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TRIBUNAL CANTONAL
AA 143/07 - 86/2010
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. J O M I N I
Juges:Mme Thalmann et M. Gerber, juge suppléant
Greffier :MmeParel
Cause pendante entre :
V.________, à Lausanne, recourant, représenté par Me Gilles Monnier, avocat
à Lausanne
et
CAISSE NATIONALE SUISSE EN CAS D'ACCIDENTS, Division juridique,
à Lucerne, intimée, représentée par Me Olivier Derivaz, avocat à Monthey
Art. 6 al. 1, 19 al. 1 LAA; 16 LPGA
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2 -
E n f a i t :
A.V., né le 20 juin 1948, de nationalité italienne,
travaillait comme employé de chaufferie à la centrale thermique de la [...]
depuis le 14 mai 2001 et était à ce titre assuré auprès de la Caisse
nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (ci-après : CNA). Le 19 mai
2004, alors qu'il nettoyait les angles de la fosse à déchets avec une longue
barre de fer, celle-ci lui a échappé des mains. Il a été déséquilibré et a
chuté dans la fosse non-sécurisée et profonde de 4 mètres qui, selon un
rapport non daté fait au début 2006 par un inspecteur de la CNA, était
pratiquement vide. Une fois au fond de la fosse, l'assuré a paniqué en
raison du risque de présence de rats; il a appelé un collègue qui l'a aidé à
sortir grâce à une échelle métallique qui se trouvait à proximité. Il a subi
une fracture Zwipp VII du calcanéus (réd. : os du talon) gauche. Il a été
hospitalisé à l'Hôpital [...] entre le 19 mai et le 3 juin 2004. Après une
réduction sanglante et une ostéosynthèse du calcanéus gauche en date du
28 mai 2004, l'évolution post-opératoire a été favorable selon la lettre de
sortie du Dr P.. Le 24 juin 2004, le plâtre a été retiré avant
réfection d'une botte de décharge; le Dr P.________ nota que le patient
avait relativement bien supporté son immobilisation plâtrée. Le 12 juillet
2004, la botte de décharge a été retirée; dans son rapport du 15 juillet
2004, le Dr P.________ déclara que le patient supportait toujours bien son
immobilisation plâtrée, mis à part quelques démangeaisons et parfois
quelques lancées. La cicatrice était tout à fait calme, croûteuse. La
flexion/extension de la cheville était à 20-0-0. Quant à la mobilisation de la
sous-talienne, elle était à 5-0-5, peu douloureuse.
Le 24 août 2004, lors d'une conversation téléphonique avec la
CNA, V.________ s'est plaint de douleurs au niveau des plaques qui
devraient être enlevées une année après l'accident; il se demanda s'il
pourrait les supporter. Dans un rapport du Dr P.________ du 2 septembre
2004, celui-ci releva une discrète hypersudation, un tout petit érythème et
une discrète diminution de la température au pied gauche. La région du
calcanéus était encore passablement empâtée.
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3 -
B.Selon un rapport du médecin d'arrondissement de la CNA, le
Dr M., du 17 janvier 2005, l'examen clinique montra que l'assuré
marchait avec une grosse boiterie d'épargne du membre inférieur gauche,
sans déroulement du pas à gauche. Objectivement l'arrière-pied s'était
élargi. La mobilité de la tibio-astragalienne était bien récupérée, tandis
que la sous-astragalienne était partiellement bloquée. Les radiographies
montraient une bonne reconstruction du calcanéus, mais il y avait une
déminéralisation un peu pommelée de l'os, suggestive d'un Südeck.
L'assuré a séjourné du 15 février au 23 mars 2005 à la Clinique
N.. Selon le rapport du 12 avril 2005 des Drs Z., spécialiste
FMH en médecine physique et réhabilitation ainsi que chirurgie
orthopédique, et A., médecin assistant, les diagnostics primaires
étaient des thérapies physiques et fonctionnelles (Z 50.1) et les
diagnostics secondaires, une fracture du calcanéus gauche le 19 février
(recte: mai) 2004 (T 93.4) ainsi qu'une algoneurodystrophie du pied
gauche (M 89.0). A l'entrée, la marche était claudicante avec une forte
boiterie d'évitement d'appui sur le pied gauche, entraînant un
déroulement du pas escamoté sur le pied gauche. La marche sur la pointe
des pieds et sur les talons était impossible. L'appui unipodal était déclaré
très difficile à gauche, réveillant une douleur allant du talon jusqu'au tiers
inférieur de la jambe gauche. A la sortie, la situation avait très peu évolué.
Localement, on constatait une disparition des troubles trophiques cutanés
avec amélioration de la coloration cutanée et amélioration de
l'hyperesthésie cicatricielle initialement très importante. Sur le plan
podologique, la prise en charge a consisté en la réalisation d'orthèses de
confort avec un bon amortisseur talonnier; en fin de séjour, des
chaussures plus montantes avec barre de déroulement ont été fournies.
L'assuré était désormais à même de se séparer de sa canne de marche
pendant une demi-journée, mais la douleur à la charge sur le membre
inférieur gauche restait inchangée, avec persistance de la boiterie. Sur le
plan professionnel la DPT (réd. : description de postes de travail) montrait
que la reprise de l'ancien travail n'était pas envisageable en raison des
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4 -
contraintes physiques de ce poste. En revanche, une activité sédentaire à
50 % (demi-journée) était envisageable dans un poste adapté.
Dans un rapport du 4 mai 2005, le Dr P.________ estima que
l'assuré serait apte à reprendre de suite un travail principalement
sédentaire peut-être à 30 % dans un premier temps. L'assuré a repris le
travail à 30 % à partir du 13 juin 2005, à l'exception de la période du 30
août au 11 septembre 2005 où il était en incapacité totale de travail. Son
activité était limitée pour l'essentiel à la conduite du "grappin", un pont
roulant qui conduit les déchets vers l'incinérateur, une activité dite légère
menée en position assise.
Selon un rapport médical intermédiaire du 12 août 2005 du Dr
X., du Centre W. (ci-après : W.), l'assuré souffrait
d'un syndrome douloureux complexe régional de type 1, d'un status post-
fracture déplacée du calcanéus G et d'un état dépressif. Ce rapport
relevait que le patient était sous traitement médicamenteux qui était peu
efficace en ce qui concerne la symptomatologie douloureuse.
Lors d'un entretien avec la CNA et son employeur, le 10
octobre 2005, l'assuré déclara souffrir maintenant de douleurs irradiant
jusque dans son dos à cause des mauvaises positions. Ces plaintes sont
également rapportées dans un rapport médical du 27 octobre 2005 du Dr
P.____ à l'adresse du médecin traitant de l'assuré, le Dr Q.___ : "il
déclare souffrir également de son dos, les douleurs sont présentes après
une position assise prolongée, mais également dans différentes situations,
soit à la charge et également durant la nuit". Le Dr P.________ releva par
ailleurs que l'arrière-pied était "étonnamment calme"; si la mobilisation de
la sous-talienne était indolore, sa mobilité était réduite à 20 % de la
normale. La palpation de toute la jambe distale et du pied était
diffusément douloureuse. Le Dr P.________ contre-indiqua l'ablation du
matériel d'ostéosynthèse, car elle provoquerait davantage de douleurs
encore. A son avis, la douleur exprimée par l'assuré était très peu en
relation avec la sous-talienne; elle était beaucoup plus diffuse, s'agissant
plutôt d'une chronicisation.
