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TRIBUNAL CANTONAL
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PE14.020668-SRD/ACP
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 27 septembre 2016
Composition : M. M A I L L A R D , président
MM. Abrecht et Perrot, juges
Greffier :Mme Umulisa Musaby
Art. 85 al. 4 let. a, 356 al. 2, 393 al. 1 let. b CPP
Statuant sur le recours interjeté le 21 septembre 2016 par
A.________ contre le prononcé rendu le 8 septembre 2016 par le Tribunal
de police de l’arrondissement de l’Est vaudois dans la cause
n° PE14.020668-SRD/ACP, la Chambre des recours pénale considère :
E n f a i t :
A.a) Le 20 mai 2014, A.________, ressortissant italien né en 1957,
au bénéfice d’un permis C, a été entendu par la police avec l’aide d’une
interprète (PV aud. 3). Il a été informé en langue italienne, par l’interprète
qu’il a déclaré comprendre (R. 3), qu’il était entendu comme prévenu et
qu’une procédure préliminaire était instruite contre lui pour menaces, ce
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dont il a pris acte (R. 4). Il a par ailleurs signé le formulaire relatif aux
droits et obligations du prévenu, qu’il a déclaré avoir lu et compris et dont
un exemplaire lui a été remis.
b) Par ordonnance pénale du 12 janvier 2015, le Ministère
public de l’arrondissement de l’Est vaudois a notamment condamné
A., pour menaces, à une peine pécuniaire de 20 jours-amende,
avec sursis pendant 2 ans, la valeur du jour-amende étant fixée à 50 fr. et
à une amende de 300 fr., convertible en 30 jours de peine privative de
liberté de substitution en cas de non-paiement fautif, et a mis une partie
des frais de la cause à sa charge.
Il résulte du suivi électronique des envois de La poste
(« Track&Trace ») que le pli recommandé contenant cette ordonnance a
été adressé au prévenu le même jour, que le 13 janvier 2015 celui-ci en a
été avisé, mais qu’il ne l’a pas retiré dans le délai postal de garde, qui
courait jusqu’au 20 janvier 2015 (P. 31).
c) Par courrier du 19 août 2016, l’avocat Aba Neeman a
informé le Ministère public qu’il représentait les intérêts de A.,
dans le cadre d’une procédure ouverte devant la Justice de paix, et a
soutenu que son client n’avait jamais reçu de notification d’une
quelconque ordonnance pénale et que ce dernier formait opposition à une
éventuelle ordonnance pénale.
d) Par courrier du 6 septembre 2016, adressé au Tribunal
d’arrondissement de l’Est vaudois, le Ministère public a requis que
l’opposition soit déclarée tardive, exposant que la notification de
l’ordonnance pénale du 12 janvier 2015 était réputée avoir eu lieu le 21
janvier suivant, soit le dernier jour du délai de garde.
B.Par prononcé du 8 septembre 2016, notifié le même jour au
prévenu, le Tribunal de police de l’arrondissement de l’Est vaudois a
déclaré irrecevable, car tardive, l’opposition formée le 19 août 2016 à
l’ordonnance pénale rendue le 12 janvier 2015 par le Ministère public de
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l’arrondissement de l’Est vaudois et a constaté que cette ordonnance
pénale était exécutoire.
C.Le 21 septembre 2016, A.________ a interjeté recours contre ce
prononcé devant la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal en
concluant, avec suite de frais et dépens, à ce que l’opposition formée le 19
août 2016 soit déclarée recevable.
E n d r o i t :
1.Le prononcé par lequel un tribunal de première instance,
statuant sur la validité de l'opposition formée par le prévenu contre une
ordonnance pénale rendue par le Ministère public (cf. art. 356 al. 2 CPP
[Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]), déclare
l'opposition irrecevable, par exemple pour cause de tardiveté, est
susceptible de recours selon les art. 393 ss CPP (Gilliéron/Killias, in :
Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de procédure pénale
suisse, Bâle 2011, n. 5 ad art. 356 CPP ; Riklin, in :
Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, 2e éd., Bâle 2014, n. 2
ad art. 356 CPP ; CREP 30 décembre 2014/925 ; CREP 24 septembre
2014/695). Le recours doit être adressé par écrit, dans un délai de dix
jours dès la notification de la décision attaquée (art. 384 let. b CPP), à
l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP) qui est, dans le canton de Vaud, la
Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [Loi
vaudoise du 19 mai 2009 d’introduction du Code de procédure pénale
suisse ; RSV 312.01] ; art. 80 LOJV [Loi vaudoise du 12 décembre 1979
d’organisation judiciaire ; RSV 173.01]).
