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TRIBUNAL CANTONAL
150
PE15.015510-HNI//JJQ
C O U R D ’ A P P E L P E N A L E
Audience du 30 mai 2017
Composition : M. P E L L E T , président
Mme Bendani, juge et Mme Epard, juge suppléante
Greffière:MmePaschoud-Wiedler
Parties à la présente cause :
G., prévenu, assisté de Me Fabien Mingard, défenseur de choix,
avocat à Lausanne, appelant,
et
Ministère public, représenté par le Procureur de l'arrondissement de l’Est
vaudois, appelant par voie de jonction,
A., plaignante, assistée de Me Dorothée Raynaud, conseil de choix,
avocate à Aigle, intimée.
-
7 -
La Cour d’appel pénale considère :
E n f a i t :
A.Par jugement du 13 octobre 2016, le Tribunal de police de
l’arrondissement de l'Est vaudois a constaté que G.________ s’est rendu
coupable de lésions corporelles simples par négligence, d’omission de
prêter secours et de violation de la loi sur la police des chiens (I), l'a
condamné à une peine pécuniaire de 120 jours-amende, le montant du
jour-amende étant fixé à 50 fr., peine complémentaire à celle prononcée le
1
er
décembre 2015 par l’Obergericht du canton de Berne (II), l'a
également condamné à une amende de 1'300 fr. et dit que la peine
privative de liberté de substitution en cas de non-paiement fautif de
l'amende sera de 12 jours (III), a suspendu l’exécution de la peine
pécuniaire et fixé à G.________ un délai d’épreuve de deux ans (IV), a dit
que G.________ est le débiteur d'A.________ et lui doit paiement des
sommes de 250 fr. à titre de remboursement de son dommage matériel et
de 3'000 fr. à titre de tort moral, valeur échue (V) et a mis les frais de
justice, par 2’425 fr., à la charge de G.________ (VI).
B.Par annonce du 21 octobre 2016, puis par déclaration du
21 novembre 2016, G.________ a fait appel de ce jugement en concluant à
son annulation, au renvoi de la cause au Tribunal de police pour qu'il
statue à nouveau dans le sens des considérants, à ce que les frais
judiciaires de première et seconde instance soient fixés à dire de justice et
à l'allocation de dépens.
Le 8 décembre 2016, le Ministère public de l'arrondissement
de l'Est vaudois a déposé une déclaration d'appel joint. Le Procureur a
conclu au rejet de l'appel principal, à la modification du chiffre II du
dispositif en ce sens que G.________ est condamné à une peine privative de
liberté de 4 mois, peine complémentaire à celle prononcée le 1
er
-
8 -
décembre 2015 par l'Obergericht du canton de Berne et à ce que les frais
de la procédure soient mis à la charge de G..
Par courrier du 22 mai 2017, G. a produit un rapport
d'expertise établi le 4 mai 2017 par [...], médecin vétérinaire
comportementaliste.
C.Les faits retenus sont les suivants :
1.1Ressortissant suisse, G.________ est né le [...] 1945 à Berne.
Divorcé, il est père de quatre enfants. Son lieu de vie est difficilement
déterminable. Il dit être domicilié en Italie sans toutefois fournir aucune
pièce à ce sujet. Interpellé à ce propos lors des débats, G.________ a refusé
de répondre. Il ressort de recherches menées en cours d’enquête qu'il
était inscrit auprès du contrôle des habitants de la commune de [...]
jusqu’au 10 août 2015, date à laquelle un départ pour l’Italie a été
enregistré. Il dispose en outre d’adresses professionnelles en [...]. Retraité,
ses revenus consistent en l'allocation de rentes AVS par 27'000 fr. par an
auxquelles s’ajoutent une rente LPP et le revenu d'une activité accessoire.
Il se prévaut de dettes s'élevant à 2'300'000 fr. envers la succession de sa
mère.
1.2Le casier judiciaire de G.________ fait état d’une condamnation
prononcée le 1
er
décembre 2015 par l’Obergericht du canton de Berne,
pour gestion déloyale, à 300 jours-amende à 150 fr. le jour-amende avec
sursis durant deux ans.