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5 -
Le 16 novembre 2005, l'assuré a été réexaminé par le Dr
M.. Celui-ci constata que l'assuré marchait nettement mieux que
lors de l'examen précédent, en janvier 2005. Le Dr M. releva
néanmoins des "difficultés assez démonstratives" à la marche. Il ne
constata pas de signes réactifs ou dystrophiques vraiment objectivables
au pied gauche. La mobilité de la tibio-astragalienne était bien récupérée,
mais la sous-astragalienne était partiellement bloquée, douloureuse à la
sollicitation, avec une arthrose débutante. Il signala une amyotrophie
assez marquée du mollet gauche. Sur les dernières radiographies, la
fracture était solide, mais l'os restait passablement déminéralisé. De l'avis
du Dr M., il y avait une importante discordance entre les plaintes
et surtout l'incapacité de travail qui était revendiquée et les constatations
objectives de l'examen radio-clinique. Il estima qu'un traitement
thérapeutique ne se justifiait plus. Une pleine capacité de travail était sans
autre envisageable dans une activité légère et largement sédentaire,
autorisant des positions alternées.
Lors d'une séance avec la CNA en date du 8 décembre 2005,
l'employeur de l'assuré informa l'assureur qu'une occupation de longue
durée de l'assuré en respectant les restrictions médicales fixées par le
médecin-conseil de la CNA ne serait pas possible dans le cadre de la place
de travail habituelle de l'assuré. Celui-ci n'avait par ailleurs pas le profil qui
permette à l'entreprise de le recycler dans une autre activité.
L'assuré a reçu une infiltration sympathique en juin 2006 par le
Dr K., spécialiste FMH en anesthésiologie. Cette infiltration l'a
temporairement soulagé, ce qui, selon le médecin généraliste traitant, le
Dr Q., "confirmait l'hypothèse d'une participation du système
nerveux sympathique dans l'état douloureux chronique". L'assuré a
toutefois annoncé toutes sortes d'effets secondaires après cette
infiltration, de sorte que ce traitement n'a pas été renouvelé. Le Dr
K. a proposé une stimulation médullaire à l'assuré, qui l’a refusée.
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6 -
Selon un rapport médical du 23 août 2006 du Dr H., de
l'Institut C., le matériel d'ostéosynthèse et les vis étaient en place.
Il y avait une atrophie osseuse résiduelle de la partie distale de la jambe et
de tout l'arrière-pied jusqu'à la région tarso-métatarsienne. L'espace sous-
astragalien paraissait un peu rétréci. Il n'y avait pas de grosse arthrose de
la cheville.
Selon le rapport médical final du Dr M.________ du 23 août
2006, l'assuré se plaignait de beaucoup de douleurs à la marche, devant
s'arrêter après 50 mètres. La démarche de l'assuré s'était encore quelque
peu améliorée par rapport à l'examen précédent du 16 novembre 2005. Il
n'y avait aucun signe réactif ou dystrophique local. La mobilité de la tibio-
astragalienne était bien récupérée, inchangée. La sous-astragalienne
paraissait complètement bloquée, douloureuse à la sollicitation. De l'avis
du Dr M., la fracture du calcanéus était aussi bien guérie que
possible. Malheureusement, les attentes de l'assuré étaient complètement
irréalistes, car celui-ci voulait un pied neuf et une indolence complète. Du
point de vue thérapeutique, la poursuite de la physiothérapie n'avait
aucun sens et un traitement d'antalgie invasif n'entraînerait
vraisemblablement que de nouvelles plaintes. Le Dr M. maintenait
que la capacité de travail était entière dans une activité légère et
largement sédentaire, autorisant des positions alternées. Il estimait
l'atteinte à l'intégrité à 15 %, car, d'un point de vue fonctionnel, on
pouvait probablement considérer que la situation correspondait à une
arthrodèse de la sous-astragalienne, selon le barème de l'indemnisation
des atteintes à l'intégrité table 5, détail N° 2870/5.f-2000.
Par courrier du 9 octobre 2006 adressé à la CNA, le Dr
Q.________ contesta que la situation médicale de l'assuré soit stabilisée et
qu'il n'y ait plus lieu d'attendre du traitement médical une sensible
amélioration de l'état de l'assuré. A son avis, l'état de santé de l'assuré
avait tendance à s'aggraver puisqu'en plus des plaintes concernant le
membre inférieur gauche étaient venues s'ajouter des lombalgies et des
lombo-sciatalgies, très certainement secondaires à la boiterie provoquée
par l'affection du membre inférieur gauche (maladie de Südeck et ses
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séquelles). Une capacité de travail de 30 % était le maximum que l'on
pouvait attendre de l'assuré compte tenu des séquelles de l'accident.
Le Dr G., spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, a
adressé au Dr Q. un rapport médical daté du 27 octobre 2006. Il a
relevé que les plaintes (impression d'étau de la cheville avec mélange
d'hypoesthésie diffuse de la cheville et du pied ou de dysesthésies)
survenaient surtout à la marche, dont le périmètre est limité à 30 minutes;
au repos, pour autant que la jambe soit surélevée, le patient avait peu de
gêne. Selon le rapport, le pied gauche était tout à fait calme, sans
rougeur, chaleur ou tuméfaction. La cicatrice en "L" sur le versant externe
était un peu élargie, mais surtout adhérente au plan profond et très
hyperalgique à la palpation. La palpation du matériel était également
sensible. La mobilité de l'articulation sous-astragalienne était quasiment
nulle, cette dernière s'étant enraidie. Le Chopart était diminué de moitié
par rapport au côté opposé. Selon le Dr G., le dossier montrait une
fracture intra-articulaire avec enfoncement du sustentaculum tali du
calcanéus gauche. La reconstruction n'était pas idéale, puisque le
sustentaculum tali n'avait pas réussi à être complètement remonté. Le Dr
G. posa les diagnostics suivants : douleurs diffuses mais
systématisées de la cheville et du pied gauches, probablement
séquellaires à une algoneurodystrophie en stade III; status après fracture
ostéosynthésée du calcanéus gauche avec cicatrice adhérente et matériel
toujours en place, pouvant également expliquer une partie des plaintes. Le
Dr G.________ doutait que l'ablation du matériel d'ostéosynthèse suffise à
diminuer fortement les plaintes; au contraire, il y avait un fort risque qu'on
réactive ainsi l'algoneurodystrophie de Südeck qui ne semblait pas encore
tout à fait bien stabilisée. A cela s'ajoutait le contexte global de problèmes
psychosociaux qui avait vraisemblablement abaissé le seuil de la douleur
et qui risquait de jouer un rôle négatif si une nouvelle intervention était
proposée. Le Dr G.________ rappela avoir dit à l'assuré qu'il avait subi une
fracture importante, qui souvent laisse des traces, et qu'il ne pouvait pas
espérer avoir une récupération totale; il doutait par ailleurs qu'un
traitement de physiothérapie ou d'ergothérapie, vu tout ce que l'assuré
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8 -
avait déjà eu, puisse véritablement améliorer l'état de santé, estimant
qu'il fallait plutôt laisser du temps au temps.
A sa demande, l'assuré a été examiné par le Dr R.,
spécialiste FMH en médecine physique et réhabilitation de la colonne
vertébrale. Selon le rapport de celui-ci du 27 mai 2007, il y avait une
problématique combinée, avec en avant-plan la souffrance du pied. Bien
qu'il existe un remaniement dégénératif évident au niveau des
articulations de l'arrière-pied, l'assuré disposait encore d'une articulation
tibio-astragalienne qui semblait respectée. La sous-astragalienne enraidie
était modérément sensible. Les séquelles douloureuses ne devraient pas
être en rapport avec cette problématique articulaire, mais plutôt
s'avéraient refléter les conséquences des lésions nerveuses s'exprimant
par une allodynie. Différents rameaux nerveux sensibles de la loge antéro-
externe et de l'arrière-pied étaient touchés, s'exprimant par une
hypoesthésie et une allodynie dans le territoire du nerf cutané péronier,
nerf saphène externe et nerf plantaire externe. Il est probable que le
traumatisme en lui-même ait été à l'origine de cette atteinte nerveuse
complexe, expliquant alors la survenue d'une maladie de Südeck suite à
cette intervention chirurgicale. Selon le Dr R., il existait en outre
une lombopygialgie dans une constellation de discopathies dégénératives
asymétriques, ayant pu être décompensées par les séquelles du
traumatisme. En effet, l'existence d'une boiterie et la nécessité impérieuse
de décharger souvent ce membre inférieur gauche étaient à l'origine de
contraintes asymétriques qui venaient décompenser cette problématique
lombaire. Selon le rapport du Dr R.________, l'assuré devait pouvoir
reprendre une activité professionnelle à 50 % pour autant que son activité
puisse lui octroyer une alternance de postures limitant la déambulation.
