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TRIBUNAL CANTONAL
AI 148/11 - 132/2012
ZD11.019225
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. J O M I N I
Juges:MmesThalmann et Röthenbacher
Greffier :M. Germond
Cause pendante entre :
V.________, à Valeyres-sous-Montagny, recourant, représenté par Me
Caroline Ledermann, avocate à Procap, Service juridique, à Bienne,
et
OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITÉ POUR LE CANTON DE VAUD, à
Vevey, intimé.
Art. 53 al. 2 LPGA
Monsieur V.________ présente, comme effet secondaire de
l'Interféron, une aggravation de ses problèmes psychiques, en
particulier des troubles de l'attention et une tendance à la
dépression. Il est suivi parallèlement par son psychiatre, le Dr
R.________ à [...]. En raison de ses problèmes médicaux, il est donc
actuellement en arrêt de travail à 100%. Je vous adresse également
la note du médecin cantonal à son sujet.
Il m'est donc difficile de faire un pronostic de cette affection
médicale évoluant maintenant depuis une douzaine d'années et
nécessitant un traitement continu. Comme vous le savez, il existe
des risques de transformation en leucose aiguë ou en myélofibrose.
Pour le moment, la situation est stabilisée par le traitement.
Du point de vue psychiatrique, Monsieur V.________ est sous
traitement également continu à mon avis, il ne peut, dans l'état
actuel des choses, pas reprendre d'activité professionnelle."
Par décisions des 15 avril/23 mai 2005, l’OAI a octroyé à
l’assuré une demi-rente d’invalidité à partir du 1
er
octobre 2001, puis, dès
le 1
er
septembre 2003, à la suite d'une aggravation de l’état de santé, une
rente entière.
B. L’OAl a introduit en mars 2006 une procédure de révision.
Dans ce cadre, elle a fait établir deux expertises médicales, par des
experts indépendants au sens de l’art. 44 LPGA (loi fédérale du 6 octobre
2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales, RS 830.1). La
première a été effectuée par le Dr X., spécialiste en médecine
interne (rapport du 14 mars 2007), et la seconde par le Dr A.D.,
spécialiste en psychiatrie (rapport du 12 décembre 2007).
Le Dr L., du SMR, a donné le 12 mai 2009 l’avis
médical suivant, sur la base des deux expertises:
"Le Dr A.D. a pris en compte l’expertise du Dr W.________ en
page 2 de son texte d’expertise. L’expert A.D.________ précise en
page 8 et 9 les raisons pour lesquelles il s’écarte des conclusions du
Dr W., expertise de 2005. L’hypothèse du trouble bipolaire
est balayée. Il restait donc un épisode dépressif en rémission
partielle d’intensité mineure et des antécédents de trouble panique.
Un épisode dépressif en rémission partielle et d’intensité mineure ne
saurait justifier une quelconque incapacité de travail durable. En
page 7 et 8 de l'expertise W. il est écrit: «il va au fitness 2 à
-
5 -
Relevons que les expertises des Drs X.________ et A.D.________
remplissent toutes les conditions posées par la jurisprudence pour
admettre la valeur probante d’un rapport médical. Soulignons
notamment que les experts reprennent tous les autres avis
médicaux au dossier et se positionnent par rapport à chacun d’eux,
expliquant précisément les raisons pour lesquelles il s’en écarte le
cas échéant. De ce point de vue, nous n’avons donc aucune raison
de nous écarter de leurs conclusions."
D. Après la communication de ce préavis, V.________ a adressé
ses objections à l’OAl. Son médecin traitant, le Dr N.________ (alors
hématologue consultant aux Etablissements hospitaliers du [...]) a envoyé
le rapport suivant:
"En tant qu'hématologue, je suis le patient susnommé depuis de
nombreuses années pour sa maladie de Vaquez. Le diagnostic initial
date en effet de 1994 et l'évolution a été marquée dans un premier
temps par des problèmes thrombotiques (sous-clavière et jugulaire
G) ainsi qu'un probable hématome sous-capsulaire de la rate. Les
traitements ont été permanents depuis cette date, sous forme de
saignées lorsque les valeurs d'Hb dépassaient les valeurs
acceptables, complétés par un traitement d'hydroxyurée (Litalir) à
des doses variables (6 à 8 g/sem.) entraînant malheureusement de
nombreux effets secondaires en particulier digestifs, cutanés et un
malaise général ainsi qu'une asthénie. Les effets indésirables
persistent 1 à 2 jours après la prise de ces médicaments.
