654
TRIBUNAL CANTONAL
255
PE12.024867-SSM
J U G E M E N T D E L A C O U R D ’ A P P E L P E N A L E
Présidence de MmeR O U L E A U
Juges:MM. Battistolo et Pellet
Greffière:MmeMolango
B., prévenu, représenté par Me Philippe Corpataux, défenseur
d’office à Fribourg, appelant et intimé,
et
Ministère public, représenté par la Procureure de l'arrondissement de
Lausanne, appelant par voie de jonction et intimé,
A., partie plaignante, représentée par Me Gilles Miauton, conseil
d’office à Lausanne, intimée.
1.1B.________ est né le [...] 1947 en Italie, pays dont il est
ressortissant. Il a effectué sa scolarité obligatoire dans son pays d’origine,
puis y a travaillé dans le domaine du bâtiment et de la construction. Arrivé
en Suisse à l’âge de 17 ans, il a travaillé jusqu’en 1996 dans le domaine
de la construction et a exercé parallèlement différentes activités dans le
secteur de la restauration. Il a également exploité une discothèque à
Morat pendant deux ans. A partir de 2007, ensuite de la faillite de sa
société, il s’est lancé dans la vente de fruits et légumes et a tenu un stand
de snack et boissons. Il détient toujours ce stand à l’heure actuelle qu’il
n’ouvre toutefois qu’à raison de deux jours par semaine. Au bénéfice
d’une rente AVS de 2'200 fr. par mois, il vit avec son épouse qui fait des
ménages à raison de 2 à 3 jours par semaine pour un revenu mensuel de
800 à 1'000 francs. Le couple a deux enfants, qui sont aujourd’hui
majeurs. Le logement conjugal est situé dans un immeuble propriété de
l’épouse. La location des deux autres appartements de cet immeuble
couvre les coûts et les charges du domicile familial. La prime d’assurance-
maladie du prévenu s’élève à 600 fr. par mois. Celui-ci a des dettes de
l’ordre de 70'000 à 80'000 francs. Il est suivi médicalement pour des
problèmes de diabète.
2.1E.________ est née le [...] 1999. Depuis le début de
l’adolescence, elle présente un trouble mixte des conduites et des
émotions ainsi qu’un trouble réactionnel de l’attachement de l’enfance. Sa
sœur, U., est née le [...] 2001. Elle souffre d’un retard cognitif de 4
ans environ. Orphelines de père, E. et U.________ sont les filles de
A..
Lorsque A. est arrivée en Suisse depuis le Brésil avec
ses deux filles, l’appelant – qui était un ami de S., la mère de celle-
ci – est allé les prendre en charge à l’aéroport. Par la suite, il a employé
A. au sein de son entreprise de construction. C’est dans ce
contexte que l’appelant a également noué des liens d’amitié avec
A.________ et ses filles, chez qui il se rendait régulièrement. Il a par ailleurs
entretenu des relations intimes avec S., puis avec A.. En
2010, alors qu’il exerçait son activité de commerçant ambulant,
notamment sur les marchés de [...], [...] et [...], le prévenu a proposé à
A.________ – qui se trouvait dans une situation financière difficile, celle-ci
ayant eu trois autres enfants et s’étant séparé de son mari – que sa fille
aînée l’accompagne sur les marchés afin qu’elle puisse gagner un peu
d’argent, ce qu’elle a accepté. U.________ voulant faire de même que sa
sœur, sa mère l’y a également autorisée. Les fillettes se sont alors
régulièrement rendues sur les marchés avec le prévenu. Il était aussi
-
16 -
fréquent que celui-ci vienne les chercher chez elles pour les emmener
faire une sortie avec l’autorisation de leur mère. Il est également arrivé au
prévenu de passer la nuit avec les filles et leur grand-mère à [...], où il
louait une chambre d’hôte. A quelques reprises, il y a passé la nuit seul
avec les deux enfants.
L’appelant était perçu par la famille et l’entourage des fillettes
comme une personne attentionnée, aimante envers les enfants, jouant
avec eux et leur offrant souvent des cadeaux et des friandises. Considéré
comme une personne de confiance et un membre de la famille, il devait
devenir le parrain de U..
