406
TRIBUNAL CANTONAL
PP 29/15 - 11/2017
ZI15.047140
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Composition : Mme P A S C H E , présidente
MmesRöthenbacher et Berberat, juges
Greffière:MmeBerseth Béboux
Cause pendante entre :
R.R., à [...], demandeur, représenté par Me Karim Hichri, avocat à
Lausanne,
et
S., à Lausanne, défenderesse.
Art. 23, 24 al. 1 LPP
-
2 -
E n f a i t :
A.R.R.________ (ci-après : l’assuré ou le demandeur), né en [...],
marié et père de deux filles, B.R., née le [...] 1989 et C.R.,
née le [...] 1996, droitier, a commencé à travailler en Suisse en 1991
auprès de diverses entreprises. Il a ensuite œuvré comme indépendant de
1998 à 2002, année durant laquelle il a aussi travaillé pour le compte de
T.. Le 1
er
juillet 2003, il a été engagé par W. comme
tailleur de pierres et paveur à plein temps. Le 25 septembre 2003,
l’employeur a demandé l’affiliation de l’assuré auprès de S.________
(initialement : S.________ ; ci-après également : la fondation ou la
défenderesse), en sa qualité de paveur – aide jardinier, au taux de 100%
pour un salaire AVS annuel de 70'200 francs.
A l’automne 2005, l’assuré a commencé à présenter des
douleurs au niveau de son épaule et de son bras droits.
Les conclusions du rapport d’IRM de l’épaule droite du 28
novembre 2005 du Dr L., radiologue, étaient les suivantes :
« Déchirure très distale du tendon sus-épineux significative mais
encore partielle, d’orientation transverse, touchant la moitié
humérale de ce tendon sur une petite partie de sa section.
Légère bursite sous-acromio-deltoïdienne. Acromion de type II avec
hypertrophie synoviale potentiellement génératrice d’un conflit.
Aspect hyperintense de l’os médullaire de l’omoplate mais
correspondant encore à de la moelle rouge. »
La Dresse D., spécialiste en chirurgie orthopédique et
traumatologie de l’appareil locomoteur, a constaté le 9 décembre 2005
que les radiographies ne montraient rien de spécial, l’IRM révélant une
petite tendinite chronique du sus-épineux avec une microfissure de la face
articulaire non transfixiante. La Dresse D.________ préconisait la reprise
d’activité, toutefois pas dans l’activité de paveur, estimant une annonce à
l’assurance-invalidité pour un reclassement indispensable.
-
3 -
Le 26 septembre 2006, l’employeur a annoncé un cas
d’incapacité de travail dépassant trois mois à S., avec un début
d’incapacité au 23 novembre 2005.
Dans son rapport à la Dresse D. du 3 octobre 2006, le
Dr K., spécialiste en médecine interne générale et en
rhumatologie, a indiqué que l’assuré souffrait du membre supérieur droit
avec un conflit sous-acromial. Il y avait également des douleurs musculo-
tendineuses distalement.
Le 30 novembre 2006, l’assuré a déposé une demande de
prestations auprès de l’Office pour l’assurance-invalidité du canton de
Vaud (ci-après : OAI), en faisant état d’une atteinte à l’épaule droite et au
membre supérieur droit existant depuis trois à quatre ans.
Dans son rapport à l’OAI du 27 décembre 2006, le Dr
K. a retenu une incapacité de travail totale dans l’activité de
paveur depuis le 8 juin 2006, mais une capacité de travail entière dans
une activité adaptée (surveillance, manipulation de petites pièces, vente),
et ce dès le 1
er
janvier 2007. Les positions assise et debout pouvaient être
tenues 8 heures par jour, et la même position durant 4 heures. Le port de
charges ne devait pas excéder 10 kilos et les mouvements des membres
ou du dos n’être qu’occasionnels.
Le 28 décembre 2006, le Dr K.________ a posé le diagnostic
avec effet sur la capacité de travail de douleurs du membre supérieur
droit avec tendo-myogéloses étagées et conflit sous-acromial de l’épaule
droite. L’incapacité de travail dans l’activité habituelle était totale depuis
le 8 juin 2006, des mesures professionnelles étant indiquées. Toute
activité ne nécessitant pas d’effort avec le membre supérieur droit, en
particulier d’élévation au-delà de la ligne des pectoraux, ni de port de
charges de plus de 10 kilos et travaux de manipulation répétitifs était
exigible, 8 heures par jour, sans baisse de rendement.
-
4 -
Dans son rapport à l’OAI du 31 janvier 2007, la Dresse
D.________ a diagnostiqué avec effet sur la capacité de travail une
polyinsertionite et une tendinopathie du sus-épineux, estimant des
mesures professionnelles indiquées, dans la mesure où l’assuré était selon
elle apte à travailler à 100% dans une activité adaptée, ne comportant pas
du martelage à longueur de journée ou des travaux répétitifs en hauteur.
Pour elle, l’utilisation des deux bras/mains était limitée, le port de charges
ne devait pas dépasser 10 kilos et les mouvements répétitifs en hauteur
en force, ainsi que le travail en hauteur, devaient être évités.
Selon le questionnaire pour l’employeur complété le 19 février
2007 par W., entreprise avec siège au C., l’assuré avait été
en incapacité de travail totale du 21 novembre 2005 au 22 janvier 2006,
puis à 50% du 23 janvier au 19 février 2006, et à nouveau à 100% du 15
au 31 décembre 2006.
Le 23 février 2007, le Dr P., médecin traitant de mars
1997 à juin 2006, a posé le diagnostic avec effet sur la capacité de travail
de tendinite distale du tendon sus-épineux droit avec bursite accro-
deltoïdienne droite dès novembre 2005. Le Dr P. a fait état d’une
incapacité de travail à 100% du 23 novembre 2005 au 20 janvier 2006,
puis à 50% du 23 janvier au 15 février 2006, renvoyant pour le surplus au
Dr K., nouveau médecin traitant.
Le 13 décembre 2007, le Dr V., neurologue, a constaté
l’absence de diagnostic sur le plan neurologique.
Dans un courrier du 29 mars 2006 [recte : 2007], le Dr
K.________ a fait savoir à l’OAI que son patient souffrait de douleurs du
membre supérieur droit en relation avec un conflit sous acromial pour
lequel l’indication opératoire n’avait pas été retenue. Après une incapacité
de travail de 8 mois environ comme paveur, il avait repris cette même
activité, la situation s’étant lentement améliorée. Dès la reprise du travail
toutefois, les douleurs réapparaissaient et la situation risquait de se
-
5 -
détériorer, si bien que le Dr K.________ redemandait des mesures
professionnelles pour cet assuré.
Le 8 mai 2007, J.________ a fait savoir à l’OAI avoir indemnisé
les taux et périodes suivants : 100% du 23 novembre 2005 au 22 janvier
2006, 50% du 23 janvier au 19 février 1006, et 100% dès le 18 mai 2006
(à ce jour).
Le 17 juillet 2007, W.________ a communiqué à S.________ l’avis
de démission de l’assuré, en précisant que son salaire lui serait versé
jusqu’au 31 août 2007 (date de sortie).
Le 7 août 2007, T., avec siège à [...], a demandé
l’affiliation de l’assuré auprès de S. à compter du 1
er
septembre
2007, en précisant que le salaire AVS de l’intéressé s’élevait à 76'700 fr.
par an pour un 100%.
Dans un rapport final du 11 septembre 2007, l’OAI a relevé
que l’assuré l’avait informé qu’il travaillait dans son activité habituelle, soit
en tant que paveur, depuis le 1
er
mars 2007 à 100% pour le compte de
l’entreprise T., pour un revenu annuel de 76'700 fr., et ne
souhaitait plus bénéficier des prestations de l’AI. L’OAI estimait toutefois
que l’activité n’était pas adaptée, se référant à l’avis de la Commission
d’examen préliminaire (CEP) du 9 juillet 2007.
Le 26 mai 2008, l’assuré a fait savoir à l’OAI qu’il était à
nouveau à l’arrêt de travail « pour les mêmes raisons médicales que
précédemment », demandant que son dossier soit repris.
Dans son rapport à l’OAI du 27 juin 2008, le Dr K. a
diagnostiqué des cervicobrachialgies ainsi qu’un conflit sous-acromial et
une tendinopathie de l’épaule droite. Pour ce médecin, dans l’activité
habituelle de paveur, la capacité de travail était nulle depuis le 15 mai
2005, pour une durée indéterminée. Une activité adaptée était exigible,
-
6 -
les travaux avec les bras au-dessus de la tête, les soulèvements loin du
corps et le port de charges de plus de 10 kilos devant être évités.
T.________ a communiqué l’avis de démission de l’assuré à
S.________ le 19 août 2008, avec une date de sortie au 30 septembre 2008
(date jusqu’à laquelle le salaire lui serait versé).
Le 17 novembre 2008, le Dr Z., spécialiste en
angiologie, s’est adressé à l’OAI, pour lui indiquer que constatant les
douleurs importantes et bilatérales à la mobilisation des membres
supérieurs, il s’inquiétait de savoir quelle activité pourrait être possible et
raisonnablement exigible de la part de son patient dans le contexte
clinique global.