Une restriction des ports de charge en dessous de 10 kilos devrait
raisonnablement être retenue. Le rapport concluait comme suit :
"Sur le plan assécurologique (réd.: description médicale qui
détermine la couverture en cas de maladie ou d’accident), vu la
situation intriquée d'une problématique bifocale à savoir
périphérique et lombaire inférieure ainsi que liée à une surcharge
psychologique réactionnelle, je ne pense pas que l'on puisse
escompter une exigibilité professionnelle dans le strict immédiat au-
delà de 50 %."
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Le Dr M.________ a rendu un avis médical en date du 15 août
2007 sur la base du dossier. Il y précise que la possibilité d'alterner les
positions est impérative en présence de lésions rachidiennes, mais elle
doit être relativisée s'agissant d'une atteinte des membres inférieurs. Bien
plus que la possibilité de travailler debout, il est souhaitable dans ces cas
que le patient puisse se dégourdir les jambes et faire quelques pas, ce qui
est finalement une exigence légitime de toute personne exerçant une
activité sédentaire, qu'elle présente ou non des séquelles d'un accident.
C.Par courrier du 2 octobre 2006, la CNA a mis fin au paiement
des soins médicaux et au versement de l'indemnité journalière avec effet
au 31 octobre 2006 au motif que l'assuré n'avait plus besoin de
traitement.
D.Par décision du 23 mars 2007, la CNA a accordé à l'assuré une
rente de 29 % dès le 1er novembre 2006. Selon cette décision, il ressort
des investigations, notamment sur le plan médical, que l'assuré est à
même d'exercer une activité légère, largement sédentaire, dans différents
secteurs de l'industrie, à la condition qu'il puisse travailler en position
alternée assise/debout. Une telle activité est exigible durant toute la
journée et permettrait de réaliser un revenu d'environ 4'050 fr. par mois
(part du 13
e
salaire incluse), conformément au salaire moyen exigible
selon DPT 4620 (employé de production), 6847 (ouvrier en montage), 992
(ouvrier en perçage et assemblage), 7237 (huissier) et 1352 (employé de
production). Comparé au gain de 5'680 fr. réalisable sans accident, il en
résulte une perte de 28,69 %. Pour la CNA, les troubles psychogènes dont
souffre l'assuré ne sont pas en relation de causalité adéquate avec
l'accident, de sorte qu'un droit aux prestations n'existe pas pour cette
atteinte. Une indemnité pour atteinte à l'intégrité de 10 % est en outre
accordée.
Par acte du 30 mars 2007, l'assuré a fait opposition contre la
décision du 23 mars 2007, contestant l'examen médical fait par le Dr
M.________ le 28 août 2006 et estimant sa capacité de travail à 30 %
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10 -
conformément au certificat médical du DrQ.. Il demandait à être
mis pleinement au bénéfice des prestations de la CNA, rétroactivement au
1
er
novembre 2006.
Le 9 novembre 2007, la CNA a partiellement admis
l'opposition, augmentant l'indemnité pour atteinte à l'intégrité à 15 %, la
décision du 23 mars 2007 quant au taux d'invalidité, fixé à 29 %, étant
pour le surplus confirmée.
E.Par acte du 10 décembre 2007, V. a recouru devant le
Tribunal cantonal des assurances du canton de Vaud contre la décision sur
opposition du 9 novembre 2007. Il conclut à la réforme de cette décision
dans le sens qu'il est mis au bénéfice d'une rente d'invalidité fondée sur
un taux d'incapacité de 70 % du 1
er
novembre 2006 au 30 avril 2007, puis
sur un taux d'incapacité de 50 %, qu'il a droit à une indemnité pour
atteinte à l'intégrité de 50'000 fr., et que la CNA est débitrice du recourant
d'un montant de 5'000 fr., valeur échue, du chef de la prise en charge des
frais médicaux. Le recourant fait valoir que c'est à tort que la CNA a écarté
les avis des Drs Q.________ et R..
Par réponse du 30 janvier 2008, la CNA a conclu au rejet du
recours et à la confirmation de la décision attaquée. Elle estime que les
avis des Drs Q. et R.________ ne suffisent pas pour atténuer la
valeur probante de l'avis exprimé par le médecin d'arrondissement de la
CNA. Elle estime par ailleurs que les troubles lombaires allégués par le
recourant ne sont pas en relation de causalité adéquate avec l'accident
subi. De plus, il n'est pas démontré que ces troubles lombaires affectent la
capacité de travail du recourant dans une activité adaptée.
A l'appui de son recours, le recourant a produit un rapport
médical du 12 juin 2008 du Dr P.________, adressé à son médecin traitant.
Ce rapport pose comme diagnostics un status post-ostéosynthèse d'une
fracture Zwipp VII du calcanéus gauche le 28 mai 2004 et un syndrome
douloureux chronique étendu suite à ce traumatisme. Selon l'examen
clinique, l'arrière-pied reste étonnamment calme compte tenu de la
-
11 -
symptomatologie douloureuse, la cicatrice est propre, l'alignement est
correct avec peut-être une légère accentuation du valgus, la F/E de la
cheville est à 30/0/5; la palpation est toujours aussi diffusément
douloureuse tout autour de la cheville, de l'arrière-pied et du tibia distal,
néanmoins le point maximal se situe à l'orée du sinus tarse. Le bilan
radiologique montre une fracture consolidée, sur l'incidence d'Anthonsen.
Il existe une progression de l'arthrose de la sous-talienne. Il est aussi
possible qu'une petite irritation soit présente aux têtes et aux pointes des
vis du côté médial et du côté latéral.
Le recourant a aussi produit un certificat médical de son
médecin traitant, daté du 19 février 2008. Ce certificat confirme et précise
le précédent daté du 3 juillet 2007. Selon le Dr Q., les séquelles de
maladie de Südeck (algoneurodystrophie) survenues après fracture et
opération du calcanéus gauche continuent à être manifestes, sous forme
de douleurs de dysesthésies et de troubles de la sensibilité du pied
gauche. Ces troubles gênent énormément le patient, qui ne parvient pas à
rester assis dans une même position plusieurs heures de suite. Par
ailleurs, le patient tolère mal le port de chaussures orthopédiques au-delà
de 3-4 heures. C'est la raison pour laquelle sa capacité de travail actuelle
n'excède pas 50 %, même dans un poste adapté où il est partiellement
assis et partiellement mobile. Les séquelles de ce syndrome douloureux
régional complexe se sont manifestées par une boiterie régulière qui a
indubitablement surchargé fonctionnellement sa colonne lombaire,
expliquant de ce fait pourquoi ce patient souffre de lombalgies à
répétition. Depuis le séjour du patient à la Clinique N. en 2005, son
état de santé général ne s'est guère modifié, ses douleurs du membre
inférieur gauche étant restées constantes et s'étant plutôt compliquées
par l'apparition de lombo-pygialgies secondaires, ainsi qu'un état dépressif
lié à la non-reconnaissance par les assurances, l'employeur et les
médecins experts, de ses troubles. Sur le plan objectif, le Dr Q.________
constate des troubles fonctionnels avec une légère tuméfaction de la
cheville et un comblement para-achilléen. Il persiste une allodynie rétro-
malléolaire et sous-malléolaire avec diminution de la sensibilité sur le
versant externe du pied. La mobilisation est globalement douloureuse et
-
12 -
révèle une sensibilité anormalement marquée. Il n'y a pas de trouble
trophique net. La présence d'une arthrose sous-astragalienne partielle
complique certainement le tableau. Il est clair que les douleurs et les
troubles de la sensibilité ressentis par le patient sont, par essence même,
subjectifs et semblent trop importants par rapport aux constatations
objectives. Selon le Dr Q., le patient souffre d'un état dépressif
d'intensité moyenne, secondaire aux événements qui se sont enchaînés
depuis sa chute du 19 mai 2004. S'agissant de la capacité de travail, le Dr
Q. estime que le patient parvient tout juste à remplir ses
obligations professionnelles à 50 %.