2.2
2.2.1C’est dans ce contexte que, entre courant 2010 et l’automne
2012, à [...], [...], [...] et [...],B. a, à plusieurs reprises, abusé
sexuellement de E.________ et U.. Cela se passait lorsqu’il était seul
avec l’une d’elles ou avec les deux, à la fin des marchés, dans la chambre
d’hôte qu’il louait à [...] ou lorsqu’il les véhiculait. Il exigeait d’elles
qu’elles ne parlent pas des abus subis. Lorsque les fillettes essayaient de
s’y opposer, il haussait la voix et leur disait qu’il ne les prendrait plus avec
lui ou qu’elles pourraient être expulsées de Suisse si elles ne
l’accompagnaient pas pour gagner un peu d’argent pour leur famille. Ces
dernières obtempéraient par crainte non seulement du prévenu mais
également de leur mère, laquelle avait pleinement confiance en celui-ci.
L’appelant n’a en outre pas tenu compte de leur refus et de leur résistance
physique. Il leur disait par ailleurs qu’il leur remettrait de l’argent ou leur
ferait des cadeaux si elles se laissaient faire et faisaient ce qu’il voulait. Il
les a également contraintes physiquement, par exemple en tirant les
oreilles ou le bras de E. pour qu’elle pose sa tête sur ses jambes
près de son sexe, en déshabillant les fillettes malgré leur refus, ou encore
en leur prenant la main pour la poser sur son sexe.
L’activité délictueuse de B.________ peut être détaillée comme
suit :
-
17 -
2.2.2Abus sexuels commis sur E.________ :
-
A une dizaine de reprises, alors qu’il circulait en voiture avec
la prénommée, l’appelant a sorti son sexe de son pantalon et a exigé de
E.________ qu’elle le masturbe jusqu’à l’éjaculation. Lorsqu’elle refusait, il
lui tirait les oreilles ou le bras pour qu'elle mette sa tête sur ses cuisses à
proximité de son sexe.
-A [...], dans sa roulotte de vente de kebabs, le prévenu, qui
venait de fermer son stand, a enlevé le pantalon de E.________ et lui a
introduit un doigt dans le vagin.
-
A [...], sur le parking du magasin [...], le prévenu a donné des
baisers sur le ventre de la jeune fille et lui a touché les seins. Il a ensuite
embrassé le sexe de celle-ci en y introduisant sa langue et s’est
simultanément masturbé jusqu’à l’éjaculation. Enfin, il a caressé le sexe
de la fillette et pris 3 ou 4 photos de cette partie du corps avec son
IPhone. E.________ les a ensuite effacées.
-
Entre [...] et [...], alors qu’il circulait en voiture avec la
prénommée, le prévenu s’est masturbé en sa présence.
-
A un endroit indéterminé, B.________ a photographié le milieu
du corps de E.________ en faisant un gros plan sur le string qu’elle portait.
-
A plusieurs reprises, le prévenu a touché les fesses de la
jeune fille en faisant mine de lui donner une fessée.
2.2.3Abus sexuels commis sur U.________ :
-
A [...], l’appelant, qui était dans sa voiture avec la
prénommée, a caressé les fesses de celle-ci et lui a introduit un doigt dans
l’anus ou les fesses.
-
A [...], le 17 octobre 2012, le prévenu a embrassé et
photographié le sexe de la jeune fille.
-
A [...], alors qu’il passait la nuit dans une chambre d’hôte
avec S.________ et U.________, le prévenu a caressé le sexe et les fesses de
la fillette et lui a mis un doigt dans l’anus ou entre les fesses.
-
A [...], alors qu’il passait la nuit dans une chambre d’hôte
avec U.________ et E.________, l’appelant a appelé cette dernière, qui était
-
18 -
en train de dormir avec sa sœur, pour qu’elle vienne le rejoindre.
E.________ a refusé et a fait ensuite semblant de dormir. Le prévenu est
alors allé vers U., l’a déshabillée, puis a embrassé et léché le sexe
de cette dernière.
2.2.4Abus sexuels commis sur E. et U.________ :
A Saignelégier/JU, alors qu’il passait la nuit dans une chambre
d’hôte avec U.________ et E., B. a exigé de cette dernière
qu’elle enlève son pyjama. Il a ensuite introduit son sexe dans le vagin de
la jeune fille, qui a réagi en lui disant qu’elle avait mal. Le prévenu s’est
alors retiré avant d’avoir pu introduire entièrement son sexe dans
l’intimité de l’enfant. Il a ensuite caressé U.________ – qui s’était entre-
temps réveillée et s’était mise à pleurer en constatant ce qu’il faisait à sa
sœur – au niveau de la tête, des épaules et du dos. Il l’a aussi caressée au
niveau des fesses par-dessous son pyjama.
