510 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. 1. Abschnitt. Bundesyerfassung.
m. Pressfreiheit. -Liberte de la presse.
77. Amnt du 27 Octobre 1888 dans la cause Fmgniere.
Le rectacteur du journal le Bien public a Fribourg, a
recu, en Jllillet 1x87, d'un nomme Arnold Rauss, employe
au chemin de fer, une lettre racontant d'une maniere de-
taillee dans quelles circonstances lui et ses parents avaient
ete victimes d'une meprise et de brutalite de la part de gen-
darmes. .
La redaction du journal fit suivre cette lettre des observa-
tions ci-apres :
Les renseignements que nous avons pu recueillir confir-
ment le recit qu'on vient de lire. Nous ne sommes au
) reste pas surpris de voir la gendarmerie violer les lais et
) porter atteinte a la liberte individuelle, car nombre de faits
de ce genre nous sont dejil connus. Lorsque M. Eugene
Buman etait commandant de Ia gendarmerie, les choses
) ne se passaient pas ainsi. Il faut que l'instruction donnee
aux gendarmes soit singulierement dMectueuse pour que
ces agents de la force publique se croient autorises et
peut-etre obliges d'agir comme ils I'ont fait a I'egard de la
familIe Rauss.
Ar?old Rauss est un jeune homme de vingt-cinq ans,
) mtelhgent, range, travailleur. Les coups d'assommoir qu'il
a recus I'ont defigure et rendu incapable de travail pour
quelque temps. Faisant preuve d'une moderation remar-
quable, il n'a point frappe les gendarmes qui arretaient
illegalement son pere et e brutalisaient; il s' est contente
d leur arracher leur victime. On sait le traitement que
) Im a valu une reserve si meritoire chez un homme plein
) de jeunesse et de force.
) Si la police se met a attaquer les honnetes gens qu'elle
) est chargee de proteger, il faudra que les honnetes gens
) cherchent dans une organisation independante des auto-
III. Pressfreiheit. N0 77.
) rites la securite que le regime tepelet ne peut ou ne veut
leur garantir.
Par ecriture du 27 Octobre 1887, M. Meyer, commandant
du corps de la gendarmerie, porta plainte contre L. Fragnilke,
redacteur du Bien public pour outrages au corps de la
gendarmerie, et requit l'application, au dit redacteur, de
rart. 324 du code peDal.
Par lettre adressee le 6 Fevrier 1888 au president de Tri-
bunal correctionnel
de la Sarine, L. Fragniere, tout en assu-
mant la responsabilite de l'article -incrimine, fait observer
qu'il n'a point
mis directement en cause le plaignant, mais
qu'il s'est borne a formuler de legitimes critiques portant
entre autres sur l'insuffisance
de l'instruction donnee aux
gendarmes.
A I'audience
du Tribunal cOrI'ectionnel de la Sarine du
6 Avril 1888, l'avocat Heimo, au nom du plaignant et des
deux gendarmes Aebischel' et Folly, non-plaignants, a de-
dare se porter partie civile et conclure a ce que le journal le
Bien public soit son rMacteur, soit condamne a leul'
acquittel',
a titre de dommages-interets et sous reserve de la
moderation du juge le montant de 300 Cr. reversible a Ja
caisse de retraite des gendarmes. Peu aprils, le sieur Aebi-
scher est sorti du corps de la gendarmerie et a declare ne pas
persister dans sa demande d'intervention civile.
A I'audience du meme Tribunal du 20 Avril, L. Fragniere .
fut condamne correctionnellement a une amende de 00 Cr. et
aux frais, ainsi ql1'a payer une indemnite de f fr. au plai-
gnant
Meyer, a titre de dommages-interets. Le tribunal a
ecar!e la demande d'indemnite formulee par le gen darme
Folly, par le motif qu'i! n'a pas ete vise dans l'arlicle incri-
mine, et que d'ailleurs il n'a pas personnellement porte
plainte.
Sous date du 19 Juin 1888, Fragniere a recouru au Tri-
bunal federal contre ce jugement, qu'i! estimait porter atteinte
aux art. 7 de la constitution fribourgeoise et 00 de la consti-
tution
federale : le recourant ajoutait qu'ayant deja demande
au Tribunal cantonal Ia cassation du meme jugement, le re-
I.
I
i
I,
512 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. 1. Abschnitt. Bundesverfassung.
cours au Tribunal de ceans n'Mait qu'eventuel, et devait
elre suspendu jusqu'a droit connu sur la demande de cassa-
tion.