Le 15 décembre 2008, S. a écrit à l’OAI afin qu’il lui
communique sa décision, ainsi qu’une copie du dossier de l’assuré.
Le 23 décembre 2008, l’OAI a informé l’assuré qu’il prendrait
en charge les frais d’un stage d’observation au centre E.________ d’une
durée de trois mois.
L’assuré a effectué un stage du 9 novembre 2009 au 23 février
2010, durant lequel il a été présent à 100%. Selon le rapport AIP (atelier
d’intégration professionnelle) du 24 février 2010, son comportement au
travail avait été exemplaire. Sur le plan physique, il ne s’était plaint durant
ces trois mois que lors de son module en électricité, car les bras en l’air lui
provoquaient des douleurs. Dans les autres modules, il avait su gérer les
positions de travail.
Selon la situation de prévoyance datée du 18 novembre 2009,
au 1
er
mai 2009, établie à la suite de l’incapacité de travail à 100% du
demandeur dès mai 2008, la rente d’invalidité s’élèverait à 12'438 fr. par
an, et la rente complémentaire pour enfant à 2'487 fr. 60.
-
7 -
Le 22 février 2010, l’OAI a fait savoir à l’assuré qu’il prendrait
en charge les coûts d’une préformation pratique et théorique de
mécapraticien auprès du centre E.________ du 13 février au 9 août 2010,
mesure qui a été prolongée avec la prise en charge de son apprentissage
de mécanicien de production auprès du centre E., du 9 août 2010
au 31 juillet 2011 (cf. communication du 9 juin 2010). L’assuré a présenté
une incapacité, en raison d’un accident, à compter du 28 mars 2010. Selon
la déclaration de sinistre du 6 avril 2010 adressée par E. à la
Caisse nationale suisse d’assurance en cas d’accidents (CNA), il avait
glissé dans la rivière en pêchant et avait subi une contusion du genou
droit.
Le 7 mai 2010, un collaborateur de E.________ a informé l’OAI
par téléphone que l’assuré allait se faire opérer le 7 mai 2010 de deux
hernies inguinales. Le Dr H., médecin assistant à l’Hôpital [...], a
attesté une incapacité de travail totale du 7 mai au 4 juin 2010. Le Dr
F., médecin traitant, a ensuite attesté une incapacité de travail à
50% du 5 au 18 juin 2010. L’assuré a à nouveau présenté une incapacité
de travail totale du 25 juin au 30 septembre 2010.
Dans un courriel à l’OAI du 1
er
décembre 2010, un répondant
de E.________ a indiqué que l’assuré avait débuté le 9 août 2010 un
apprentissage de mécanicien de production à l’atelier mécanique ; son
état de santé s’améliorait et il déclarait moins souffrir qu’au début. Son
genou gauche lui occasionnait des douleurs de temps à autre, mais de
moins en moins fréquemment. Au niveau technique pratique, l’assuré
réussissait les exercices et ses résultats étaient corrects.
Un répondant de E.________ a fait savoir par téléphone à l’OAI
du 15 mars 2011 que l’assuré était en incapacité de travail depuis le jour
précédent à la suite d’une réaction allergique, dont la cause devrait être
déterminée par des examens. L’assuré a été en incapacité de travail totale
dès le 14 mars 2011, puis à 50% dès le 19 mai 2011, puis à 0% dès le 1
er
juin 2011.
La note de suivi de la REA du 10 octobre 2011, rédigée à la
suite de l’entretien téléphonique d’un représentant de l’OAI avec le Dr
F., a notamment la teneur suivante :
« Je lui explique que M. R.R. semble épuisé tant moralement
que physiquement, il est selon ses dires « vraiment au bout du
rouleau ».
Le Dr F.________ me confirme que plus on insiste dans les mesures
de réadaptation plus son état se dégrade. Il sait que M. R.R.________
est très motivé mais il n’est plus apte à suivre des mesures
actuellement étant donné tous les éléments nouveaux survenus
depuis une année et la dégradation de son moral.
Le Dr F.________ me dit également qu’il va l’adresser à un collègue
psychiatre pour mettre en place un suivi rapidement. »
Le 12 octobre 2011, le Dr F.________ a indiqué à l’OAI que l’état
de son patient semblait s’aggraver depuis quelques mois, avec
notamment le développement d’un état dépressif et l’exacerbation des
douleurs articulaires, malgré une prise en charge chirurgicale (il avait subi
une arthroscopie des deux genoux, en mai et juillet 2011). Un traitement
antidépresseur avait été introduit. Il n’était donc plus à même de
poursuivre son stage de reconversion professionnelle, étant en incapacité
de travail totale à compter du 8 septembre 2011.
Par avis médical du 24 octobre 2011, le Dr G.________ du SMR a
constaté que l’incapacité de travail était totale dans l’activité habituelle de
tailleur de pierres. En outre, depuis le 30 août 2011, il ne disposait plus
d’aucune capacité de travail ou de reclassement, et ce probablement
jusqu’à la fin de l’année 2011. Le médecin a en outre relevé que l’assuré,
en processus de reclassement comme mécanicien de production sur la
base d’une atteinte de l’épaule, processus qui se passait bien, avait
rencontré en début 2011 des problèmes dermatologiques, et subi en mai
et juillet 2011 deux arthroscopies. Depuis cette date, il continuait à avoir
mal et son moral était atteint. La situation n’étant pas stabilisée selon le
Dr G., il convenait de réinterroger le Dr F. et le psychiatre
traitant début 2012.
-
10 -
Le 8 novembre 2011, le Dr M.________ et la Dresse X.________
du Service de dermatologie du D.E., qui avaient examiné l’assuré
le 22 août 2011, ont diagnostiqué un syndrome d’hyperréagibilité cutané
ainsi qu’un eczéma de contact irritatif sur xérose cutanée dans un
contexte atopique.
Selon le rapport final de la REA du 16 novembre 2011, l’assuré
avait rencontré dès début 2011 un problème dermatologique, puis avait
subi entre mai et juillet 2011 deux arthroscopies des genoux à la suite
d’un accident. Son moral était atteint par ses problèmes, si bien que son
médecin traitant était d’avis que la mesure ne pouvait pas être poursuivie,
une prise en charge psychiatrique ayant été instaurée.
Dans son rapport final du 12 décembre 2011, le directeur du
centre E. a relevé que l’assuré n’avait pas réalisé de résultats
théoriques durant sa première année de formation atteignant le niveau
suffisant, ce qui avait conduit à la décision qu’il redouble la première
année. Toutefois, depuis le mois d’août 2011, en raison de ses
nombreuses absences, il n’avait pas suffisamment suivi les cours
théoriques pour pouvoir être évalué de manière objective. En fin de
deuxième semestre 2011, il avait en outre été constaté que l’assuré était
allergique au liquide de refroidissement utilisé pour l’usinage des pièces
mécaniques. La mauvaise santé de l’assuré l’empêchait de poursuivre la
mesure, et il avait quitté le centre E.________ le 31 octobre 2011.
Le 27 janvier 2012, S.________ a demandé à l’OAI de lui
adresser le solde des pièces médicales et sa décision.
Le 14 février 2012, le Dr G.H.________, spécialiste en chirurgie
orthopédique et traumatologie de l’appareil locomoteur, a constaté une
déchirure du tendon sus-épineux de l’épaule droite à l’arthro-IRM du 5
avril 2011. Il fallait toutefois refaire cet examen pour s’assurer que le
tendon était toujours réparable.
-
11 -
Dans son rapport à l’OAI du 20 février 2012, le Dr F.________ a
posé les diagnostics avec effet sur la capacité d’épisode dépressif +/--
trouble anxieux (à confirmer par psychiatre), de chondropathie rotulienne
bilatérale, d’eczéma de contact irritatif sur xérose cutanée dans contexte
atopique, de syndrome d’hyper-réagibilité cutané (Angry back), de
déchirure intra-tendineuse probablement transfixiante du tendon sus-
épineux de l’épaule droite et de cervicalgies et scapulalgies bilatérales
prédominant du côté droit sur tendomyosite des membres supérieurs.
L’assuré avait subi une arthroscopie du genou droit le 5 mai 2011 avec
méniscectomie interne partielle et une arthroscopie du genou gauche le
21 juillet 2011 avec méniscectomie partielle également. Malgré cela, il
présentait toujours des gonalgies bilatérales, probablement dans le
contexte d’une chondropathie rotulienne. Il avait également toujours
d’importantes douleurs au niveau de l’épaule droite, l’empêchant de
mobiliser ladite épaule de façon complète. Le Dr G.H.________ proposait à
cet égard une chirurgie réparatrice. Du point de vue psychique, l’évolution
avait été marquée par un important épisode dépressif depuis le mois de
septembre 2011, avec actuellement une évolution semblant favorable
sous traitement anti-dépresseur. Vu le problème dermatologique, l’activité
de mécanicien de production n’était plus envisageable.