F.Par courrier du 15 mai 2009, le Tribunal cantonal a invité le Dr
P.________ à répondre aux questions des parties. Dans sa réponse du 8
juillet 2009, le Dr P.________ pose le diagnostic suivant : séquelle de
fracture Zwipp VII du calcanéus gauche du 19 mai 2004 avec status post
ostéosynthèse du calcanéus gauche le 28 mai 2004, arthrose sous-
talienne post-traumatique gauche et chronicisation de la symptomatologie
douloureuse avec expression complexe. A son avis, toutes ses affections
ont été causées par l'accident du 19 mai 2004. S'agissant de la capacité
de gain (recte : de travail) en tenant compte des affections retenues il
indique ceci :
"Je relève une incapacité de travail de 100 % du 19.05.2004 au
12.06.2005 avec reprise à 30 % dès le 13.06.2005 puis à 50 % dès
le 9.05.2007. En ce qui concerne cette dernière activité, il semblerait
qu'il s'est agi d'une présence de 3.5 heures le matin à [...].
En ce qui concerne l'activité exigible du patient actuellement, sur le
plan orthopédique strict elle est de 50 % dans une activité adaptée,
c'est-à-dire essentiellement sédentaire. Néanmoins il existe
plusieurs corollaires à l'affection orthopédique et une exigibilité
objective ne pourrait être établie que sur la base d'une consultation
pluridisciplinaire incluant le présent rapport orthopédique, une
évaluation psychiatrique, une évaluation par un spécialiste de
l'antalgie et probablement aussi une évaluation psychosociale. On
ne peut attendre du traitement médical une sensible amélioration de
l'état (réd.: du recourant)."
Selon la prise de position du Dr T.________, chirurgien du
service de médecine des assurances de la CNA, datée du 28 août 2009,
une appréciation objective de l'exigibilité sur le plan corporel doit se
limiter aux résultats des examens orthopédiques et radiologiques. On ne
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13 -
trouve dans aucun traité d'orthopédie qu'après une fracture du calcanéus
correctement opérée on ne puisse plus, même assis, travailler qu'à 50 %.
Etant donné le résultat favorable de l'examen clinique du 23 août 2006, il
n'y a pas de raison pour laquelle un travail léger avec changements
d'activité, principalement assis, ne serait pas exigible toute la journée et
avec un rendement normal. Il n'existe en particulier plus de troubles
trophiques au niveau du pied. La raideur incontestable de l'articulation
inférieure de la cheville (qui justifie une indemnisation pour atteinte à
l'intégrité de 15 %) avec une bonne mobilité de l'articulation supérieure
n'explique pas les douleurs diffuses.
G.Le 6 octobre 2005, V.________ avait déposé une demande de
prestations AI. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, l'Office de
l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud (ci-après : l'OAI) a mis en
œuvre une expertise bidisciplinaire.
Selon le rapport d'expertise du 9 mai 2007 des Drs S.,
spécialiste FMH en médecine physique et rééducation ainsi que
rhumatologie, et L., spécialiste FMH en psychiatrie et
psychothérapie, de la Clinique J.________, il y a discordance entre l'intensité
des plaintes algiques de l'assuré et l'examen clinique. En effet, la cheville
gauche est d'aspect calme, sans différence de température, de trophicité
ou de sudation entre les deux pieds. La mobilité tibio-tarsienne est quasi
identique entre la gauche et la droite, en revanche il persiste une légère
diminution de la mobilité sous-astragalienne. De même les mouvements
d'éversion/inversion sont discrètement limités à gauche par rapport à la
droite. L'examen du rachis est sans particularité. Selon les experts,
l'assuré présente plusieurs limitations en relation avec les douleurs de
l'arrière-pied gauche, mais sa capacité de travail est de 100 % dans
l'activité exercée de manutentionnaire maniant des machines
automatisées, avec 20 % de diminution de rendement en raison des
changements de position nécessités par la relative ankylose de la cheville
gauche et par la restriction dans les déplacements. De l'avis des experts,
l'assuré ne présente aucun trouble psychiatrique invalidant; s'il souffre
d'un trouble de l'adaptation avec réaction mixte, anxieuse et dépressive,
-
14 -
cette atteinte ne peut pas justifier une incapacité de travail durable, car il
s'agit d'une pathologie mineure, réactionnelle et traitable.
Selon le rapport d'examen du SMR du 29 juin 2007 du Dr
D., l'atteinte principale à la santé consiste en des douleurs
résiduelles de l'arrière-pied gauche d'origine post-traumatique; la capacité
de travail dans une activité adaptée est évaluée à 50 % dès le 17 mai
2005 et à 100 % dès le 16 novembre 2005 avec une diminution de
rendement de 10 %.
Par décision du 2 avril 2008, l'OAI a accordé à l'assuré une
rente fondée sur un degré d'invalidité de 60 % du 1
er
mai 2005 au 28
février 2006. Suite à la présentation de nouvelles pièces par le recourant,
à savoir le rapport médical du Dr Q. du 19 février 2008, les
rapports médicaux du Dr P.________ des 12 juin et 31 juillet 2008 et le
certificat médical de ce médecin du 25 novembre 2007, le Dr B.________ du
SMR rendit un nouvel avis en date du 26 janvier 2009 concluant à une
capacité de travail de 50 % dans une activité adaptée dès le mois de mai
-
15 -
est la résultante de l'atteinte orthopédique somatique de V.________ ainsi
que de ses différentes atteintes d'ordre psychique et social.
E n d r o i t :
1.a) A teneur de la disposition transitoire de l'art. 117 al. 1 LPA-VD
(loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative, RSV
173.36, en vigueur depuis le 1
er
janvier 2009), applicable aux recours et
contestations par voie d'action dans le domaine des assurances sociales
(art. 2 al. 1 let. c LPA-VD), les causes pendantes devant les autorités
administratives et de justice administratives à l'entrée en vigueur de la
présente loi sont traitées selon cette dernière.
La Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal, qui
succède au Tribunal des assurances, est donc compétente pour statuer
(art. 93 let. a LPA-VD).
b) Interjeté dans le délai légal de trente jours dès la notification
de la décision attaquée, le recours, qui satisfait aux autres conditions de
forme, est recevable (art. 60 al. 1 LPGA [loi fédérale du 6 octobre 2000 sur
la partie générale du droit des assurances sociales, RS 830.1]).
2.Selon l'art. 6 al. 1 LAA (loi fédérale du 20 mars 1981 sur
l’assurance-accidents, RS 832.20), les prestations d'assurance sont
allouées en cas d'accident professionnel, d'accident non professionnel et
de maladie professionnelle. La responsabilité de l'assureur-accidents
s’étend, en principe, à toutes les conséquences dommageables qui se
trouvent dans un rapport de causalité naturelle et adéquate avec
l'événement assuré. Les prestations d'assurance sont donc également
allouées en cas de rechutes et de séquelles tardives (art. 11 de
l'ordonnance fédérale du 20 décembre 1982 sur l’assurance-accidents
[OLAA], RS 832.202).
-
16 -
3.a) D'après une jurisprudence constante, l'assureur-accidents est
tenu, au stade de la procédure administrative, de confier une expertise à
un médecin indépendant, si une telle mesure se révèle nécessaire.
