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TRIBUNAL CANTONAL
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PE07.022212-ABA/VFV/CHA
C O U R D E C A S S A T I O N P E N A L E
Présidence de M. C R E U X , président
Juges:M.Battistolo et Mme Epard
Greffier :MmeRouiller
Art. 187, 190 CP; 411, 444 al. 3 CPP
La Cour de cassation pénale prend séance en audience
publique pour statuer sur le recours interjeté par A.L.________ contre le
jugement rendu le 11 mai 2010 par le Tribunal correctionnel de
l’arrondissement de Lausanne dans la cause le concernant :
Elle considère :
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restée au salon, et il n’y a pas eu de relations sexuelles. La prostituée était
restée habillée; A.L.________ a remis sa chemise, lui a donné la somme
convenue et lui a demandé de rester encore un peu, ce que la prostituée a
refusé. I.________ a estimé que l'accusé avait fait bien plus que des câlins à
sa fille, c'est pourquoi, elle en a reparlé avec sa patronne qui lui a dit
qu’elles devaient signaler la situation à la police, qui a été informée le 22
octobre 2007 et qui a entendu I.________ le 24 octobre 2007. Aux débats,
la prénommée a exprimé avec force que si son mari avait eu ce genre de
gestes à l’égard de l’un de ses enfants, elle l’aurait tué.
b) Du 16 août 2006 au 31 août 2007, l’accusé A.L.________ a
été soigné pour alcoolisme à l'U.. Dès qu'il a été abstinent,
A.L. a régulièrement fait venir sa fille le week-end et quelques
jours durant les vacances scolaires. A ces occasions, B.L.________ dormait
sur un matelas à côté du lit de son père, dans la chambre de ce dernier.
T., qui résidait dans cet établissement pour les mêmes motifs que
A.L., s'est vu attribuer, en janvier 2007, une chambre à côté de
celle de A.L.. Assez rapidement, il a entendu des pleurs et des cris
de la part de B.L. durant la nuit, lorsqu’elle venait en week-end à
l'U.. Il en a tout naturellement parlé à A.L., qui lui a
expliqué que sa fille n’aimait pas se brosser les dents et qu’elle faisait en
outre des cauchemars. Dans un premier temps, ces explications lui ont
paru plausibles. Au fil du temps, toutefois, il lui est apparu que les pleurs
et les cris étaient trop fréquents et trop inquiétants pour que les soucis
éducatifs et les cauchemars évoqués par l’accusé suffisent à les expliquer.
Ainsi, il a entendu plusieurs fois l’enfant crier : "Non, Papa!" et le père
répondre: "Tais-toi". Au début, les cris se manifestaient vers 24h/1 h du
matin. Par la suite, après qu'T.________ a fait part de ses interrogations à
l'accusé, il les entendait plutôt vers 3h du matin. T.________ a constaté que
A.L.________ devenait de plus en plus agressif à son égard, depuis qu’il lui
avait fait part de ses inquiétudes au sujet de sa fille. Lui-même recevait
parfois son fils de 5 ans pour le week-end. Celui-ci s’entendait bien avec
B.L.________ et les enfants jouaient ensemble pendant la journée. Avec le
temps, A.L.________ a interdit à sa fille de s’approcher d’T.________.
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Le 25 avril 2007, une dizaine de résidents de l'U.________ ont
écrit une lettre au directeur de l’institution pour faire part de leurs
préoccupations concernant en particulier le comportement de A.L..