L’assuré a subi une nouvel arthro-IRM de l’épaule droite le 21
février 2012. Dans son rapport du 23 février 2012, la radiologue O.________
a indiqué ce qui suit :
« On retrouve un impingement syndrome. Légère omarthrose.
Phénomènes inflammatoires acromio-claviculaires.
Chondropathie gléno-humérale.
Vraisemblables petites calcifications à l’insertion du tendon sus-
épineux avec tendinopathie distale. Pas de signe de déchirure
transfixiante. »
Par rapport du 28 février 2012 au Dr F., le Dr
G.H. a constaté que l’arthro-IRM effectuée montrait une déchirure
du tendon sus-épineux de l’épaule droite, sans rétractation ou atrophie,
qui était tout à fait réparable.
Le frère du demandeur est décédé le 8 avril 2012.
-
12 -
Le 10 juillet 2012, le Dr B., spécialiste en psychiatrie et
psychothérapie, qui suivait l’assuré depuis le 26 octobre 2011, a
diagnostiqué avec effet sur la capacité de travail un trouble dissociatif
sans précision, existant depuis 2005 (F44.9), un trouble de la personnalité
dépendante existant depuis l’adolescence (F60.7), un trouble dépressif
récurrent, épisode actuel léger (F33.0), ainsi qu’un trouble panique
(F41.0), les deux dernières atteintes existant depuis 1974 (date du décès
accidentel du père de l’assuré). Le psychiatre a estimé que l’incapacité de
travail était totale.
Le 31 juillet 2012, S. a à nouveau demandé sa décision
à l’OAI.
L’OAI a confié un mandat d’expertise psychiatrique de l’assuré
au Dr J.K.________, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, qui a
rendu son rapport le 20 décembre 2012. Ce spécialiste a retenu comme
diagnostic avec effet sur la capacité de travail des troubles mentaux et
troubles du comportement liés à l’utilisation d’alcool, actuellement
utilisation épisodique, s’agissant d’une dépendance éthylique primaire
évoluant depuis plusieurs décades (F10.26) ; sans effet sur la capacité de
travail, il a retenu des épisodes dépressifs moyens à légers récurrents,
sans symptômes psychotiques, actuellement en rémission, évoluant
depuis 2011 (F33.11) (F33.4), des facteurs psychologiques ou
comportementaux associés à des troubles ou des maladies classées
ailleurs évoluant depuis 2005/2006 (F54) et un trouble de la personnalité
dépendante, actuellement non décompensé évoluant depuis le début de
l’âge adulte (F60.7). L’expert n’a retenu que des limitations fonctionnelles
liées aux abus éthyliques épisodiques, ainsi que les limitations présentées
en lien avec deux épisodes dépressifs observés en 2011 et 2012 (de
6 mois chacun). Toutefois, du point de vue médico-théorique purement
psychiatrique, une activité à 100% était exigible dans la dernière activité
professionnelle, une baisse de rendement de l’ordre de 20% pouvant être
envisagée durant les prochains mois, en raison d’un important
déconditionnement et d’une fragilité psychique de l’assuré, qui n’était pas
-
13 -
actuellement au bénéfice de doses sanguines efficaces d’un traitement
antidépresseur.
Le 11 janvier 2013, le Dr M.N.________ du SMR a estimé que
l’incapacité de travail était totale dans l’activité de paveur-tailleur de
pierres, ainsi que dans celle de mécanicien de précision. Il existait en
revanche une pleine exigibilité dans une activité adaptée, avec une baisse
de rendement pendant quelques mois (3-4) de 20%, depuis août 2012. Les
limitations fonctionnelles étaient liées à la pathologie de l’épaule et à
l’allergie de contact aux huiles minérales.
Le 7 février 2013, S.________ a demandé à l’OAI de lui envoyer
sa décision.
Le 20 mars 2013, le Dr G.________ a réinterpellé le Dr F.________
sur l’évolution de la situation depuis son rapport du 20 février 2012.
Le 3 avril 2013, le Dr F.________ a répondu à l’OAI que son
patient était toujours en incapacité de travail totale à 100% pour diverses
raisons, mais notamment en raison des douleurs au niveau de son épaule
droite liées à une lésion de la coiffe des rotateurs. A l’examen du 28
janvier 2013, l’épaule droite était fortement limitée ; il existait également
une asymétrie de la musculature des trapèzes avec une amyotrophie du
côté droit. Le patient semblait actuellement ne plus se plaindre de ses
genoux. Pour le Dr F., la seule affection pouvant influencer
négativement la capacité de travail était le problème lié à l’épaule droite.
La capacité de travail restait nulle dans l’activité habituelle. En revanche,
la capacité à suivre des mesures de reclassement était de 100% dans une
activité adaptée, pour autant que l’assuré ne soit pas en contact avec
certains produits susceptibles de déclencher une allergie cutanée.
Le Dr P.Q., spécialiste en chirurgie orthopédique et
traumatologie de l’appareil locomoteur au D.E.________, a examiné
l’assuré le 4 octobre 2013. Dans son rapport du 9 octobre 2013, il a relevé
que les problèmes de l’assuré à l’épaule droite remontaient à 2005,
-
14 -
lorsque la Dresse D.________ mettait déjà en évidence une petite tendinite
du sus-épineux avec début de déconditionnement de l’épaule droite sous
la forme de cervico-brachialgies droites. Depuis cette date, les choses
étaient allées « de mal en pis ». La situation au niveau de l’épaule n’avait
fait qu’empirer. Lors de son examen, le Dr P.Q.________ avait été frappé
par le fait que l’assuré ne mobilisait pas du tout son épaule droite, le bras
restant ballant le long du corps. Constatant une ptose de l’ensemble de la
ceinture scapulaire droite avec un déconditionnement global du membre
supérieur, il a adressé le patient à la Dresse S.T., spécialiste en
médecine physique et réadaptation au D.E., pour bilan, en
relevant qu’il était « évident » qu’aucune indication chirurgicale n’était
pour l’heure retenue.
Le 15 octobre 2013, le Dr G.________ du SMR a indiqué que
l’atteinte de l’épaule droite s’était aggravée, avec une rupture tendineuse,
qui constituait une indication opératoire, en maintenant que, depuis le 8
juin 2006, la capacité de travail était nulle dans l’activité habituelle, mais
entière dans une activité adaptée respectant les limitations fonctionnelles
(toute activité qui sollicitait l’épaule droite autrement que légèrement ;
travail avec les membres supérieurs plus haut que les épaules, port de
charges lourdes avec le membre supérieur droit, contact avec les huiles
de perçage, travaux avec les mains souvent dans l’eau).
Le 11 novembre 2013, le Dr F.________ a fait savoir à l’OAI que
depuis le mois d’avril 2013, la situation de son patient se dégradait
progressivement, tant du point de vue somatique que psychologique. Il
présentait d’importantes cervico-brachialgies droites associées à un
déconditionnement complet du membre supérieur droit, pour lesquels
aucune intervention chirurgicale n’était envisageable, selon une récente
évaluation par le Prof. A.R., spécialiste en chirurgie orthopédique
et traumatologie de l’appareil locomoteur. Le traitement psychiatrique
avait dû être intensifié.
Le 13 novembre 2013, la Dresse S.T. a adressé au Dr
F.________ un rapport dans lequel elle a notamment relevé que l’assuré
-
15 -
avait dû arrêter sa formation à E.________ en raison de douleurs
importantes au niveau de l’épaule et des limitations fonctionnelles
l’empêchant d’effectuer des activités même minimes (sic). Depuis 2011,
l’assuré avait revu les orthopédistes du D.E.________ qui pensaient
initialement procéder à une suture chirurgicale du tendon déchiré, geste
qui n’avait pas été retenu. Elle a estimé que l’assuré présentait une
omarthrose, un impingment syndrome avec arthrose acromio-claviculaire,
ostéophytose acromiale et épanchement intra-articulaire, une
chondropathie gléno-humérale ainsi qu’une tendinopathie du tendon sus-
épineux avec notion de déchirure transfixiante sur les IRM de 2005 et
-
17 -
rente devrait être limitée au 31 mars 2013. Vu que depuis avril 2013
on peut admettre une aggravation de l’état de santé, poursuite de
l’octroi de la rente.
Au vu de toutes les explications ci-dessus, rente entière depuis
septembre 2012. »
Par projet de décision du 21 mars 2014, dont une copie a
notamment été adressée à S., l’OAI a informé l’assuré qu’il
entendait lui accorder une rente entière à compter du 1
er
septembre 2012.
L’OAI a rendu une décision conforme à son projet le 16 juin 2014, laquelle
a été notamment adressée en copie à S.. La motivation de cette
décision était la suivante :
« Depuis le 18 mai 2006 (début du délai d’attente d’un an), votre
capacité de travail est considérablement restreinte.
Par votre demande du 30 novembre 2006, vous avez sollicité des
prestations de notre assurance.
Suite aux investigations médicales qui ont été entreprises, il ressort
que votre incapacité de travail est totale dans votre activité de
paveur depuis le 18 mai 2006.
Toutefois, dans une activité adaptée qui respecte les limitations
fonctionnelles à savoir : pas d’activité qui sollicite l’épaule droite
autrement que légèrement, pas de travail avec les membres
supérieurs plus haut que les épaules, pas de port de charges lourdes
avec le membre supérieur droit, votre capacité de travail est entière.
