210 A. StaatsrechtlIChe Entscheidungen. III. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
a. Anderweitige Eingri:ffe in garantierte Rechte. -Atteintes
portees ä. d,'autres droits garantis.
35. Amil dn 24 avril 1901,
dans la cause Fauquez el consorts contre Vmtd.
Recours contre une decision du Grand Conseil vaudois pro-
noncant Ia clöture de la discussion sur l'entree en matiere
au sujet du projet de decret relatif aUX impöts lausannois. Qua-
lite pour recourir. -Constitutionnalite de Ia clöture de Ia dis-
cussion. -Autonomie communale en matiere d'impositions. Art.
80, 82, 89, 90 et 92 Const. vaudoise.
A. -En date du 12 juin 1900, Ia Municipalite de Lau-
sanne a soumis
au Conseil communal un preavis concluant a
ce qu'il decidat de demander au Conseil d'Etat nn decret
renouvelant pour deux ans les impots communaux adoptes
par le Conseil communal le 24 juillet 1897, avec l'adjonction
d'un droit sur les successions en ligne directe.
Dans sa seance
du 6 juillet suivant, le Conseil communal
discuta
ce preavis et apporta au projet d'impositions presente
par Ia Municipalite diverses modifications ayant trait a l'as-
siette de
l'impot immobilier, aux deductions pour charges de
familIe
et a l'impot sur les loyers, qui etait supprime.
Le projet aiusi
adopte fut adresse au Conseil d'Etat qui le
soumit
:l l'enquete prescrite par la loi. Ce projet provoqua
diverses oppositions, qui furent transmises
a l'autoritecom-
munale .
Le 4 octobre, le Conseil communal adopta, par 39 voix
contre 34, une resolution tendant
a admettre les oppositions
comme fondees
et a adopter, en lieu et place du projet cri-
tique, celui presente par la Municipalite le 12 juin precedent.
Dans cette meme seance, il decida qu'un second debat
aurait lieu sur cette question le 16 octobre. A l'inverse de ce
qui s' etait passe le 4 octobre, il se prononna le 16, par 43
voix contre 41, pour le rejet des oppositions et le maintien
du projet adopte le 6 juilIet.
2. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rechte. N° 35. 211
A la suite de ce vote, trente memhres du Conseil com-
munal se rattachant aux partis democratique et progressiste
adresserent une petition au
Conseil d'Etat demandant a cette
auto
rite de ne pas recommander au Grand Conseill'appro-
bation
du projet d'impot du 6 juiIlet, mais de lui proposer
au contraire d'autoriser la commune de Lausanne
a percevoir
ses impots sur la base du projet municipal du
12 juin.
Une petition dans le meme sens fut aussi adressee au Con-
seil d'Etat par dix-neuf membres du Conseil communal se
rattachant au parti
liberal.
Le Conseil d'Etat decida, en effet, le 30 octobre de pro-
poser
au Grand Conseil I'adoption d'un decret autorisant la
commune de Lausanne
a percevoir pendant deux ans, a dateI'
du i er janvier 1901, un impot annuel sur des bases identiques
acelIes du projet municipal du 12 juin, et comportant, en
particulier, le retablissement de l'impot sur les
10yers.
Le projet de decret du Conseil d'Etat fut soumis aux deli-
berations
du Grand Conseil dans les seances de cette auto-
rite des 22, 23, 27 et 28 novembre 1900.
Les seances des 22 et 23 novembre furent presque entie-
rement consacrees a une discussion preliminaire, dans laqueHe
de nombreux
Ol'ateurs prirent la parole pour et contre Ie
projet de decret.
Dans
Ia seance du 27 novembre, le depute Ruedi fit la
proposition que le Grand
Conseil n'entrat pas en matiere sur
le projet de
decret du Conseil d'Etat et autorisat les auto-
rites communales de Lausanne a percevoir l'impot pour le
terme de deux ans conformement
a Ia deliberation du Con-
seil communal du 6 juillet 1900.