Leur lettre relevait notamment qu'il fallait trouver des solutions aux
problèmes que A.L. avait créés; il fallait aider l’accusé à sortir de
son enfermement et de sa "logique destructrice" pour lui, son enfant,
l’ensemble des parents et des résidents. A réception de cette lettre, la
direction de l'U.________ a décidé de proposer à A.L.________ de prendre du
recul en faisant une pause à[...] jumelée à l'U.. Après un séjour
d’une semaine, A.L. est revenu à l'U.. A cette époque,
T., ne supportant plus les conditions dans lesquelles se déroulaient
les visites de B.L.________ à son père, a confié ses préoccupations à son
thérapeute de référence, qui en a parlé au directeur B., lequel a
convoqué A.L.. D'après les notes figurant au journal de
l’institution, corroborées par le témoignage du directeur, l’accusé s'était
senti agressé par les autres résidents signataires de la lettre du 25 avril
2007; il parlait de "coalition" contre lui et avait le sentiment d'avoir été
trahi par T.. Il a refusé dans un premier temps de rencontrer
T. pour mettre à plat ces questions mais a accepté de signer un
engagement au respect des autres et à la non-violence physique et
verbale. Au sujet des cris de sa fille, l'intéressé a clairement répété que
c'était parce qu’elle ne se laissait pas brosser les dents le soir vers 22
heures; quant aux pleurs survenant pendant la nuit, ils étaient en lien
avec les cauchemars que faisait l'enfant chaque fois qu’elle rencontrait
Mme [...] durant la journée; cette résidente lui faisait des reproches et elle
en avait peur.
Le 28 mai 2007, le thérapeute de référence de A.L.________ a
appelé l’assistante sociale du SPJ qui a proposé de mettre en place
d’abord un dialogue entre A.L.________ et T.. Un entretien a eu lieu
entre le directeur B., T.________ et A.L., au cours duquel il a
été question des pleurs et cris nocturnes de B.L.. L’accusé a
d’emblée adopté une attitude défensive, demandant si on le soupçonnait
d’abus sexuels sur sa fille, alors que personne n’avait évoqué cette
hypothèse; il est devenu agressif à l’égard d’T.________, le menaçant de
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déposer une plainte pénale contre lui pour diffamation. A la suite de cet
entretien, ni T., ni d’autres personnes de l’institution n’ont plus
entendu de cris ou de pleurs de la part de B.L., lorsqu’elle passait
la nuit auprès de son père. Les contrôles nocturnes effectués par la
veilleuse de nuit n’ont révélé aucune anomalie.
A partir du mois de mai 2007, plusieurs résidents et membres
du personnel ont remarqué que B.L.________ avait régulièrement un
comportement et des gestes inadéquats pour son âge : elle tentait de
toucher les parties intimes de ces personnes (les seins ou l’entrejambe),
voulait les embrasser sur la bouche et ne paraissait pas être à même de
respecter la bonne distance à l’égard des tiers. Ils s’en sont ouverts
auprès de la direction. Une ancienne résidente a également signalé de tels
faits, en particulier au début du mois d'août 2007.
A une date que l’instruction n’a pas permis de déterminer,
mais vraisemblablement à mi-août 2007, le directeur de l'U.________ a fait
préparer une lettre à l’intention de la Justice de Paix du district [...] pour
signaler que l’évolution de B.L.________ l’interrogeait et le préoccupait.
Ladite lettre, jamais envoyée à la justice de paix, est finalement parvenue
à la connaissance du SPJ après les événements du 15 octobre 2007.
b) Le SPJ a été avisé afin que des mesures appropriées soient
prises en faveur de B.L.; c’est ainsi que la garde de l’enfant lui a
été confiée et que la situation a été suivie par l’assistante sociale
K..
Entendue le 2 octobre 2007 au collège primaire de [...] en
présence d’un psychologue, B.L.________ n’a pas mis en cause son père ou
qui que ce soit d’autre pour lui avoir fait du mal. Très loquace et enjouée
lorsque son interlocutrice abordait des sujets anodins, l’enfant se fermait
dès que la conversation portait sur des questions plus intimes, et en
particulier sur le caractère "privé" de certaines parties de son corps,
qu’elle semblait ne pas connaître. Elle a toutefois précisé qu’elle ne dirait
de toute façon rien si quelqu’un lui avait fait mal ou si elle avait eu des
soucis. A l’issue de cette audition, B.L.________ a été confiée au SPJ et
conduite au N.________ à [...]. Dans ce foyer, des troubles du
comportement de B.L.________ ont également été constatés. A ce titre, elle
ne mettait aucune distance avec les jeunes et les adultes, même
lorsqu’elle les voyait pour la première fois. Elle avait, par exemple,
demandé à un éducateur si elle pouvait l’embrasser sur la bouche. Elle
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cherchait également en permanence le contact physique, en particulier
avec les hommes. A titre d’exemple, elle a passé sa main sur le torse et
caressé le téton d’un stagiaire. Elle a aussi été surprise dans une chambre,
le bas du corps dénudé, en présence de deux autres enfants. Les
éducateurs ont décidé depuis lors de ne plus la laisser seule en compagnie
d’un garçon ou d’un éducateur. A une autre occasion, une éducatrice l’a
vu saisir une brosse, l’appuyer sur son pubis et mimer l’acte sexuel.