A l'audience d'appel, il a déclaré qu'une nouvelle enquête
pénale était actuellement ouverte à son endroit. Il a expliqué qu'alors qu'il
promenait deux de ses chiens, ceux-ci se sont jetés sur une joggeuse et
l'ont mordue.
- 9 -
2.A Aigle, route [...], le 3 août 2015 vers 19h30, A.________ qui
était en train de faire un jogging, s’est arrêtée et s’est approchée de
G.________ qui venait vraisemblablement de chuter et qui gisait, face
contre terre, en bas d’un talus bordant le Rhône. L’individu s’est
péniblement relevé et son chien de race Boxer, qui n’était pas attaché,
s’est jeté sur la jeune femme, qui est tout d’abord restée calme, les bras le
long du corps. Malgré cette attitude, le chien l’a mordue à plusieurs
reprises à l’intérieur de la cuisse gauche et au mollet gauche, en la
traînant en direction de l’eau. Elle a crié pour demander de l’aide et
G., qui n’avait pas réagi jusque-là, est parvenu à maintenir son
chien en le saisissant au poitrail. La victime a pu se dégager et s’est enfuie
en cherchant à attirer l’attention de passants, qui ont pu faire appel à une
ambulance et à la police. Pour sa part, G. a quitté les lieux, n’a pas
porté secours à la victime et n’a pas annoncé l’incident à la police.
A.________ a souffert de quatre plaies superficielles et de dermabrasions au
niveau de la cuisse gauche, selon constat médical du même jour. Elle a
également souffert de symptômes de stress post-traumatique, selon
l’attestation de la psychologue [...] du 12 janvier 2016. Elle a été mise au
bénéfice d’une incapacité de travail jusqu’au 18 août 2015.
E n d r o i t :
1.Interjetés dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP) par
des parties ayant la qualité pour recourir contre le jugement d’un tribunal
de première instance ayant clos la procédure (art. 398 al. 1 CPP), l’appel
de G.________ et l'appel joint du Ministère public sont recevables.
2.Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un
plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2).
L’appel peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus
du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (al. 3 let.
a), pour constatation incomplète ou erronée des faits (al. 3 let. b) et pour
inopportunité (al. 3 let. c).
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L'appel doit permettre un nouvel examen au fond par la
juridiction d'appel. Celle-ci ne doit pas se borner à rechercher les erreurs
du juge précédent et à critiquer le jugement de ce dernier ; elle doit tenir
ses propres débats et prendre sa décision sous sa responsabilité et selon
sa libre conviction, qui doit reposer sur le dossier et sa propre
administration des preuves. L'appel tend à la répétition de l'examen des
faits et au prononcé d'un nouveau jugement (Eugster, in : Niggli/
Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, 2
e
éd., Bâle 2014, n. 1
ad art. 398 CPP). L'immédiateté des preuves ne s'impose toutefois pas en
instance d'appel. Selon
l'art. 389 al. 1 CPP, la procédure d'appel se fonde sur les preuves
administrées pendant la procédure préliminaire et la procédure de
première instance. La juridiction d'appel administre, d'office ou à la
demande d'une partie, les preuves complémentaires nécessaires au
traitement de l’appel (art. 389 al. 3 CPP; TF 6B_78/2012 du 27 août 2012).
I.Appel de G.________
1.1Dans un premier moyen, G.________ invoque la constatation
incomplète ou erronée des faits ainsi que l'excès et l'abus de pouvoir
d'appréciation.
1.2La constatation des faits est incomplète lorsque toutes les
circonstances de fait et tous les moyens de preuve déterminants pour le
jugement n'ont pas été pris en compte par le tribunal de première
instance. Elle est erronée lorsque le tribunal a omis d'administrer la
preuve d'un fait pertinent, a apprécié de manière erronée le résultat de
l'administration d'un moyen de preuve ou a fondé sa décision sur des faits
erronés, en contradiction avec les pièces, par exemple (Kistler Vianin, in :
Kuhn/Jeanneret [éd.], Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 19
ad art. 398 CPP).