Lorsque de telles expertises sont établies par des spécialistes reconnus,
sur la base d'observations approfondies et d'investigations complètes,
ainsi qu'en pleine connaissance du dossier, et que les experts aboutissent
à des résultats convaincants, le juge ne saurait les écarter aussi
longtemps qu'aucun indice concret ne permet de douter de leur bien-
fondé (ATF 125 V 351 consid. 3b/bb p. 353).
Par ailleurs, selon la jurisprudence et la doctrine, l'autorité
administrative ou le juge ne doivent considérer un fait comme prouvé que
lorsqu'ils sont convaincus de sa réalité (Kummer, Grundriss des
Zivilprozessrechts, 4e éd., Berne 1984, p. 136; Gygi,
Bundesverwaltungsrechtspflege, 2e éd., p. 278 ch. 5). Dans le domaine
des assurances sociales, le juge fonde sa décision, sauf dispositions
contraires de la loi, sur les faits qui, faute d'être établis de manière
irréfutable, apparaissent comme les plus vraisemblables, c’est-à-dire qui
présentent un degré de vraisemblance prépondérante. Il ne suffit donc pas
qu'un fait puisse être considéré seulement comme une hypothèse
possible. Parmi tous les éléments de fait allégués ou envisageables, le
juge doit, le cas échéant, retenir ceux qui lui paraissent les plus probables
(ATF 126 V 353 consid. 5b p. 360, 125 V 193 consid. 2 p. 195 et les
références; cf. ATF 130 III 321 consid. 3.2 et 3.3 p. 324 s.).
Le juge des assurances sociales doit, quelle que soit leur
provenance, examiner l'ensemble des moyens de preuve de manière
objective et décider s'ils permettent de trancher la question des droits
litigieux de manière sûre. En particulier, le juge ne saurait statuer, en
présence de rapports médicaux contradictoires, sans avoir examiné
l'ensemble des preuves disponibles et sans indiquer les motifs qui le
conduisent à retenir un avis médical plutôt qu'un autre. La valeur probante
d'un rapport médical dépend ainsi des points de savoir si cet acte est
complet compte tenu des droits contestés, s'il est fondé sur des examens
-
17 -
approfondis en tous points, s'il tient compte des affections dont se plaint
l'intéressé, s'il a été établi en connaissance de l'anamnèse, si l'exposé du
contexte médical est cohérent, voire si l'appréciation de la situation
médicale est claire, et si les conclusions de l'expert sont dûment motivées
(ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références).
Le juge ne saurait écarter un rapport médical au seul motif
qu'il a été établi par le médecin traitant de la personne assurée ou par un
médecin interne à l'assureur social, sans examiner autrement sa valeur
probante (cf. ATF 132 V 393 consid. 4.1 p. 400; 125 V 351 consid. 3a p.
352). ll peut et doit néanmoins tenir compte du fait que, selon
l'expérience, le médecin traitant est généralement enclin, en cas de doute,
à prendre parti pour son patient en raison de la relation de confiance qui
l'unit à ce dernier (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les
références).
Le juge peut accorder valeur probante aux rapports et
expertises établis par les médecins de la CNA aussi longtemps que ceux-ci
aboutissent à des résultats convaincants, que leurs conclusions sont
sérieusement motivées, que ces avis ne contiennent pas de contradictions
et qu'aucun indice concret ne permet de mettre en cause leur bien-fondé.
Le simple fait que le médecin consulté est lié à l'assureur par un rapport
de travail ne permet pas encore de douter de l'objectivité de son
appréciation ni de soupçonner une prévention à l'égard de l'assuré. Ce
n'est qu'en présence de circonstances particulières que les doutes au sujet
de l'impartialité d'une appréciation peuvent être considérés comme
objectivement fondés. Etant donné l'importance conférée aux rapports
médicaux dans le droit des assurances sociales, il y a lieu toutefois de
poser des exigences sévères quant à l'impartialité de l'expert (ATF 125 V
351 consid. 3b/ee p. 353).
Enfin, si l'administration ou le juge (art. 43 et 61 let. c LPGA),
se fondant sur une appréciation consciencieuse des preuves fournies par
les investigations auxquelles ils doivent procéder d'office, sont convaincus
que certains faits présentent un degré de vraisemblance prépondérante et
que d'autres mesures probatoires ne pourraient plus modifier cette
-
18 -
appréciation, il est superflu d'administrer d'autres preuves ("appréciation
anticipée des preuves"; ATF 130 II 425, consid. 2.1; 122 II 464, consid. 4a;
122 III 219, consid. 3c; 120 Ib 224, consid. 2b; 119 V 335, consid. 3c et la
référence).
éd., no 79 p. 865).
Savoir si l'événement assuré et l'atteinte en question sont liés
par un rapport de causalité naturelle est une question de fait que
l'administration ou, le cas échéant, le juge, examine en se fondant
essentiellement sur des renseignements d'ordre médical, et qui doit être
tranchée en se conformant à la règle du degré de vraisemblance
prépondérante, appliquée généralement à l'appréciation des preuves dans
l'assurance sociale. Ainsi, lorsque l'existence d'un rapport de cause à effet
-
20 -
2005 de signes réactifs ou dystrophiques vraiment objectivables au pied
gauche.
L'algodystrophie a été définie en 1986 comme suit par
l'Association Internationale pour l'Etude de la Douleur : "Il s'agit d'une
douleur à caractère continu localisée dans un secteur d'une extrémité se
manifestant après un trauma, fracture incluse, ne comportant cependant
pas de lésion nerveuse significative et qui est associée à une hyperactivité
du sympathique" (citée par P. Heierli, J.-L. Meyer, A. Radziwill, Cadre
nosologique et terminologie, in: Algodystrophie [Complex regional pain
syndrome I] E. Bär, M. Felder, B. Kiener [Editeurs], Suva, 1998, p. 5). La
présentation clinique habituelle de l'algodystrophie est caractérisée par la
survenance d'une douleur extrêmement importante dans les suites d'un
traumatisme même mineur. Cette douleur, souvent différente de celle du
traumatisme déclenchant éventuel, est décrite comme une sensation de
brûlure pouvant être aggravée par des facteurs émotionnels. La
mobilisation active voire passive peut aggraver les symptômes. La douleur
est souvent accompagnée de paresthésies, voire d'hyperesthésies locales
ainsi que d'une enflure avec sudation massive. On parle aussi d'allodynie
(douleur au moindre toucher) ou d'hyperpathie (douleur à la palpation
normalement non nociceptive) (Aspect clinique, évolution et pronostic,
M. Waldburger, C. Gobelet, M.R. Magistris, B. Rigoni, J.P. Robert, in:
Algodystrophie [Complex regional pain syndrome I] E. Bär, M. Felder,
B. Kiener [Editeurs], Suva, 1998, p. 39).
Dans la mesure où le rapport des Drs Z.________ et A.________
remplit toutes les conditions pour avoir pleine valeur probante et est
confirmé par plusieurs avis médicaux, on peut admettre avec une
vraisemblance prépondérante que le recourant a souffert au moins
pendant une certaine période d'une algodystrophie, aussi appelée maladie
de Südeck ou complexe douloureux régional (ci-après : CRPS).
Selon la jurisprudence, l'algodystrophie doit remplir les
conditions suivantes pour être considérée comme la conséquence d'un
accident : a) preuve d'une atteinte physique après un accident ou
-
21 -
apparition après une opération faite à cause d'un accident; b) exclusion
d'autres facteurs causals non traumatiques; c) faible temps de latence
entre l'accident et l'apparition de l'algodystrophie, au plus six à huit
semaines (ATFA U 436/06 du 6 juillet 2007, consid. 3.4.2.1).