En l’espèce, le recours a été interjeté en temps utile devant
l’autorité compétente par le condamné qui a qualité pour recourir (art. 382
al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), de sorte qu’il
est recevable.
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2.1Le recourant fait valoir que ce n’est qu’à réception de la
requête de mainlevée d’opposition déposée le 15 juillet 2016 par le
Service juridique et législatif de l’Etat de Vaud (SJL) à la suite de son
opposition au commandement de payer qui lui avait été notifié pour le
montant de 1'333 fr., lequel est apparemment en relation avec la note de
frais pénaux résultant de l’ordonnance pénale du 12 janvier 2015, qu’il
aurait pris contact avec son avocat et que celui-ci lui aurait fait prendre
conscience qu’il avait fait l’objet d’une enquête pénale en 2015 en qualité
de prévenu et qu’une ordonnance pénale avait été rendue à son encontre
en janvier 2015. Affirmant qu’il ne parle et ne comprend pas bien le
français, il soutient qu’il était sûr d’avoir été convoqué pour être entendu
en tant que témoin et qu’il n’avait alors pas été assisté d’un interprète, de
sorte qu’il ne pouvait pas être conscient qu’une procédure pénale avait
été ouverte contre lui et ne devait donc pas s’attendre à recevoir une
décision à son encontre.
2.2
2.2.1L'ordonnance pénale est immédiatement notifiée par écrit aux
personnes et aux autorités qui ont qualité pour former opposition (art. 353
al. 3 CPP). Le prévenu peut faire opposition à l'ordonnance pénale devant
le ministère public, par écrit, dans les 10 jours (art. 354 al. 1 let. a CPP). Si
aucune opposition n'est valablement formée, l'ordonnance pénale est
assimilée à un jugement entré en force (art. 354 al. 3 CPP).
En application de l’art. 356 al. 2 CPP, le tribunal de première
instance statue sur la validité de l’ordonnance pénale et de l’opposition. Si
l’opposition a été formée tardivement, le tribunal la déclare irrecevable
(CREP 11 août 2014/499, CREP 24 septembre 2014/695). Elle est tardive si
elle a été adressée au Ministère public après le délai de dix jours prévu par
l’art. 354 al. 1 CPP.
2.2.2Selon l’art. 85 al. 2 CPP, la notification se fait en principe par
lettre signature ou par tout autre mode de communication impliquant un
accusé de réception, notamment par l'entremise de la police.
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Aux termes de l'art. 85 al. 4 let. a CPP, un prononcé est réputé
notifié lorsque, expédié par lettre signature, il n'a pas été retiré dans les
sept jours à compter de la tentative infructueuse de remise du pli, si la
personne concernée devait s'attendre à une telle remise. Cette disposition
reprend les principes développés par la jurisprudence et qui prévalaient
avant l'entrée en vigueur du code de procédure pénale suisse le 1
er
janvier
2011 (TF 6B_1088/2013 du 12 mai 2014 consid. 1.2; TF 6B_314/2012 du
18 février 2013 consid. 1.2; cf. ATF 130 III 396 consid. 1.2.3 p. 399). La
personne concernée ne doit s'attendre à la remise d'un prononcé que
lorsqu'il y a une procédure en cours qui impose aux parties de se
comporter conformément aux règles de la bonne foi, à savoir de faire en
sorte, entre autres, que les décisions relatives à la procédure puissent leur
être notifiées. Le devoir procédural d'avoir à s'attendre avec une certaine
vraisemblance à recevoir la notification d'un acte officiel naît avec
l'ouverture d'un procès et vaut pendant toute la durée de la procédure (TF
6B_314/2012 du 18 février 2013 consid. 1.3.1 ; ATF 130 III 396 consid.
1.2.3). Un simple interrogatoire par la police en qualité de témoin, voire de
suspect, ne suffit en général pas à créer un rapport juridique de procédure
pénale avec la personne entendue. Il ne peut donc être considéré qu'à la
suite d'un tel interrogatoire, celle-ci doit prévoir que des actes judiciaires
lui seront notifiés (cf. ATF 116 Ia 90 consid. 2c/aa; ATF 101 Ia 7 consid. 2).