Au vu de ce qui précède, notre service de réadaptation vous a
convié à un entretien dans le courant du mois de septembre 2007
afin d’étudier la possibilité de mettre en place des mesures d’ordre
professionnel. Il est ressorti de ce dernier que vous aviez repris votre
activité habituelle de paveur depuis le 1
er
mars 2007.
Par votre lettre du 26 mai 2008 et suite à une aggravation de votre
état de santé, vous avez sollicité la mise en place de mesures
d’ordre professionnel.
Par notre communication du 23 décembre 2008, une observation
professionnelle au sens de l’article 69 RAI a été mise en place du 9
novembre 2009 au 12 février 2010 auprès de E.________ de [...]
Puis, dès le 13 février 2010, nous vous avons octroyé une
préformation pratique et théorique de mécapraticien au sens de
l’article 17 LAI et ce jusqu’au 8 août 2010.
A partir du 9 août 2010, nous avons pris en charge les coûts relatifs
à un apprentissage de mécanicien de production et ce jusqu’au 31
juillet 2011. Par notre communication du 12 août 2011, cette
mesure a été prolongée jusqu’au 31 octobre 2011.
Toutefois, le processus de reclassement mis en place a dû être
adapté en cours de route suite à l’apparition du problème cutané
identifié comme une allergie de contact ainsi que par des gonalgies
qui semblent limiter la station debout et la marche.
-
18 -
Depuis le 8 septembre 2011, vous avez présent[é] une nouvelle
atteinte à la santé d’ordre psychique qui vous a empêché de
terminer la formation précitée.
Suite aux nouvelles investigations médicales qui ont été entreprises,
il ressort que votre incapacité de travail est totale et qu’aucune
capacité de travail résiduelle n’est exploitable sur le marché du
travail. Dès lors, nous considérons que votre incapacité de travail est
totale dans toute activité depuis le 8 septembre 2011.
Ainsi, à l’échéance du délai d’attente d’une année, soit le 8
septembre 2012, votre préjudice économique et par conséquent
votre degré d’invalidité est de 100%, ce qui ouvre le droit à une
rente entière. »
Sur le prononcé du 21 mars 2014 adressé par l’OAI à la caisse
de compensation 110, le code de l’atteinte (« 738.02 ») était également
indiqué.
Le 20 mai 2014, S.________ s’est adressée à l’assuré, en
expliquant avoir pris bonne note qu’il allait bénéficier d’une rente entière
de l’AI à compter du 1
er
septembre 2012. Toutefois, après examen de son
dossier, elle l’informait qu’elle ne lui servirait aucune prestation
d’invalidité, dans la mesure où c’étaient les troubles ayant débuté en
septembre 2011 qui l’avaient empêché de terminer sa formation
professionnelle et avaient amené l’AI à lui octroyer une rente d’invalidité.
Comme son activité auprès de T.________ avait cessé au 30 septembre
2008, il n’était dès lors plus assuré lors de la survenance de l’incapacité
de travail. Un décompte de sortie lui était remis, ainsi qu’un questionnaire
destiné à permettre d’acheminer sa créance selon ses indications, faute
de quoi le fond détenu auprès de la fondation serait versé au crédit d’une
police de libre passage.
Le 14 juillet 2015, l’assuré a fait savoir à S.________ qu’il
contestait sa prise de position du 20 mai 2014. Il s’est référé au rapport de
la Dresse S.T.________ du 13 novembre 2013, en faisant valoir que de l’avis
de cette médecin, les troubles et incapacités de travail avaient débuté en
2005, avec une aggravation constante au fil des années.
Le 19 août 2015, S.________ a maintenu sa position, en
expliquant que selon le dossier médical de l’AI, c’était la nouvelle atteinte
-
19 -
à la santé survenue en septembre 2011 qui l’avait empêché de terminer
sa formation professionnelle et avait amené l’AI à lui octroyer une rente
d’invalidité entière depuis le 1
er
septembre 2012.
L’assuré, désormais représenté par Me Jean-Marie Agier, s’est
adressé à nouveau à S.________ le 28 septembre 2015. Il a fait valoir que le
trouble à l’origine de son incapacité de travail dans son activité de paveur
exercée jusqu’au 30 septembre 2008 auprès de T.________ et qui était à
l’origine de la mesure de réadaptation professionnelle qu’il avait tentée,
était une tendinopathie du sus-épineux de l’épaule droite. Or c’était bien
cette atteinte qui avait conduit à l’octroi de la rente, et non les troubles
psychiques, comme en attestait le rapport du Dr J.K.________ du
7 décembre 2012.
Le 15 octobre 2015, S.________ a répondu à l’assuré qu’elle
maintenait sa position, dans la mesure où le lien de connexité matérielle
avait été rompu, l’octroi de la rente ayant été motivé par une nouvelle
atteinte survenue le 8 septembre 2011, d’ordre psychique. Or aucune
maladie d’ordre psychique n’avait été diagnostiquée durant le rapport de
prévoyance. En outre, l’invalidité qui avait débuté le 8 septembre 2011
était de l’avis du service de réadaptation de l’AI du 11 août 2011 à mettre
en rapport avec les douleurs aux genoux, le Dr F.________ évoquant
uniquement l’opération des deux genoux en octobre 2011. Quant au
Dr J.K., il avait relevé dans son rapport du 6 décembre 2012 que
l’assuré présentait une dépendance éthylique influençant négativement la
capacité de travail. S. arguait également que l’assuré avait
recouvré une pleine capacité de travail durant plus d’une année, sans que
ses problèmes d’épaule ne l’entravent, le lien de connexité temporelle
étant dès lors rompu.
B.Le 4 novembre 2015, R.R., toujours représenté par Me
Agier, a saisi la Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal, en
concluant à ce que la S. lui soit débitrice, à partir du 1
er
juin 2007
et à l’exception des périodes durant lesquelles il a bénéficié des
indemnités journalières de l’assurance-invalidité, d’une rente entière
-
20 -
personnelle de 12'438 fr. par an, et d’une rente pour chacune de ses deux
filles, encore aux études, de 2'487 fr. 60 par an. En substance, il fait valoir
que ce sont les troubles qu’il présente à l’épaule droite qui ont empêché la
poursuite de son emploi de tailleur de pierres/paveur, puis ont conduit à
l’octroi de mesures professionnelles de l’AI, et finalement à l’octroi d’une
rente de cette assurance. Le demandeur se réfère dans ce contexte au
rapport du 3 avril 2013 du Dr F., ainsi qu’aux notes des 15 octobre
et 20 novembre 2013 du Dr G. du SMR, qui y parle d’« atteinte
actuellement importante de l’épaule D [droite] avec hypertrophie
musculaire et non-utilisation du membre supérieur D [droit] ». Le
demandeur se prévaut également de l’appréciation du 13 novembre 2013
de la Dresse S.T., selon laquelle il présente « une pathologie
complexe au niveau de l’épaule droite ». A ses yeux, la connexité
matérielle est donnée, dans la mesure où, selon l’avis du Dr G. du
20 novembre 2013, ce qui motive la reconnaissance d’une invalidité
entière est pour l’essentiel une tendinopathie du sus-épineux de l’épaule
droite, et pas les autres troubles de santé. Quant à la connexité
temporelle, il allègue que depuis le mois de juin 2006, voire le mois de mai
2008, il n’a pas cessé de présenter une incapacité de travail à 100% dans
son métier de tailleur de pierres et paveur en raison de son problème
d’épaule droite. Il estime dans ce cadre que ce n’est pas parce que sa
tentative de réadaptation a duré plusieurs années qu’il doit être éloigné
du système de prévoyance prévalant pour tous les travailleurs salariés.
Avec son écriture, le demandeur a notamment produit son dossier AI sous
forme de CD-Rom, ainsi qu’un formulaire du 18 novembre 2009 intitulé
« situation de prévoyance au 01.05.2009 (part passive 100%), établie
suite à votre incapacité de travail à 100% dès mai 2008 ». Selon celui-ci,
la rente annuelle d’invalidité s’élèverait à 12'438 fr., et la rente annuelle
d’enfant d’invalide à 2'487 fr. 60.
Le 5 janvier 2016, la défenderesse a conclu au rejet de la
demande. Elle a en premier lieu fait valoir que l’incapacité à l’origine de
l’invalidité est d’ordre psychique et a débuté le 8 septembre 2011. Or
comme le demandeur était assuré par elle de juillet 2003 à septembre
2008, il ne l’était plus depuis 3 ans au moment de la survenance de
-
21 -
l’incapacité invalidante. Elle a ajouté que le lien de connexité tant
matérielle que temporelle était rompu. A titre subsidiaire, elle a fait valoir
que la prescription n’avait été interrompue que par le dépôt de la
demande du 4 novembre 2015, si bien que toutes les prétentions
antérieures à novembre 2010 étaient quoi qu’il en soit prescrites.