L’assistante sociale du SPJ, entendue aux débats, a également relevé que
B.L.________ avait l’air d’une préadolescente, en particulier dans sa
manière de bouger son corps.
c) La police a encore procédé à l’audition de l’infirmière
scolaire (R.) le 31 octobre 2007. Dans le courant de l’année
scolaire 2005-2006, la maîtresse de B.L. l’avait interpellée en lui
faisant part de ses craintes relatives aux problèmes d’alcool affichés par
A.L.________ lorsque ce dernier venait conduire sa fille à l’école. Une
évaluation de la petite a alors été mise sur pied pendant quinze jours. A
l’issue de celle-ci, l’enseignante a conclu que B.L.________ n’était pas
structurée, présentait des troubles de l’attention et du comportement et
avait de la peine à être acceptée par les autres enfants. Il n’a toutefois pas
été constaté de problématique en lien avec le corps, de lésions corporelles
ou d’attitudes sexuellement inadaptées. Dans les jours qui ont suivi,
R.________ a eu la visite de la mère de l'enfant, C.L., qui se
plaignait de l’alcoolisme de son mari et des coups qu’il lui donnait. Elle a
toutefois assuré qu’il n’avait jamais été violent avec B.L..
L'infirmière scolaire a alors accompagné la mère de l'enfant au centre
LAVI. Après cela, des mesures été prises pour protéger la mère et sa fille.
En septembre 2006, le centre LAVI a pris en charge des séances de
psychothérapie en faveur de B.L.________ La psychothérapeute a elle
relevé que l'enfant prénommée présentait d’importants troubles du
comportement et des difficultés à garder des limites. Concernant les
week-ends passés à l'U.________ avec son père, l'infirmière scolaire a
expliqué que son enseignante l’avait passablement observée lorsqu’elle
en revenait; la fillette avait l’air contente d’avoir pu passer du temps avec
lui. Il y avait bien quelques craintes liées à l’alcoolisme de A.L.________ et à
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d’éventuels risques de violence, mais on n'avait jamais imaginé des
suspicions d’abus sexuels. Comme la fillette voyait son père dans un
milieu protégé, et que sa mère semblait satisfaite de cette solution, elle
pensait que la situation était convenable.
Au début de l’année scolaire 2007-2008, B.L.________ a changé
d’enseignante. Cette dernière a observé une évolution positive sur le plan
de ses relations avec les autres enfants, mais la fillette gardait de la
difficulté à se concentrer et à se structurer; il n’a toutefois pas été
constaté de marques ou d’attitudes inadéquates envers ses camarades.
d) Le juge d’instruction a confié à la Doctoresse Q.________ du
Département de gynécologie du Z., un examen gynécologique de
B.L., lequel a eu lieu le 1
er
novembre 2007.
En préambule de son rapport daté du 28 janvier 2008, la
doctoresse relève notamment qu’il s’agit d’une petite fille vive, curieuse
de son environnement, avec qui il est facile d’avoir un dialogue. Elle parle
facilement de sa vie avec ses parents, de l’école. Toutefois quand on
l’interroge plus spécifiquement sur des sujets qui pourraient être en lien
avec de possibles attouchements, elle se referme, regarde le sol, ne parle
plus beaucoup ou dit qu’elle ne sait pas. Il arrive à la petite fille d’être
seule à son domicile, en compagnie de son père; ils jouent à différents
jeux, dont celui de cache-cache. Elle décrit se cacher parfois en
compagnie de son papa sous le duvet de son lit, mais il n’est pas possible
de savoir ce qu’ils font à ce moment, ni si la mère est présente. A la
question de savoir si quelqu’un l’aide pour sa toilette, aller au bain, se
laver, s’habiller, B.L.________ a déclaré le faire toujours toute seule.