En l'espèce, les premières plaintes du recourant susceptibles
d'être rattachées à une algodystrophie figurant au dossier sont une
communication téléphonique avec l'assureur en date du 24 août 2004 ("Il
a des douleurs au niveau des plaques qui devraient être enlevées une
année après l'accident [; i] l se demande s'il pourra les supporter.") et un
rapport du Dr P.________ du 2 septembre 2004 qui relève une discrète
hypersudation, un tout petit érythème et une discrète diminution de la
température au pied gauche. Ces plaintes sont largement postérieures au
délai maximal de huit semaines requis par la jurisprudence, que ce délai
soit calculé en partant de l'accident du 19 mai 2004 ou de l'ostéosynthèse
du 28 mai 2004. Certes, le Dr P.________ relève le 12 juillet 2004 la
présence de démangeaisons et parfois de quelques lancées. Il ne s'agit
toutefois pas de symptômes suffisants d'une algodystrophie. Il en découle
que l'algodystrophie dont a souffert le recourant n'est pas une
conséquence propre de l'accident. Il en va de même pour les séquelles de
l'algodystrophie.
b) Selon le Dr Q., l'assuré souffre de lombalgies et des
lombo-sciatalgies qui sont très certainement secondaires à la boiterie
provoquée par l'affection du membre inférieur gauche (courrier du
9 octobre 2006), respectivement de lombo-pygialgies (certificat du
19 février 2008). Selon le rapport du Dr R. du 27 mai 2007,
l'assuré souffre d'une lombo-pygialgie dans une constellation de
discopathies dégénératives asymétriques ayant pu être décompensées
par les séquelles du traumatisme. De l'avis de ce spécialiste, l'existence
d'une boiterie et la nécessité impérieuse de décharger souvent ce membre
inférieur gauche sont à l'origine de contraintes asymétriques qui viennent
décompenser cette problématique lombaire. Dans son avis du 23 août
2006, le Dr M.________ rapporte les plaintes du recourant concernant la
région lombaire, mais il ne porte aucune appréciation à leur sujet; dans
son avis complémentaire du 15 août 2007, le Dr M.________ semble partir
-
22 -
de l'hypothèse que le recourant ne souffre pas de lésions lombaires.
L'expertise des spécialistes rattachés à la Clinique J.________ nie toute
atteinte au rachis dorso-lombaire; seule la palpation était très légèrement
douloureuse au niveau L5-S1.
La décision attaquée ne conteste ni l'existence de lombalgies
ni la relation de causalité naturelle entre l'accident assuré et les atteintes
au rachis, estimant simplement qu'elles ne sont pas en relation de
causalité adéquate avec l'événement. Elle relève néanmoins, en se
référant au rapport du Dr P.________ du 27 octobre 2005, que les douleurs
dorsales étaient déjà présentes après une position assise prolongée mais
également dans différentes situations, même durant la nuit. Or, il ressort
d'un entretien du 10 octobre 2005 que les douleurs au rachis étaient
nouvelles. Comme une forte boiterie d'épargne est attestée par le Dr
M.________ dès janvier 2005, on peut admettre que les douleurs lombaires
admises par l'autorité intimée sont, comme l'affirment les Drs Q.________
et R., la conséquence de cette boiterie d'épargne. Même si celle-ci
est due aussi, voire principalement, aux douleurs liées à l'algodystrophie
— qui comme on vient de le voir n'est pas elle-même la conséquence de
l'accident assuré — on ne saurait exclure qu'elle soit au moins
partiellement la conséquence du blocage complet de la sous-astragalienne
douloureuse à la sollicitation qu'avait constaté le Dr M. dans son
rapport du 23 août 2006. Comme il n'est pas nécessaire pour admettre la
causalité que l'accident soit la cause unique ou immédiate de l'atteinte à
la santé, on peut admettre que les douleurs lombaires sont avec une
vraisemblance prépondérante dans un rapport de causalité naturelle avec
l'accident assuré.
c)Selon le Dr Q.________, le recourant souffre d'un état dépressif
d'intensité moyenne, secondaire aux événements qui se sont enchaînés
depuis sa chute du 19 mai 2004. Point n'est besoin de trancher si cette
atteinte à la santé est dans une relation de causalité naturelle avec
l'accident assuré, car la causalité adéquate n'est, comme nous le verrons,
pas remplie.
-
23 -
6.La causalité est adéquate si, d'après le cours ordinaire des
choses et l'expérience de la vie, le fait considéré était propre à entraîner
un effet du genre de celui qui s'est produit, la survenance de ce résultat
paraissant de façon générale favorisée par une telle circonstance (ATF 129
V 177 consid. 3.2. p. 181, 402 consid. 2.2 p. 405, 125 V 456 consid. 5a
- 461 et les références).
- En tant que principe répondant à la nécessité de fixer une
limite raisonnable à la responsabilité de l'assureur-accidents social, la
causalité adéquate n'a ordinairement aucune incidence en présence d'une
atteinte à la santé physique en relation de causalité naturelle avec
l'accident, du moment que dans ce cas l'assureur répond aussi des
atteintes qui ne se produisent habituellement pas selon l'expérience
médicale (ATF 127 V 102 consid. 5b/bb p. 103 et les références).
Selon la décision attaquée les douleurs lombaires ne sont pas
dans un rapport de causalité adéquate avec l'accident assuré. Dans la
mesure où les lésions physiques du membre inférieur gauche (blocage
douloureux de la sous-astragalienne et amyotrophie du mollet, selon les
constatations du Dr M.________ du 16 novembre 2005) qui ont subsisté
après la reconstruction du calcanéus n'auraient selon toute vraisemblance
pas été suffisantes pour susciter la forte boiterie d'épargne en l'absence
de l'algodystrophie qui a pour caractéristique d'intensifier les douleurs et
d'étendre leur localisation lors d'une activité corporelle (P. Heierli, J.-
L. Meyer, A. Radziwill, Cadre nosologique et terminologie, in:
Algodystrophie [Complex regional pain syndrome I] E. Bär, M. Felder,
B. Kiener [Editeurs], Suva, 1998, p. 5), il faut admettre que la fracture du
calcanéus n’était pas propre à entraîner les douleurs lombaires dont le
recourant se plaint. C'est donc à juste titre que la décision attaquée a nié
la causalité adéquate des douleurs lombaires.
b) En vue de juger du caractère adéquat du lien de causalité
entre un accident et une affection psychique additionnelle à une atteinte à
la santé, en l’espèce un épisode dépressif, il faut d'abord classer les
accidents en trois catégories, en fonction de leur déroulement: les
-
24 -
accidents insignifiants, ou de peu de gravité; les accidents de gravité
moyenne et les accidents graves. Pour procéder à cette classification, il
convient non pas de s'attacher à la manière dont l'assuré a ressenti et
assumé le choc traumatique, mais bien plutôt de se fonder, d'un point de
vue objectif, sur l'événement accidentel lui-même.
La décision attaquée a qualifié la chute du recourant comme
un accident "tout au plus" de gravité moyenne. Cela n’est à juste titre pas
contesté par le recourant (cf. TF arrêt 8C_115/2009 du 28 juillet 2009,
consid. 6.2; U 458/04 du 7 avril 2005, consid. 3.4.1 avec d’autres
références).
aa) En présence d'un accident de gravité moyenne, il faut prendre
en considération un certain nombre de critères, dont les plus importants
sont les suivants :
les circonstances concomitantes particulièrement dramatiques ou le
caractère particulièrement impressionnant de l'accident;
la gravité ou la nature particulière des lésions physiques, compte
tenu notamment du fait qu'elles sont propres, selon l'expérience, à
entraîner des troubles psychiques;
la durée anormalement longue du traitement médical;
les douleurs physiques persistantes;
les erreurs dans le traitement médical entraînant une aggravation
notable des séquelles de l'accident;
les difficultés apparues au cours de la guérison et des complications
importantes;
le degré et la durée de l'incapacité de travail due aux lésions
physiques.