Globalement, le patient est dans un état «acceptable» 2 à 3
jours/sem. Après réflexion, et en tenant compte d'une fragilité
psychique bien décrite chez Monsieur V.________, nous avons tenté
d'introduire un traitement d'Interféron qu'il a courageusement
poursuivi pendant environ deux ans et qui amène une certaine
stabilisation de la situation hématologique permettant de diminuer
un peu les doses de Litalir. Par contre, les effets secondaires étaient
malheureusement marqués avec, en particulier, de la fièvre, des
difficultés de concentration et une irritabilité. Un soutien
psychiatrique a été nécessaire.
Plus récemment, et au vu de la persistance d’une polycythémie
marquée, nous avons opté pour faire un essai d’une année par
Interféron pégylé en espérant avoir moins d'effets secondaires tout
en gardant un certain bénéfice sur le problème hématologique
comme décrit récemment dans la littérature. Chez notre patient, les
effets secondaires sont malheureusement toujours très importants
et persistent pratiquement toute la semaine qui suit l'injection
hebdomadaire. Il signale toujours des problèmes de concentration,
des phénomènes de tension psychique et une tendance à la
dépression. Du point de vue hématologique, nous avons dû encore
effectuer plusieurs saignées récemment pour tenter de maintenir un
taux d'Hb à moins de 180 g/l. avec un Ht qui est malheureusement
toujours > 56%. On note également une nette tendance à la
leucocytose et surtout à la thrombocytose (700 G/L. après la saignée
de janvier). Il existe bien sûr une carence en fer avec des ferritines à
moins de 20 μg/l.
-
6 -
Dans ces conditions et en tenant compte uniquement du problème
hématologique, je peux attester que la maladie de Vaquez de
Monsieur V.________ est toujours mal contrôlée, nécessitant un
traitement double de Litalir et d'Interféron. Ce traitement entraîne
malheureusement des effets secondaires plus importants et
tenaces. Ces effets indésirables interférent négativement avec la
qualité de vie du patient et à mon avis, rendent illusoire toute
reprise d'une activité professionnelle.
La situation est encore compliquée par la problématique
psychiatrique qui est toujours latente et susceptible d'être encore
aggravée par les effets secondaires de l'Interféron.
Malheureusement, comme vous le savez, il n'existe actuellement
pas d'autre traitement efficace dans cette polycythémie.
Dans ces conditions et en tant que médecin hématologue qui suit ce
patient depuis de nombreuses années, j'estime qu'une incapacité de
travail à plus de 70 % est justifiée. Je vois mal en effet comment
Monsieur V.________ pourrait, dans l'état actuel des choses,
reprendre une activité même à temps partiel."
Invité par le SMR à donner des renseignements
complémentaires, le Dr N.________ a écrit ceci le 21 mai 2010:
"En réponse à votre demande de renseignements complémentaires
concernant mon patient susnommé, je vous rappelle qu'il est traité
depuis environ 15 ans pour une maladie de Vaquez. Le traitement
d'hydroxycarbamide (Litalir) a été instauré rapidement après le
diagnostic et poursuivi tout au cours de ces années à des doses
variables selon l'évolution hématologique (contrôle de la formule
sanguine environ 1 x/mois), et également en fonction des effets
secondaires, en particulier cutanés.
Comme vous le savez, nous avons tenté en 2004-2005, un
traitement d'Interféron alpha qui a semble-t-il permis de diminuer
les doses nécessaires de Litalir (entre 5 et 6 g/semaine depuis
plusieurs années). En fonction des effets secondaires marqués de
l'Interféron, en particulier neuro-psychologiques, nous avons été
contraints de stopper ce traitement. La situation était stable en 2006
lors de mon dernier rapport (4.5.2006) avec une Hb aux alentours de
180 à 190 g/l, une discrète leucocytose entre 12 et 15 G/l et une
thrombocytose aux alentours des 500 G/l. Malheureusement,
l'augmentation des doses de Litalir a été rendue nécessaire par un
Ht >50%, et les effets secondaires liés à ce traitement étaient plus
marqués avec surtout une intolérance cutanée, des troubles de la
concentration, un malaise général et une inappétence. Compte tenu
de ces difficultés à tolérer le Litalir, et après accord de l'assurance,
nous avons réintroduit de l'Interféron sous forme pégylée (août
-
7 -
chute de la ferritine et d'une augmentation des plaquettes
secondaire à la carence en fer...Parallèlement à l'Interféron (qui est
actuellement en cours), le patient prend encore entre 6 et 7 g par
semaine d'hydroxyurée. Lors du dernier contrôle effectué le
12.5.2010, l'Hb était mesurée à 177 g/l (166 en avril), les leucocytes
à 15 G/l et les plaquettes à 730 G/l. Comme vous le voyez, sa
polyglobulie persiste malgré 7 g/semaine de Litalir et malgré
l'injection d'Interféron pégylé."