Le demandeur a renoncé à répliquer. Il a toutefois modifié ses
conclusions le 29 janvier 2016 dans le sens que la défenderesse est sa
débitrice d’une rente de 12'438 fr. par an (sous réserve des périodes
durant lesquelles il a touché des indemnités journalières de l’assurance-
invalidité) à compter du 1
er
novembre 2010, et d’une rente pour chacune
de ses deux filles aux études de 2'487 fr. 60.
La défenderesse a été invitée à produire son règlement de
prévoyance. Le 3 mars 2016, elle a produit celui en vigueur à compter du
1
er
janvier 2011. Elle a ajouté que la fille aînée du demandeur est quoi
qu’il en soit âgée de plus de 25 ans, ce qui exclut l’octroi d’une rente
d’enfant d’invalide en sa faveur, et qu’il n’est pas établi que ses enfants
seraient encore aux études. Elle a pour le surplus fait valoir que l’avis de
la Dresse S.T.________ de novembre 2013 était incomplet, et que les avis
du Dr G.________ des 21 octobre 2011 et 12 février 2014 étaient plus
complets que celui émis le 20 novembre 2013 par ce médecin. Enfin, sur
la base du rapport du Dr G.________ du 15 octobre 2013, la défenderesse a
estimé que le demandeur bénéficiait d’une pleine capacité de travail dans
une activité adaptée du 8 juin 2006 au 8 septembre 2011.
Le 29 mars 2016, le demandeur a informé la Cour qu’il était
désormais représenté, au sein d’Inclusion Handicap, par Me Karim Hichri
qui avait succédé à Me Agier. Il a ajouté qu’il n’était pas contesté qu’il
était assuré auprès de la défenderesse lorsqu’est apparue la tendinopathie
du sus-épineux de l’épaule droite l’empêchant d’exercer son activité de
tailleur de pierres et paveur auprès de W.________. Il a encore fait valoir
que l’AI avait arrêté son invalidité en fonction de l’ensemble de ses
affections, en soutenant que lorsque plusieurs atteintes concourraient à
l’invalidité, il convenait d’examiner séparément, en relation avec chaque
-
22 -
atteinte à la santé, si l’incapacité de travail qui en avait résulté était
survenue durant l’affiliation à l’institution de prévoyance et était à l’origine
de l’invalidité, citant l’arrêt du Tribunal fédéral 9C_930/2011 du 14
décembre 2012. Or aucun médecin n’avait déclaré que la tendinopathie
du sus-épineux de l’épaule droite n’était plus invalidante ou que ce trouble
n’avait plus de répercussion sur sa capacité de travail. Au contraire, les
troubles psychiques étaient survenus alors que les atteintes somatiques
perduraient. Le demandeur a alors requis la mise une œuvre d’une
expertise judiciaire afin d’établir dans quelle mesure la tendinopathie du
sus-épineux de l’épaule droite influençait encore sa capacité de travail.
Le 25 avril 2016, la défenderesse a mis en doute que Me Hichri
ait été valablement constitué, la procuration au dossier ayant été donnée
à Me Agier. Elle a pour le surplus maintenu sa position et conclu au rejet
de la requête d’expertise judiciaire.
Le 17 mai 2016, Me Hichri a précisé que c’était l’association
Intégration Handicap (désormais Inclusion Handicap) qui avait été
mandatée, et non pas Me Agier en tant que tel. Pour le surplus, il a à
nouveau fait valoir que la rente entière allouée par l’OAI à partir du 1
er
septembre 2012 l’avait notamment été en raison des limitations
fonctionnelles au niveau de l’épaule droite, se référant en particulier au
rapport de la Dresse S.T.________ du 13 novembre 2013.
Le 2 juin 2016, la défenderesse s’est à nouveau interrogée sur
la question de savoir à qui le demandeur avait confié le mandat de
représentation, faisant valoir que pour le cas où le mandat avait été confié
à Intégration Handicap, la demande du 5 novembre 2015 serait
irrecevable vu que signée par Me Agier en son nom propre. Elle a pour le
surplus maintenu sa position.
Le 24 juin 2016, Me Hichri a produit une nouvelle procuration,
en sa faveur, et déclaré faire siens tous les actes de procédure (et leur
contenu) déposés par son prédécesseur.
janvier 2011.
Les 30 janvier et 2 février 2017, à la requête du juge
instructeur, le demandeur a produit les attestations d’études et
d’apprentissage de ses filles.
Le 14 février 2017, la défenderesse a déposé d’ultimes
observations, ainsi qu’une copie de la situation de prévoyance du
demandeur au 1
er
mai 2009.
E n d r o i t :
1.a) Le for des litiges du droit de la prévoyance professionnelle
est au siège ou domicile suisse du défendeur ou au lieu de l'exploitation
dans laquelle l'assuré a été engagé (art. 73 al. 3 LPP).
b) Chaque canton doit désigner un tribunal qui connaît, en
dernière instance cantonale, des contestations opposant les institutions de
prévoyance, employeurs et ayants droit (art. 73 al. 1 LPP). Dans le canton
de Vaud, cette compétence est dévolue à la Cour des assurances sociales
du Tribunal cantonal (art. 93 al. 1 let. c LPA-VD [loi vaudoise du 28 octobre
2008 sur la procédure administrative ; RSV 173.36]).
c) L'acte introductif d'instance revêt la forme d'une action
(ATF 115 V 224 et 239, 117 V 237 et 329 consid. 5d, 118 V 158 consid. 1,
confirmés par ATF 129 V 450 consid. 2). Faute pour la loi fédérale du 6
octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA
; RS 830.1) de trouver application en matière de prévoyance
professionnelle, il y a lieu d’appliquer sur le plan procédural les règles des
art. 106 ss LPA-VD sur l'action de droit administratif.
novembre 2010 sont prescrites (cf. art. 41 al. 2 LPP).
3.a) L’art. 23 LPP, dans sa teneur en vigueur au 1
er
janvier 2005,
dispose qu’ont droit à des prestations d'invalidité les personnes qui sont
invalides à raison de 40 % au moins au sens de l'AI, et qui étaient
assurées lorsqu'est survenue l'incapacité de travail dont la cause est à
l'origine de l'invalidité (let. a). Quant à l’art. 24 al. 1 LPP, il prévoit que
l'assuré a droit à une rente entière s'il est invalide à raison 70 % au moins
au sens de l'AI (let. a), à trois quarts de rente s'il est invalide à raison de
60 % au moins (let. b), à une demi-rente s'il est invalide à raison de 50 %
-
25 -
au moins (let. c), et à un quart de rente s'il est invalide à raison de 40 %
au moins (let. d).
b) Comme cela ressort du texte de l'art. 23 LPP, les
prestations sont dues par l'institution de prévoyance à laquelle l'intéressé
est – ou était – affilié au moment de la survenance de l'événement assuré;
dans la prévoyance obligatoire, ce moment ne coïncide pas avec la
naissance du droit à la rente de l'assurance-invalidité selon l'art. 28 al. 1
let. b LAI (jusqu'au 31 décembre 2007, art. 29 al. 1 let. b LAI [loi fédérale
du 19 juin 1959 sur l’assurance-invalidité ; RS 831.20]), mais correspond à
la survenance de l'incapacité de travail dont la cause est à l'origine de
l'invalidité (ATF 123 V 262 consid. 1b).
c) Le droit à des prestations d'invalidité de la prévoyance
professionnelle obligatoire suppose que l'incapacité de travail, dont la
cause est à l'origine de l'invalidité, soit survenue pendant la durée du
rapport de prévoyance (y compris la prolongation prévue à l'art. 10 al. 3
LPP), conformément au principe d'assurance (art. 23 LPP ancienne teneur,
art. 23 let. a LPP nouvelle teneur; ATF 135 V 13 consid. 2.6 p. 17, 134 V 20
consid. 3 p. 21 s., 123 V 262 consid. 1c p. 264). L'événement assuré est
uniquement la survenance d'une incapacité de travail d'une certaine
importance, indépendamment du point de savoir à partir de quel moment
et dans quelle mesure un droit à une prestation d'invalidité est né. La
qualité d'assuré doit exister au moment de la survenance de l'incapacité
de travail, mais pas nécessairement lors de l'apparition ou de
l'aggravation de l'invalidité (ATF 136 V 65 consid. 3.1 p. 68, 123 V 262
consid. 1a p. 263).