Par arret du 16 JuilIet 1888, la Cour de Cassation p male
du Canton de Fribourg a rejete le recours de L. Fragniere,
sur quoi celui-ci, par une nouvelle ecriture datee du 21 dit,
declara recourir egalement contre le dit am'lt, pour violation
des articles constitutionneJs precites, et de rart. 4 de la con-
stitntion federale, garantissant l'egalite des citoyens devant
la loi.
Dans ses reponses des 5 Juinet et 6 Aout 1888, le sieur
Meyer conclut an reje! du recours.
Statuant sur ces (aUs et considerant eu droit :
10 En ce ql1i a trait d'abord an grief lire de la violation,
par
les jugements dont est recours, de l'art. 55 de la consti-
tution
federale, garantissant la liberte de Ja presse, iI y a
lieu
de constater d'abord que la plainte portee par le com-
mandant
de gendarmerie Meyer signale, comme deliclueux,
les passages snivants de l'article inerimine :
Nous ne sommes pas surpris de voir la gendarmerie
violer les lois et porter atteinte a Ja liberte individuelle. Si
la police se met a attaquer les honnetes gens qu'elle est
) chargee de proteger, il faudra que les hOnnt1tes gens cher-
) ehent dans une organisation independante des autorites la
securite que le regime tepelet ne peut ou ne veut leur
garantir.
Dans plusieurs arrets Cv. entre autres Gebrüder Triner,
Recueil VIIl, p. 411 cous. 3, J. L. Bucher, du 29 Septembre
1888), le Tribunal federal a reconnu que la liberte de la
presse, laquelle n'est qu'un des modes de la !ibre manifesta-
tion de la pensee, ne consiste pas uniql1ement dans l'aboli-
tion de mesures preventives vexatoires, mais qu'une violation
de cette liberte, et de la garantie constitutionnelle qui la
consacre, doit elre admise toutes les fois qu'une appreciation
Jegitime et ne portant atteinte a aucun droit se trouve pour-
suivie comme illicite et delietuellse.
Cette garantie est d'autant plus importante, lorsqu'il s'agit
III. Pressfreiheit. N° 77.
de la critique d'abus administratifs, ou d'actes arbitraires de
la part d'agents du gouvernement. En signalant ces abus ou
ces actes dans les limites sus-rappelees, la presse n'exerce
pas seulement un droit incontestable, mais elle remplit le
röle d'une gardienne des inlerets publics. C'est surtout cette
liberte, particulierement precieuse dans un Etat republi-
cain, que rart.
ö5 de la constitution federale veut proteger
et toute poursuite exercee, ou condamnation prononcee a
l'encontre de cette garantie, apparait comme une atteinte
portee a l'un des droits constitutionnels dont la sauvegarde
appartient
au Tribunal federal.
Le Tribunal de ceans a.donc le droit et le devoir d'exami-
ner
dans chaque cas particulier, si le principe de la liberte de
la presse a ete viole par une fausse application du droit can-
tonal, envisage d'une manünre generale. Cette competence ne
va pas, sans doule, jusqu'a lui permettre de contröler si les
tribunaux cantonaux
ont bien Oll mal applique ou interprete
des dispositions contonales en matiere d'injures, pour le cas
ou ce deIit devrait etre considere comme existant, -mais le
Tribunal federal doit rechercher, comme Cour de droit public
et dans chaque cas particulier, si le principe meme de la libre
manifestation
de la pensee a ete viole en ce sens qu'une
appreciation, licite
en soi, a ete frappee d'une repression
pt'male.
20 Or en faisant application des principes ci-dessus a
l'espece actuelle, il faut reconnaitre que le dernier des pas-
sages vises par le plaignant, et ci-haut reproduit, ne conte-
nait qu'une simple critique
des faits signales au Bien
public dans la lettre publiee par lui le 12 Juillet, sans que
le dMendeur Fragniere ait fail siennes les accusations portees
contre
les deux gendarmes dont il s'agit. La publication de
cetle lettre n'a d'ailleurs pas fait robjet d'une plainte en
injl1res contre le predit redacteur. . . .
Dans ces c.irconstances, et comme la cntlque en questJon
ne revet point, dans sa forme, un caractere injurieux, il ne
peut etre admis que le dit passage outrepasse les bornes
d'une appreciation permise.
,!
i!
514 A. Staatsrechtliche Entscheidnngen. I. Abschnitt. Bundesverfassung.
I1 en est de me me du premier des passages incrimines.