Dans un avis médical du 28 juin 2010, le Dr L., du SMR,
a estimé que les rapports du Dr N. n’établissaient aucune
aggravation durable de l’état de santé somatique de l’assuré, et que la
capacité de travail exigible avait été évaluée correctement, de ce point de
vue, par l’expert Dr X..
E. Le 20 avril 2011, l’OAl a rendu une décision formelle de
reconsidération de sa décision de 2005, de sorte qu’il était reconnu à
l’assuré le droit à une demi- rente, au lieu d’une rente entière, à partir du
1
er
juin 2011.
F. Le 23 mai 2011, V. a déposé un recours contre la
décision de l’OAl du 20 avril 2011. Il demande, principalement, au Tribunal
cantonal de constater qu’il continue à avoir droit à une rente entière
d’invalidité.
Le recourant a ensuite déposé un avis médical du Dr
N., du 26 mai 2011. Cet avis contient les passages suivants:
"[...] Le diagnostic de polycythémie ou maladie de Vaquez a été
donc évoqué puis confirmé plusieurs années plus tard lorsqu’un test
biologique spécifique a été disponible (mutation acquise du gêne
JAK2, mutation qui est présente chez notre patient, comme c’est le
cas dans plus de 90 % des maladies de Vaquez).
Un traitement classique a été introduit par de l’Hydroxyurée (Litalir),
combiné à des saignées pour tenter de maîtriser les taux très élevés
d’hémoglobine et d'hématocrite. En effet, cette maladie avait
initialement un mauvais pronostic en raison des problèmes
d’hyperviscosité sanguine, liée à Ia polyglobulie. Avec les
traitements modernes, et même si malheureusement on ne peut pas
être curatif, les survies prolongées sont possibles. Les doses de
Litalir nécessaires doivent être adaptées à la situation
hématologique du patient et à sa tolérance. Dans le cas de M.
V., malheureusement, la tolérance à cette substance a été
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8 -
médiocre avec, en particulier, des troubles gastro-intestinaux, une
fatigue, des troubles de la concentration ainsi que des problèmes
cutanés. L'évolution a été tant bien que mal stabilisée avec ce
traitement, jusqu’au moment où le patient a présenté une
complication thrombotique de la veine jugulaire G, accompagnée
également d’une hémorragie menaçante sous capsulaire de la rate;
cette situation était très inconfortable et il avait été brièvement
hospitalisé au [...] où ces diagnostics ont été confirmés et finalement
nous avions heureusement pu renoncer à une splénectomie. En
raison de ces complications, nous avions dû augmenter les doses de
Litalir (doublées en 2000 et même triplées en 2001) avec un
traitement de 5 jours par semaine, très pénible et grevé de
nombreux effets secondaires qui ont certainement contribué à la
dégradation de la situation professionnelle de M. V.________ et
précipité la fin de son activité à l’Ecole d’Ingénieurs (épuisement
physique et psychique).
Par la suite, j'ai tenté à plusieurs reprises et comme on le fait
actuellement, un traitement combiné de Litalir associé à l'Interféron.
Ce traitement s’administre par voie sous-cutanée et est grevé de
nombreux effets secondaires que Monsieur V.________ a éprouvés
malheureusement durant toutes ces années de traitement. En effet,
les injections d’Interféron entraînent un état grippal et fébrile ainsi
qu’un malaise intense qui peut durer des heures et, surtout, des
phénomènes neuropsychologiques avec état dépressif et troubles de
la concentration.
Une pathologie psychiatrique associée constitue une contre-
indication relative à ce traitement mais chez Monsieur V.________ et,
malgré ces risques, nous avions des arguments pour tenter
l’interféron, en particulier le fait que cette substance semble être
moins inductrice de leucémie, comme c’est le cas pour d’autres
traitements de cette maladie. Comme vous le savez la maladie de
Vaquez est un syndrome myéloprolifératif, donc une maladie
maligne de la moelle osseuse, qui n’est actuellement pas
guérissable.