A teneur du proces-verbal de Ia seance, la parole avait ete
accordee onze fois a Ia suite de Ia proposition Ruedi, lorsque
le
depute Augsbourg proposa au Grand Conseil de prononcer
Ia c öture
de la discussion. Cette proposition, combattue
comme antireglementaire par
Ie depute Fauquez, fut nean-
moins adoptee par 111 voix contre 18.
La proposition Ruedi fut ensuite repoussee, et le projet
de decret fut discute en
1 er et 2" debat, puis definitivement
212 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. III. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
adopte rar le Grand Conseil dans la seanee du 28 no-
vembre.
B. -Le 8 deeembre 1900, A. Fauquez et huit, autres
deputes, ainsi qu'un certain nombre de membres du Conseil
communal de Lausanne
et de contribuables lausannois ont
adresse au Tribunal federal un recours de droit public eon-
eluant a ce qu'illui plaise :
Casser la decision du Grand Conseil fermant par un
vote de cloture la discussion touchant l'entree en matiere sur
le projet de decret relatif aux
impots lausannois, et, cela
fait, faire
proceder a une nouvelle diseussion, jllsqu'a epuise-
ment, sur la question de l'entree en matiere;
2° subsidiairement, easser Ia decision du Grand Conseil en
tant
qu'elle reintroduit a Lausanne, pour deux ans, l'impöt sur
les loyers abroge par le Conseil communal le 6 juillet 1900.
Les recourants motivent en substanee ces eonclusions
eomme
suit:
La premiere decision attaquee a empeehe, eontrairement
au reglement du Grand Conseil, quelques-uns des recourants
d'obtenir
ou de redemander Ia parole; elle viole I'art. 44-
de la Constitution eantonale, qui garantit aux deputes le droit
d'initiative, ainsi que les art.
15 et 16 de la loi du 16 110-
vembre 1885 sur l'organisation du Grand Conseil. TI resulte
des art. 103 et 109 du reglement du Grand Conseil que le
president est force de donner la parole au depute qui la
demande. Le Grand Conseil n'a done pas le droit de voter
la clöture
dnune discussion et d'empecher ainsi les deputes
de discuter un projet, en un mot de remplir leur devoir de
deputes. Le Grand Conseil ayant vote lui-meme sa loi orga-
nique et son reglement peut sans doute les modifiel' i mais il
ne peut le faire qu'en suivant la proeedure
fixee par lui-meme
dans les dits loi et reglement. Dans sa seance
du 27 no-
vembre,
il a precisement renvoye a une commission une
motion demandant la lllodifieation du reglement
par l'intro-
duetion d'un article reglant le droit de c1öture. Tant que eet
article
n'est pas adopte, les art. 103 et 109 du reglement
font seuls
regle et toute decision du Grand Conseil fermant
2. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rechte. N° 35.
la diseussion par un vote de cloture constitue un deni de jus-
tiee et une violation de la Constitution cantonale.
La decision
du Grand Conseil, en tant qu'elle reintroduit a
Lausanne l'impot sur les loyers, viole les art. 80, 82, 89, 90,
92 de Ia Constitutiol1 eantonaIe, et l'art. 5 de la Constitution
federale, d'apres lequel Ia Confederation garantit les droits
et les attributions que le peuple a eonferes aux autorites ; elle
est en opposition formelle avee la loi
du 20 fevrier 1892 sur
les impositions eOl11munales, notaml11ent a ses art. 19 et 20.
Conformelllent a eette derniere loi, le Grand Conseil pouvait
admettre l'impot demande, le modifier ou le rejeter; mais il
ne pouvait pas ereer un impot malgre les decisions commu-
nales. L'illlpöt demande par le Conseil eommunal etait un
il11pot foncier, ainsi qu'un impot mobilier; par contre, les
autorites communales n'ont pas delllande de pouvoir
lllain-
tenir Oll introduire un impot sur les loyers. Cela etant, le
Grand Conseil, pas plus que le Conseil
d'Etat ne pouvait
se nantir de
Ia question de l'impot sur les loyers. Le droit
de I'Etat d'intervenir dans le domaine communal doit
etre
interpr e d'une fa ;on plutot restrictive i lorsqu'il n'existe
pas de disposition autorisant l'intervention de l'Etat, les
co m-
lllunes sont fondees, en vertu de la eonstitution et speciale-
ment de l'art.