2.3Le 12 décembre 2012, le Service de protection de la jeunesse
a dénoncé B..
Le 22 décembre 2012, A. a déposé plainte contre ce
dernier et s’est constituée demandeur au pénal et au civil.
E n d r o i t :
1.Interjetés dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP) par
une partie ayant la qualité pour recourir contre le jugement d’un tribunal
de première instance ayant clos la procédure (art. 398 al. 1 CPP), l’appel
de B.________ et l’appel joint du Ministère public sont recevables.
2.Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un
plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2).
L’appel peut être formé (a) pour violation du droit, y compris l’excès et
-
19 -
l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié,
(b) pour constatation incomplète ou erronée des faits et (c) pour
inopportunité (al. 3).
L'appel doit permettre un nouvel examen au fond par la
juridiction d'appel. Celle-ci ne doit pas se borner à rechercher les erreurs
du juge précédent et à critiquer le jugement de ce dernier; elle doit tenir
ses propres débats et prendre sa décision sous sa responsabilité et selon
sa libre conviction, qui doit reposer sur le dossier et sa propre
administration des preuves. L'appel tend à la répétition de l'examen des
faits et au prononcé d'un nouveau jugement. L'immédiateté des preuves
ne s'impose toutefois pas en instance d'appel. Selon l'art. 389 al. 1 CPP, la
procédure d'appel se fonde sur les preuves administrées pendant la
procédure préliminaire et la procédure de première instance. La juridiction
d'appel administre, d'office ou à la demande d'une partie, les preuves
complémentaires nécessaires au traitement de l’appel (art. 389 al. 3 CPP;
TF 6B_78/2012 du 27 août 2012).
I.Appel de B.________
3.Le prévenu fait grief aux premiers juges d’avoir violé la
présomption d’innocence et le principe in dubio pro reo en retenant la
version qui lui était la plus défavorable. S’il admet certains attouchements,
il conteste que ses agissements aient commencé avant avril 2012. Par
ailleurs, il nie avoir pénétré E.________ et conteste avoir fait usage de
contrainte, en particulier physique. Il soutient qu’il n’y a aucune preuve
suffisante et que les fillettes ne sont pas crédibles. Enfin, le fait qu’il n’ait
pas été diagnostiqué « pédophile » démontrerait que ce qui est arrivé
résultait d’un « hasard des choses », notamment de « discussions et
comportements qui se sont donnés et produits au fil du temps entre lui et
les deux filles ».
3.1A teneur de l'art. 10 CPP, toute personne est présumée
innocente tant qu'elle n'est pas condamnée par un jugement entré en
-
20 -
force (al. 1). Le tribunal apprécie librement les preuves recueillies selon
l'intime conviction qu'il retire de l'ensemble de la procédure (al. 2).
Lorsque subsistent des doutes insurmontables quant aux éléments
factuels justifiant une condamnation, le tribunal se fonde sur l'état de fait
le plus favorable au prévenu (al. 3).
La présomption d’innocence, garantie par les art. 14 par. 2
Pacte ONU Il (Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16
décembre 1966, RS 0.103.2), 6 par. 2 CEDH (Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
RS 0.101) et 32 al. 1 Cst. (Constitution fédérale de la Confédération suisse
du 18 avril 1999, RS 101), ainsi que son corollaire, le principe in dubio pro
reo, concernent tant le fardeau de la preuve que l’appréciation des
preuves. En tant que règle relative au fardeau de la preuve, la
présomption d’innocence signifie que toute personne prévenue d’une
infraction pénale doit être présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité soit légalement établie et, partant, qu’il appartient à
l’accusation de prouver la culpabilité de celle-là (ATF 127 I 38 c. 2a; TF
6B_831/2009 du 25 mars 2010 c. 2.2.1). Comme règle d’appréciation des
preuves, le principe in dubio pro reo est violé si le juge du fond se déclare
convaincu de faits défavorables à l’accusé sur lesquels, compte tenu des
éléments de preuve qui lui sont soumis, il aurait au contraire dû,
objectivement, éprouver des doutes; on parle alors de doutes raisonnables
(cf. ATF 120 la 31 c. 2c; TF 6B_831/2009 précité, c. 2.2.2).