L’examen gynécologique de la petite a, par ailleurs, révélé "un
hymen sans signes d’oestrogénisation" avec présence à 5h (orientation
selon le cadran d’une montre) d’une concavité nette comprenant plus de
2/3 de la largeur du bord hyménéal avec un bump compensatoire à 4h.
Orifice hyménéal compatible avec l’âge de la fillette. Le rapport conclut
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sur un diagnostic de "modification de l’hymen compatible avec une
pénétration vaginale"
Entendue aux débats, la Doctoresse Q.________ a expliqué que
l’hymen est généralement symétrique et que la concavité observée à 5h
résulte d’une déchirure, le bump compensatoire constituant un nodule qui
se forme au moment de la cicatrisation. Les lésions ainsi observées
révèlent assurément une pénétration par un objet, un pénis ou un doigt
(étant précisé que toute pénétration n’entraîne pas forcément une lésion,
en particulier lorsqu’il y a pénétration par un pénis); ce type de lésion se
voit majoritairement dans le cas de filles abusées.
Interpellée sur le point de savoir si une enfant peut provoquer
elle-même une telle lésion en introduisant un objet (tampon, etc.) dans ses
parties génitales, la gynécologue a répondu que ce n’était pas totalement
impossible, mais qu’un tel acte renverrait forcément à la préexistence
d’abus sexuels, vu notamment les douleurs liées à une telle déchirure. Elle
a encore précisé que des blessures telles qu'une déchirure de l’hymen
cicatrisaient rapidement (comme celles qui peuvent apparaître dans la
bouche), soit environ en trois jours. Vu l’état de l’hymen de B.L., la
pénétration a pu avoir lieu aussi bien cinq jours au moins avant l’examen
gynécologique que plusieurs mois, voire une ou deux années auparavant.
Selon son expérience et les observations des spécialistes en la matière,
les enfants abusés qui ne parlent pas sont la norme. Il est réellement
exceptionnel qu’un enfant révèle les abus commis par un parent; s’il le
fait, c’est souvent de nombreuses années plus tard.
e) Lors de son séjour au N., B.L.________ a bénéficié, du
12 décembre 2007 au 10 avril 2008, d’une dizaine de séances d’art-
thérapie, organisées par l’association [...], qui vient en aide aux enfants et
adolescents abusés sexuellement. Dans un premier temps, l’enfant s’est
beaucoup contrôlée, se murant parfois dans un grand silence. Peu à peu,
après avoir été encouragée à sortir ses émotions à travers des jeux et des
dessins, elle a pu parler de violence, de scènes liées à la sexualité
(femmes dénudées, scènes de déshabillage), de la séduction qu’utilise son
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père en lui faisant des cadeaux inappropriés pour son âge (bijoux,
maquillage). Par les images qu’elle choisissait, elle manifestait des
préoccupations de préadolescente; elle était également axée sur des
images de "dessous froufroutants". Elle choisissait des sujets érotiques.
Selon son expérience, cette enfant a dû en particulier voir des choses (cf.
jugement attaqué p. 25).
M.________ psychologue et art-thérapeute qui a suivi
B.L., a déclaré aux débats que l’enfant parlait très peu de ses
émotions et présentait en ce sens une dissociation caractéristique des
enfants abusés. Au fil du temps, elle est parvenue à exprimer, par le biais
de dessins, de la violence entre un homme et une femme et la détresse
d’une petite fille qui crie. Invitée à exprimer par des couleurs les émotions
qu’elle ressentait par rapport au corps, elle a peint d’immenses mains en
rouge, exprimant la partie du corps sur laquelle elle est en colère. Elle a
enfin exprimé: "Il se passe des choses, je suis triste et fâchée". L’enfant
présentait en outre la particularité typique des enfants abusés de ne pas
savoir où sont les limites. Dans le rapport adressé le 27 août 2008 à la
Juge d’instruction, la responsable de [...] a relevé: "Le travail a consisté
non seulement à aider B.L. à exprimer ses sentiments de tristesse
et de colère, mais également à repérer ce qui n’est pas adéquat. Nous
pensons que B.L.________ a encore besoin d’un soutien tant éducatif que
psychologique." (cf. p. 25 du jugement).