80, a resister acette intervention. Po ur pou-
voir admettre la deeision prise, il faudrait que les eOlllmunes
ne soient que des autorites inferieures, sans eompetenees
propres
ni independanee. 01' telle n'est pas leur situation.
S'il est vrai que l'autorisation du Grand Conseil est neces-
saire pour la ereation de nouveaux impöts, en revanche, il
n'appartient pas au Grand Conseil de faire revivre des
im-
pots supprimes ou d'en ordonner de nouveaux, sur Iesquels
les
autorites communales n'auraient pas diseute. Eu votant
le projet de
deeret presente par le Conseil d'Etat, le Grand
Conseil a commis un veritable
cleni de justice.
C. -Ensuite de la eommunieation qui a ete faite du
reeours au Conseil
d'Etat vaudois, pour lui-meme et pour le
Gran(l Conseil, l'avoeat
Metraux, agissant au nom de ces deux
autorites
et eomme president du Grand Conseil, a produit
'214 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. III. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
une reponse dans laquelle il y a lieu de relever ce qui suit :
Au moment on la eloture a ete proposee, aucun des signa-
taires du recours n'avait
demancle ou redemande la parole.
L'auteur de la reponse affirme, en
sa qualite de president du
Grand Conseil, qu'il n'y avait plus a ce moment un seul ora-
teur inscrit. Il est done probable
et meme eertain que la
discussion aurait
ete elose sans vote de c1oture. La faculte
de prononcer la clOture d'une diseussion est un droit primor-
dial et imprescriptible de toute assemblee deliMrante.
L'exercice peut en etre reglemente ou limite par une dispo-
sition expresse, mais une
assemblee ne peut s'en interdil'e
l'usaae sans ren on cer a sa souverainete. Si jusqu'ici le Grand
o .
Conseil n'a jamais senti le besoin de reglementer l'exerclce
du droit de
clOtl1re, c'est qu'il ne connaissait pas et que ses
predecesseurs n'ont jamais connu l'obstructionisme.
Mais en
fait cependant
ce n'est pas la premiere fois qu'il fait usage
du droit de clOture et cela sans que ce droit Iui ait ete con-
teste jusqu'ici.
Quant
a l'adoption du decret du 28 novembre 1900, le
Grand Conseil a
agi dans la plenitude de sa competence.
Aucune des dispositions constitutionnelles
et legales invo-
quees par les recourants n' est vioIee par le decret. L'art. a Donst.
vaud. proclame la subordination des comml1nes ä l'Etat;
celui-ci a non seulement le droit, mais le devoir de surveiller
leur administration et, en particulier, d'approuver les impots
u'elles veulent etabIir (art. 82). Des l'origine du canton de
Vaud comme
Etat independant, les communes ont pu per-
cevoir des contributions, mais cette faculte
a toujours ete
subordonnee a l'autorisation de l'Etat. L'etablissement des
impositions communales est aujourd'hui
regle par la loi du
20 fevrier 1892. L'art. 19 de cette loi aurait ete viole,
'apres les recourants, parce que les autorites communales
n'ont pas demande de pouvoir maintenir
ou percevoir un
impot sur les loyers. Il est vrai que les autorites communales
n'ont pas fait cette demande, mais le Conseil d'Etat, estimant
que le projet du Conseil communal ne pouvait
etre admis,
etait oblige, vu les circonstances, de pourvoir au remplace-
2. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rechte. N 35. 215
ment de l'impot rejeM. En effet, il etait materiellement im-
possible au Conseil communal de preparer un nouveau projet
d'impot pour 1901
et de le soumettre a l'Etat. Et cependant
il importait que la commune de Lausanne put subvenir a ses
depenses annuelles
et que le fonctionnement de l'administra-
tion
comml1nale ne fut pas arrete. Le Conseil d'Etat ne pon-
vait faire mieux dans ce but que de proposer le maintien des
impöts existants, eprouves depuis quatre ans, que la Munici-
palite acceptait et qui pouvaient sans inconvenient elre
ppliques pendant deux ans encore, en attendant que les
autorites communales eussent pu etudier d'autres combinai-
sons. L'impot sur les
10yers etait compris dans ces impots.