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L’appréciation des preuves est l’acte par lequel le juge du fond
évalue la valeur de persuasion des moyens de preuve à disposition et
pondère ces différents moyens de preuve afin de parvenir à une
conclusion sur la réalisation ou non des éléments de fait pertinents pour
l’application du droit pénal matériel. L’appréciation des preuves est dite
libre, car le juge peut par exemple attribuer plus de crédit à un témoin,
même prévenu dans la même affaire, dont la déclaration va dans un sens,
qu’à plusieurs témoins soutenant la thèse inverse ; il peut fonder une
condamnation sur un faisceau d’indices ; en cas de versions
contradictoires, il doit déterminer laquelle est la plus crédible. En d’autres
termes, ce n’est ni le genre ni le nombre des preuves qui est déterminant,
mais leur force de persuasion (Verniory, in : Kuhn/Jeanneret [éd.], op. cit.,
n. 34 ad art. 10 CPP et les références citées).
1.3Lors de l'enquête et aux débats, A.________ a déclaré que le
jour des faits, elle faisait un jogging lorsqu'elle a entendu un bruit de chute
derrière elle. A.________ serait alors revenue sur ses pas et aurait
remarqué que G., blessé, gisait tête en bas. Elle aurait demandé
au prévenu, qui tentait péniblement de se relever, s'il allait bien et aurait
entendu un "non" de sa part. Le chien du prévenu, qui n'était pas attaché
et qui ne portait pas de collier, se serait alors mis à courir dans sa
direction et l'aurait attaquée. Il l'aurait faite tomber, l'aurait tirée sur le
talus et l'aurait mordue principalement au niveau de la cuisse et du mollet
gauche. G. ne se serait pas manifesté. Alors que le chien tentait de
lui mordre le visage, elle aurait continué à crier et aurait demandé au
propriétaire de reprendre son chien et d'intervenir. G.________ serait enfin
venu se coucher sur l'animal afin de le maintenir. Elle se serait ainsi
dégagée de l'emprise et serait partie pour trouver de l'aide. Des passants
qui avaient entendus les cris auraient déjà appelé la police. Ils seraient
restés avec la victime jusqu'à l'arrivée de la police, puis de l'ambulance.
G.________ serait resté immobile sur place alors qu'il avait vu la victime
partir les jambes ensanglantées.
Selon le prévenu, le jour des faits, il promenait son chien en
laisse. Lorsque son chemin a croisé celui d'A.________, qui faisait son
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12 -
jogging, l'animal aurait tiré sur la laisse, ce qui aurait provoqué sa chute. A
ce moment, la victime se serait approchée de lui pour lui demander s'il
allait bien. Sous l'impulsion du chien, le collier de la bête se serait détaché
et l'animal se serait rué sur elle. G.________ se serait relevé et se serait
immédiatement couché sur le chien pour l'immobiliser et libérer la victime
de son emprise.
Le premier juge a retenu la version d'A.________ et écarté celle
de G.________ en considérant notamment que la version selon laquelle la
boucle du collier du chien se serait inversée et que l'animal aurait cru que
son maître était agressé n'était pas crédible. Il a encore considéré que la
version de la plaignante était convaincante et n'avait jamais varié, au
contraire des déclarations du prévenu.
En l'espèce, il y a lieu de constater que les versions de
G.________ et A.________ ne sont pas totalement contradictoires. Il est en
effet admis que le prévenu est tombé et que le chien n'avait ni laisse ni
collier au moment où il s'est jeté sur la victime. Contrairement à ce que
soutient l'appelant, il paraît peu probable que le collier du chien se soit
détaché quand l'animal a tiré sur la laisse. En effet, selon le prévenu, il
était déjà à terre quand le chien s'est libéré du collier. On peine donc à
croire que le prévenu blessé tenait fermement un quelconque lien
permettant l'inversion de la boucle du collier. Il semble bien plutôt que le
prévenu promenait son chien sans aucune attache à ce moment.
