercising their rights (consid. 1-2).

Full text

Urteilskopf

88 II 172

  1. Extrait de i'arrêt de la Ie Cour civile du 12 juin 1962 dans la cause Spinedi contre Bornand et Cavazza.

Sachverhalt

ab Seite 172

Résumé des faits:

Le capital de la société anonyme Jean Spinedi (la société) s'élève à 500 000 fr. Il est divisé en 500 actions au porteur de 1000 fr. chacune. En 1957, les actions étaient réparties entre 5 actionnaires. Georges Spinedi en avait 192, Gérard Spinedi 192, Bloch 50, Bornand 33 et Cavazza 33. Gérard Spinedi, Bornand et Cavazza étaient membres du conseil d'administration de la société.

Le 1er décembre 1957, Gérard Spinedi, Bornand et Cavazza signèrent une convention constituant un syndicat d'actionnaires dénommé "le groupe", qui, avec ses 258 actions, détenait plus de la moitié du capital social.

L'art. 2 de la convention dispose:

"Les membres de ce groupe conservent la pleine propriété de leurs actions ainsi que leur qualité d'actionnaire. Ils s'engagent seulement à exercer leurs droits d'actionnaires dans le sens indiqué et adopté par le groupe."

Selon l'art. 5, le groupe prend ses décisions à la majorité absolue, chaque membre possédant une voix, quel que soit le nombre de ses actions.

L'art. 18, modifié par un avenant du 28 mai 1959, prescrit:

"Les présents signataires déclarent n'avoir pas conclu auparavant d'accords contraires à l'esprit et aux intentions de la présente convention. Ils s'engagent en outre à n'en pas signer d'autres. La violation de cette clause entraînera une pénalité de 1000 fr. (mille francs) par titres détenus par celui qui viole ladite clause, indemnité à verser au ou aux lésés..."

Les membres s'engageaient à déposer leurs actions soit dans une banque soit chez un notaire, où elles resteraient bloquées en garantie de l'exécution intégrale de la convention (art. 20).

Selon l'art. 23, la convention était conclue pour une durée de 6 ans à compter du 1er décembre 1957.

Les parties avaient conclu auparavant une première convention, sous l'empire de laquelle elles se sont interdit de vendre, louer ou céder leurs actions, considérées comme bloquées, bien que n'étant pas encore déposées dans une banque, dès la signature de la convention provisoire du 10 décembre 1956, rendue définitive par l'avenant du 1er juin 1957.

D'un commun accord, les membres du groupe ont prolongé au 30 juin 1959 le délai fixé à l'art. 20 pour déposer leurs actions.

Le 15 juin 1959, Gérard Spinedi vendit ses 192 actions à Georges Spinedi.

Le 19 octobre 1959, Bornand et Cavazza assignèrent Gérard Spinedi en paiement de 192 000 fr. représentant la peine conventionnelle de 1000 fr. par action prévue à l'art. 18 de la convention. Déboutés en première instance, ils obtinrent gain de cause devant la Cour de justice civile du canton de Genève, qui statua le 9 mars 1962. Le Tribunal fédéral a rejeté le recours en réforme de Gérard Spinedi.

Erwägungen

Extrait des considérants:

  1. La convention litigieuse est un accord sur l'exercice des droits de l'actionnaire et plus précisément une convention de vote combinée avec une convention de blocage. De tels accords sont valables dans les limites fixées par l'art. 19 CO (PATRY, Les accords sur l'exercice des droits de l'actionnaire, RDS 1959, II, p. 63 a et 137 a ch. 4; GLATTFELDER, Die Aktionärbindungs-Verträge, RDS 1959, II, p. 243 a ss.). En l'absence d'un acte contraire à la loi ou aux statuts, tout actionnaire est en effet libre de voter suivant les désirs d'un tiers (RO 81 II 542, consid. 4 in fine). Le recourant ne conteste pas, avec raison, que les accords sur l'exercice des droits de l'actionnaire soient valables en principe. Il soutient, en revanche, que la convention conclue en l'espèce est nulle, parce que son objet serait illicite et contraire aux moeurs (art. 20 CO).

