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TRIBUNAL CANTONAL
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JNV/01/14/0003904
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 20 novembre 2014
Composition : M. K R I E G E R , juge unique
Greffier :M.Valentino
Art. 132, 393 al. 1 let. a, 395 let. a CPP
Statuant sur le recours interjeté le 11 novembre 2014 par
P.________ contre la décision de refus de désignation d'un défenseur
d'office rendue le 29 octobre 2014 par le Préfet du district du Jura-Nord
vaudois dans la cause n° JNV/01/14/0003904, le juge unique de la
Chambre des recours pénale considère :
E n f a i t :
A.a) P.________ a été dénoncée à la Préfecture du district du Jura-
Nord vaudois pour perte de maîtrise de son véhicule ensuite d'une
réaction inappropriée.
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Il ressort du rapport de police établi le 27 septembre 2014,
qu’en date du 30 août 2014, P.________ circulait au volant de son véhicule
de Chamblon en direction d'Orbe, feux de croisement enclenchés.
Parvenue peu après la sortie de Mathod, alors qu'elle circulait entre 60 et
70 km/h, la vitesse à cet endroit étant limitée à 80 km/h, elle a été éblouie
par les phares d'un véhicule venant en sens inverse. Elle a alors cligné des
yeux et a perdu la maîtrise de sa voiture qui a dévié sur la gauche, a
franchi la ligne de sécurité et a percuté, avec l'avant gauche de son
véhicule, l'avant gauche de la voiture conduite par [...], qui roulait
normalement sur sa voie de circulation. Ensuite du choc, la voiture
conduite par P.________ a traversé un champ, situé en contrebas de la
route, à gauche selon son sens de marche, et s'est immobilisé dans un
talus herbeux, quelque 50 mètres plus loin. Quant à [...], il s'est arrêté
environ 20 mètres plus loin, sur la route. P.________ a été transporté à
l'[...], site d'[...], souffrant d'un traumatisme des cervicales et de diverses
lésions internes sur le côté gauche de son corps.
b) Par ordonnance pénale du 17 octobre 2014, le Préfet du
district du Jura-Nord vaudois a condamné P.________ pour infraction simple
à la LCR (loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 ; RS
741.01) à une amende de 300 fr., la peine privative de liberté de
substitution en cas de non paiement de l'amende étant de 3 jours, et au
paiement des frais, par 250 francs.
Par courrier de l'avocat Jean Lob du 27 octobre 2014, confirmé
par lettre du 14 novembre 2014, la prénommée a fait opposition à cette
ordonnance pénale, demandant à ce que la cause soit transmise au
Ministère public. Elle a en outre porté plainte contre [...], le tenant pour
responsable de l'accident.
B.Dans ces mêmes écritures, l'avocat Jean Lob a sollicité sa
désignation en qualité de défenseur d'office de P.________.
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Par décision du 29 octobre 2014, le Préfet du district du Jura-
Nord vaudois a rejeté la requête de désignation d'un défenseur d'office à
P.________ (I) et a dit que les frais suivaient de sort de la cause (II).
A l'appui de cette décision, il a considéré que les faits
reprochés à la prévenue étaient de peu de gravité au vu de la peine
prononcée, de sorte que la désignation d'un défenseur d'office ne se
justifiait pas pour sauvegarder ses intérêts au sens de l'art. 132 al. 1 let b
CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0).
C.Par acte du 11 novembre 2014, posté le 13 novembre 2014,
P.________ a recouru contre cette décision, en invoquant sa situation
financière très difficile, laquelle ne lui permettrait pas de faire face aux
honoraires d'un avocat de choix. Elle requiert de pouvoir disposer d’un
avocat commis d’office.
E n d r o i t :
1.1En vertu de l'art. 393 al. 1 let. a CPP, le recours est recevable
contre les décisions et les actes de procédure de la police, du ministère
public et des autorités pénales compétentes en matière de contraventions.