La constatation des faits est incomplète lorsque toutes les
circonstances de fait et tous les moyens de preuve déterminants pour le
jugement n'ont pas été pris en compte par le tribunal de première
instance. Elle est erronée lorsque le tribunal a omis d'administrer la
preuve d'un fait pertinent, a apprécié de manière erronée le résultat de
l'administration d'un moyen de preuve ou a fondé sa décision sur des faits
erronés, en contradiction avec les pièces, par exemple (Kistler Vianin, in :
Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011,
n. 19 ad art. 398 CPP).
3.2
-
21 -
3.2.1En l’espèce, contrairement à ce que soutient le prévenu, les
déclarations des victimes sont fiables. Certes, E.________ présente des
troubles de l’apprentissage et du comportement (mensonges, exposition
au danger, attitude séductrice inadéquate, etc.; cf. P. 108) – ces troubles,
apparus dès le début de l’adolescence, étant vraisemblablement une
conséquence des abus subis –, et U.________ souffre d’un retard cognitif (P.
114/2) qui rend sa pensée parfois difficile à suivre. Une invention intégrale
est cependant exclue, le prévenu ayant admis une partie des faits. De
plus, dans la mesure où l’intéressé reconnaît que les accusations des
fillettes ne sont pas totalement mensongères, c’est en vain que celui-ci se
prévaut du fait que la grand-mère des fillettes a mis en doute leurs
propos. Pour le reste, rien ne vient soutenir l’hypothèse de l’exagération :
les procès-verbaux d’audition des fillettes font état de propos mesurés; la
mère des enfants a indiqué que celles-ci ne mentiraient pas sur un sujet
aussi important (PV aud. 1, p. 2 et 3); cela semble également être l’avis
des frères [...], voisins et amis des deux filles, qui ont recueilli des
confidences avant la dénonciation et observé que celles-ci ne se vantaient
pas, ne fournissaient pas de détail et avaient l’air perturbées (PV aud. 5
et 6); enfin, la psychiatre de E.________ a noté que le sujet des abus était
douloureux pour elle. Au surplus, le prévenu, qui relève que les victimes
n’ont été entendues qu’à une seule reprise, n’a pas requis de deuxième
audition ni d’expertise de crédibilité. Cela est de toute manière sans
pertinence dès lors que les fillettes ont constamment confirmé leurs
accusations, à savoir à leurs voisins (PV aud. 5 et 6), à leur mère (PV aud.
1), à l’éducatrice (P. 23), au psychiatre (P. 108) ainsi qu’à la gynécologue
(P. 115). Au demeurant, l’usage d’expressions manifestement mal
comprises (« faire l’amour ») par des petites filles qui de surcroît ne sont
pas de langue maternelle française et la présence de petites
contradictions de détail dans leurs discours ne sont pas de nature à mettre
en cause la sincérité des victimes et démontrent au contraire qu’il ne
s’agit pas d’un discours appris ou préparé.
Pour sa part, le prévenu n’est pas crédible. Il n’a pas cessé de
changer de version, au point que l’expert psychiatre a noté ces
revirements « à répétition » (P. 64, p. 4). De surcroît, dans l’espoir de
-
22 -
bénéficier d’une procédure simplifiée, il est allé jusqu’à déclarer admettre
ce qui lui était reproché (P. 85).
3.2.2S’agissant de l’époque, la durée et la fréquence des abus,
E., entendue en décembre 2012 (cf. P. 6), a déclaré que c’était
arrivé « souvent » (p. 3, 15m29s), « à chaque fois » (p. 3, 15m31s), qu’elle
était allée environ 30 fois avec le prévenu, qu’elle ne se souvenait pas
quand cela avait commencé mais que c’était il y a plusieurs années (p. 4,
15m45s) et qu’elle avait « 12 ou 11 ans quand ça a commencé » (p. 5,
15m55s). Avant son audition à la police, elle s’est confiée à ses voisins et
selon [...], les premières confidences dataient de plus d’un an (PV aud. 6,
p. 2, R. 5). En décembre 2012, E. a pareillement déclaré à son
éducatrice avoir été abusée deux ans auparavant (P. 23/1). A la
psychiatre, elle a indiqué avoir subi des abus depuis l’âge de 9 ans environ
(P. 108, p. 2). Il ressort par ailleurs du dossier que les fillettes
accompagnaient le prévenu depuis 2010 à tout le moins (PV 3, pp. 5-6, R.
