Civilrechtsptlege,
55. Arret du 10 juin 1899
dans la cause Assurance mutuelle suisse contre
les accidents
"
contre Reichenbach.
Contrat d'assurance; conclusion entre absents. Art. 5, 6 et 7
CO. Position de l'agent de l'assureur.
Le 29 septembre 1897, les freres Reichenbach, fabricants
de meubles a Sion, s'adresserent a l'agent general de la
Compagnie d'assurance contre les accidents Ia ColoD'ne
o
a Lausanne, L. Logoz, et le prierent de leur envoyer les re-
glements et conditions pour assurer 4 ouvriers machinistes,
plus 12 ouvriers
ebenistes et polisseurs, ayant ensemble une
paie de
8 a 10000 francs par annee. Reichenbach freres
ajoutaient qu'ils desiraient, en cas d'accident, que les frais de
docteur et de pharmacie soient entierement a la charge de la
Compagnie d'assurance.
Le lendemain
30 septembre Logoz repond a Reichenbach
freres que la Compagnie
la Cologne ne fait pas l'assu-
rance collective de responsabilite civile, et que pour ce mo-
tif, il s'est charge de la representation generale de la Societe
mutuelle suisse contre les accidents, laquelle couvre comple-
tement la responsabilite civile. Logoz transmettait en meme
temps a Reichenbaeh freres les conditions generales de la
dite
Societe, ainsi que deux forn1Ulaires de propositions d'as-
suranee eollective ; illes priait de remplir ces formulaires, de
les signer
et de les lui renvoyer. Ils ajoutaient enfin ce qui
suit : Le tauK vous sera ensuite communique et vous aurez
huit jours pour l'accepter
ou le refuser. J)
Le 8 octobre 1897, Reiehenbach freres adresserent a
Logoz un formulaire de proposition d'assurance, mais non
signe, et Hs demanderent que la societe d'assuranee leur fit
deuK categories de prix, attendu que les ebenistes et polis-
seurs ne courent aucun risque. Ils donnaient en outre des
informations sur une assurance contre les accidents qu'ils
avaient
precedemment coneIue avee la Compagnie la Zu-
V. Obligationenrecht. No 55.
rich, )) et declaraient avoir du accepter, vis-a-vis de cette
soeiete, une augmentatiou de prime de 1 % (prime portee
de 5 a 6 %) ensuite d'accidents successifs arrives au meme
ouvrier (question 4 de la proposition d'assurance eollective).
Le 16 octobre 1897,
L. Logoz proposa a Reichenbach
freres une entrevue a la gare de Sion le 18 dit, a 8 h. 40 du
matin,
a l'arrivee du train de Lausanne. L'entrevue a la dite
gare eut effeetivement lieu le 18 octobre
a l'heure fixee
entre Jules Logoz, representant son frere Louis, et Pierre
Reichenbach, au nom de Reichenbach freres. A la suite de
cet entretien,
Pierre Reichenbach remit a Jules Logoz un
formulaire de proposition d'assurance,
signe par Reichenbach
freres et par le predit Jules
Logoz. Ce formulaire contient,
a la fin, immediatement au-dessus des signatures, les mots
imprimes ci-apres:
N ous nous engageons, -a moins que
nous ne repoussions dans les huit jours le tauK de prime
d'assurance
qui nous sera communique, -ä payer sans re-
tard la police d'assurance, etc. Le passage, depuis les
mots
a moins que jusqu'a ceux sera communique., sont
toutefois
biffes. En revanche, sous la rubrique c( Observations
particulieres
on lit la meution suivante, signee par Reichen-
bach freres:
le taux de prime est fixe a 6 0/
des salaires.
Le meme jour, 18 octobre 1897, Reichenbach freres telegra-
phierent a 4 h.05 a Logoz a Lausanne: N'envoyez pas notre
proposition avant d'avoir
renu notre lettre. Ce telegramme
fut renu par le destinataire a 4: h. 15. Le meme jour encore,
Reichenbach
freres ecrivaient a Logoz entre autres: Nous
venons
vous priel' de bien vouloir porter le tauK au 5 %, au
lieu du 6
comme entendu. Nous nous referons a l'art. 3 de
vos statuts pour aceApter ce tauK. En verifiant vos statuts,
nous trouvons dans l'art. 7
un alibi a ce que vous nous
disiez ce matin au sujet de la resiliation. Vous nous avez dit
que la
Compagnie ne pouvait resilier sans contrat dans aucun
cas; cependant I'art. 7 permet bel et bien une resiliation.
Si
a
l'arrivee d'un accident la Compagnie augmente le taux et
que nous ne 8oyons pas d'accord, par le fait meme la
resiliation se declare. Quant
a la proposition signee par
Civilrechtsptlege.