Sont notamment compétents pour poursuivre et juger les contraventions
de droit fédéral et cantonal le Ministère public et le préfet (art. 3 al. 2
LVCPP [Loi d’introduction du Code de procédure pénale suisse, RSV
312.01] ; cf. art. 17 al. 1 CPP). En pareil cas, le préfet a les attributions du
ministère public (art. 357 al. 1 CPP). Une décision refusant d'ordonner une
défense d'office (art. 132 CPP) est ainsi susceptible de recours selon les
art. 393 ss CPP (Harari/ Aliberti, in: Kuhn/Jeanneret (éd.), Commentaire
romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 11 ad art. 132
CPP). Ce recours doit être adressé par écrit, dans un délai de dix jours dès
la notification de la décision attaquée (cf. art. 384 let. b CPP), à l’autorité
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de recours (art. 396 al. 1 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP), qui dans le
canton de Vaud est la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal
(art. 13 LVCPP ; art. 80 LOJV [Loi d’organisation judiciaire; RSV 173.01]).
En l'espèce, le recours a été déposé le 13 novembre 2014
(selon le sceau postal figurant sur l’enveloppe l’ayant contenu), de sorte
que la décision attaquée, datée du 29 octobre 2014, dont on ignore la
date et le type d’envoi (A, B ou recommandée), aurait été notifiée au plus
tôt le 3 novembre 2014, ce qui est possible, compte tenu notamment des
aléas de la distribution du courrier B. Interjeté ainsi en temps utile devant
l’autorité compétente, par une partie qui a qualité pour recourir (art. 382
al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours de
P.________ est donc recevable.
1.2L'art. 395 let. a CPP prévoit que, si l’autorité de recours est un
tribunal collégial – ce qui est le cas de la Chambre des recours pénale,
laquelle statue à trois juges (art. 67 al. 1 let. i LOJV ; art. 12 al. 1 ROTC
[Règlement organique du Tribunal cantonal; RSV 173.31.1]) –, sa direction
de la procédure statue seule sur le recours lorsqu’il porte exclusivement
sur des contraventions.
Tel est le cas en l’espèce, si bien qu’un juge de la Chambre
des recours pénale est compétent pour statuer en tant que juge unique
(art. 13 al. 2 LVCPP ; Juge unique CREP 12 juin 2014/405; Juge unique
CREP 17 août 2013/524; Juge unique CREP 19 juin 2013/390 c. 1b).
2.1En dehors des cas de défense obligatoire au sens de l’art. 130
CPP – hypothèses non réalisées en l’espèce –, la direction de la procédure
ordonne une défense d’office si le prévenu ne dispose pas des moyens
nécessaires et que l’assistance d’un défenseur est justifiée pour
sauvegarder ses intérêts (art. 132 al. 1 let. b CPP). Ces deux conditions
sont cumulatives (Harari/Aliberti, op. cit., n. 55 ad art. 132 CPP).
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Une personne est indigente lorsqu’elle n'est pas en mesure
d'acquitter les frais du procès sans avoir recours à des moyens qui lui sont
nécessaires pour subvenir à ses besoins élémentaires et à ceux de sa
famille (ATF 128 I 225 c. 2.5.1).
La deuxième condition s'interprète à l'aune des critères
mentionnés à l'art. 132 al. 2 et 3 CPP. Aux termes de l’art. 132 al. 2 CPP,
une défense d’office aux fins de protéger les intérêts du prévenu indigent
se justifie notamment lorsque l’affaire n’est pas de peu de gravité et
qu’elle présente, sur le plan des faits ou du droit, des difficultés que le
prévenu seul ne pourrait pas surmonter. En tout état de cause, une affaire
n’est pas de peu de gravité lorsque le prévenu est passible d’une peine
privative de liberté de plus de quatre mois, d’une peine pécuniaire de plus
de 120 jours-amende ou d’un travail d’intérêt général de plus de 480
heures (art. 132 al. 3 CPP).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le point décisif est
toujours de savoir si la désignation d'un avocat d'office est objectivement
nécessaire dans le cas d'espèce. A cet égard, il faut tenir compte des
circonstances concrètes de l'affaire, de la complexité des questions de fait
et de droit, des particularités que présentent les règles de procédure
applicables, des connaissances juridiques du requérant ou de son
représentant, du fait que la partie adverse est assistée d'un avocat et de
la portée qu'a pour le requérant la décision à prendre, avec une certaine
réserve lorsque sont en cause principalement ses intérêts financiers
(TF 1B_359/2010 du 13 décembre 2010 c. 3.2; ATF 128 I 225 c. 2.5.2). En
revanche, dans les « cas bagatelle » – soit, selon le Tribunal fédéral, ceux
dans lesquels il ne risque qu'une peine de courte durée ou une amende –,
le prévenu n'a pas, même s'il est indigent, de droit constitutionnel à la
désignation d'un défenseur d'office gratuit (Harari/Aliberti, op. cit., n. 67
ad art. 132 CPP; ATF 128 I 225 c. 2.5.2).