d) Pour qu'une institution de prévoyance reste tenue à
prestations, après la dissolution du rapport de prévoyance, il faut non
seulement que l'incapacité de travail ait débuté à une époque où l'assuré
lui était affilié, mais encore qu'il existe entre cette incapacité de travail et
l'invalidité une relation d'étroite connexité. La connexité doit être à la fois
matérielle et temporelle (ATF 130 V 270 consid. 4.1). Il y a connexité
matérielle si l'affection à l'origine de l'invalidité est la même que celle qui
-
26 -
s'est déjà manifestée durant le rapport de prévoyance (et qui a entraîné
une incapacité de travail). La connexité temporelle implique qu'il ne se
soit pas écoulé une longue interruption de l'incapacité de travail ; elle est
rompue si, pendant une certaine période qui peut varier en fonction des
circonstances du cas, l'assuré est à nouveau apte à travailler. L'institution
de prévoyance ne saurait, en effet, répondre de rechutes lointaines
plusieurs années après que l'assuré a recouvré sa capacité de travail (ATF
123 V 262 consid. 1c).
e) La relation de connexité temporelle suppose qu'après la
survenance de l'incapacité de travail dont la cause est à l'origine de
l'invalidité, la personne assurée n'ait pas à nouveau été capable de
travailler pendant une longue période. L'existence d'un tel lien doit être
examinée au regard de l'ensemble des circonstances du cas d'espèce,
telles la nature de l'atteinte à la santé, le pronostic médical, ainsi que les
motifs qui ont conduit la personne assurée à reprendre ou à ne pas
reprendre une activité lucrative. En ce qui concerne la durée de la
capacité de travail interrompant le rapport de connexité temporelle, il est
possible de s'inspirer de la règle de l'art. 88a al. 1 RAI (règlement du 17
janvier 1961 sur l’assurance-invalidité ; RS 831.201) comme principe
directeur. Conformément à cette disposition, il y a lieu de prendre en
compte une amélioration de la capacité de gain ayant une influence sur le
droit à des prestations lorsqu'elle a duré trois mois, sans interruption
notable, et sans qu'une complication prochaine soit à craindre. Lorsque
l'intéressé dispose à nouveau d'une pleine capacité de travail pendant au
moins trois mois et qu'il apparaît ainsi probable que la capacité de gain
s'est rétablie de manière durable, il existe un indice important en faveur
de l'interruption du rapport de connexité temporelle. Il en va différemment
lorsque l'activité en question, d'une durée éventuellement plus longue que
trois mois, doit être considérée comme une tentative de réinsertion ou
repose de manière déterminante sur des considérations sociales de
l'employeur et qu'une réadaptation durable apparaissait peu probable
(ATF 134 V 20 consid. 3.2.1).
-
27 -
f) Est déterminante pour fixer le moment de la survenance de
l’incapacité de travail au sens de l’art. 23 LPP dont la cause est à l’origine
de l’invalidité la perte de l’aptitude de l’assuré à accomplir dans sa
profession ou son domaine d’activité le travail qui peut raisonnablement
être exigé de lui. La relation de connexité temporelle entre cette
incapacité de travail et l’invalidité survenue ultérieurement se définit en
revanche d’après l’incapacité de travail, respectivement d’après la
capacité résiduelle de travail dans une activité raisonnablement exigible
adaptée à l’atteinte à la santé (ATF 134 V 20 consid. 3.2.2 et les
références ; voir également la définition légale de l’art. 6 LPGA, disposition
qui ne s’applique toutefois pas en matière de prévoyance professionnelle).
Cette activité doit cependant permettre de réaliser par rapport à l’activité
initiale un revenu excluant le droit à une rente (ATF 134 V 20 consid. 5.3).
g) L’exercice d’une activité permettant de réaliser un revenu
excluant le droit à une rente ne suffit pas encore à interrompre la relation
de connexité temporelle. Pour admettre l’existence d’une telle
interruption, il faut avant tout que l’intéressé ait retrouvé une capacité de
travail significative de 80 % au moins (en référence au taux de 20 % de la
diminution de la capacité fonctionnelle de rendement dans la profession
exercée jusque-là [voir arrêt du Tribunal fédéral [TF] 9C_297/2010 du 23
septembre 2010 consid. 2.1, in SVR 2011 BVG n° 14 p. 51 et la référence
citée]). Le fait que l’intéressé est en mesure de réaliser un revenu
excluant le droit à une rente n’apparaît déterminant que si l’intéressé
dispose dans une activité raisonnablement exigible (autre que sa
profession habituelle) d’une capacité de travail (presque) entière. En
d’autres termes, la relation de connexité temporelle est interrompue pour
autant que la personne concernée dispose d’une capacité de travail dans
une activité adaptée de 80 % au moins et que celle-ci lui permette de
réaliser un revenu excluant le droit à une rente (TF 9C_98/2013 du 4 juillet
2013 consid. 4.1 et les références, in SVR 2014 BVG n° 1 p. 1).
h) Il convient d’examiner d’office et avec le plus grand soin la
question de savoir si, malgré la poursuite du versement de son salaire, la
personne assurée a présenté une incapacité de travail notable,
-
28 -
respectivement dans quelle mesure elle était encore capable de fournir la
prestation de travail requise, que ce soit dans son domaine d'activité ou
dans une activité raisonnablement exigible adaptée à l’atteinte à la santé.
D’après la jurisprudence, il est décisif que l’incapacité de travail se soit
effectivement manifestée de manière défavorable dans le cadre des
rapports de travail (arrêt du Tribunal fédéral des assurances [TFA] B 45/03
du 13 juillet 2004 consid. 2.2, in SVR 2005 BVG n° 5 p. 15). Une diminution
des performances de la personne assurée doit ressortir des circonstances
du cas concret, que cela soit au travers d'une baisse identifiée du
rendement, d'avertissements répétés de l'employeur ou d'absences
fréquentes pour cause de maladie. L'attestation rétroactive d'une
incapacité de travail médico-théorique en l'absence de constatations
analogues rapportées par l'employeur de l'époque ne saurait suffire. En
principe, doivent être considérés comme conforme à la réalité l’étendue
de l'obligation contractuelle de fournir la prestation de travail et celle,
corrélative, de verser le salaire ainsi que la teneur des autres accords
passés dans le cadre des rapports de travail. Ce n’est qu’en présence de
circonstances particulières que peut être prise en considération la
possibilité que la réalité déroge à la situation telle qu'elle apparaît sur le
plan contractuel. De telles circonstances doivent être admises avec une
extrême réserve, faute de quoi le danger existe que la situation du
travailleur devienne l'objet de spéculations dans le but de déjouer la
couverture d'assurance de celui-ci en le renvoyant systématiquement à
l'institution de prévoyance de son précédent employeur. En tout état de
cause, il faut que l’employeur ait remarqué la baisse de rendement
attribuée au travailleur (TF B 95/06 du 4 février 2008 consid. 3.3 et les
références). Pour apprécier la connexité temporelle dans ce genre de
circonstances, il peut également être tenu compte d'événements
extérieurs, tel le fait qu’une personne reçoive des indemnités journalières
de l’assurance-chômage en qualité de demandeur d’emploi pleinement
apte au placement. Le versement d’indemnités de chômage ne saurait
toutefois avoir la même valeur qu’une période de travail effective (ATF
134 V 20 consid. 3.2.1).
-
29 -
i) Les mêmes principes s'appliquent lorsque plusieurs atteintes
à la santé concourent à l'invalidité. Dans cette hypothèse, il ne suffit pas
de constater la persistance d'une incapacité de gain et d'une incapacité de
travail qui a débuté durant l'affiliation à l'institution de prévoyance pour
justifier le droit à une prestation de prévoyance. Il convient au contraire,
conformément à l'art. 23 LPP qui se réfère à la cause de l'incapacité de
travail, d'examiner séparément, en relation avec chaque atteinte à la
santé, si l'incapacité de travail qui en a résulté est survenue durant
l'affiliation à l'institution de prévoyance et est à l'origine d'une invalidité
(ATF 138 V 409 consid. 6.3 et les références).
4.Le règlement de prévoyance de la défenderesse en vigueur
dès le 1
er
janvier 2011 dispose à son art. 19.1 al. 1 que l’assuré a droit à
des prestations s’il est invalide à raison de 40% au moins au sens de l’AI et
qu’il était assuré lorsqu’est survenue l’incapacité de travail dont la cause
est à l’origine de l’invalidité. L’art. 18.2 al. 1 du règlement de prévoyance
en vigueur dès le 1
er
janvier 2008 a la même teneur.
Une rente d’enfant d’invalide est servie pour chaque enfant de
l’assuré (art. 19.3 al. 1 du règlement de prévoyance en vigueur à compter
du 1
er
janvier 2011). Le service de la rente d’enfant d’invalide est
prolongé, jusqu’à l’âge de 25 ans au plus tard, notamment, tant que
l’enfant fait un apprentissage ou des études (art. 19.3 al. 4 1
er
tiret du
règlement de prévoyance en vigueur au 1
er
janvier 2011, respectivement
art. 18.6 al. 2 du règlement en vigueur au 1
er
janvier 2008).
Les prestations d’invalidité, y compris la libération du
paiement des cotisations, sont servies en proportion du degré d’invalidité
(art. 19.5 al. 1 in initio du règlement en vigueur au 1
er
janvier 2011). Le
versement des prestations d’invalidité commence après le délai d’attente
fixé dans le plan de prévoyance mais au plus tôt à la naissance du droit à
la rente AI (art. 19.5 al. 2 du règlement en vigueur au 1
er
janvier 2011).
