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TRIBUNAL CANTONAL
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PE12.010085-LML/CPB
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Présidence de M. K R I E G E R , président
Juges:Mme Epard et M. Abrecht
Greffière:Mmede Watteville
Art. 221, 222, 393 al. 1 let. c CPP
La Chambre des recours pénale prend séance à huis clos pour
statuer sur le recours interjeté par Y.________ contre la décision rendue le
8 juin 2012 par le Tribunal des mesures de contrainte dans la cause
n° PE12.010085-LML/CPB.
Elle considère:
EN FAIT :
A. a) Le 5 juin 2012, le Ministère public de l’arrondissement de
Lausanne a décidé de l’ouverture d’une instruction pénale (art. 309 CPP)
pour brigandage contre Y.________, né en 1985, ressortissant d’Egypte,
sans activité, au bénéfice d’un statut de requérant d’asile. Le prévenu a
été appréhendé par la police le 6 juin 2012 à 9h10.
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b) Il est reproché à Y.________ d’avoir, à la rue Centrale à
Lausanne, le 17 avril 2012, dérobé le téléphone portable de X.________ en
le lui arrachant des mains, alors que cette dernière montait les escaliers
menant à la station Bessières du M2, et de l’avoir fait violemment chuter
dans les escaliers en la bousculant fortement.
L’audition d’arrestation du procureur a eu lieu le 7 juin 2012.
Interrogé sur les faits du 17 avril 2012, Y.________ a déclaré revenir sur ses
précédentes déclarations. Il a reconnu avoir dérobé le téléphone portable
à une dame dans les escaliers du Pont Bessières, expliquant n’avoir pas
dit la vérité à la police lors de sa précédente audition au motif que les
policiers ne se seraient pas montrés sympathiques avec lui.
B. a) Par demande du 7 juin 2012, le Ministère public a proposé
au Tribunal des mesures de contrainte d’ordonner la détention provisoire
de Y.________ pour une durée de trois mois, invoquant des risques de fuite,
de collusion et de réitération. S’agissant du risque de fuite, il a exposé que
Y., ressortissant égyptien et requérant d’asile en Suisse, n’y avait
aucune attache personnelle; de plus, il avait déclaré lors de son audition
d’arrestation que s’il ne trouvait pas du travail dans deux mois, il quitterait
le territoire helvétique; ainsi, compte tenu de la situation de l’intéressé, de
ses déclarations et de la gravité des faits qui lui étaient reprochés, le
risque de fuite était concret. Quant au risque de réitération, il était
également réalisé dès lors que Y. avait déjà fait l’objet d’une
enquête pénale instruite par le Ministère public de l’arrondissement de
l’Est vaudois – dont le dossier a été transmis le 7 juin 2012 au Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne pour reprise de cause – dans
laquelle il lui était reproché d’avoir, le 10 mai 2012 à Lausanne, arraché
un téléphone portable des mains de D.________, la griffant et lui tordant le
poignet.
Dans ses déterminations écrites (cf. art. 225 al. 5 CPP) du 8
juin 2012 (P. 10), le prévenu, par son défenseur d’office, l’avocate Virginie
Rodigari, a conclu au rejet de la demande de mise en détention provisoire.
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b) Par ordonnance de détention provisoire du 8 juin 2012, le
Tribunal des mesures de contrainte a ordonné la détention provisoire de
Y.________ (I), a fixé la durée maximale de la détention provisoire à tois
mois, soit au plus tard jusqu’au 6 septembre 2012 (II), et a dit que les frais
de cette décision par 225 fr. suivaient le sort de la cause (III).
Il a considéré que l’on pouvait clairement déduire du dossier et
en particulier des images de vidéosurveillance du 17 avril 2012 qu’il
existait une présomption sérieuse de culpabilité à l’encontre du prévenu et
que, s’agissant d’un brigandage, les charges pesant sur celui-ci étaient
graves. Le risque de fuite était manifestement réalisé; en effet, le prévenu,
ressortissant d’Egypte, était sans aucune forme d’attache sérieuse avec la
Suisse, de sorte qu’il était à craindre qu’il tente de se soustraire à la
procédure en cours en prenant la fuite. Le placement en détention
provisoire s’imposait dès lors pour ce motif déjà, sans qu’il y ait lieu
d’examiner en détail les deux autres risques, étant toutefois noté que le
risque de réitération semblait également réalisé puisque le prévenu faisait
déjà l’objet d’une enquête pénale, instruite par le Ministère public de
l’arrondissement de l’Est vaudois, pour des actes similaires. La
proportionnalité était respectée au vu des charges énoncées, de sorte qu’il
n’était pas nécessaire de limiter la durée de la détention (art. 227
al. 1 CPP).
C. Par acte du 19 juin 2012, remis à la Poste le même jour,
Y., par son défenseur d’office, a recouru auprès de la Chambre des
recours pénale du Tribunal cantonal contre cette ordonnance, en
concluant avec suite de frais et dépens principalement à sa réforme en ce
sens que la demande de mise en détention provisoire formée par le
Ministère public le 7 juin 2012 soit rejetée, Y. étant
immédiatement relaxé, et subsidiairement à son annulation, la cause
étant renvoyée au Tribunal des mesures de contrainte pour nouvelle
décision dans le sens des considérants.
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EN DROIT :
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et 5). Il conteste en revanche l’existence d’un risque de fuite (recours, pp.