Il est admis en revanche que la personne concernée doit s'attendre à la
remise d'un prononcé lorsqu'elle est au courant qu'elle fait l'objet d'une
instruction pénale au sens de l'art. 309 CPP (TF 6B_281/2012 du 9 octobre
2012 consid. 1.1; TF 6B_158/2012 du 27 juillet 2012 consid 2.1; Schmid,
Schweizerische Strafprozessordnung [StPO], Praxiskommentar, 2ème éd.,
2013, n° 9 ad art. 85 CPP; Moreillon/Parein-Reymond, Petit Commentaire
du Code de procédure pénale, 2
ème
éd. 2016, n° 17 ad art. 85 CPP). Ainsi,
un prévenu informé par la police d'une procédure préliminaire le
concernant, de sa qualité de prévenu et des infractions reprochées, doit se
rendre compte qu'il est partie à une procédure pénale et donc s'attendre à
recevoir, dans ce cadre-là, des communications de la part des autorités, y
compris un prononcé (TF 6B_314/2012 du 18 février 2013 consid. 1.3.2; TF
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6 -
6B_281/2012 du 9 octobre 2012 consid. 1.1; TF 6B_158/2012 du 27 juillet
2012 consid. 2.1).
De jurisprudence constante, celui qui se sait partie à une
procédure judiciaire, et qui doit dès lors s'attendre à recevoir notification
d'actes du juge, est tenu de relever son courrier ou, s'il s'absente de son
domicile, de prendre des dispositions pour que celui-ci lui parvienne
néanmoins. À ce défaut, il est réputé avoir eu, à l'échéance du délai de
garde, connaissance du contenu des plis recommandés que le juge lui
adresse. Une telle obligation signifie que le destinataire doit, le cas
échéant, désigner un représentant, faire suivre son courrier, informer les
autorités de son absence ou leur indiquer une adresse de notification (ATF
139 IV 228 consid. 1.1 et les références citées; TF 6B_704/2015 du 16
février 2016 consid. 2.3).
2.3En l’espèce, le recourant devait s’attendre à recevoir des
communications de la part des autorités. En effet, il avait été entendu le
20 mai 2014, en langue italienne et avec l’aide d’une interprète, en qualité
de prévenu dans le cadre de l’instruction pénale ouverte contre lui pour
menaces, et avait signé le formulaire des droits et obligations du prévenu.
Le recourant devait donc prendre des mesures appropriées pour que toute
suite utile puisse être donnée, en son absence, à un envoi judiciaire le
concernant.
Il résulte du suivi électronique des envois de La Poste que le pli
recommandé contenant l’ordonnance pénale, envoyé au recourant le 12
janvier 2015, n’a pas été retiré au guichet dans le délai de garde de sept
jours alors que le pli avait été avisé pour retrait le 13 janvier 2015, de
sorte qu’à l’échéance de celui-ci, le 20 janvier 2015, le recourant disposait
d’un délai au 30 janvier 2015 pour former opposition conformément à
l’art. 354 al. 1 CPP. C’est ainsi à juste titre que le Tribunal de police a
déclaré que l’opposition formée le 19 août 2016 était tardive en
application des art. 85 al. 4 let. a et 354 al. 1 CPP.
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On précisera que si le recourant prétend n’avoir jamais reçu
d’avis de retrait, il ne fait état d’aucun élément de nature à renverser la
présomption de fait – réfragable – selon laquelle, pour les envois
recommandés, l’employé postal a correctement inséré l’avis de retrait
dans la boîte à lettres ou la case postale du destinataire et la date de ce
dépôt, telle qu’elle figure sur la liste des notifications, est exacte (cf. TF
6B_314/2012 du 18 février 2013 consid. 1.4.1 ; TF 6B_281/2012 du 9
octobre 2012 consid. 2.1).
3.En définitive, le recours, manifestement mal fondé, doit être
rejeté sans autres échanges d’écritures (art. 390 al. 2 CPP) et le prononcé
du 8 septembre 2016 confirmé.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce du
seul émolument d'arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 770 fr. (art. 20 al. 1 TFIP
[Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28
septembre 2010 ; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge du recourant, qui
succombe (art. 428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est rejeté.
II. Le prononcé du 8 septembre 2016 est confirmé.
III. Les frais d’arrêt, par 770 fr. (sept cent septante francs), sont
mis à la charge du recourant.
IV. L’arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
-
8 -
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Me Aba Neeman, avocat (pour A.________),
-M. [...],
-Mme [...],
-Me Alex Wagner, avocat (pour [...]),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Mme la Présidente du Tribunal de police de l’arrondissement de l’Est
vaudois,
-Mme la Procureure de l’arrondissement de l’Est vaudois,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
La greffière :