Apres avoir declare n'etre point surpris de voir la gendar-
merie violer
les lois et porter atteinte a la liberte indivi-
duelle, rauteur
de I'article ajoule que nombre de faits de
ce genre lui sont deja connus.
Si cette allegation est exacte, si plusieurs cas analogues se
sont deja produits, dans lesquels des gendarmes fribourgeois
ont
porte atteinle a la Iiberte individuelle des citoyens, la
phrase precedente perd sa gravite. Or la plainte du com-
mandant Meyer ne porte pas sur la circonstance que l'allega-
tion
de l'existence de plusieurs cas d'abus analogues impli-
querait une calomnie ou
une injure.
Comme le dit passage n'a point fait l'objet d'une poursuite
penale, il est permis d'admettre que des plaintes avaient
deja ete formulees dans le public, relevant des actes de brn-
talite a la charge de certains gendarmes.
Dans ceLte situation, le passage incrimine n'apparait plus
que
wmme une simple critique permise des agissements de
Ja police.
Les sentences dont est reeours ont done porte atteinte a
l'art. 55 invoque, et elles ne sauraient subsister.
3° Le recours devant etre admis de ce chef, il est superflu
d'examiner
la question de son bien-fonde au regard des
art. 7 de la constitution fribourgeoise et 4 de la constitution
federaJe.
Par ces motifs,
Le Tribunal federaI
prononce:
Le recours est admis, et Jes jugements rendus par Ie Tri-
bunal correctionnel
de I'Arrondissement de Ja Sarine Ie
20 Avril1888, et par Ia Cour de Cassation penale du Canton
de Fribourg le 16 Juillet suivant, sont declares nuls et da nul
effet.
IV. Gerichtsstand des Wohnortes. N° 78.
IV. Gerichtsstand. -Du for.
Gerichtsstand des Wohnortes. -Für du domicile.
78. Urtneil lom 27. Dftobet 1888
in 6ad eu 6l'engler.
A. nbe 3uH 1887 erftattete Stagl'ar .eerrmaun lon 6tau
flaa'D 'oem .ßan'Dammannamte )on ibwall)en m:nöetge, 'Dau feine
efralt Sofera, geb. Qtij'ten, mit ber er j'td im IDlai 1887
eteQelid t 'Qattc, fd on feit ijebruar ober IDläq auuerene1id
fd tDanger lei, unb bau er e lentuell bllg )on i'Qr AU genären'oe
.Rin'o nid t anerfenne. m:m 20. o ember 1887 gebar im ijrau
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wirflid) einen Stnaben. mH Ur'Qeber inrer 6d)wan
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ld aft bcöeid nete biefelbe in 'oem mit if r aufgenommenen
lanbammannamtHd en merQöre om 10. m:uguj't 1887 ben ba-
maIß in .eergintDnl wo'Qnf aften eturtenten nbed 6pengler.
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am 28. uguft 1887 uub 4. 6el tem6er gleid en Sanr 1I
lanDammannamtlid einl.lernommen, lleftritt m:lbed 61'engler 'ote
materid aft. mm 3. eAember 1887 h1ttrbe bie 5ad e gemäi3
'Dem nib ualbenfd en efene bem Stantonngerid te (alll 6traf
gerid)t) Aur m6urtbeHung Augewiefen. Utd morlabuttg bom
3. IDlai 1888 Wurbe ber (inAtDild en nad) .e"rw, Stantlln
.ßuAeru, übergej'tebelte) Mutrent auf 9. gteid en IDlonatli bor ba
Stanton!igerid t lon ibwalben borgelabeu, "um j'td wegen ber
betreffenb IDlaternität ber ijrau .emmann. f riften in 6tan '
j'taa'o waltenben 6trafftage ftu fieften unb 3u Imantworten,l' et
ffieflluent etid ien, ftellte aber ein merfd iebung!i'6egenren, ba er
billner 'oie mften nid t abe einfenen unb feine ntlaftnngg.
fteugen abe ()elleunen fEnnen. ;;Da erid t entfnrad) blefem
megenren, worauf ber ffiefumnt einige nttaj'tntngllaeugen e"
nannte. 3n ber 3weitensragfanrt, am 13. 3um 1888, bej'trttt
'ocr m:nwalt bell ffiefurrenteu bie Stomnetenö be nib lH'llbenfd en
stanton!igerid te fowonl u meuttnei1ung 'oer tGtrafftage wng;n
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