f) S’agissant des pratiques sexuelle de l’accusé, le rapport de
police établi par l’enquêteur le 11 mars 2008 relève que A.L.________
n’entretient plus de relations sexuelles avec son épouse depuis plusieurs
années. Selon lui, il assouvit ses pulsions sexuelles en se masturbant ou
en fréquentant occasionnellement des prostituées, ce qu’il n’était plus en
mesure de faire lorsqu’il avait épuisé ses économies. Il consulte aussi de la
pornographie sur Internet, et il lui est arrivé de se masturber à cette
occasion. L’examen de son PC a révélé de nombreuses images mettant en
scène des travestis. Il a reconnu avoir un certain intérêt pour ce genre de
clichés, tout en déclarant ne jamais être allé plus loin, se définissant
comme clairement hétérosexuel. Par ailleurs, l’accusé porte et
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collectionne des strings - qu’il commande au rayon femmes à F.________ en
particulier- mais refuse d’admettre que ces vêtements font partie de son
univers sexuel. Pour lui, le string est simplement plus confortable à porter.
Contrairement aux allégations de sa femme, il a nié se promener dans
l’appartement devant sa fille, vêtu d’un seul string. Il résulte aussi de
l’audition de l’épouse de l’accusé qu’elle l’a parfois vu se toucher le sexe
ou regarder des films pornographiques durant la nuit au salon, sans
prendre de précautions particulières par rapport à l’arrivée éventuelle de
leur fille.
Au sujet des relations que l’accusé entretenait avec
B.L., l'épouse de l'accusé a déclaré qu’il était très proche d’elle et
lui faisait parfois des bisous sur la bouche, pratique qu’elle ne cautionnait
pas. A cet égard, l’accusé a précisé qu’il s’agissait d’une habitude anglo-
saxonne, que la mère de B.L. avait aussi, étant rappelé que le [...]
était une colonie britannique. Il a admis qu’il lui arrivait parfois de le faire,
ou de passer sa main sous le t-shirt de sa fille pour la calmer, mais "sans
la moindre connotation sexuelle", et a ajouté qu’il ne la touchait jamais
entre les jambes, qu’il n’était pas un pervers.
L’épouse de l’accusé a également raconté qu’à une occasion,
elle avait trouvé dans la boîte à gants de la voiture de son mari, où elle
cherchait des bonbons pour sa fille, une photo de cette dernière nue.
L'accusé avait alors essayé de l’empêcher d’ouvrir la boîte, en précisant
que c’était ses affaires. Ils s’étaient disputés à ce propos. Cette photo
montre l’enfant âgée de 4 ou 5 ans, assise nue dans un baquet sur un
balcon protégé de la vue de tiers. L'épouse de l'accusé a déclaré avoir
d’autres photos de sa fille à domicile, prises par son mari, et qu’elle
n’aimait pas ça. Celles qu’elle a remises au tribunal après son audition
montrent la petite fille habillée et ne révèlent rien de particulier. L'épouse
de l'intéressé a aussi produit le DVD de James Bond que son mari avait
offert à leur fille et qu’elle réprouvait.
Selon C.L., B.L. aime son père. Toutefois, elle
l’a entendue une fois faire un cauchemar à la maison, durant la nuit, et
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crier: "Papa, arrête, papa arrête!". L’enfant était dans son propre lit et son
père n’était pas auprès d’elle.
g) La mère de l’accusé, qui n’a pu être entendue par le
tribunal en raison de problèmes de santé, avait déclaré à la police que son
fils avait commencé à avoir des problèmes d’alcoolisme lors de son séjour
au [...] et qu'ensuite, la relation avec son épouse n’avait jamais cessé de
dégénérer. Régulièrement, depuis qu’ils étaient en Suisse, son fils lui
téléphonait pour lui dire que sa femme était sortie et qu’il devait s’occuper
seul de B.L.. Par ailleurs, il disait également que B.L.
peinait à dormir la nuit et qu’elle allait les rejoindre dans leur lit.