L'expertise privée produite par G., qui ne repose que sur la version
soutenue par le prévenu, ne change rien à cette appréciation. Par ailleurs,
G. avait été opéré de la hanche en avril 2015 et n'avait plus besoin
de béquilles depuis seulement quinze jours avant l'incident. Cela tend à
démontrer qu'il n'était vraisemblablement pas capable de maîtriser
physiquement son chien en cas d'attaque. Comme il l'a admis lui-même, il
n'avait "pas encore un immense équilibre" (PV aud 6, p. 1). Enfin, les
déclarations et les blessures subies par la victime ne laissent aucun doute
sur le fait que G.________ n'a pas réagi immédiatement lorsque son chien
s'est jeté sur elle et que l'animal a eu amplement le temps de la mordre à
plusieurs reprises.
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Au vu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de s'écarter de la
version de la victime qui est crédible et cohérente. Force est donc de
constater que le premier juge a correctement établi les faits.
2.1Dans un deuxième moyen, G.________ fait valoir que le premier
juge a mal appliqué la loi en retenant des lésions corporelles par
négligence et une omission de prêter secours. Il reconnaît toutefois s'être
rendu coupable de violation de l'art. 23 de la Loi sur la police des chiens.
2.2
2.2.1Selon l'art. 125 al. 1 CP, celui qui, par négligence aura fait
subir à une personne une atteinte à l'intégrité corporelle ou à la santé
sera, sur plainte puni d'une peine privative de liberté de trois ans au plus
ou d'une peine pécuniaire. Agit par négligence quiconque, par une
imprévoyance coupable, commet un crime ou un délit sans se rendre
compte des conséquences de son acte ou sans en tenir compte.
L'imprévoyance est coupable quand l'auteur n'a pas usé des précautions
commandées par les circonstances et par sa situation personnelle (art. 12
al. 3 CP).
Pour qu'il y ait négligence, il faut que l'auteur ait, d'une part,
violé les règles de prudence que les circonstances lui imposaient pour ne
pas excéder les limites du risque admissible et que, d'autre part, il n'ait
pas déployé l'attention et les efforts que l'on pouvait attendre de lui pour
se conformer à son devoir. Pour déterminer plus précisément les devoirs
imposés par la prudence, on peut se référer à des normes édictées par
l'ordre juridique pour assurer la sécurité et éviter des accidents. A défaut
de dispositions légales ou réglementaires, on peut recourir à des règles
analogues qui émanent d'associations privées ou semi-publiques
lorsqu'elles sont généralement reconnues. La violation des devoirs de la
prudence peut aussi être déduite des principes généraux, si aucune règle
spéciale de sécurité n'a été violée. Un comportement viole le devoir de
prudence lorsque l'auteur, au moment des faits, aurait pu, compte tenu de
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ses connaissances et de ses capacités, se rendre compte de la mise en
danger d'autrui. Il faut donc se demander si l'auteur pouvait prévoir, dans
les grandes lignes, le déroulement concret des événements. Cette
question s'examine en suivant le concept de la causalité adéquate. Le
comportement de l'auteur doit, selon le cours ordinaire des choses et
l'expérience de la vie, être de nature à provoquer ou au moins à favoriser
un résultat tel que celui qui s'est produit. Le lien de causalité adéquate
doit être nié seulement lorsque des circonstances tout à fait
extraordinaires, comme la faute concomitante de la victime,
respectivement d'un tiers ou des défauts de construction ou de matériel,
interviennent comme causes concomitantes avec lesquelles on ne devait
pas compter et qui, de ce fait, pèsent si lourd qu'elles apparaissent
comme la cause la plus vraisemblable et la plus immédiate du résultat et
qu'ainsi elles relèguent au second plan les autres facteurs, comme le
comportement de l'auteur. L'étendue du devoir de diligence doit
s'apprécier en fonction de la situation personnelle de l'auteur, c'est-à-dire
de ses connaissances et de ses capacités. S'il y a eu violation des règles
de la prudence, encore faut-il que celle-ci puisse être imputée à faute,
c'est-à-dire que l'on puisse reprocher à l'auteur, compte tenu de ses
circonstances personnelles, une inattention ou un manque d'effort
blâmables. L'attention et la diligence requises sont d'autant plus élevées
que le degré de spécialisation de l'auteur est important (TF 6B_466/2016
du 23 mars 2017 et les réf. citée).