Des traitements plus spécifiques et ciblés sont en cours d’évaluation
mais pas disponibles actuellement. Si le traitement est bien conduit,
on peut espérer une rémission avec de longues survies mais l’on
n’est pas à l’abri de complications, en particulier d’une myélofibrose
(fibrose de la moelle osseuse, qui s’accompagne souvent d’une
importante splénomégalie, d’une anémie et d’une thrombopénie).
L’autre complication classique, heureusement relativement rare, est
l’induction de leucémies aigues, rapidement fatale. Dans ces
conditions, en pesant bien le pour et le contre et en accord avec
Monsieur V.________, nous avions proposé ce traitement d’Interféron
qu’il a effectué péniblement mais de manière finalement assez
assidue pendant plusieurs années. Actuellement, il poursuit le
traitement d’Interféron sous une forme pégylée (longue action)
associé toujours au même traitement de Litalir, dont nous avons pu
diminuer discrètement les doses. Les effets secondaires de ce
traitement combiné sont toujours mal vécus par le malade et
semblent se manifester essentiellement par une fatigue, des
troubles de la concentration et une irritabilité.
-
9 -
En réponse à la première question et au plan strictement somatique,
je pense que les effets secondaires neuropsychologiques et
psychiatriques de ce traitement participent au caractère invalidant
de l’atteinte somatique. De plus, le patient est parfaitement au
courant des enjeux de sa maladie hématologique et il sait que,
d’une certaine façon, il est en sursis. Malheureusement, toujours du
point de vue hématologique, je n’ai pas à l’heure actuelle d’autre
alternative que de poursuivre ce traitement, puisque dès que nous
tentons une diminution ou une suspension du médicament, la
pathologie hématologique se manifeste à nouveau sous forme d’une
très importante polyglobulie (augmentation nette de l’hématocrite)
et des globules blancs ainsi que des plaquettes, constellation
hématologique très défavorable puisqu’entraînant un risque élevé
de complications thrombo-emboliques et éventuellement
hémorragiques. Dans ces conditions, ce traitement médicamenteux
par Interféron devra être poursuivi jusqu’au moment où nous
pourrons disposer d’un traitement plus ciblé et éventuellement
moins chargé en effets secondaires (?). Je considère donc qu’une
grande partie des plaintes décrites par le patient ont pu, tout au
long de ces années, perturber son fonctionnement psychique. Je ne
peux cependant pas me prononcer sur la pathologie purement
psychiatrique de Monsieur V., n’étant moi-même pas
psychiatre. Je sais qu’un traitement à visée psychiatrique a été mis
en place, qui me semble nécessaire pour permettre la poursuite du
traitement somatique.
[...]
Concernant l’expertise du Dr X. datant de mars 2007, je
confirme que, pour la page 11, la recherche de mutations V617F de
la protéine kinase JAK2 est positive chez Monsieur V.. Ceci
confirme donc le diagnostic de polycythémie vraie.
Concernant le traitement actuel; depuis 2007, j’ai donc dû reprendre
un traitement d’Interféron, compte tenu de la relative inefficacité du
Litalir à dose moyenne. Ce traitement double, combiné, est encore
en cours actuellement avec nécessité d’effectuer 2 à 3 saignées par
année pour maintenir un taux d’hémoglobine et d’hématocrite
acceptable (limite supérieure des valeurs normales et parfois même
encore un peu élevées). Les effets secondaires décrits par le patient
dans cette expertise persistent, surtout les états grippaux et la
fatigue avec irritabilité. Il s’agit donc effectivement d’un caractère
subjectivement handicapant des effets secondaires, difficilement
quantifiables pour nous mais qui ont certainement contribué à
réduire la qualité de vie du patient ainsi que sa capacité
professionnelle.
L’influence des troubles sur l’activité me semble être plus
importante que l’incapacité durable de travail de l’ordre de 50 %,
décrite par l’expert sous chiffre 2.2. En effet, je vois difficilement
Monsieur V. reprendre une activité d’enseignant, même à
temps partiel, compte tenu de sa maladie chronique, des effets
secondaires du traitement et de la nécessité de poursuite de ce
traitement au long cours.