9; P. 16 et 12, R. 22; PV aud. 11, p. 3). Le prévenu a parlé de l’année 2011
en cours d’enquête (PV aud. 2, p. 8, R. 13; PV aud. 10, p. 2) et a relevé
dans son appel (P. 137/1, p. 5) que « cela faisait plusieurs années » que
les enfants venaient avec lui. Quant à la police, elle arrive à la conclusion
que les faits, qui n’ont pas pu être formellement datés, se sont
« manifestement déroulés en 2011 et/ou 2012 » (P. 78, p. 7). Au
demeurant, une exagération sous forme « temporelle », venant d’un
enfant ne mesurant pas la portée d’une telle circonstance, est
invraisemblable; elle aurait au contraire porté sur la nature des actes
commis. Enfin, la confidence faite plus d’une année avant décembre 2012
à [...] démontre que les faits ont commencé avant 2012.
Au vu des éléments qui précèdent, l’estimation temporelle de
l’époque et de la durée des agissements du prévenu faite dans l’acte
d’accusation et suivie par les premiers juges est adéquate.
3.2.3S’agissant de l’acte de pénétration partielle, E.________ a
proféré une accusation claire, précise et mesurée, qui est dès lors
crédible. L’appelant, qui n’a de cesse de minimiser la gravité de ses actes
-
23 -
et d’en rejeter la responsabilité sur ses victimes, ne peut être suivi dans
ses dénégations. Enfin, et contrairement à ce qu’affirme le prévenu, à
savoir que U.________ contesterait cette pénétration et laisserait entendre
que sa soeur aurait menti sur ce point, force est de constater qu’aucune
déclaration de la fillette ne peut être comprise dans ce sens (P. 7).
3.2.4En ce qui concerne la contrainte, il faut constater que
E.________ a bien essayé de dire non, mais que le prévenu n’en a pas tenu
compte et a poursuivi ses attouchements (P. 6, 15m36s, 15m40s et
15m46s), ou encore de résister physiquement puisqu’elle l’a frappé pour
l’empêcher de lui toucher les seins plus longtemps (15m58s). lI y a
également eu des gestes de contrainte physique, dès lors que le prévenu
a tiré les oreilles ou le bras de E.________ pour qu’elle pose la tête sur ses
jambes près de son sexe (15m36s), l’a obligée à enlever son pyjama
(15m40s) ou lui a enlevé lui-même son pantalon (1m46s). Quant à
U., elle a expliqué que le prévenu la touchait dans la voiture alors
qu’elle ne voulait pas et qu’elle le lui avait dit à plusieurs reprises; qu’elle
avait voulu sortir du véhicule mais qu’il ne l’avait pas laissée s’en aller (P.
7, p. 2), qu’elle avait enlevé la main du prévenu et l’avait « engueulé »
pour lui signifier qu’elle n’acceptait pas ce qu’il lui faisait (p. 3) et qu’il
l’avait déshabillée (p. 3). En outre, elle a dit à son voisin que le prévenu
avait pris sa main et l’avait posée sur son sexe (PV aud. 5, p. 3). [...] a
d’ailleurs confirmé que le prévenu avait déshabillé sa petite soeur (P. 6,
15m51s).
Il y a également eu des pressions d’ordre psychologique. En
effet, le prévenu « gueulait » sur E. si elle disait non et ajoutait
qu’il ne la prendrait plus avec lui lors de ses tournées (16m18s). De plus,
selon la mère des enfants, « il [l’appelant] disait souvent que vu qu’on
était six à la maison, on risquait de manquer d’argent et qu’on risquait
donc de nous renvoyer au Brésil. Il ajoutait que comme E.________ et
U.________ étaient grandes, il fallait quand même qu’elles travaillent pour
pas qu’on nous expulse. Il disait ça devant mes filles. Je pense que c’est
peut-être pour cela que mes filles sont allées avec lui. Je pense en effet
qu’elles comprenaient cela comme une menace. Un jour, j’ai même fini
-
24 -
par appeler Francesco pour lui dire qu’il ne devait plus dire cela devant
mes filles [...] » (PV aud. 11, p. 6).