2.a) Le recourant invoque plus précisément l'art. 27 al. 2 CC, aux termes duquel "nul ne peut aliéner sa liberté, ni s'en interdire l'usage dans une mesure contraire aux lois ou aux moeurs". Selon la jurisprudence, les engagements de nature pécuniaire ne sont contraires aux moeurs que s'ils mettent en péril l'existence économique du débiteur (RO 40 II 240, 51 II 167 s., 84 II 23, 277, 635). En s'obligeant à voter selon les décisions du groupe et à déposer ses actions en main tierce, pendant une durée de six ans, le recourant ne s'est pas exposé à un tel risque.

Administrateur de la société, il était d'ailleurs à même de mesurer exactement la portée de ses engagements.

En fait, le recourant n'a jamais été lésé par une décision du groupe. C'est grâce à celui-ci, au contraire, qu'il a présidé le conseil d'administration de la société. Aussi son argumentation repose-t-elle uniquement sur des hypothèses. A ses dires, le groupe aurait pu, par exemple, décider de faire révoquer par l'assemblée générale son mandat d'administrateur. Pareille décision serait toutefois contraire aux règles de la bonne foi. Le recourant n'eût dès lors pas été tenu d'émettre un vote dans ce sens. Il eût été fondé à opposer le moyen pris de l'abus de droit (art. 2 CC), si les autres membres du groupe lui avaient réclamé le paiement de la peine conventionnelle.

b) Selon le recourant, la convention serait contraire aux moeurs parce qu'elle annulerait la puissance de vote attachée à ses actions. Certes, il aurait pu se voir obligé par une décision du groupe de voter à l'assemblée générale, avec ses 192 actions, dans le sens désiré par les intimés, qui n'ont ensemble que 66 actions. A l'intérieur du groupe, chaque membre dispose en effet d'une voix, quel que soit le nombre de ses actions. Une règle semblable serait exclue pour le droit de vote à l'assemblée générale de la société anonyme (cf. art. 692 et 693 CO). Mais le groupe est une société simple (art. 530 ss. CO). Or, selon l'art. 534 al 2 CO, lorsque le contrat remet les décisions de la société à la majorité, celle-ci se compte par tête. Peu importe que les apports des membres soient inégaux (cf. art. 531 al. 2 CO), comme en l'espèce.

c) Le recourant soutient encore que la convention viole l'art. 693 CO, en créant par un moyen détourné des actions à droit de vote privilégié. S'il est vrai qu'à l'intérieur du groupe, le droit de vote n'est pas proportionnel au nombre des actions détenues par chaque membre, le droit de vote à l'assemblée générale attaché à chaque action n'est pas diminué ni augmenté pour autant. L'accord restreint seulement la liberté des parties dans l'exercice de leurs droits d'actionnaires. Pareille limitation est licite, comme on l'a vu.

d) Il ne résulte pas des faits constatés par la juridiction cantonale que la convention soit contraire aux statuts de la société. Le recourant ne le prétend d'ailleurs pas.

Keywords

shareholders' agreementvoting rightsshare blockingcontractual penaltyimmoralitypersonal freedomsimple partnershipcompany statutes

Extracted by Omnilex

Key legal question

Whether the shareholder voting and blocking agreement was void for unlawful object or immorality.

Extracted holding

The agreement was valid in principle as a permissible arrangement on the exercise of shareholder rights and a share-blocking pact.

Extracted reasoning

Such agreements are lawful within the limits of Art. 19 CO. The six-year commitment did not endanger the appellant's economic existence, and he knowingly assumed the obligations as a director.

Key legal question

Whether the agreement violated personal freedom under Art. 27 para. 2 CC.

Extracted holding

No excessive surrender of freedom was shown.

Extracted reasoning

A pecuniary commitment is contrary to morals only if it endangers the debtor's economic existence; that was not the case here.

Key legal question

Whether the agreement unlawfully deprived the shares of their voting power or created privileged voting shares contrary to company law.

Extracted holding

The agreement only limited the parties' freedom in exercising their shareholder rights; it did not alter the voting rights attached to the shares.

Extracted reasoning

Inside the syndicate, decisions by headcount are permissible in a simple partnership under Art. 534 para. 2 CO; the statutory voting rights in the company were neither reduced nor increased.

Key legal question

Whether the agreement was contrary to the company statutes.

Extracted holding

No inconsistency with the statutes was established.

Extracted reasoning

The facts found by the cantonal court did not show any conflict with the articles of association, and the appellant did not seriously contend otherwise.

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