Concernant l’expertise psychiatrique du Dr A.D.________ de 2007, je
ne peux malheureusement pas me prononcer sur l’évaluation du
degré d’incapacité au plan psychique.
-
10 -
Je pense cependant que le traitement actuel d’lnterféron, avec ses
effets secondaires bien connus et en particulier
neuropsychologiques, risque de faire encore diminuer sa capacité
«fonctionnelle» et augmente bien évidemment les risques d’une
dégradation de la situation psychologique et psychiatrique. Un suivi
psychiatrique me semble donc indispensable.
Les interférences entre les problèmes somatiques et psychiques
présentés par ce patient contribuent à la complexité de ce cas. Pour
ma part, ayant vu Monsieur V.________ depuis de nombreuses
années et souvent dans une situation délicate générant beaucoup
d’angoisses mais supportée avec beaucoup de courage, je regrette
de ne jamais avoir été contacté par son psychiatre. Je suis heureux
de voir que le patient a pris sur lui d’envisager des démarches pour
clarifier la situation et reste bien évidemment volontiers à
disposition si vous désirez d’autres informations."
L’Office Al a déposé sa réponse le 8 août 2011. Il déclare s’en
remettre à justice, au vu d’un nouvel avis du SMR (Dr L.), du 14
juillet 2011, ainsi libellé:
"L’assuré souffre d'une maladie de Vaquez CIM-10 D45
diagnostiquée en 1994, soit à l’âge de 33 ans. Il s’agit d’un
syndrome prolifératif de la moelle osseuse portant de façon
dominante sur la lignée érythroblastique mais avec une
participation, à des degrés variables, des autres lignées myéloïdes
(lignées granulocytaires et plaquettaires). L’incidence est de l’ordre
de 10 nouveaux cas par million d’habitants et par an. La survie à 5
ans de la maladie de Vaquez a été évaluée à 83 %.
Dans le cas de cet assuré, la réponse aux traitements mis en place
est partielle et ceux-ci s’accompagnent d’effets secondaires non
négligeables.
Dans un rapport d’examen du 18.02.2005, le SMR reconnaissait une
capacité de travail limitée à 30% pour des raisons somatiques et
psychiatriques. Sans qu’il n’y ait eu d’amélioration de l’état de santé
de l’assuré, le médecin SMR qui avait instruit initialement le dossier
et suivi le Dr W. dans son appréciation en 2005, a mis en
place durant une procédure de révision une expertise de médecine
interne auprès du Dr X.________ en mars 2007 alors que le rapport
médical du 4 mai 2006 du Dr N.________ retenait un état de santé
stationnaire et que cet hématologue écrivait: «Je pense que son
activité professionnelle initiale n’est plus exigible». Ce qui n’a donc
pas été pris en compte par le médecin SMR dans son avis du
24.11.2006, bien au contraire.
En page 7 de son rapport d’expertise, le Dr X.________ décrivait un
traitement associant le Litalir® (hydroxycarbamide) 3 fois par
semaine à de l’interféron injecté 3 fois par semaine soit un jour sur
deux. Les effets secondaires du traitement décrits par l’assuré et
retenus par l’expert (pages 7 & 8 et pages 12 & 13) sont un
syndrome grippal, un état fébrile éventuel, des frissons, des
nausées, une fatigue, la sensation d’être assommé et un sentiment
-
11 -
de gueule de bois le lendemain. Le traitement étant délivré un jour
sur deux, les empêchements semblent donc s’étaler sur 3 jours de la
semaine. C’est pour ces raisons sans doute que le médecin-chef
adjoint du SMR avait déjà estimé en 2006 que l’atteinte somatique
était invalidante (avis SMR du 24.11.2006 dernier §). Le médecin de
dossier de l’époque passant outre avait décidé de la mise en place
d’une expertise de médecine interne qui n’a démontré aucune
amélioration somatique depuis la décision initiale de 2005.
De mon point de vue, même si le Dr X.________ expose les raisons
qui l’ont conduit à fixer une exigibilité différente de celle du Dr
N., il n’explique pas pourquoi il s’écarte de l'appréciation du
Dr N.. II ne retient en aucun cas une atteinte à la santé
significativement plus légère: le diagnostic influençant la capacité de
travail est le même. Ces deux médecins n'étant pas en désaccord
sur la nature de l’affection et le SMR n’ayant pas justifié dans son
avis du 08.06.2007 les raisons pour lesquelles il se rangeait à l’avis
du Dr X.________ plutôt qu’à celui du Dr N., il ne s’agit donc
que de l’appréciation différente d’une situation similaire. Il aurait
fallu à l’époque demander à l’expert de préciser avec souci du détail
les raisons qui le conduisait à s’écarter de l’appréciation de
l’hématologue traitant (04.05.2006), ce qui n’a pas été fait.