Sa suppression eut compromis les finances de la commune et
il n'etait pas possible, sans de graves inconvenients, de 1e
separer des autres impots. Le decret du 28 novembre 1900
maintient sans changements une bonne partie des impots
votes par le Conseil communal en juillet 1900 et qui exis-
taient
deja precedemment. 11 constitue une simple modifica-
tion
du projet du Conseil communal par suppression des
mendements que cette autorite avait apportes au projet de
la
Iunicipalite. Ainsi donc l'art. 19 de la loi n'a nullement
eM viole.
Le Conseil d'Etat et le Grand Conseil concluent donc au
rejet du recours en son entier.
Statuant sur ces aits et considcrant en droit:
- -Le recours etant base sur l'affirmation que les deci-
sions attaquees violent les droits constitutionnels des recou-
rants, le Tribunal
federal est competent en principe pour
examiner le bien
fonde de cette affirmation.
En revanche,
on pourrait se demander si ceux des recou-
rants qui agissent seulement comme contribuables lausannois
ou comme membres du Conseil communal de Lausanne ont
qualite pour recourir contre la decision du Grand
Conseil
vaudois prononliant la clOture de la discussion sur l'entree
en matiere au sujet du projet de decret relatif aux impots
lausannois. La question se pose en effet de savoir s'ils pos-
sildent un droit individuel quelconque qui aurait pu etre lese
XXVII. 1. -190i
216 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IlI. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
par la dite decision. Mais il serait oiseux de s'arreter a
l'examen de cette question, attendu qu'il n'est pas douteu
que ceux des recourants qui sont deputes au Gnan ConseIl
ont vocation pour recourir contre le vote dont s agIt, et que,
des lors, il y a en tout cas lieu d'entrer en matiere sur le
re
co urs en tant que dirige contre ee vote. .
Quant
a l'adoption par le Grand onse? du decret relanIf
aux impots 1ausannois, il est certam qu elle a une portee
generale (art. 178, al. 2 OJF.) et que les cont.ribuable lau-
sannois ont
un droit constitutionnel a ce qu'Il ne sOlt pas
porte atteinte a l'autonomie communale en matiere d'impos
tion en d'autres termes a ce que l'Etat n'exeree son drOlt
d'a;torisation que dans les limites de la 10i et eonformement
a celle-ci. -
2. -.Au fond, le recours sou1eve en premiere .ligne. 1a
question de la eonstitutionnalite de la cloture de dlscuSSlOn
votee par le Grand Conseille 27 novembre 1900. A '
Les recourants font valoir que ce vote a empeche quel-
ques-uns d'entre
eux d'obtenir ou de redemander la parole ;
ils ne pretendent pas,
en revanche, qu'aucun orateur, fUt
encore inscrit ou ait de-mande la parole au moment ou 1a
proposition de cl6ture a ete faite. L'auteur de la reponse
pour
1e Conseil d'Etat et 1e Grand Oonseil . ffirme, de son
c6te, en sa qualite de president de cette dermere .assenblee,
qu'il n'y avait plus a ce moment-la aucun oratnur nscnlt.
Ces constatations suffiraient a elles seules a faIre ecarter
le premier grief des recourants, puisqu'il n'e.st pas demontre
que 1e vote de cloture ait eu pour effet de pnver de la pal'ole
des orateurs
qui l'avaient demandee.
Mais meme en admettant que ce vote ait eu reellement
pour
effet de restreindre 1a discussion, o.n ne snurnit le con-
siderer
eomme portant atteinte a un drOlt constltutlOnnel des
recourants.