Tous ces critères ne doivent pas être réunis pour que la
causalité adéquate soit admise. Un seul d'entre eux peut être suffisant,
notamment si l'on se trouve à la limite de la catégorie des accidents
graves. Inversement, en présence d'un accident se situant à la limite des
accidents de peu de gravité, les circonstances à prendre en considération
doivent se cumuler ou revêtir une intensité particulière pour que le
-
25 -
caractère adéquat du lien de causalité soit admis (ATF 115 V 133 consid.
6c/aa p. 140 et 403 consid. 5c/aa p. 409; cf. arrêt 8C_788/2008 du 4 mai
2009 consid. 2).
bb) La condition du caractère particulièrement impressionnant doit
être examinée objectivement et non sur la base du sentiment subjectif ou
de la peur ressentie par l’assuré (RKUV 1999 n° U 335 p. 207 consid.
3b/cc; arrêt U 56/07 du 25 janvier 2008, E. 6.1; arrêt 8C_57/2008 du
16 mai 2008, consid. 9.1).
Par comparaison, le Tribunal fédéral a par exemple nié que la
condition du caractère particulièrement impressionnant fût remplie dans le
cas d'un travailleur qui était tombé d'un échafaudage d'une hauteur
d'environ trois à quatre mètres (TFA, U 393/04 du 9 septembre 2004) ou
d'un travailleur qui avait chuté d'une échelle d'une hauteur d'environ 4,5
mètres dans une fouille (TFA, U 144/05 du 27 décembre 2005; voir aussi
l'arrêt du 30 novembre 2005, U 21/06 consid. 4.5), ou encore dans le cas
d’un travailleur qui avait chuté d’une plateforme de 5.6 mètres de haut
(TF, arrêt 8C_207/2008 du 15 juin 2009). Il I'a en revanche admis dans le
cas d'un assuré qui, lors de travaux de démolition de boxes de garages,
s'est trouvé pressé contre une benne de déchets par un pan de mur en
plâtre s'écroulant sur lui tandis que le toit menaçait également de
s'effondrer, et qui a subi plusieurs fractures à la suite de cet événement
nécessitant une hospitalisation de plusieurs jours (TFA, arrêt U 89/99 du
10 juillet 2000).
Il faut relever en outre que chaque accident de gravité
moyenne a un certain caractère impressionnant, lequel ne suffit pas pour
remplir le critère du caractère particulièrement impressionnant (TF, arrêt
8C_1020/2008 du 8 avril 2009, consid. 5.2). En l’espèce, ni la hauteur ni la
crainte de la présence de rats dans la fosse à déchets ne suffisent pour
conférer à l'accident un caractère particulièrement impressionnant.
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26 -
cc) Une fracture Zwipp VII du calcanéus n'est pas d'une gravité ou
d'une nature particulières, propres, selon l'expérience, à entraîner des
troubles psychiques.
dd) Le traitement médical de la fracture n'a pas été d'une durée
anormalement longue ni entaché d'erreurs médicales qui aurait entraîné
une aggravation notable des séquelles de l'accident.
ee) Comme relevé plus haut, il faut admettre que le recourant a,
avec une vraisemblance prépondérante, souffert au moins pendant une
certaine période d'une algodystrophie. Même si cette atteinte n'est pas
elle-même dans un rapport de causalité naturelle avec l'accident, elle
remplit la condition d'une difficulté apparue au cours de la guérison ou
d'une complication importante.
ff) Le recourant a été en incapacité totale de travail pendant une
année, puis à 70 % à partir du 13 juin 2004 jusqu'au 9 mai 2007, date à
partir de laquelle sa capacité de travail a augmenté à 50 %. S'agissant de
la condition du degré et de la durée de l'incapacité de travail, seule
l'incapacité due aux lésions physiques en rapport de causalité avec
l'accident assuré est prise en considération. Or, on peut admettre avec
une vraisemblance prépondérante que l'incapacité de travail du recourant
était en grande partie due à l'algodystrophie, voire aux douleurs
lombaires, donc à des atteintes qui n'étaient pas dans un rapport de
causalité naturelle ou adéquate avec l'accident assuré. L'incapacité de
travail du recourant qui est susceptible d'être prise en compte n'avait
donc pas un degré et une durée suffisante pour remplir la condition
requise.
gg) Il découle de ce qui précède que seul un des critères énoncés
par la jurisprudence était rempli, à savoir celui de l'existence d'une
difficulté apparue en cours de guérison ou d'une complication importante.
Cela ne suffit pas pour admettre la causalité adéquate d'une atteinte à la
santé psychique, même si l'accident assuré est qualifié de gravité
moyenne.
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27 -
7.Le recourant conteste le taux d'invalidité fixé par la décision
attaquée au motif que sa capacité de travail aurait été considérée à tort
comme totale. Le litige porte ainsi sur la question de la capacité de gain
résiduelle sur le marché du travail entrant en considération pour lui
(art. 16 LPGA), donc sur l’aptitude du recourant à travailler dans une
activité adaptée.
a) Pour pouvoir déterminer la capacité de gain résiduelle sur le
marché du travail entrant en considération pour l’assuré, l'administration
(ou le juge, s'il y a eu un recours) a besoin de documents que le médecin,
éventuellement aussi d'autres spécialistes, doivent lui fournir. La tâche du
médecin consiste à porter un jugement sur l'état de santé et à indiquer
dans quelle mesure et pour quelles activités l'assuré est incapable de
travailler. En outre, les données médicales constituent un élément utile
pour déterminer quels travaux on peut encore, raisonnablement, exiger de
l'assuré (ATF 125 V 261 consid. 4).
Les constatations médicales peuvent être complétées par des
renseignements d'ordre professionnel, par exemple au terme d'un stage
dans un centre d'observation professionnel de l'assurance-invalidité, en
vue d'établir concrètement dans quelle mesure l'assuré est à même de
mettre en valeur une capacité de travail et de gain sur le marché du
travail. Il appartient alors au médecin de décrire les activités que l'on peut
encore raisonnablement attendre de l'assuré compte tenu de ses atteintes
à la santé (influence de ces atteintes sur sa capacité à travailler en
position debout et à se déplacer; nécessité d'aménager des pauses ou de
réduire le temps de travail en raison d'une moindre résistance à la fatigue,
par exemple), en exposant les motifs qui le conduisent à retenir telle ou
telle limitation de la capacité de travail. En revanche, il revient au
conseiller en réadaptation, non au médecin, d'indiquer quelles sont les
activités professionnelles concrètes entrant en considération sur la base
des renseignements médicaux et compte tenu des aptitudes résiduelles
de l'assuré. Dans ce contexte, l'expert médical et le conseiller en matière
-
28 -
professionnelle sont tenus d'exercer leurs tâches de manière
complémentaire, en collaboration étroite et réciproque (ATF 107 V 20
consid. 2b; TF I 778/05 du 11 janvier 2007, consid. 6, SVR 2006 IV no 10
- 39 [arrêt Z. du 26 octobre 2004, I 457/04] consid. 4.1, 2001 IV no 10
- 27 [arrêt S. du 8 février 2000, I 362/99]; Meyer-Blaser, Rechtsprechung
des Bundesgerichts zum IVG, p. 228).
Lorsqu'il s'agit d'examiner dans quelle mesure un assuré peut
encore exploiter économiquement sa capacité de gain résiduelle sur le
marché du travail entrant en considération pour lui (art. 16 LPGA), on ne
saurait subordonner la concrétisation des possibilités de travail et des
perspectives de gain à des exigences excessives; l'examen des faits doit
être mené de manière à garantir dans un cas particulier que le degré
d'invalidité est établi avec certitude. Il s'ensuit que pour évaluer
l'invalidité, il n'y a pas lieu d'examiner la question de savoir si un invalide
peut être placé eu égard aux conditions concrètes du marché du travail,
mais uniquement de se demander s'il pourrait encore exploiter
économiquement sa capacité résiduelle de travail lorsque les places de
travail disponibles correspondent à l'offre de la main-d’œuvre (arrêt I
198/97 du 7 juillet 1998 consid. 3b et les références, in VSI 1998 p. 293).