2.2.2En vertu de l'art. 16 al. 2 LPolC (Loi vaudoise sur la police des
chiens du 31 octobre 2006; RSV 133.75), tout détenteur d'un chien doit
être en mesure de le maîtriser à tout moment par un moyen sonore ou par
le geste, en particulier en présence de public ou d'animaux. A défaut, le
chien doit être tenu en laisse et si nécessaire porter une muselière. Dans
les cas où une telle mesure apparaît comme suffisante, le port d'une
applique dentaire en lieu et place d'une muselière peut être toléré.
Selon l'art. 56 al. 1 CO (Code des obligations du 30 mars 1911;
RS 220), en cas de dommage causé par un animal, la personne qui le
détient est responsable, si elle ne prouve qu'elle l'a gardé et surveillé avec
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toute l'attention commandée par les circonstances ou que sa diligence
n'eût pas empêché le dommage de se produire. Son recours demeure
réservé, si l'animal a été excité soit par un tiers, soit par un animal
appartenant à autrui.
2.2.3En l'espèce, les lésions subies par A.________ ensuite de
l'attaque du chien du prévenu ne sont pas contestées, si bien que la
première condition posée par l'art. 125 al. 1 CP est réalisée.
Il reste à examiner si G.________ a agi par négligence au sens
de l'art. 12 al. 3 CP. A cet égard, le premier juge a en substance retenu
que le prévenu n'avait pas été apte à rappeler son chien au moment où ce
dernier s'était mis à courir en direction de la plaignante pour l'attaquer,
qu'il n'avait rien pu faire pour empêcher l'attaque, que le prévenu aurait
dû être d'autant plus attentif qu'il avait subi une opération peu avant, et
que si le chien avait porté une muselière ce jour-là, rien de tout cela se
serait produit.
Au vu des déclarations des parties, il ne subsiste aucun doute
concernant le fait que l'appelant a chuté et que le chien a attaqué
A.________ alors que son propriétaire était à terre. Il importe peu de savoir
si le chien était alors attaché en laisse ou s'il s'est libéré de son collier
involontairement, dès lors que selon les dispositions légales précitées on
devait attendre du propriétaire qu'il puisse le maîtriser à tout moment par
n'importe quel moyen, comme la force physique ou l'appel ou alors qu'il lui
mette une muselière avant de sortir. Or, comme l'a admis l'appelant, il
était encore fragile à cause de son opération et n'était pas en mesure de
maîtriser l'animal physiquement. Il n'a pas non plus réussi à arrêter
l'attaque en appelant l'animal ou en utilisant un autre moyen. Il ressort
pourtant du dossier que l'appelant est un habitué des chiens et qu'il devait
imaginer, notamment au regard du fait qu'il était fragilisé, qu'il n'était pas
en mesure de le maîtriser en cas d'attaque. Le prévenu savait d'autant
plus que ce genre d'attaque pouvait se produire puisqu'il a déclaré à la
police qu'il avait déjà fait l'objet d'une procédure similaire avant les faits
de la présente cause pour un cas de morsure avec un autre chien lui
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appartenant (PV aud. 2, p. 3). G.________ n'a donc pas fait preuve de
l'attention et de la diligence commandées par les circonstances et a violé
les règles de prudence dictées par l'ordre juridique. Il s'est par conséquent
rendu coupable de lésions corporelles simples par négligence.
2.3
2.3.1Conformément à l'art. 128 CP, celui qui n'aura pas prêté
secours à une personne qu'il a blessée ou à une personne en danger de
mort imminent, alors que l'on pouvait raisonnablement l'exiger de lui,
étant donné les circonstances, celui qui aura empêché un tiers de prêter
secours ou l'aura entravé dans l'accomplissement de ce devoir, sera puni
d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine
pécuniaire.