DOUS, nous demandons les huit jours pour repondre definiti-
vement.
Par lettre du 20 octobre 1897, Logoz repond aux defen-
deurs Reichenbach freres :
i
o
N os conditions generales d'assurance vous ont ete
envoyees le 30 septembre. Vous avez donc eu tout le loisir
de les examiner jusqu'au 18 octobre.
l 2° Vous avez signe le 18 octobre une proposition fe1'me,
dans laquelle vous vous etes declares d'accord avec le taux
definitif de 6 Ofo par votre signature, apposee deux fois au
bas de la
piece qui vous lie. Vous avez declare a notre ins-
pecteur que l'affaire
etait pressante; ill'a donc mise au train
a notre adresse et nous l'avons reliue au courrier de midi?
et immediatement expediee aZurich. Cette piece etait done
partie avant la
reception de votre depeche. En tout etat de
cause,
vous etes donc definitivement lies avec la Societe
mutuelle, et nous devons exiger le maintien du contrat. Le
taux de 6
% etait un minimum, etant du reste accepte par
vous. Veuillez donc nous envoyer la prime semestrielle et
vous recevrez la police acquittee.
Le 23 octobre, L. Logoz informe les defendeurs que la
police n° 728 est prete, et qu'il la leur enverra contre rem-
boursement posta! de 312
fr. 20, le 26 du meme mois.
Le 26-27 octobre Logoz expedia effectivement la dite po-
lice
aux defendeurs, contre remboursement de 313 francs.
Le terme d'entree en vigueur de la police est fixe au 20 oc-
tobre 1897, conformement ä. la proposition des defendeurs;
la prime annuelle est de 600 francs et a teneur de l'art. 5
des conditions generales, le contrat est conclu pour une
duree de cinq ans au moins, ce dont les defendeurs avaient
eu connaissance avant la signature de leur proposition.
Par lettre du 30 octobre Reichenbach freres ecrivent a
Logoz entre autres ce qui 8uit :
... Ayant seulement sigue la proposition de la convention,
nous ne sommes nullement
lies a la Compagnie que vous re-
presentez .... D'autre part une Societe nous ayant fait des
offres
au 4
/
°/o, si vous voulez baisser votre taux au 5
%
,
V. Obligationenrecht. No 55.
noUs signerons definitivememt notre contrat.. .. Nous laissons
donc retourner impayee
!a police que vous aviez envoyee
en
I'emboursement sur nous, puisque rien n' est encore fini
entre nous; de plus dans une de vos lettres, vous nous don-
niez huit jours de
reflexion depuis que nous avions conuais-
sance
du taux reclame. )
Lä-dessus Logoz confirma simplement sa lettre du 23 oc-
tobre, et le 10 novembre 1897, il adressa a Reichenbach
freres un commandement de payer la somme de 313 francs
avec
interet au 5 0/0 des le 4 dito
Les defendeurs ayant fait opposition et la conciliation
n'ayant pas abouti, un proces s'engagea entre les parties.
A l'audience
du juge instructeur de Sion, du 23 fevrier 1898,
la
Societe mutuelle suisse contre les accidents, aZurich,
conclut a ce qu'il rot prononce ( que Ia police d'assurance
n
728 comprenant une valeur de 3000 francs et plus est
valide, et que MM. Reichenbach sont tenus de payer le pre-
mier versement de la prime de 313 francs.
Les defendeurs l'epousserent ces conclusions, attendu que
le passage susmentionne de
la police signee par Pierre Rei-
chenbach avait
ete biffe sans droit, apres la signature de la
predite
piece; que les defendeurs ont refuse par telegramme
le taux de Ia prime; qu'ils etaient au Mnefice d'un terme de
huit jours pour l'accepter
ou non; qu'ils n'etaient donc pas
encore
lies par la signature de la proposition, et qu'ils pou-
vaient encore se
clepartir du contrat, ce qu'ils ont fait effec-
tivement.
Le tribunal
proceda a l'audition de Jules Logoz et de
Pierre Reichenbacb.
Jules Logoz deposa entre autres
ce qui suit :
11 a ete convenu entre Pierre Reicbenbach et Iui, le 18
octobre a la gare de Sion, qu'ils faisaient ferme a 6% et
que le delai de buit jours avait ete retrancbe d'un commun
accord; c'est lui, J. Logoz, qui a bifl"e cette clause, mais avec
le consentement de Reichenbach.
11 n'est pas vrai que Logoz
ait
dec1are que la Compagnie n'accepterait pas le taux de
%; Logoz a fait Ia susdite inscription sous la rubrique
Civilrechts/(llege.
( Observations particulieres d'accord avec Pierre Rei-
chenbach,
et ce dernier a signe alors Ia proposition.