2-4) et soutient que la détention provisoire ne serait pas justifiée sous
l’angle du principe de proportionnalité (recours, p. 4).
b) Comme on l’a vu (cf. c. 2a supra), il ressort de l’art. 221 al.
1 let. a CPP que le maintien en détention provisoire se justifie notamment
lorsqu’il y a sérieusement lieu de craindre que le prévenu se soustraie à la
procédure pénale ou à la sanction prévisible en prenant la fuite.
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le risque de fuite –
la fuite consistant à partir à l’étranger ou à se cacher en Suisse
(Schmocker, in Kuhn/Jeanneret (éd.), Commentaire romand, Code de
procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 12 ad art. 221 CPP et les
références citées; cf. Forster, in Niggli/Heer/Wiprächtiger (éd.), Basler
Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung, Bâle 2011, n. 5 ad art.
221 CPP) – ne peut être admis que s’il existe une certaine probabilité que
le prévenu se soustrairait à la procédure pénale en cours ou à l’exécution
de la peine s’il était en liberté; la gravité de l’infraction ne peut pas, à elle
seule, justifier la prolongation de la détention, même si elle permet
souvent de présumer un risque de fuite en raison de l’importance de la
peine dont le prévenu est menacé; il convient au contraire de prendre en
considération les circonstances concrètes du cas d’espèce, en particulier
l’ensemble de la situation personnelle du prévenu (ATF 125 I 60 c. 3a; ATF
117 Ia 69 c. 4a et les arrêts cités; TF 1B_374/2011 du 3 août 2011 c. 3.1;
TF 1B_422/2010 du 11 janvier 2011 c. 2.1). Peuvent ainsi être pris en
considération les liens familiaux et sociaux du prévenu, sa situation
professionnelle, ses ressources, ses contacts privés et professionnels à
l’étranger, ou encore le caractère de l'intéressé et sa moralité (Forster, op.
cit., n. 5 ad art. 221 CPP et les arrêts cités; Schmocker, op. cit., n. 12 ad
art. 221 CPP; TF 1B_374/2011 du 3 août 2011 c. 3.1 ; TF 1B_422/2010 du
11 janvier 2011 c. 2.1).
En l’espèce, le recourant est fortement soupçonné d’avoir
commis deux brigandages – infraction passible selon l’art. 140 ch. 1 CP
d’une peine privative de liberté de dix ans au plus ou d’une peine
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pécuniaire de 180 jours-amende au moins – et s’expose ainsi à être
condamné à une peine privative de liberté de plus de six mois. Compte
tenu du fait qu’il est de nationalité égyptienne, du fait qu’il n’a aucune
attache personnelle avec la Suisse, où il n’est au bénéfice que d’un permis
N dans l’attente d’une décision sur sa demande d’asile, et des déclarations
faites lors de son audition d’arrestation du 7 juin 2012 (p. 3), selon
lesquelles il quitterait le territoire helvétique s’il ne trouvait pas du travail
dans les deux mois, il y a sérieusement et concrètement lieu de craindre
que le recourant, en cas de libération de la détention provisoire, prenne la
fuite pour se soustraire à la sanction prévisible. Il convient de souligner à
cet égard que le fait que le casier judiciaire suisse du recourant soit vierge
ne signifie pas qu’il bénéficiera automatiquement du sursis à l’exécution
de la peine, les délinquants ne pouvant s’attendre systématiquement à
bénéficier de l’octroi du sursis en cas de première condamnation (cf.
Dupuis / Geller / Monnier / Moreillon / Piguet / Bettex / Stoll (éd.), Petit
commentaire du code pénal, Bâle 2012, n. 26 ad art. 42 CP).
c) Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, dans l’examen
de la proportionnalité de la durée de la détention, il y a lieu de prendre en
compte la gravité des infractions faisant l’objet de l’instruction; le juge
peut maintenir la détention provisoire aussi longtemps qu’elle n’est pas
très proche de la durée de la peine privative de liberté à laquelle il faut
s’attendre concrètement en cas de condamnation (TF 1B_411/2011 du 31
août 2011, c. 4.1; ATF 133 I 168 c. 4.1; ATF 132 I 21 c. 4.1). Par ailleurs,
selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, la perspective de
l’octroi du sursis ou d’une libération conditionnelle n’a pas à être prise en
compte pour juger de la proportionnalité de la détention provisoire, sauf
circonstances particulières qui imposeraient exceptionnellement une
solution différente (ATF 133 I 270 c. 3.4.2; ATF 125 I 60 c. 3d; TF
1B_82/2008 du 7 avril 2008; TF 1B_79/2012 du 22 février 2012 c. 6).
En l’espèce, le recourant a été appréhendé le 6 juin 2012 et
risque une peine privative de liberté supérieure à six mois, de sorte que la
proportionnalité de la détention provisoire est manifestement respectée
en l’espèce. L’hypothèse du recourant selon laquelle il ne pourrait être
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jugé par un Tribunal avant le début de l’année 2013, dans le meilleur des
cas (recours, p. 4), de sorte que la détention provisoire ne pourrait dans
tous les cas pas se prolonger jusqu’à la décision à rendre par un Tribunal,
n’est pas pertinente s’agissant de juger de la conformité au droit fédéral
de l’ordonnance attaquée, laquelle a ordonné à ce stade la détention
provisoire du recourant pour une durée de trois mois, soit au plus tard
jusqu’au 6 septembre 2012.