Selon la jurisprudence, l'art. 128 CP réprime un délit de mise
en danger abstraite par pure omission (ATF 121 IV 18 consid. 2a p. 20). Il
suffit que l'auteur n'apporte pas son aide au blessé, sans qu'il importe de
savoir si elle eût été couronnée de succès. L'aide s'impose même lorsqu'il
ne s'agit que d'épargner des souffrances à un blessé ou un mourant. Le
devoir d'apporter de l'aide s'éteint cependant lorsque l'aide ne répond
manifestement plus à aucun besoin, notamment lorsque la personne est
elle-même en mesure de s'assumer, que des tiers la prennent en charge
de manière suffisante, qu'elle refuse expressément l'aide proposée ou
encore une fois le décès survenu. L'aide doit ainsi apparaître comme
nécessaire ou tout au moins utile. La recherche d’une causalité
hypothétique entre l’omission et l’issue fatale est sans pertinence, en
raison de la structure de la norme pénale, conçue comme une infraction
de mise en danger abstraite, ce raisonnement ne répond pas à la question
du caractère nécessaire ou tout au moins utile de l’intervention omise, qui
constitue un élément objectif de l’infraction. (TF 6B_267/2008 du 9 juillet
2008 consid. 4.3, PJA 2008 p. 1600 ss; TF 6B_813/2015 du 16 juin 2016, SJ
2017 I p. 247; CAPE 27 septembre 2016/318).
-
17 -
2.3.2En l'espèce, comme il a été constaté ci-dessus, le chien a eu
amplement le temps de mordre la victime à plusieurs endroits et de la
trainer sur un talus avant que G.________ ne réagisse. Il a fallu qu'elle crie
et qu'elle demande à l'appelant de venir maîtriser son chien pour que
celui-ci daigne intervenir. La passivité du prévenu face à la multiplicité des
morsures infligées à la plaignante n'est pas acceptable. Par ailleurs, quand
la victime s'est dégagée de l'emprise de l'animal et qu'elle est partie
chercher de l'aide, la cuisse ensanglantée, on devait attendre du prévenu
qu'il lui apporte une assistance immédiate et qu'il ne reste pas passif. Les
blessures d'A.________ nécessitaient en effet des secours immédiats et le
prévenu aurait dû lui apporter son aide avant même que les secours
arrivent. Enfin, quand la victime a cherché du secours, G., ne s'est
même pas renseigné pour savoir si elle était hors de danger et si son
assistance ne répondait à plus aucun besoin. On n'aurait d'ailleurs pu
attendre de lui qu'il appelle la police immédiatement.
En conséquence, G., en violant son devoir d'apporter
de l'aide à une personne blessée, s'est rendu coupable d'omission de
prêter secours.
Au vu de ce qui précède, le recours de G.________ doit être
rejeté.
II.Appel du Ministère public
1.1Le Ministère public invoque que la peine infligée à G.________
de 120 jours-amende, complémentaire à la peine de 300 jours-amende lui
ayant été infligée le 1
er
décembre 2015 par l'Obergericht du canton de
Berne, excède le maximum de 360 jours-amende fixé par l'art. 34 CP.
Selon le parquet, seule une courte peine privative de liberté peut être
prononcée à l'encontre de l'appelant, sa quotité devant être fixée à 4
mois.
1.2
-
18 -
1.2.1Selon l'art. 34 al. 1 CP, sauf disposition contraire de la loi, la
peine pécuniaire ne peut excéder 360 jours-amende. Le juge fixe leur
nombre en fonction de la culpabilité de l'auteur.
1.2.2Le juge peut prononcer une peine privative de liberté ferme de
moins de six mois uniquement si les conditions du sursis à l'exécution de
la peine (art. 42 CP) ne sont pas réunies et s'il y a lieu d'admettre que ni
une peine pécuniaire ni un travail d'intérêt général ne peuvent être
exécutés (art. 41 al. 1 CP).
1.2.3En vertu de l'art. 49 al. 2 CP, si le juge doit prononcer une
condamnation pour une infraction que l'auteur a commise avant d'avoir
été condamné pour une autre infraction, il fixe la peine complémentaire
de sorte que l'auteur ne soit pas puni plus sévèrement que si les diverses
infractions avaient fait l'objet d'un seul jugement.
2.En l'espèce, les faits qui sont reprochés au prévenu se sont
produits le 3 août 2015, soit avant la condamnation prononcée par
l'Obergericht du canton de Berne. C'est donc à juste titre que le premier
juge a fixé une peine complémentaire.