Concernant les comportements et gestes à connotation sexuelle adoptés
par sa petite fille, la grand-mère a déclaré ne rien avoir observé de tel.
Toutefois, B.L.________ lui avait dit savoir comment les gens faisaient
l’amour, car elle l’avait vu à la télévision. Elle n’avait pas donné plus de
détails à ce sujet. Une autre fois; elle lui avait dit : "Regarde, Maman fait
comme ça" en se frottant le sexe avec la main, sans toutefois se souvenir
de ce qu’elle voulait dire par là. Selon la mère de B.L., elle lui avait
ainsi montré comment faire sa toilette intime.
h) Concernant ses activités et ses fréquentations, C.L.
a toujours contesté s’adonner à la prostitution. Elle a déclaré n’avoir
jamais reçu d’autres hommes que son mari à son domicile, que sa fille
n’avait pas été en contact avec des hommes en Allemagne et qu’elle
n’avait jamais été confiée à
un autre homme que son père A.L.. Le Tribunal a donc retenu que
tout portait à considérer que "la modification de l’hymen de B.L.
compatible avec une pénétration" était imputable à l’accusé (cf. le
jugement p. 28).
I) Lors de son audience du 15 juin 2009, le Tribunal a ordonné
la mise en oeuvre d’une expertise psychiatrique de A.L.________ et a
interrompu les débats à cet effet. Le département de psychiatrie du
Z.________ a déposé son rapport le 15 mars 2010, dont il résulte en
substance ce qui suit:
-
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"(...)
Discussion
Au terme de notre investigation, nous pouvons conclure que
l’expertisé présente un trouble de la personnalité de type
narcissique et souffre d’une dépendance à l’alcool. Le trouble de la
personnalité narcissique se caractérise par une tendance rigidement
répétitive au besoin d’être admiré et au manque d’empathie, qui est
la capacité à reconnaître les sentiments d’autrui. Les relations
sociales sont avant tout centrées sur la recherche d’admiration et le
profit personnel. Il se caractérise également par une estime de soi à
la fois élevée et fragile. En cas de refus, de critique ou d’accusation,
en bref, en cas d’atteinte à l’estime de soi, afin de préserver
l’équilibre précaire, il y a fréquemment recours à des
réarrangements de la réalité et à une combativité visant à
discréditer l’auteur de la rebuffade.
L’origine du trouble de la personnalité se trouve dans la rencontre
de traits de caractères constitutionnels de la personne avec des
éléments environnementaux de son enfance. Celle-ci fut marquée,
chez l’expertisé, par l’absence de frères et soeurs, des exigences
parentales élevées, l’abandon que son père lui a fait vivre à l’âge de
4 ans; le besoin de soutien logopédique qui y a fait suite, et les
moqueries répétitives des autres enfants à l’école. Déjà solitaire de
caractère, l’expertisé a dès lors peu investi les relations sociales,
bien qu’il ait pu être régulièrement en contact avec autrui en
fonction de ses besoins personnels. L’expertisé semble avoir tenté
de compenser les difficultés de cette enfance, bien qu’il s’en
défende, par l’apprentissage des arts martiaux ainsi que par un
grand investissement dans ses études puis son travail où il a
rencontré du succès et une progression rapide pendant les
premières années. C’est dans le cadre de son mariage que le trouble
de la personnalité de l’expertisé s’est exprimé de manière plus
importante, par de violents conflits de couple. Dans le contexte
d’une progressive augmentation de ses consommations d’alcool,
l’origine de ces conflits semble être au départ le sentiment de non
respect et de trahison qu’auraient suscité chez l’expertisé les
absences répétées de son épouse. Au fil du temps, avec la
régularisation des consommations, l’alcool a été un facteur
supplémentaire de fragilisation de l’expertisé, en diminuant d’autant
le contrôle de ses impulsions, comme en témoignent par exemple
ses réactions, lorsque sa femme demande très concrètement le
divorce; il tente de se suicider, puis le regrette immédiatement en
appelant à l’aide et son humeur se restaure très rapidement.