De son
co te P. Reichenbach, tout en reconnaissant avoir
signe Ia proposition, soutint qu'aucune rature n'existait au
moment de
Ia signature, et qU'3 cette rature devait avoir ete
faite apres. A partir du 18 octobre, les defendeurs avaient
huit jours pour se prononcer,
et leur signature n'a ete donnee
que sous cette reserve expresse.
01' Ie meme jour ils avaient
declare retirer leur aeeeptation, si Ia Soeiete ne Ieur faisait
pas des pro positions plus favorables.
Par jugement du 21 septembre 1898 Ia premiere instance
cantonale a
rejete Ia demande, ainsi que Ia Cour d'appel et de
cassation
du canton du Valais, par aITet du 18 janvier 1899.
Le
predit arret se fonde, en substance, sur les considera-
tions ci-apres:
Le taux de
Ia prime a ete fixe, a Ia verite, Ie 18 oetobre
1897, entre
Pierre Reichenbach et Jules Logoz a 6 % des
salaires, mais la
Societe mutuelle suisse n'etait nullement
liee par eette offre du proposant, car sa signature fait defaut
au bas de l'adjonction concernant le dit taux. A teneur de
l'ad. 3 des conditions generales, c'est Ia direetion seule qui
determine le taux de Ia prime; or l'on se trouve uniquement
en presence d'une
pToposition des defendeurs. Jules Logoz
n'etait
en outre pas autorise a conclure un eontrat, attendu
qu'il n tait pas le representant de Ia demanderesse, mais
seulement
un employe de son frere L. Logoz. Il s'agit done
en l'espece d'une cOllvention entre absents, et l'art. 7 CO.
est applieabie. Il n'est d'ailleurs pas prouve que Ia radiation
du passage susmentionne, concernant le delai de huit jours
accorde
aux freres Reiehenbach pour se prononeer sur l'ac-
ceptation ou le refus du taux de Ia prime ait eu lieu ensuite
de consentement de Ia
part des freres Reiehenbach. Le re-
tranchement d'une clause de cette importance aurait du etre
approuvee d'une maniere expresse par les parties. Meme
abstraetion faite de ce qui precede, un contrat n'a jamais ete
conclu entre parties, attendu que les freres Reichenbach
ont retire leur
off re avant qu'elle soit parvenue a la direc-
V. Obligationenrecht. N° 55.
tion de la Societe a Zurieh. Aux termes de l'art. 3 des con-
ditions generales, le retrait de la proposition faite a l'agent
est valable. Le telegramme contenant ce retrait est parvenu
a L. Logoz a Lausanne a 4 h. 35, c'est-adire avant Ia pro-
position d'assurance signee par les defendeurs, et en tout
.cas bien avant que la dite proposition fut parvenue a Ia direc-
tion de La Societe aZurich. La demanderesse pretend, a la
verite, que la lettre des defendeurs, datee du 18 oetobre,
n'est parvenue
a L. Logoz que le 20 octobre, mais ce der-
nier n'a
pu etablir eette allegation, tandis qu'il y a lieu d'ad-
mettre que cette lettre a ete remise en mains du dit Logoz
le 19
du meme mois. La police n'ayant ete dressee et signee
par la direetion aZurich que le
20 octobre, il s'ensuit que
le retrait de l'offre de Reiehenbach
freres a ete effectue en
temps utile, c'est-a-dire avant l'acceptation de l'offre
par la
Soeiete. Aueune convention n'a ete liee, l'un des contraetants
ayant
retire sou eonsentement avant que l'autre ait interpose
le sien.
La demanderesse a recouru en
reforme au Tribunal fede-
ral contre cet arret, en reprenant les conclusions prises par
elle devant les instances cantonales.
Les
defendeurs out conelu au rejet du recours.
Statuant sw' ces faits et considemnt en dToit :
- -Les questifms que souleve l'espece actuelle sont celles
de savoir: .
a) Si les freres Reichenbach ont adresse a la demande-
resse
une proposition d'assurance sans reserve, par l'aecep-
tation de laquelle dans le delai legalle contrat d'assurance
etait conelu, ou si la proposition d'assurance des defendeurs
eontenait une reserve, ensuite de laqunlle ces derniers au-
raient ete en droit de repousser le contrat, meme apres son
acceptation par
Ia demanderesse, t
b) Si, meme dans le cas Oll la proposition aurait ete faite
sans reserve, la dite proposition a
ete retiree a temps par
les
defendeurs, ce qui aurait pour consequence d'empecher
la conclusion
du contrat.
- -Ces deux questions doivent etre examinees et tran-
xxv, 2. -1899 30
CivilrechtsRflege.
cMes exclusivement d'apres les dispositions du CO. concer-
nant la conclusion des contrats.