On ne saurait toutefois se fonder sur des possibilités de travail irréalistes.
Ainsi, on ne peut parler d'une activité exigible au sens de l'art. 16 LPGA,
lorsqu'elle ne peut être exercée que sous une forme tellement restreinte
qu'elle n'existe pratiquement pas sur le marché général du travail ou que
son exercice suppose de la part de l'employeur des concessions irréalistes
et que, de ce fait, il semble exclu de trouver un emploi correspondant (TF
9C_984/2008 du 4 mai 2009 consid. 4.1; I 350/89 du 30 avril 1991 consid.
3b, in RCC 1991 p. 329; I 329/88 du 25 janvier 1989 consid. 4a, in RCC
1989 p. 328).
b) En l'occurrence, le recourant estime que la décision attaquée
s’est à tort fondée sur l’avis médical du médecin-conseil de la CNA, le Dr
M.________, pour lui reconnaître une pleine capacité de travail dans un
poste adapté, à savoir une activité légère et largement sédentaire,
autorisant des positions alternées assise/debout. A son avis, c’est à tort
-
29 -
que l’autorité intimée a écarté les avis des Drs R.________ et Q.________ qui
évaluent sa capacité de travail à 50 % au maximum.
Dans son avis du 19 février 2008, le Dr Q.________ a expliqué
que s'il estime que la capacité de travail du recourant n'excède pas 50 %,
même dans un poste adapté où l'assuré serait partiellement assis et
partiellement mobile, c'est en raison des séquelles de la maladie de
Südeck (algodystrophie) survenues après fracture et opération du
calcanéus gauche et qui continuent à être manifestes, sous forme de
douleurs de dysesthésies et de troubles de la sensibilité du pied gauche.
Ces troubles gênent énormément le patient, qui ne parvient pas à rester
assis dans une même position plusieurs heures de suite. Or, nous avons vu
que l’algodystrophie n’est pas dans un rapport de causalité avec l’accident
assuré (cf. consid. 5a supra). Il en va de même des séquelles de
l'algodystrophie. Il est ainsi évident que l’avis du Dr Q.________ quant à la
capacité de travail du recourant n’est pas probant.
S’agissant de l’avis du Dr R., son évaluation de la
capacité de travail du recourant repose sur "la situation intriquée d'une
problématique bifocale à savoir périphérique et lombaire inférieure ainsi
que liée à une surcharge psychologique réactionnelle". D'une part, les
atteintes lombaires et psychologiques ne sont pas en relation de causalité
avec l'accident assuré, d'autre part le Dr R. ne distingue pas entre
l'algodystrophie et les autres atteintes au membre inférieur gauche
s'agissant de l'évaluation de la capacité de travail. Comme son
appréciation de la capacité de travail du recourant inclut des atteintes à la
santé qui ne sont pas dans un lien de causalité avec l’accident, elle ne
saurait être considérée comme probante.
Reste encore l’avis du Dr P.________ du 8 juillet 2009 qui évalue
à 50 % la capacité de travail du recourant "sur le plan orthopédique strict".
Cette évaluation repose sur le triple diagnostic de séquelle de fracture
Zwipp VII du calcanéus gauche, d’arthrose sous-talienne post-traumatique
gauche et de chronicisation de la symptomatologie douloureuse avec
expression complexe. Elle inclut ainsi sous l’expression "chronicisation de
la symptomatologie douloureuse avec expression complexe" les séquelles
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de l’algodystrophie (également appelée syndrome douloureux régional
complexe), donc une atteinte à la santé qui n’est pas dans un lien de
causalité avec l’accident. L’évaluation de la capacité de travail du
recourant par le Dr P.________ ne saurait dans ces conditions être
considérée comme probante.
Il découle de ce qui précède que les avis médicaux invoqués
par le recourant pour contester l’appréciation du médecin-conseil de la
CNA ne sont pas aptes à mettre cette appréciation en question. L’analyse
du Dr M.________ du 23 août 2006 prend en compte les plaintes de la
personne examinée, décrit bien le contexte médical et ses constatations
sont dûment motivées. Elle remplit donc les exigences de la jurisprudence
pour avoir pleine valeur probante. Elle est aussi confirmée par l’avis du Dr
T.________, du service de médecine des assurances de la CNA.
Conformément à la jurisprudence, le seul fait que ces deux médecins sont
employés de l’autorité intimée ne suffit pas pour leur dénier la valeurs
probante. Cela étant, c’est à juste titre que l’autorité intimée a fixé le taux
d’invalidité du recourant sur la base d’une pleine capacité de travail dans
une activité adaptée, eu égard aux seules atteintes à la santé qui sont
dans un rapport de causalité avec l’accident. Le recours est donc infondé
sur ce point.
8.Le recourant requiert que l’indemnité pour atteinte à l’intégrité
(ci-après : IPAI) soit fixée à 50'000 fr. sans motiver sa conclusion.
L’IPAI est calculée en fonction de la gravité de l’atteinte en
pour-cent du montant maximum du gain assuré (annexe 3 de l’OLAA),
lequel s’élève à 106'800 francs selon l’art. 22 al. 1 OLAA tel qu’en vigueur
lors de la décision attaquée. Une atteinte à l’intégrité de 50'000 fr.
équivaudrait ainsi à un pourcentage de 47 %. Or, une arthrose de la sous-
astragalienne pourrait atteindre au maximum 30 % pour une atteinte
grave selon la table 5.2 des atteintes à l’intégrité résultant d’une arthrose
qui est publiée par la CNA (révision 2000). L’autorité intimée a fixé l’IPAI à
15 %, correspondant à une arthrose de la sous-astragalienne avec
résection ou arthrodèse selon cette même table. Le recourant n’expose ni
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les raisons pour lesquelles l’atteinte à la santé subie par le recourant
devrait être qualifiée autrement qu’une arthrose avec arthrodèse,
conformément à la décision attaquée, ni quelle autre atteinte à l’intégrité
serait en question. Il ne ressort pas non plus du dossier que l’évaluation
faite par l’autorité intimée serait erronée. Le recours est donc infondé sur
ce point.
9.Le recourant requiert également que la CNA soit reconnue
débitrice à son égard d'un montant de 5'000 fr., valeur échue, du chef de
la prise en charge des frais médicaux. Il ne fournit aucune indication sur
les frais médicaux visés. Dans son opposition contre la décision du
23 mars 2007, il demandait à être mis pleinement au bénéfice des
prestations de la CNA, rétroactivement au 1
er
novembre 2006. Comme il
ne ressort pas du dossier que des frais médicaux antérieurs au 1
er
novembre 2006 n’auraient pas été pris en charge, on peut admettre que
les frais médicaux visés par la conclusion du recourant dans la présente
cause se rapporte à des frais médicaux postérieurs à la suppression des
prestations au 31 octobre 2006, conformément au courrier du 2 octobre
2006.
Selon l'art. 19 al. 1 LAA, le droit au traitement médical et aux
indemnités journalières cesse dès la naissance du droit à la rente; celui-ci
prend naissance dès qu’il n’y a plus lieu d’attendre de la continuation du
traitement médical une sensible amélioration de l’état de l’assuré et que
les éventuelles mesures de réadaptation de l’assurance-invalidité ont été
menées à terme.
Dans son avis médical du 23 août 2006, le Dr M.________ avait
déclaré que la fracture du calcanéus était aussi bien guérie que possible
que, du point de vue thérapeutique, que la poursuite de la physiothérapie
n'avait aucun sens et qu'un traitement d'antalgie invasif n'entraînerait
vraisemblablement que de nouvelles plaintes. De même, le Dr G.________,
consulté par le médecin traitant du recourant, déclarait le 27 octobre 2006
qu'il n'était pas du tout sûr que l'ablation du matériel d'ostéosynthèse