5.En l’espèce, il n’est pas contesté que le demandeur présente
des atteintes à la santé, qui ne lui permettent plus actuellement d’exercer
-
30 -
une activité lucrative sur le marché du travail. L’objet du litige porte
uniquement sur la question de savoir si la défenderesse est tenue
d’allouer des prestations. A cet égard, le demandeur fait pour l’essentiel
valoir que ce sont les troubles qu’il présente au niveau de l’épaule droite
qui ont empêché la poursuite de son emploi de tailleur de pierres – paveur,
puis ont conduit à des mesures professionnelles de l’AI, et finalement à
l’octroi d’une rente de cette assurance. Pour sa part, la défenderesse
soutient, en se fondant sur la décision de l’OAI du 16 juin 2014, que
l’incapacité à l’origine de l’invalidité est d’ordre psychique et a débuté le 8
septembre 2011, alors qu’il n’était plus assuré auprès d’elle depuis trois
années.
a) Il convient en premier lieu d’examiner si l’affection à
l’origine de l’invalidité est la même que celle qui s’est manifestée durant
le rapport de prévoyance et qui a entraîné une incapacité de travail. La
réponse à cette question dépend de l’appréciation de la documentation
médicale versée au dossier.
A cet égard, il est constant que l’assuré présente une atteinte
à la santé somatique, sous forme de tendinite chronique du sus-épineux
de l’épaule droite. Ainsi à l’automne 2005 déjà, il a commencé à se
plaindre de douleurs au niveau de son épaule et de son bras droits. L’IRM
du 28 novembre 2005 du Dr L.________ a permis de mettre en évidence
une déchirure très distale du tendon sus-épineux et une légère bursite
sous-acromio-deltoïdienne. De l’avis de la Dresse D., la petite
tendinite chronique mise en évidence à l’IRM empêchait l’activité
habituelle de paveur (cf. rapport du 9 décembre 2005). L’incapacité de
travail totale dans l’activité habituelle a été confirmée par le Dr K.
le 27 décembre 2006, et ce depuis le 8 juin 2006. Toutefois, ce médecin a
estimé que dans une activité adaptée (surveillance, manipulation de
petites pièces, vente), la capacité de travail était entière depuis le
1
er
janvier 2007. Il a précisé que les positions assise et debout pouvaient
être tenues 8 heures par jour et la même position durant 4 heures, le port
de charges ne devant pas excéder 10 kilos et les mouvements des
membres ou du dos n’être qu’occasionnels.
-
31 -
Comme le Dr K., la Dresse D. a confirmé le
31 janvier 2007 l’incapacité de travail totale dans l’activité habituelle, en
faisant état d’une polyinsertionite et d’une tendinopathie du sus-épineux.
Cependant, dans une activité adaptée, l’assuré était selon cette médecin
apte à travailler à 100% (en évitant le martelage à longueur de journée et
les travaux répétitifs en hauteur).
Quand bien même l’ensemble des médecins consultés était
d’avis que l’activité de paveur-tailleur de pierres n’était pas adaptée, le
demandeur a tenté de la poursuivre. Le 26 mai 2008, ce dernier a
toutefois fait savoir à l’OAI qu’il était à nouveau à l’arrêt de travail pour les
mêmes raisons que précédemment, demandant la réouverture de son
dossier. Finalement, T.________ a informé la défenderesse le 19 août 2008
que l’assuré avait démissionné, annonçant une date de sortie au
30 septembre 2008.
Le Dr K.________ a alors derechef estimé que l’activité
habituelle de paveur n’était pas adaptée. Il a toutefois retenu qu’une
activité adaptée était exigible, moyennant le respect des limitations
fonctionnelles qu’il avait déjà posées, à savoir pas de travaux avec les
bras au-dessus de la tête, pas de soulèvement loin du corps et pas de port
de charges de plus de 10 kilos (cf. rapport du 27 juin 2008).
Il résulte de ce qui précède, et la défenderesse n’en
disconvient pas, que le demandeur n’est plus en mesure d’exercer son
activité de paveur-tailleur de pierres en raison de son atteinte au bras
droit. Il est au demeurant établi que c’est l’atteinte à l’épaule droite du
demandeur qui a motivé sa demande de prestations AI, respectivement la
réouverture de son dossier. C’est ainsi en raison de l’incapacité pour le
demandeur d’effectuer son activité habituelle que l’OAI a entrepris de le
reclasser.
C’est dans ce contexte que l’OAI a proposé à l’assuré la prise
en charge d’un stage à E.________. L’assuré a alors effectué un stage du 9
-
32 -
novembre 2009 au 23 février 2010. Le rapport AIP du 24 février 2010 fait
état d’un comportement exemplaire de sa part, et relève que sur le plan
physique, il ne s’est pas plaint durant ces trois mois, sinon lors de son
module en électricité car travailler les bras en l’air lui provoquaient des
douleurs.
Alors qu’il devait débuter une préformation de mécapraticien
au centre E.________ suivie d’un apprentissage, l’assuré a été victime d’un
accident, avec une incapacité de travail à compter du 28 mars 2010, en
raison d’une contusion au genou droit. Il a ensuite dû se faire opérer de
deux hernies inguinales. Or il est constant que l’atteinte au genou droit,
comme les hernies inguinales, sont largement postérieures à la fin des
rapports de travail de l’assuré pour le compte de T.________ en septembre
2008, et qu’il n’était plus assuré auprès de la défenderesse lorsque sont
survenues ces atteintes.
L’assuré a quoi qu’il en soit pu débuter le 9 août 2010 son
apprentissage de mécanicien de production à l’atelier mécanique. Selon le
courrier du 1
er
décembre 2010 d’un répondant de E.________ à l’OAI, le
demandeur a déclaré que son état s’améliorait, son genou gauche lui
occasionnant toutefois des douleurs de temps à autre. L’assuré a
cependant présenté une nouvelle incapacité de travail totale à compter du
14 mars 2011, en raison d’une réaction allergique, avec une incapacité de
travail entière dès le 14 mars 2011, puis de 50% dès le 19 mai 2011, et
finalement de 0% dès le 1
er
juin 2011. Il n’est pas contesté que la dermite
de contact mise en évidence n’est pas apparue durant son affiliation
auprès de la défenderesse.
Le 24 mai 2011, un répondant de E.________ a fait savoir à l’OAI
que le demandeur était en incapacité de travail « pour son problème de
genou G [gauche] », pour lequel il venait de subir une nouvelle
intervention. Il ressort en outre des indications données par un répondant
de E.________ à l’AI le 17 juin 2011 que le demandeur devait se faire opérer
« du deuxième genou » le 22 juillet 2011. Le demandeur a effectivement
subi une arthroscopie des deux genoux, en mai et juillet 2011 (cf. rapport
-
33 -
du Dr F.________ du 12 octobre 2011). Finalement, lors de la reprise de sa
formation à E.________ le 8 août 2011, le demandeur n’était plus en
mesure de rester debout en raison de ses douleurs au genou et a été en
arrêt de travail à compter du 8 septembre 2011. Le 12 octobre 2011, le Dr
F.________ a fait mention chez son patient du développement d’un état
dépressif et de l’introduction d’un traitement antidépresseur (cf. rapport
du 12 octobre 2011). Le Dr G.________ du SMR a également constaté que
l’assuré ne disposait plus d’aucune capacité de travail depuis le
30 août 2011 (cf. avis médical du 24 octobre 2011).
Il découle de ce qui précède qu’en sus de l’atteinte à l’épaule
droite, le demandeur a rencontré des douleurs au niveau des genoux,
qu’un eczéma de contact irritatif est apparu, puis une atteinte au niveau
psychique. Le Dr F.________ a en effet posé le 20 février 2012 le diagnostic
d’épisode dépressif, et le psychiatre traitant depuis le 26 octobre 2011, le
Dr B., ceux de trouble dissociatif, trouble de la personnalité,
trouble dépressif récurrent et de trouble panique. Pour sa part, le
Dr J.K., mandaté par l’OAI, a estimé le 20 décembre 2012 que
l’assuré avait présenté deux épisodes dépressifs, en 2011 et 2012.
Il n’en demeure pas moins que l’atteinte à l’épaule droite ne
s’est jamais amendée. Bien au contraire, le Dr G.H.________ a fait état le 14
février 2012 d’une déchirure du tendon sus-épineux à l’arthro-IRM du 5
avril 2011. Quant au Dr F., il a aussi relevé une déchirure intra-
tendineuse probablement transfixiante du tendon sus-épineux de l’épaule
droite et des cervicalgies et scapulalgies bilatérales prédominant du côté
droit sur tendomyosite des membres supérieurs, observant que son
patient présentait toujours d’importantes douleurs au niveau de l’épaule
droite (cf. rapport du 20 février 2012 à l’OAI). Alors que dans un premier
temps les médecins avaient estimé que la déchirure du tendon sus-
épineux de l’épaule droite était réparable (cf. rapport du 28 février 2012
du Dr G.H. au Dr F.), la Dresse S.T. a quant à elle
observé que le cas du demandeur était un échec thérapeutique, et qu’il
était illusoire, vu les multiples lésions au niveau de l’épaule, de penser
qu’une chirurgie pourrait améliorer sa qualité de vie ou sa capacité de
-
34 -
travail (cf. rapport du 13 novembre 2013). S’agissant de la capacité de
travail, la Dresse S.T.________ a relevé que l’intéressé était inapte à toute
reprise de travail, même dans une activité légère, voire sédentaire, en
précisant « patient droitier avec pathologie ostéo-articulaire et tendineuse
au niveau du membre supérieur droit ». L’aggravation de l’atteinte de
l’épaule est dès lors établie par l’ensemble des médecins qui ont examiné
le demandeur. Ainsi le Dr F.________ a fait état le 3 avril 2013 d’une épaule
droite fortement limitée, en relevant que la seule affection pouvant
influencer négativement la capacité de travail était le problème lié à
l’épaule droite. Le 9 octobre 2013, le Dr P.Q.________ a constaté que les
problèmes de l’assuré à l’épaule droite remontaient à 2005, en précisant
que depuis lors, les choses étaient allées « de mal en pis », la situation
n’ayant fait qu’empirer. Lors de son examen, le Dr P.Q.________ a en
particulier été frappé par le fait que le demandeur ne mobilisait pas du
tout son épaule droite, le bras restant ballant le long du corps. Comme la
Dresse S.T., le Dr P.Q. a exclu une indication chirurgicale.