Comme la demande affirme la eonclusion d'un contrat, et
s'attaehe a en faire decouler un droit, e'est a la demande-
resse
a etablir les faits qui demontrent la justesse de sa
these. Elle doit done alMguer, et prouver au besoin, le fait
de
la proposition d'assurance sans reserve, ainsi que celui
de son acceptation
en temps utile.
En revanche la preuve
du fait que la proposition d'assu-
ranet' sans reserve n'a pas ete retiree, soit revoquee en
temps utile n'incombe point
a la demanderesse. Des le mo-
ment Oll elle a etabli l'existence d'une proposition d'assu-
rance valable en droit,
emanee des defendeurs, ainsi que
l'acceptation de eette proposition dans le
delai de declaration
legal,
elle a rempli l'obligation de rapporter la preuve qui
lui incombait. C'est, d'apres les regles generales du droit,
aux defendeurs, lesquels invoquent la revocation en temps
utile,
a etablir que la proposition d'asBurance, sans reserve
et valable en droit, est devenue sans effet juridique par le
fait de la revocation de la part des dits defendeurs. En re-
partissant autrement, dans l'espeee, le fardeau de la preuve,
la
Cour eantonale a commis une erreur de droit, ainsi qu'il
sera etabli plus bas.
3. -En ee qui concerne la premiere question mentionnee
ci-dessus, -soit celle de savoir si les demandeurs ont for-
mule une proposition valable et sans reserve, dont l'aceep-
tation par la demanderesse devait avoir pour effet
de rendre
parfait le contrat d'assurance, -e'est
a la dite demande-
resse,
comme il a deja ete dit, de rapporter la preuve de
son affirmation de ce chef. Le litige se eoncentre uniquement,
a eet egard, sur le point de savoit' si les defendeurs ont,
dans leur proposition
du 18 octobre 1897, renonce au delai
de reflexion de huit jours, ou si au contraire, aux termes de
la dite proposition, Hs etaient en droit de se departir de
celle-ci pendant huit jours
des le moment Oll Hs anraient en
connaissance de la fixation
du taux de la prime par la direc-
tion de l'assurance mutuelle,
et ce meme dans le eas Oll ce
V. Obligationenl'echt. No 55.
taux serait identique avee eelui propose par les dits defen-
deurs. Pour le cas Oll cette question devrait etre n'lsolue dans
ee dernier sens il est inconteste que les defendeurs devraient
etne consi res comm ayant dnclare Jeur retrait en temps
ut11e et qu 11s ne seralent plus hes par (eur proposition.
4. -L'opinion de la demanderesse, que l'existence de la
signatnre des dMendeurs immediatement au-dessous du pas-
sage
blffe suffit pour prouver l'adhesion des dits defendeurs
acette radiation, ne saurait etre admise. L'apposition d'une
signature sur
un acte constitue a la verite une presomption
en faveur
de l'authenticite de l'ecriture qui precMe la dite
signature, mais seulement pour autant
que Pacte ne presente
pas des
defectuosites exterieures. Cette presomption ne s'e-
ten.d ainsi pas ades radiations, ratures, adjonctions, etc., a
mOlllS que celles-ci n'aient fait l'objet d'un approuve special
en marge.
TI incombe au eontraire a celui qui invoque de
semblables radiations , ratures, etc., de prouver qu'elles ont
eu lieu du consentement
de la partie adverse; cette preuve
peut resulter des circonstauees qui ont accompagne la
radia-
tion, etc., a moins que le droit cantonal ne contienne des
dispositions speciales relatives
a la dite preuve, ce qui, aux
termes de l'arret attaque, n'est le cas dans le canton du
Valais qu'en ce qui concerne les actes notaries. Le consente-
ment peut aussi
etre presume ensuite des circonstances,
notamment lorsqu'il s'agit
de la radiation d'un passage fai-
sant partie d'un formulaire imprime, alors que ce passage ne
concorde pas avec le reste
du document, et que son maintien
dans l'acte devrait
etre attribue a une inadvertance. 01', tel
est le eas dans l'espece, et l'assertion des
dMendeurs, que la
radiation aurait
eu lieu sans leur consentement, ne merite
aucune creance. L'arret
de la Oour cantonale dit bien, en
passant
et sans insister sur ce point, qu'il n'est pas prouve
que la radiation a eu lieu avec le consentement des freres
Reichenbaeh,
mais l'arret se fonde d'autre part evidemment,
et surtout, sur la consideration que les dMendeurs ont retire
leur proposition en temps utile; il n'examine point la ques-
tion
de savoir dans quelle relation la predite radiation se
Civilrechtspflege.
trouve avec le reste du contenu de la proposition d'assu-
rance, notamment avec Ie taux de la prime propose par les
defendeurs, et avec la clause portant que le contrat doit
entrer
en vigueur deja le 20 octobre 1897; le predit arrtnt
ne se preoccupe pas de rechercher si, en presence de ces
clauses de la proposition d'assurance, le passage
biffe aurait
eu encore
un sens. Si l'instance eantonale avait examine de
plus
pres cette question ainsi que l'ensemble de Facte, au
lieu de se borner
a prendre en eonsideration les depositions
de Jules Logoz
et de Pierre Reiehenbach, elle n'aurait cer-
tainement pas abouti a attribuer au passage biffe une impor-
tance queleonque au point de vue de la solutiou a donner a
la presente contestation, et elle n'aurait, en particulier, pas
pu admettre que la preuve du eonsentement de
P. Reichen-
bach a la radiation n'avait pas ete I'apportee.