Ceux-ci invoquent tout d'abord l'art. 44 Const.
cant.,
qui garantit atout membre du Grand Conseil le droi:
d'initiative. Ils invoquent ensuite les art. 15 et 16 de la 101
sur l'organisation du Grand Conseil, du 16 novembre 1885
qui reglent l'exercice du droit d'initiative des membres dn
2. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rechte. N° 35.
Grand Conseil et prescrivent que tout projet de loi ou de
decret, rapport, motion, etc., doivent
etre renvoyes a une
commission chargee de les examiner. Il saute aux yeux que
ces dispositions n'ont aucun rapport avee
Ia question de sa-
voir si 1e Grand Conseil avait ou non le droit d'emettre le
vote de
clOture dont les recourants se p1aignent. Dans le CRS
affirmatif, le droit d'initiative des deputes n'a pu etre lese
par la clOtuI'e prononeee.
Les seules dispositions invoquees
par les recourants qui
interessent reellement la question soulevee
sont les art. 103
et 109 du reglement du Grand Conseil. L'art. 103, al. 1
er
est
ainsi
conQu: Lorsque la discussion est ouverte, chaque
membre de
l'assernbIee peut demander la parole au presi-
dent qui l'aceorde en suivant l'ordre dans lequel ehaeun l'a
demandee.
L'art. 109 dit de son cote : Lorsque personne
ne demande la parole, le president ferme la discussion.
Les recourants soutiennent qu'il resulte de ces textes que
le Grand Conseil n'a
pas le droit de voter la clOture d'une
discussion, en d'autres termes que celle-ci doit se poursuivre
jusqu'a
ce qu'aucun orateur ne demande plus Ia parole. Cette
maniere de voir n'apparait toutefois pas comme une eonclu-
sion imposee par les dits textes. De ce qu'il est dit que le
president accorde la parole atout orateur qui la demande et
qu'il ferme la discussion 10rsque la parole n'est plus demandee,
il ne suit pas forcement que le Grand Conseil lui-merne n'ait
pas le droit de
deeider que la parole ne sera plus aeeordee,
soit de prononcer la
cl6ture d'une discussion. On ne saurait
donc pretendre qu'en emettant le vote de
cl6ture du 27 no-
vembre, 1e Grand Conseil ait meconnu arbitrairement le sens
des art.
103 et 109 de son reglement et commis ainsi un
deni de justiee.
Si l'exclusion du droit de cI6ture ne resulte pas de la
teneur des art.
103 et 109 du reglement, on ne saurait non
plus admettre qu'elle
resulte du fait que ce droit n'est pas
expressement
prevu par le dit reglement.
Il est vrai que les reglements de la plupart des
assembIees
parlementaires renferment des dispositions a ce sujet, ee
218 A. Staatsrechtliche Entscheidnngen. III. Abschnitt. Kantonsverfa sungen.
qui demontre qu'en general on a senti le besoin de regler
l'exercice du droit de eloture.
Mais on ne saurait en conelure
que
ce droit n'existe pas lä. ou il n'est pas expl'essement con-
sacre par une disposition legale ou reglementaire. Le dl'oit
de discussion des membres d'une assemblee parlementail'e
est intimement
He au droit de l'assemblee de deliMl'el', soit
de
pl'endre des decisions. S'il est de l'essence de la demo-
cl'atie
que les mandatail'es du peuple puissent dil'e les motifs
qui
leul' pal'aissent militer pour ou contre une decision ä.
prendre, il decoule de fa(jon non moins certaine des prin-
cipes democratiques qu'une minorite de
deputes ne saurait,
par
un abus du droit de discussion, entraver l' activite de
l'assembIee et rendre toute decision impossible. A admettre
le droit
illimite des orateurs on aboutirait a la suppression
de la souverainete de
l'assembIee et on meconnaitrait les
droits et les
interets du peuple, dont les representants ont
pour mandat non seulement de diseuter, mais aussi de prendre
des decisions.