C’est donc en vain que l’appelant oppose sa version fluctuante
des faits à celle des victimes, dont il n’y a aucune raison de douter. Enfin,
on ne voit pas en quoi l’absence de diagnostic de pédophilie constituerait
une preuve que le prévenu ne ment pas lorsqu’il affirme avoir été
provoqué.
3.3En définitive, compte tenu de ce qui précède, les premiers
juges ont correctement établis les faits et aucune violation de la
présomption d’innocence ne saurait leur être reprochée.
Mal fondé, ce grief doit être rejeté.
4.L’appelant conteste les accusations de contrainte sexuelle et
viol, faute de contrainte.
4.1Aux termes de l'art. 189 al. 1 CPP celui qui, notamment en
usant de menace ou de violence envers une personne, en exerçant sur
elle des pressions d’ordre psychique ou en la mettant hors d’état de
résister l’aura contrainte à subir un acte analogue à l’acte sexuel ou un
autre acte d’ordre sexuel, sera puni d’une peine privative de liberté de dix
ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Selon l'art. 190 al. 1 CP, celui qui,
notamment en usant de menace ou de violence, en exerçant sur sa
victime des pressions d'ordre psychique ou en la mettant hors d'état de
résister, aura contraint une personne de sexe féminin à subir l'acte sexuel,
sera puni d'une peine privative de liberté de un à dix ans.
L’art. 189 CP suppose les mêmes moyens et la même situation
de contrainte que le viol (ATF 119 IV 309 c. 7b).
Pour que la contrainte soit réalisée, il faut que l’auteur crée
une situation de contrainte dans un contexte donné, ce qui n’oblige pas
que la contrainte soit à nouveau utilisée pour chacun de ses actes. Il suffit
que la victime ait dans un premier temps opposé de la résistance dans la
-
25 -
mesure où elle pouvait le faire et que par la suite l’auteur réactualise sa
contrainte de manière à pouvoir encore abuser de sa victime (ATF 131 IV
107 c. 2.4; TF 6P.197/2006 du 23 mars 2007 c. 8.1 et les réf. citées; TF
6P.46/2000 du 10 avril 2001 c. 8c/aa).
Le fait que la loi mentionne parmi les moyens de contrainte
possibles l'exercice d'une pression psychique montre clairement que
l'infraction peut aussi être réalisée sans que l'auteur recourt à la force à
proprement parler. Il peut au contraire suffire que pour d'autres raisons la
victime se soit trouvée dans une situation telle que sa soumission est
compréhensible eu égard aux circonstances. Pour déterminer si on se
trouve en présence d'une contrainte sexuelle, il faut procéder à une
appréciation globale des circonstances concrètes déterminantes (ATF 131
IV 107 c. 2.2). Compte tenu du caractère de délit de violence que revêt la
contrainte sexuelle, la pression psychique générée par l'auteur doit
atteindre une intensité particulière (ibid. c. 3.1 et les arrêts cités).
L'infériorité cognitive ainsi que la dépendance émotionnelle et sociale
peuvent, particulièrement chez les enfants et les adolescents, induire une
énorme pression qui les rend incapables de s'opposer à des atteintes de
nature sexuelle. Toutefois, pour que la contrainte soit réalisée, il faut au
moins que les circonstances concrètes rendent la soumission
compréhensible. L'exploitation d'un lien de dépendance ou d'amitié ne
suffit à elle seule en général pas à générer une pression psychique
suffisante au regard de l'art. 189 al. 1 CP (voir ATF 131 IV 107 c. 2.2 et les
arrêts cités). On peut attendre d'adultes en pleine possession de leurs
facultés une résistance supérieure à celle que des enfants sont en mesure
d'opposer (ATF 131 IV 167 c. 3.1 et les arrêts cités).
4.2En l’occurrence, les premiers juges ont retenu que si le
prévenu avait à quelques reprises eu recours à la force physique, la
contrainte résultait surtout des relations toutes particulières des parties.
Ils ont relevé que l’appelant était un « ami de la famille », que les adultes
avaient confiance en lui, que les enfants l’aimaient bien, qu’il était
généreux et la famille des victimes fort modeste, et que les fillettes
s’étaient par conséquent trouvées dans un conflit de conscience.