5. -Il resulte rlu eontenu du formulaire d'assuranee envoye
par la demanderesse a ses clients, que le postulant n'a pas
a proposer un taux de primes determine, mais que ce taux
est
fixe par la demanderesse elle-meme, sur la base de la
proposition
du dit postulant et de ses reponses au question-
naire, et que par eonsequent la proposition d'assurance
basee sur Ie dit formulaire ne se presente pas dans la regle
dans une forme teIle que son acceptation puisse avoir pour
effet de lier le contrat. En effet,
un des elements principaux
d'un contrat d'assurance
git dans l'accord des parties sur le
taux de la prime; en l'absence de eet ac cord, le contrat
n'est point
He. TI est evident que I'art. 3 des conditions ge-
llI:lrales, aussi bien que le passage bilfe, lequel se rapporte
a cet article -ne vise que I' eventualite J -qui est la regle
, ,
-ou la prime est proposee, non point par le postulant a
l'assurance mais
par l'assureur, de maniere que le postulant
a encore
a se determiner sur cette proposition. Sans l'exis-
tenee de l'art. 3, soit du passage biffe sur le formulaire, le
postulant pourrait refuser l'offre de l'assureur,
et par con-
sequent la conclusion du eontrat lui-meme, en gardant sim-
plement Ie silence (art. 5 CO.). Mais l'art. 3 des conditions
generales stipule precisement, a l'encontre de ce qui precMe,
V. ObJigationenrecht. N° 55.
que l'offre de Ia demanderesse ne sera consideree comme
refusee que si le postulant la repousse expressement dans
Ie
delai de huit jours a partir de sa reception. 01' il est evident
que le postulant peut, de son
eöte, proposer un taux de
prime
determine, auquel eas on ne voit pas pourquoi le dit
proposant ne serait pas
lie par sa proposition, conformement
aux dispositions qui regissent la validite d'o:lfres en matiere
de contrat,
ni pourquoi le contrat ne deviendrait pas parfait
par I'acceptation de la predite proposition. Dans ce cas le
proposant pourrait se reserver sans doute encore un
delai
de reflexion, mais iI n'est pas admissible d'appliquer sans
autre egalement
a ce cas le delai de reflexion de I'art 3,
lequel a trait
a un tout autre cas, a savoir a celui dans
lequel la prime est proposee par la demanderesse.
Au con-
traire, il eilt ete necessaire, a cet effet, que les defendeurs
eussent declare expressement qu'ils se reservaient un delai
de reflexion meme apres l'acceptation de leur offre. Or
l'existence d'une semblable declaration n'a pas meme ete
alleguee
par les defendeurs et, par contre, tous les faits re-
sultant du dossier militent dans le sens contraire. En par-
ticulier, il y a lieu de faire remarquer que la declaration
relative
a la prime, bien qu'ecrite par Ju1es Logoz sans
aucune reserve quelconque, a
ete siguee par Reichenbach
apres qu'eIle eilt ete inseree au bas de I'acte.
6. -Par consequent, meme si 1e passage en question n'avait
pas
ete biffe dans Ie dit acte, les detendeurs ne pourraient
l'invoquer, pas plus que l'art. 3 des conditions
generales. A
eela s'ajoute la circonstance, relevee
par la demanderesse,
que le contrat d'assuranee devait entrer en vigueur
le 20
oetobre 1897 deja; les detendeurs ne pouvaient des lors
croire que la demanderesse leur
concederait un delai de
reflexion de huit jours,
apl'es l'acceptation du contrat, et les
autoriserait ainsi, selon les circonstances
et leur bon plaisir,
a refnser le contrat ou a le conclure avec force retroactive a
partir du dit 20 octobre, par exemple dans le cas ou un
aecident important se serait produit dans !'intervalle dans 1e
personnel des dits defeudeurs. Enfin il ressort clairement de
Civilreehtnpf1ege.