Puis, le volet psychiatrique du dossier avait été approfondi par
l’expertise A.D. de décembre 2007 qui est convaincante. Les
troubles psychiques retenus par le Dr A.D.________ sont dus à
l’affection somatique, présents depuis octobre 2000. Notons que
l’expert décrit en page 7 le traitement d’hydroxycarbamide et
d'interféron au rythme d’un jour sur deux et note dans le status en
page 7: «présence d’une fatigabilité importante après 2 heures
d’entretien, se manifestant par une baisse de l’attention, une
augmentation de la latence des réponses aux questions ainsi que de
l’aptitude à penser». Je rappelle que l’assuré est professeur
enseignant à l’école d’ingénieur d’ [...] et que son employeur
rapporte un horaire de travail de 42h30 par semaine depuis 1993.
L’exigibilité est à traduire en termes de métier par des spécialistes
en réadaptation.
Dans la procédure de recours le Dr N., médecine interne
FMH et hématologie FMH, fournit un certificat du 26 mai 2011 précis
et circonstancié, comme le sont d’ailleurs ses certificats précédents,
qui motivent clairement son appréciation de la capacité de travail et
qui ne retiennent aucune amélioration de l’état de santé, ni
diminution des empêchements secondaires à la maladie et/ou à son
traitement depuis la décision initiale de 2005. Relevons que le
dernier RM [rapport médical] du Dr N. [le] 8 juillet 2004
avant la décision Al de 2005 retenait déjà une IT de 100% au motif
de l’atteinte somatique et de l’aggravation des problèmes
psychiques, en particulier des troubles de l’attention et une
tendance à la dépression ce que le Dr A.D.________ considère comme
un trouble mental dû à une affection physique F06.9.
La qualité des rapports du Dr N.________, dont le dernier en date du
26 mai 2011 est précis, fouillé et circonstancié, fait qu’il n’y a pas de
pièces médicales dans ce dossier qui me permettent maintenant de
m’écarter de son appréciation d’un point de vue médico-
assécurologique.
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J’estime donc que ces pièces, et plus particulièrement le RM du 26
mai 2011, remettent en cause notre position et qu’il n’y a pas
finalement dans ce dossier de raison de s’écarter de l’appréciation
du médecin traitant émise déjà clairement dans son rapport du 8
juillet 2004 et chiffrant maintenant à plus de 70% l’incapacité de
travail (courrier du 11.02.2010).
D’un point de vue médico-assécurologique neutre et indépendant, la
capacité de travail uniquement d’un point de vue somatique n’a
jamais dépassé 30% depuis juillet 2004 (le rapport d’examen SMR
du 18 février 2005 retenant comme atteinte principale à la santé un
diagnostic psychiatrique et un diagnostic somatique et une IT de
70% depuis octobre 2000)."
Dans ses déterminations du 30 août 2011, le recourant fait
valoir que ce dernier avis du SMR confirme "l'entière valeur probante des
indications et conclusions du Dr N.________", et que par conséquent le
recours doit être intégralement admis.
Le 21 septembre 2011, l’OAl a indiqué qu’il n’avait rien à
ajouter.
E n d r o i t :
1.Les dispositions de la LPGA (loi fédérale du 6 octobre 2000 sur
la partie générale du droit des assurances sociales, RS 830.1) s’appliquent
à l’Al (art. 1 LAI [loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité, RS
831.20]). Les décisions sur opposition et celles contre lesquelles la voie de
l’opposition n’est pas ouverte sont sujettes à recours auprès du tribunal
des assurances compétent (art. 58 LPGA). Le recours doit être déposé
dans les trente jours suivant la notification de la décision sujette à recours
(art. 60 al. 1 LPGA).
En l’espèce, le recours, dirigé contre une décision de réduction
de rente ne pouvant pas faire l’objet d’une opposition (art. 69 al. 1 let. a
LAI), a été interjeté en temps utile auprès du tribunal compétent.
Respectant les autres conditions de forme prévues par la loi (art. 61 let. b
LPGA notamment), il est recevable et il y a lieu d’entrer en matière.
-
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