Dans le cadre de la fixation de la peine, le premier juge a
estimé que la quotité de la peine devait être fixée à 120 jours-amende.
Cette quotité paraît juste et adéquate au regard des principes applicables
en la matière, notamment au regard de la culpabilité de l'auteur. Elle n'a
d'ailleurs pas été contestée par le prévenu. Néanmoins, le cumul de la
peine de base (300 jours-amende) avec la peine complémentaire (120
jours-amende), soit un total de 420 jours-amende, excède le nombre total
fixé par la loi de 360 jours-amende. Dès lors que la quotité fixée par le
premier juge ne prête pas le flanc à la critique, il n'y a pas lieu de la
diminuer. Seul peut donc entrer en ligne de compte le prononcé d'une
courte peine privative de liberté au sens de l'art. 41 CP, le prévenu n'ayant
pas donné son accord pour l'exécution d'un travail d'intérêt général (art.
37 al. 1 CP) et le montant de la peine privative de liberté ne permettant
pas le prononcé d'un sursis (art. 42 al. 1 CP), 120 jours-amende équivalant
-
19 -
à 4 mois de peine privative de liberté. Le pronostic quant au
comportement futur du prévenu est au demeurant défavorable vu
l'absence de prise de conscience de la dangerosité de son comportement
notamment.
Partant, l'appel joint du Ministère public doit être admis et le
dispositif réformé en ce sens que G.________ est condamné à une peine
privative de liberté de 4 mois, peine complémentaire à celle prononcée le
1
er
décembre 2015 par l’Obergericht du canton de Berne.
III.Frais
Il résulte de ce qui précède que l'appel de G.________ doit être
rejeté, l'appel joint du Ministère public admis et le jugement entrepris
modifié dans le sens des considérants qui précèdent.
Vu l’issue de la cause, les frais de la procédure d’appel, soit
l’émolument de jugement par 1'830 fr. (art. 21 al. 1 et 2 TFIP [tarif des
frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010
; RSV 312.03.1]), doivent être mis à la charge de l'appelant, qui succombe
(art. 428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
la Cour d’appel pénale
appliquant les articles 41, 47, 49, 125 al. 1, 128 CP, 23 LPolC et 398 ss
CPP,
prononce :
I. L'appel de G.________ est rejeté.
II. L’appel joint du Ministère public est admis.
III. Le jugement rendu le 13 octobre 2016 par le Tribunal de police
de l'arrondissement de l’Est vaudois est modifié comme il suit
-
20 -
aux chiffres II à IV de son dispositif, le dispositif du jugement
étant désormais le suivant :
"I.constate que G.________ s’est rendu coupable de lésions
corporelles simples par négligence, d’omission de prêter
secours et de violation de la loi sur la police des chiens ;
II.condamne G.________ à une peine privative de liberté de
quatre mois, peine complémentaire à celle prononcée le
1
er
décembre 2015 par l’Obergericht du canton de Berne ;
III.condamne G.________ à une amende de 300 fr. (trois
cents francs) et dit que la peine privative de liberté de
substitution en cas de non-paiement fautif de l'amende sera
de 3 jours ;
IV.supprimé ;
V.dit que G.________ est le débiteur d’A.________ et lui doit
paiement des sommes de 250 fr. à titre de remboursement de
son dommage matériel et de 3'000 fr. à titre de tort moral,
valeur échue ;
VI.met les frais de justice, par 2'425 fr., à la charge de
G.."
IV. Les frais d'appel, par 1'830 fr., sont mis à la charge de
G..
Le président :La greffière :
Du
Le jugement qui précède, dont le dispositif a été communiqué
par écrit aux intéressés le 31 mai 2017, est notifié, par l'envoi d'une
copie complète, à :
-
21 -
-Me Fabien Mingard, avocat (pour G.),
-Me Dorothée Raynaud, avocate (pour A.),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Mme la Présidente du Tribunal de police de l'arrondissement de l’Est
vaudois,
-M. le Procureur de l'arrondissement de l’Est Vaudois,
-Office d'exécution des peines,
par l'envoi de photocopies.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
La greffière :