Ia lettre des defendeurs en date du 18 octobre 1897, qu'ils
n'ignoraient pas la radiation
du passage dont il s'agit, et
qu'ils y avaient consenti, autrement il serait impossible de
s' expliquer la phrase de cette lettre portant:
Quant a la
proposition
sigllee par nous, nous demandons huit jours pour
nous prononcer
definitivement. Cette derniere demande
apparait en effet evidemment
comme une modification ä ap-
porter a Ia proposition signee, comme une revocation partielle
de cette derniere,
qui ne peut s'expliquer que si l'on admet
que les
defendeurs ne s'estimaient eux-memes plus, apres Ia
signature de leur proposition, au
benefice du delai de
reflexion de huit jours. L'explication de cette revocation
par-
tielle, soit de cette demande de modifieation, doit etre eher-
ehee
dans le fait d'une offre moins onereuse, que les defen-
deurs avaient renue dans l'intervalle de la part d'une autre
societe suisse d'assuranees.
7. -TI resulte de tout ce qui preeMe que la demande-
resse a rapporte la preuve qui lui iucombait, a savoir que les
defendeurs lui ont adresse une proposition d'assurance, va-
lable et sans reserve, de nature a entrainer la eonclusion du
eontrat. La premiere question litigieuse doit des lors etre
resolue en faveur de la demanderesse.
8. -Sur Ia seeonde question, relative au point de savoir si
les
defendeurs ont retire en temps utile leur proposition et
s'ils ont empeche ainsi la eonclusion du eontrat, il y a lieu
de eonstater que l'instance cantonale a
commis, de ce chef,
une double erreur de droit :
a) En faisant dependre Ia validite du retrait de Ia circons-
tance que la demanderesse aurait
deja accepte ou refuse la
proposition des
defendeurs, au moment OU le dit retrait iui
est parvenu ; ,
b) en n'imposant pas aux defendeurs Ia preuve qu'ils
avaient
deelare le dit retrait en temps utile, mais a la de-
manderesse Ia preuve que ce retrait n'avait pas ete declare
atemps.
A ee dernier egard, il suffit de renvoyer a ce qui a ete di t
plus haut. Sur le premier point, il y a lieu de remarquer ce
qui suit:
v. Obligationenrecht. N' 55.
TI est inconteste, et Ia demanderesse n'a jamais pretendu
le eontraire devant les instances eantonales, qu'il s'agit dans
1e cas actuel d'un contrat entre absents ; ni Jules ni Louis
Logoz n'avaient
regu de Ia demanderesse Ie pouvotr de eon-
dure le eontrat d'assurance.
Aux termes des dispositions des art. 5 et 6 CO. applicables
.en pareil cas, lorsque l'offre a ete faite sans fixation de de-
lai, a une personne non presente, l'auteur de l'offre reste He
a moins qu'il n'ait fait a cet egard des reserves formelles'
' ' . '
Jusqu au moment ou Il peut s'attendre a l'arrivee d'une re-
ponse qui serait expediee a temps et regulierement ; toutefois,
aux termes de l'art. 7 ibidem, l'offre ne devient valable en
droit et irrevoeable que lorsqu'elle est parvenue
a l'autre partie
avant 1e retrait ; elle est eonsideree en revanche eomme non
avenue, si 1e retrait en parvient a l'autre partie avant l'offre
.ou en meme temps. L'auteur de l'offre est ainsi lie a partir
du moment ou elle est parvenue a l'autre partie a moins
qu'il n'ait fait les reserves formelles susmentionnens ou que
Ia revocation ne soit pas parvenue au destinataire au plus
tard en meme temps que l'offre. La validite juridique de
l'offre n'est
touchee en rien par une revocation posterieure,
que 1'0ffre ait ete ou non deja aeceptee lors de l'arrivee de
la dite revocation. L'offre ne s'eteint dans ce cas, eonforme-
ment a l'art. 5 CO., que si elle a ete refusee vis-a-vis de son
auteur, ou si elle n'a pas ete acceptee atemps.
9. --Il y a lieu de considerer l'offre, soit proposition,
:omme arrivee en main de celui ä qui elle est adressee, des
le moment ou i1 est possible a ee dernier d'en prendre con-
naissanee, sans qu'il soit necessaire qu'il en ait eu connais-
sance
en fait. L'offre est ainsi parvenue au destinataire,
lorsque le facteur
l'a remise a son domicile, a son bureau, ou
l'a simplement deposee dans la boite destinee a recevoir sa
correspondance,
et la revoeation de Ia dite offre apparait
comme parvenue a temps et comme valable, lorsque le fac-
teur l'a remise au destinataire en meme temps que I'offre
elle-meme;
il est ainsi indifferent que le dit destinataire
prenne eonnaissanee d'abord
du retrait, soit revocation de
l'offre,
ou de l'offre elle-meme.
Ci vilrech)spflege.