L'absence de la mention
du droit de cloture dans le regle-
ment du Grand Conseil vaudois n'autorise donc pas ä. con-
clure que cette assemblee ne
possMe pas ce droit. Il est ä.
remarquer, au surplus, ä. eet egard que, d'apres la reponse,
le Grand
Conseil aurait ä. plusieurs reprises, anterieurement
au 27 novembre
1900, fait usage du droit de eloture sans que
ce droit lui ait jamais
ete conteste. 11 aurait ainsi interprete
lui-meme
son reglement dans le sens que l'absence de men-
tion du droit de
cloture ne signitie pas qu'il soit exelu. La
motion
presentee le 27 novembre et tendant ä. introduire
dans le reglement
un article visant le droit de cloture n' est
pas en contradiction avec cette interpretation, mais montre
simplement que le besoin
da regler l'exercice de ce droit
parait se faire sentir aussi dans le canton de Vaud.
Entin il y a lieu de constater que le Grand Conseil n'a pas
fait
du droit de cloture un usage abusif ou arbitraire, dont le
resultat ait
ete de priver les orateurs de la minorite de leur
droit legitime de discussion.
Les attaques dirigees par les recourants contre le vote de
2. Anderweitige Eingrifte in garantierte Rechte. No 35.
cloture du 27 novembre sont donc a tous egards mal fondees
et le recours doit etre ecarte sur ce premier point.
3. -La seconde conclusion du recours, dirigee contre le
decret
du Grand Conseil, du 28 novembre 1900, appelle les
considerations suivantes
Les recourants soutiennent qu'en reintroduisant pour deux
ans
a Lausanne l'impot sur les loyers que le Conseil com-
munal avait abroge et qui ne tigurait pas dans le projet d'im-
positions du 6 juillet soumis
a l'autorisation de l'Etat, le
Grand
Conseil a commis un empietement sur les attributions
que la constitution
et la loi conferent aux autorites commu-
nales. Ils s'appuient po ur justitier ce point de vue sur les
art.
80, 82, 89, 90 et 92 de la Constitution vaudoise. Le pre-
mier de ces articles regle d'une maniere generale la situa-
tion des communes vaudoises
vis-a-vis de l'Etat et consacre
expressement leur subordination
a celui-ci. Les art. 89 et 90
reglent les attributions des autorites communales en ce qui
concerne l'adoption du budget communal, le controle de la
gestion
et l'approbation des comptes. Ces articles n'ont donc
pas de rapport avec la question soulevee. Il en
est de meme
de l'art. 92, qui dispose que le pouvoir executif dans les com-
munes appartient anx municipalites et determine les attribu-
tions de celles-ci. L'art. 82, en revanche, porte que
les
communes dont les ressources sont insuffisantes peuvent etre
autorisees a percevoir des impots, conformement aux regles
generales
etablies par la loi . Toute l'argumentation des
recourants revient
a soutenir que le decret attaque, en tant
qu'il reintroduit l'impot sur les loyers, n'est pas conforme
aux
regles etablies par la loi, soit a l'art. 19 de la loi sur Jes
impositions communales, du 20 fevrier 1892. Cet article, qui
vise le
cas ou un projet d'impot communaI, pou!' lequel l'au-
torisat.ion de I'Etat est demandee, a
donne lien ä. des oppo-
sitions, dispose ce qui snit :
Si une opposition est maintenue, apres que les oppo-
sants ont
ete entendus, le Conseil d'Etat la transmet au
Grand
Conseil avec un projet de decret admettant, moditiant
ou rejetant l'impot demande.
220 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. ur. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
Or, disent les recourants, l'impot demande etait un impot
foncier, ainsi qu'un impot mobilier; l'impot sur les loyers
n'etait pas demande
et des 10rs le Grand Conseil n'avait pas
a s'en occuper; en le reintroduisant, nonobstant le vote du
Conseil communal qui l'avait abroge, il a porte atteinte an
droit des autorites communales de decider, sous
reserve de
l'autorisation de l'Etat, quels imp6ts sero
nt preleves dans la
eommune.