Ensuite, séparé sa femme, sans travail ni logement, il entre dans
une phase de régression avec un séjour à l’hôpital pour un sevrage,
puis en institution alcoologique. A ce propos, on note dans son
discours actuel un réarrangement (...) de celle période de
régression, afin de préserver son estime de lui-même; il estime qu’il
est resté une année dans cette institution sans avoir le moindre
besoin d’y être, car, selon ses dires, il y avait bien un problème
d’alcool léger, mais il pouvait s’en sortir seul. Cette régression nous
paraît s’inscrire dans le cadre de la décompensation du trouble de la
personnalité de l’expertisé suite à la rupture conjugale et à son
inscription dans la réalité. Les accusations contre A.L.________
concernant sa fille portent sur des faits qui se seraient déroulés
durant cette période que nous avons qualifiée de régressive. Ainsi, il
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nous apparaît que si ces actes devaient être reconnus par le
Tribunal, ils seraient davantage à mettre en lien avec cette
dynamique de régression psychique qu’avec une problématique
pédophilique constituée, que notre investigation sur la base des
éléments à notre disposition, ne permet pas de diagnostiquer en
l’état.
Existence d’un trouble mental
A.L.________ présente un trouble de la personnalité de type
narcissique. Son tableau clinique est la répétition de schémas
relationnels rigides marqués notamment par le besoin d’être admiré
et le manque d’empathie. Ce type de trouble est susceptible de
favoriser la survenue de difficultés relationnelles et professionnelles,
de même que la survenue d’un alcoolisme secondaire ce qui est le
cas chez A.L.. Cette problématique éthylique peut être
considérée comme sévère chez l’expertisé.
Responsabilité
En raison de la présence d’un syndrome de dépendance à l’alcool
chez cet expertisé présentant un trouble de la personnalité
narcissique, nous pouvons considérer qu'une légère diminution de
sa responsabilité pénale devrait être envisagée pour les faits de
violence conjugale. Pour les faits concernant sa fille, la capacité
volitive de l’expertisé a également pu être diminuée, d’une manière
légère, lorsqu’il était sous l’emprise de l’alcool.
Risque de récidive
Selon notre appréciation, le risque que l’expertisé récidive
concernant les faits de violence physique à l’encontre de son épouse
est faible en dehors d’une situation de vie de couple. Ce risque est
plus élevé dans le cadre de relations affectives et nettement majoré
en cas de persistance d’alcoolisation dans une telle situation.
Concernant les faits d’abus sexuel et viol sur les enfants, si le
Tribunal vient à reconnaître les faits qui sont reprochés à l'expertisé,
le risque de récidive serait selon nous moyen concernant sa fille, et
faible concernant des enfants inconnus, en raison des
caractéristiques de son fonctionnement.
(...)
Traitement des troubles mentaux
L’expertisé souffre d’une dépendance à l’alcool qui est à mettre en
lien avec les actes qui lui sont reprochés en raison d’un abaissement
de la capacité volitive de l’expertisé sous l’effet de la substance. Les
traitements permettant une diminution des consommations peuvent
contribuer à abaisser le risque de récidive. Cette prise en charge
pourrait, selon nous, intégrer des aspects thérapeutiques en lien
avec le trouble de la personnalité de l’expertisé, que celui-ci peine à
reconnaître à l’heure actuelle. L’expertisé a fait des démarches
volontaires ambulatoires et institutionnelles. Il compte poursuivre sa
thérapie auprès du service d'alcoologie du Z., thérapie qu’il
investit. La poursuite de ce traitement, notamment ambulatoire,
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17 -
paraît indiquée. L’application d’un tel traitement ou ses chances de
succès ne serait pas notablement amoindris par l’exécution d’une
peine privative de liberté."
III. Les frais de deuxième instance, y compris l'indemnité allouée
au défenseur d'office du recourant, par 880 fr. et celle allouée
au conseil d'office de B.L.B.L., par 581 fr. 05,
sont laissés à la charge de l'Etat.
IV. L'arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du 7 septembre 2010
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué au
recourant et aux autres intéressés.
La greffière :
Du