10. -Sur a question de savoir si dans l'espece 1e retrait
de
1a proposition d'assurance a ete fait a temps par les de-
fendeurs, il n'est pas exact de pretendre, comme 1e fait la
demanderesse, que cette proposition
etait devenue irrevocab1e
au moment
ou elle a ete transmise a Jules Logoz, ou, tout
au moins,
a partir de son arrivee chez Louis Logoz. En effet
ni Jules Logoz,
ni Louis Logoz n'etaient des mandataires,
des representants de la demanderesse, antorises
par celle-ci
a conclure des contrats d'assurance i ces personnes apparais-
sent au contraireseulement comme des agents, des interme-
diaires, charges de transmettre
a 1a demanderesse les pro-
positions d'assurance parvenues entre 1eurs mains. L'auteur
de l'offre n'est irrevocab1ement
He qu'A partir du moment ou
la proposition est parvenue en main de l'assureur lui-meme.
Dans l'espece la demanderesse a pretendu que la proposition
des
defendeurs lui avait ete expediee immematement apres
son arrivee en main de L. Logoz, et qu'elle etait partie deja
pour Zurich, par la poste, le 18 octobre 1897, au moment ou
1a depeche des defendeurs, de la meme date, est parvenue a
L. Logoz. Cette affirmation ne se heurte, dans les cirCOllS-
tances de la cause, a aucune impossibilite. Si Jules Logoz a,
ainsi que l'affirme la demanderesse, jete la proposition d'as-
surance dans l'ambulant du train qu'il a pris lui-meme pour
se rendre
a Montreux, ce document est arrive a Lausanne a
1 h. 40 m. de l'apres-midi, et pouvait parvenir a Louis Logoz
assez
tot pour que celui-ci puisse le reexpedier aZurich par
le train partant de Lausanne a 4 h. 25 et arrivant ä. Zurich a
1 i h. 57 du soir; dans ce cas la proposition est parvenue a
la demanderesse le 19 octobre par la premiere distribution
du matin. Les defendeurs ont, a la verite, emis des doutes
sur le fait de l'expedition de la proposition
aZurich par 1e
train partant de Lausanne a 4 h. 25 i ils n'ont toutefois pas
conteste expressement
le dit fait, et ils n'ont en particulier
pas entrepris la preuve d'une expedition plus tardive,
a101's
pourtant que, comme il a deja ete dit, c'est a eux qu'incom-
bait la preuve que le retrait, soit la revocation de la
proposi-
tion, avait eu lieu atemps. D'ailleurs, si l'on considere que,
V. Obligationenrecht. N° 55.
d'apres 1a proposition des defendeurs eux-memes, 1e contrat
devait entrer
en vigueur le 20 octobre deja, l'alIegation de 1a
demanderesse ne presente rien d'invraisemblable.
11. -Il faut se demander par consequent si les defen-
deurs ont remis leur declaration de retrait assez tot pour
qu'elle ait pu egalement parvenir en main de la
demande1'esse
aZurich le 19 octobre au matin, avec Ia premiere distribu-
tion des lettres. A cet egard il y a lieu de remarquer d'abord
qu'a cette epoque de l'annee le train partant de Lausanne a
4 h. 25 etait 1e dernier par lequel des lettres pouvaient arri-
ver aZurich le meme jour, et l'affirmation des defendeurs
qu'il y avait encore un train de Lausanne adestination de
Zurich
a 6 h. 35 est inexacte, ce train n'ayant jamais existe
jusqu'ici. Les lettre8 remises a la poste a Lausanne apres le
depart
du train de 4 h. 25 du Boir ne pouvaient arriver a Zu-
rich que le Iendemain a 8 h. 14 minutes du matin, par le train
de nnit,
et ne pouvaient etre remises a leur destinataire ä.
Zurich qu'apres la premiere distribution du matin. L'horai1'e
en vigueur a l'epoque ne laisse subsister aucun doute a cet
egard.
12. -En revanche, et en sa qualite d'agent de la deman-
deresse, Louis Logoz avait l'obligation de transmettre sans
retard
a ceUe-ci la declaration de retrait des defendeurs, a
moins qn'il ne vouhlt ou qu'il ne put, ensuite de l'envoi de
Ia proposition d'assurance
a la demanderesse, prendre ce re-
trait en consideration de son propre chef, et retetlir entre
ses mains la proposition d'assurance des dits
defendeurs. Il
en resulte que
si, en execution de cette obligation, le retrait
etait parvenn aZurich au plus tard avec l'offre d'assurance
des
defendeurs, la non-transmission du retrait a 1a demande-
resse ne pouvait nuire aux dits defendeurs. 01' la lettre des
defendeurs du 18 oetobre 1897, qui equivalait evidemment a
un retrait de la proposition d'assurance, n'est pas parvenu a
I'agent Louis Logoz assez tot pour qu'elle puisse arriver en
main de la demanderesse
aZurich au plus tard en meme
temps que la proposition des defendeurs, et ces derniers
n'ont
formuIe aucun allegue contraire a ce fait. En effet, les de-
Civilrechlspflegö.