2.2En l'espèce, les conditions de l'art. 132 CPP ne sont
manifestement pas réunies. En effet, comme l'a relevé à juste titre le
Préfet, l'affaire, dont l'enjeu pénal ne concerne qu'une amende de 300 fr.,
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peut être qualifiée de peu de gravité (art. 132 al. 3 CPP). Certes, cela
pourrait avoir des conséquences sur les plans civils et administratifs, mais
P.________ pourra requérir l'assistance judiciaire pour ces procédures, si les
conditions sont réalisées.
Par ailleurs, quand bien même les versions des conducteurs
des deux véhicules impliqués dans l'accident sont contradictoires quant à
savoir si l'un d'eux circulait avec les feux de route enclenchés (rapport de
police, p. 6), les faits reprochés à P.________ sont simples, contrairement à
ce que celle-ci soutient dans son courrier du 27 octobre 2014. En effet, il
lui est fait grief d'avoir perdu la maîtrise de son véhicule après avoir été
éblouie par les phares de la voiture venant en sens inverse, ce qui, selon
ses propres déclarations, lui aurait fait cligner des yeux (rapport de police,
p. 4 in fine). La prénommée a, par courrier de son avocat du 23 octobre
2014, déposé plainte, faisant valoir que "la responsabilité de l'accident
incombe à M. [...]". Or, le fait que ce dernier ait lui-même pu commettre
une éventuelle faute en circulant avec le mauvais éclairage, soit avec les
feux de route, n'est pas déterminant, dès lors qu’il n’y a pas de
compensation des fautes en droit pénal. Par ailleurs, les faits ne
présentent aucune difficulté particulière quant à leur qualification en droit,
la notion de perte de maîtrise ne faisant appel à aucune notion complexe.
La recourante ne rend enfin pas vraisemblable que la cause comporterait
des spécificités qui justifieraient qu’elle soit assistée d’un avocat. Elle
possède en outre les capacités physiques et intellectuelles pour faire face
seule à la procédure en cours. Elle a d’ailleurs été en mesure de recourir
valablement.
L’une des conditions de la défense d’office faisant ainsi défaut,
il n’y a pas lieu d’examiner la seconde, soit l’indigence de la recourante
(art. 132 al. 1 let. b CPP).
Au vu de ce qui précède, l’assistance d’un avocat n’est pas
nécessaire à la sauvegarde des intérêts de P.________, de sorte que c’est à
juste titre que le Préfet lui a refusé la désignation d’un défenseur d’office.
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3.1En définitive, le recours, manifestement mal fondé, doit être
rejeté sans autres échanges d’écritures (art. 390 al. 2 CPP) et l'ordonnance
attaquée confirmée.
3.2Alléguant son impécuniosité, la recourante demande
l'exonération des frais judiciaires pour la procédure de recours. Cette
possibilité n’existe toutefois que pour la partie plaignante (art. 136 CPP) et
non pour le prévenu. Pour le surplus, cette requête doit être rejetée parce
que le recours apparaissait d’emblée dénué de chances de succès (cf.
CREP 2 mai 2014/316 c. 4b).
3.3Les frais de la procédure de recours, par 630 fr. (art. 20 al. 1
TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28
septembre 2010; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de la recourante,
qui succombe (art. 428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
le juge unique
prononce :
I. Le recours est rejeté.
II. La décision du 29 octobre 2014 du Préfet du district du Jura-
nord vaudois est confirmée.
III. La requête de P.________ tendant à l'octroi de l'assistance
judiciaire gratuite pour la procédure de recours est rejetée.
IV. Les frais d’arrêt, par 630 fr. (six cent trente francs), sont mis à
la charge de P.________.
V. Le présent arrêt est exécutoire.
Le juge unique : Le greffier :
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Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. Jean Lob, avocat (pour P.),
-Mme P.,
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Mme la Préfète du district du Jura-Nord vaudois,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
Le greffier :