A cette argumentation, le Conseil d'Etat et le Grand Con-
seil opposent ce qui suit :
L'impöt sur les loyers faisait partie
du systeme d'imposi-
tions de la commune de Lausanne applicable jusqu'au
1 er jan-
vier
1901, et dont la Municipalite avait propose le 12 juin
1900 de demander au Conseil d'Etat le renouvellement pour
deux ans. Le projet
vote par le Conseil communalle 6 juillet
et soumis a I'approbation de l'Etat avait modifie ce systeme
en abandonnant l'imp6t sur les loyers et en changeant la
base de l'impöt foncier, ainsi que l'echelle des deduetions
pour charges de famille.
Ne pouvant approuver les innova-
tions
du projet sur ces deux derniers points, les autorites
cantonales ont maintenu le systeme anterieur, conformement
au projet de la
Municipalite; et eomme la suppression de
l'impot sur les loyers, qui faisait partie de
ce systeme, n'au-
mit ete compensee par rien et eut cree un deficit dans les
ressources de la commune, elles ont
estime qu'il y avait lieu
de maintenir egalement eet imp6t, jusqu'a ce que les auto-
rites communales aient pu discuter a nouveau dans son en-
semble le systeme des impositions communales. En agissant
ainsi, les autorites cantonales n'ont pas meconnu la prescrip-
tion
de Part. 19 de la loi sur les impositions communales;
elles sont
reste es completement dans l'esprit de la loi et n'ont
fait
que modifiel' le projet du Conseil communal soumis a leur
approbation, projet qui, envisage dans son ensemble, n'etait
lui-meme qu'une modification
du systeme qu'il devait rem-
placer.
D'apres l'interpretation
qui est ainsi donnee a la loi, le
droit de
modifiel' un projet d'impositions communales co rn-
porterait le droit de retablir, en remplacement d'innovations
2. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rechte. N° 35.
non approuvees, un impot qua l'autorite communale avait
.o.ecide de ne plus percevoir. Cette interpretation ne pourrait
etre repoussee que si elle apparaissait eomme evidemment
arbitraire
et inconciliable avec le texte de la loi. 01' tel n'est
pas le cas. Aucune tentative n'a ete faite par les recourants
pour
demontrer, au moyen des travaux preparatoires de la
loi sur les impositions communales
ou par tout autre moyen,
que le terme
modifiel' , employe par l'art. 19 de la dite loi,
a
un sens restreint, qui n'autorisait pas le Grand Conseil a
reintroduire l'impot sur les loyers dans le systeme des imp6ts
lausannois.
En soi l'expression modifier n'a pas une portee
precise, alors surtout qu'elle s'applique a nne chose com-
plexe, comme un projet d'impositions forme d'eIements divers,
qui doivent, dans leur ensemble, pro eurer une certaine somme
de ressources. On peut bien souternr en pareil cas que le
droit de modifier
comporte celui de l'emplacer certains
elements par d'autres, afin d'assurer le resultat d'ensemble
auquelle projet doit satisfaire. Etant
donne la situation des
communes vaudoises
vis-a-vis de l'Etat et les droits de sur-
veillance
et d'intervention tres etendus que la constitution et
Ia loi donnent a celui-ei a l'egard de leur administration, rien
n'autorise
a interpreter l'art. 19 en question dans un sens
restrictif
et a considerer comme arbitraire l'interpretation que
Ie Conseil d'Etat
et le Grand Conseil vaudois lui ont donnee.
Cela etant, on doit admettre que le deeret attaque a ete
rendu conformement a la loi, en vertu des competences qu'elle
.confere au Grand Conseil, et qu'en consequence ce decret
n'implique aucun empietement sur les attributions des auto-
rites
communales.
Leseeond griefdesrecourants est done egalementmal fonde.
Par ces motifs,
Le Tribunal
federal
prononce:
Le recours est
eearte comme mal fonde.