fendeurs reeonnaissentqlle la dite lettre n'est parvenue a
L. Logoz que le 19 oetobre au matin, et a supposer qu'elle
ait
ete expediee a Zurieh sans aueun retard, elle n'aurait pu
etre remise a la demanderesse que le 19 oetobre au soir, et
probablement le 20 seulement. En revanche il est vrai que Ia
depeehe des defendeurs du 18 oetobre, si elle eut ete expe-
diee
egalement telegraphiquement par Logoz a la demande-
resse, serait parvenue a cette derniere avant l'arrivee de Ia
proposition d'assurance, et le sort du present litige depend
tm definitive de la solution a donner aux deux questions de
savoir :
a) si cette depeche contenait un retrait de la propo-
sition d'assurance, et b) dans Ie cas affirmatif, si L. Logoz
etait oblige de transmettre immediatement a la demande-
resse, par voie telegraphique, la depeehe des defendeurs.
13. -En ce qui concerne la premiere question, il n'est
pas necessaire de trancher le point de savoir si la
depeche
eontenait reellement une revocation, ou si elle ne devait de-
ployer d'effet que pour le cas ou Louis Logoz n'aurait pas
ellcore
expedie a la demanderesse la proposition d'assnrance
des
defendenrs. D'apres le texte de la depeche : N'envoyez
pas notre proposition avant d'avoir
rel/u notre lettre, 'J sans
qu'aucun motif quelconque soit indique pour expliquer cet
ordre, la seeonde des alternatives susmentionnees n'etait en
tout cas pas exclue. De
meme, si 1'011 devait admettre le con-
traire, Logoz n'avait en tout eas nnllement l'obligation de
transmettre la
depeche a la demanderesse par voie telegra-
phique; il n'etait tenu, ni de par la loi, ni par l'usage, notam-
ment en matiere d'assurallces, a faire aux defendeurs eette
avance de frais, dont
il n'etait pas sur de recouvrer le mon-
tant, et cela d'autant moins que les dits defendeurs n'avaient
point demande cette transmission de la
depeche. Aussi bien
n'ont-ils jamais pretendu, devant les instances cantonales,
que
cette obligation incombat a Logoz soit d'une maniere generale,
soit ensuite des circonstanees spaciales de la cause. Les de-
fendeurs ne pouvaient exiger autre Chi)Se que la transmission
de la
depeehe par leUre; or dltns ee cas Ia depeche serait,
ainsi qu'on I'a
YU, parvenne trop tard a la demanderesse; en
V. Obligationenrecht. N° 56.
tout cas la preuve du contraire, laquelle ineombait aux de-
fendeurs, n'a pas ete rapportee par eux. S'ils voulaient etre
certains que leur proposition n'etait pas encore expediee et
que Ia demanderesse rel/ut a temps l'information de Ieur re-
trait, ils auraient du, de leur cote, demander a Logoz, aleurs
frais, -par depeche avee reponse payee, -si la proposi-
tion avait ete envoyee, auquel cas il leu1' aurait eM possible
de
telegraphier directement leu1' retrait a la demanderesse.
Si donc le dit retrait n'est pas parvenu a. temps, c' est unique-
ment a leur propre faute que les defendeurs doivent l'attri-
buer.
Par ces motifs,
Le Tribunal
fMeral
prononce:
Le reeours est admis, et l'arret rendu entre parties par Ia
Cour d'appel
et de cassation du canton du Valais, le
18 janvier 1899, est
reforme en ce sens que les fins de la
demande de
Ia Sodete d'assurance mutuelle suisse contl'e
les accidents, aZurich, lui sont allouees.
56. Urteil bom 16. ,3ulli 1899 in ad)en
SJJCü1)fe gegen ?Baffiger.
Verkauf eines llfilchgeschäftes mit Vorvertrag über llfilchliefe-
rzmgen. Ungültigkeit des Vorvertrages (und damit des ganzen
Rechtsgeschäftes) wegen Unbestimmtheit resp. Unbegrenztheit
dei'
Leistungen, Art. 17 O.-R.
A. ;nurd) Urteif bOm 15. Dttober 1898 1)at ber m:pneUation ;:
unb j'tofiation 1)of be j'tanton mem errannt:
- Über baß erjte jtCagß6ege1)ren iit ntd)t au urteilen.
- SDie fämtIid)en übrigen j'tfagßbege1)ren, oa Jterte foroeit
beftrttten, fino abgettliefen.
B. egen biefe UrteU 1)ot ber Strager red)t3eiti9 uno in rid)
tiger orm bie ?Berufung an baß ?Bunbengerid)t ergriffen, mit