L’aggravation de l’atteinte à l’épaule droite a été également constatée par
le Dr G.________ du SMR (cf. avis du 15 octobre 2013). Le Dr F.________ a
lui aussi mentionné, le 11 novembre 2013, la dégradation de l’état de son
patient, lequel présentait d’importantes cervico-brachialgies droites
associées à un déconditionnement complet du membre supérieur droit
pour lesquels aucune intervention chirurgicale n’était envisageable.
Finalement, le Dr G., le 20 novembre 2013, a constaté
que les rapports rhumatologiques des 9 octobre et 13 novembre 2013
démontraient une atteinte importante de l’épaule droite, avec hypotrophie
musculaire et non-utilisation du membre supérieur droit. Il a ainsi estimé
qu’il y avait eu une aggravation notable, si bien que l’incapacité de travail
était désormais totale dans toute activité chez cet assuré droitier sans
formation, « souffrant en plus sur le plan psychique ». Pour le
Dr G., il y avait dès lors lieu de conclure à une incapacité de travail
totale dans toute activité. La personne en charge de l’examen du droit à la
rente a relevé, le 21 mars 2014, qu’au vu des rapports du D.E.________ des
9 octobre 2013 et 13 novembre 2013, « force [était] de constater que le
problème de l’épaule droite ne permettait pas de mettre en place des
-
35 -
mesures de réadaptation professionnelle au moment où la capacité de
travail du point de vue psychiatrique pouvait à nouveau être considérée
comme totale ». C’est du reste l’atteinte à l’épaule droite et le code y
relatif (« 738/02 ») qui figure sur la fiche d’examen du droit à la rente du
21 mars 2014 qui est à l’origine de l’octroi de la rente de l’assurance-
invalidité.
Il est ainsi établi que la problématique au niveau de l’épaule,
qui a justifié le dépôt de la rente AI, puis finalement l’octroi de la rente, ne
s’est jamais amendée, mais a au contraire perduré, allant en s’aggravant,
pour finalement ne même plus pouvoir donner lieu à une opération. C’est
bien la problématique de l’épaule qui a conduit à la mise en place de
mesures d’ordre professionnel par l’AI. S’il est exact que le demandeur a
découvert une dermite de contact durant celles-ci, et a dû être opéré des
genoux, ce qui a occupé le « devant de la scène », il n’en demeure pas
moins que ses troubles à l’épaule droite ont continué.
En outre, s’il est constant également que le demandeur a
souffert au plan psychique, en lien notamment avec le décès de son frère
en avril 2012, il reste que l’atteinte principale à l’origine de l’incapacité
dans l’activité habituelle, comme dans une activité adaptée, est bien celle
liée à l’épaule : c’est du reste celle-ci qui justifie l’incapacité de travial
totale dans toute activité selon le Dr G.________ (cf. avis du 20 novembre
2013), appréciation également partagée par la Dresse S.T.________ et qui
n’est contredite par aucun médecin. Ainsi le droit à la rente entière a été
reconnu sans discontinuer, même lorsque les troubles psychiques n’ont
plus été considérés comme incapacitants.
Il résulte de ce qui précède que la défenderesse ne pouvait
nier la relation de connexité matérielle, dans la mesure où l’affection à
l’origine de l’invalidité est bien celle de l’épaule, laquelle s’est déjà
manifestée durant le rapport de prévoyance, et que cette atteinte est allée
en s’aggravant, jusqu’à conduire à l’octroi d’une rente entière d’invalidité.
-
36 -
b) Cela étant, il faut encore examiner si, comme le prétend la
défenderesse, le rapport de connexité temporelle a été interrompu.
Or force est de constater que depuis le mois de mai 2008, le
demandeur a présenté, sans interruption, une incapacité de travail totale
dans son activité habituelle de paveur-tailleur de pierres en raison de son
atteinte à l’épaule droite. En outre, s’il a certes bénéficié de mesures de
réadaptation de l’AI, il n’est pas établi qu’il a pu retrouver un taux
d’activité de 80% au moins sur une longue période. Bien au contraire, sa
seule période d’activité s’est limitée au stage qu’il a effectué du 9
novembre 2009 au 23 février 2010. Il a ensuite entrepris une pré-
formation le 13 février 2010, qui était supposée durer jusqu’au 9 août
2010, mais l’a interrompue le 28 mars 2010 en raison d’un accident. Il
s’est ensuite fait opérer le 7 mai 2010 de deux hernies inguinales, et a
derechef présenté une incapacité de travail totale. Il a ensuite tenté
d’entreprendre un apprentissage de mécanicien de production, le 9 août
2010, mais a dû l’interrompre le 14 mars 2011. Le 8 août 2011, il a à
nouveau essayé de reprendre sa formation, mais a été en arrêt à compter
du 8 septembre 2011, et a finalement quitté le centre E.________ le 31
octobre 2011. Dans son rapport à l’OAI du 30 juin 2011, le directeur du
centre E.________ a au demeurant relevé que le demandeur se plaignait
toujours de ses douleurs à l’épaule, qui l’empêchaient de se concentrer
sur son travail et occasionnaient de nombreuses absences.
Il découle de ce qui précède que le demandeur n’a jamais été
apte, à tout le moins depuis le mois de mai 2008, à reprendre une activité
en dehors des mesures entreprises dans le cadre de l’AI, ni à mettre en
valeur sa capacité de travail sur le marché du travail. Ainsi seul un
médecin, en la personne du Dr K., a estimé qu’à partir de juin
2008, une activité adaptée était exigible. Cette appréciation est toutefois
contredite par celle du Dr Z. qui, en novembre 2008, s’inquiétait
de savoir quelle activité pourrait être possible et raisonnablement exigible
du demandeur dans le contexte clinique global. Il est pour le surplus
reconnu par l’ensemble des médecins qu’à compter du mois de septembre
-
37 -
2011, son incapacité de travail a été totale (cf. rapport du Dr F.________ du
12 octobre 2011, avis du Dr G.________ du 24 octobre 2011).
Le droit à la rente de l’AI a pris naissance en septembre 2012,
à l’échéance du délai d’attente d’une année. Dans ces conditions, et
conformément à l’art. 19.5 al. 2 du règlement de prévoyance (en vigueur
au 1
er
janvier 2011), le versement des prestations d’invalidité commence
en septembre 2012.
6.a) Sur le vu de ce qui précède, la demande formée le 4
novembre 2015 par R.R.________ à l’encontre de l’institution de
prévoyance S.________ doit être partiellement admise dans le sens des
conclusions modifiées par réplique du 29 janvier 2016, le droit à la rente
entière de la prévoyance professionnelle étant reconnu dès le 1
er
septembre 2012.
La défenderesse est par conséquent renvoyée à arrêter le
montant des prestations auxquelles le demandeur a droit dès le 1
er
septembre 2012, ainsi que ses filles B.R.________ et C.R.. Invité à
produire les attestations d’études et d’apprentissage de ses deux filles, le
demandeur a produit des attestations concernant B.R., selon
lesquelles elle a suivi des cours d’architecture à [...] durant les années
2010/2011, 2011/2012, 2012/2013, et 2013/2014. Une rente d’enfant
d’invalide doit donc être versée pour B.R.________ du 1
er
septembre 2012
(cf. art. 19.3 al. 3 du règlement de prévoyance en vigueur au 1
er
janvier
2011), au [...] 2014 (soit à ses 25 ans, cf. art. 19.3 al. 4 du règlement de
prévoyance en vigueur à compter du 1
er
janvier 2011). Quant à
C.R.________, à compter du 1
er
septembre 2012, elle a débuté un
apprentissage auprès de [...], et ce jusqu’au 31 mars 2014. Elle a ensuite
été étudier la comptabilité auprès de l’école secondaire de [...], au [...],
durant les années 2014-2015, 2015-2016, et 2016-2017. Une rente
d’enfant d’invalide est dès lors due pour elle également, à compter du 1
er
septembre 2014 et jusqu’à la fin de ses études, pour autant qu’elle ne
dépasse l’âge de 25 ans. La durée du cursus scolaire de C.R.________,