-
26 -
La cour de céans reprend à son compte la motivation
pertinente des premiers juges. Au surplus, il convient de tenir compte des
éléments suivants :
-
le jeune âge des victimes au moment des faits : E.________
n’avait que 12 ans en janvier 2011, sa sœur 10 en novembre 2011 ;
-
la situation de la famille (P. 104/6 et 104/23, 107/8 à 11) : la
mère rencontrait des difficultés à éduquer ses deux filles, leur père étant
décédé et le beau-père n’étant pas très présent depuis la séparation du
couple en 2007 (jgt., p. 4) ;
-
les problèmes de développement dont souffraient les deux
victimes, à savoir les troubles de l’apprentissage pour E.________ et le
retard cognitif pour U.________ ;
-
la différence d’âge et de force physique : le prévenu est un
homme d’une certaine corpulence, les victimes des fillettes ;
-
les circonstances dans lesquelles ont eu lieu les abus : le
prévenu s’en prenait aux filles pendant les trajets en voiture ou dans une
chambre d’hôte située loin de leur domicile. Celles-ci n’avaient donc
aucune possibilité matérielle d’échapper à leur prédateur ;
-
et enfin, les pressions psychologiques exercées (« si vous ne
venez pas travailler pour gagner de l’argent, vous pourriez être expulsées
de Suisse »).
Dans ces conditions, les fillettes n’étaient à l’évidence pas en
mesure de résister davantage qu’elles ne l’ont fait. Lors de son audition,
E.________ a d’ailleurs décrit son sentiment d’impuissance (cf. P. 6,
15m46s : « je pouvais rien faire. J’avais peur de lui. Qu’il me fasse quelque
chose de mal »).
-
27 -
Le moyen de contrainte étant établi, la condamnation de
B.________ pour contrainte sexuelle et viol doit par conséquent être
confirmée.
5.L’appelant soutient que la peine est excessive. Son
argumentation est liée en premier lieu à sa contestation d’une partie des
faits. Pour le reste, il fait valoir que sa volonté délictueuse était très faible,
dès lors qu’il n’a jamais eu l’intention de faire de mal à ses victimes. Il
soutient également qu’il y a lieu de tenir compte de l’attitude séductrice et
inadéquate de E.________.
5.1Selon l’art. 47 CP, le juge fixe la peine d’après la culpabilité de
l’auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation
personnelle de ce dernier ainsi que l’effet de la peine sur son avenir (al. 1).
La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en
danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de
l’acte, par les motivations et les buts de l’auteur et par la mesure dans
laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte
tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l’auteur doit être évaluée en fonction de tous
les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l’acte lui-même, à savoir
notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l’acte et
son mode d’exécution. Du point de vue subjectif, sont pris en compte
l’intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de
l’auteur. A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs
liés à l’auteur lui-même, à savoir les antécédents, la réputation, la
situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation
professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de
même que le comportement après l’acte et au cours de la procédure
pénale (ATF 134 IV 17 c. 2.1; ATF 129 IV 6 c. 6.1).
5.2En l’espèce, la version des faits de l’appelant étant rejetée,
son premier moyen est mal fondé. S’agissant de sa volonté, si on peut
-
28 -
admettre qu’il n’a pas eu pour but de faire du mal physiquement à ses
victimes (il a notamment interrompu la pénétration de E.________
lorsqu’elle lui a dit qu’elle avait mal; cf. P. 6, 15m40s), il l’a tout de même
accepté à certaines occasions. En effet, U.________ a signalé des douleurs
lors de tentatives de pénétration dans l’anus avec le doigt (P. 7, p. 3). De
plus, et surtout, le prévenu ne s’est nullement préoccupé de leur état
mental et de leur volonté. Il est père d’une fille et a une intelligence
normale; il ne pouvait donc pas ignorer le mal psychologique qu’il faisait.
Quant à l’attitude « provocatrice » des victimes, notamment de E.________,
à supposer qu’elle soit avérée ce qui n’est pas le cas – aucun élément au
dossier n’indiquant un comportement déplacé avant les faits, les attitudes
inadéquates actuelles étant vraisemblablement une conséquence des
abus –, elle ne constitue à l’évidence pas une excuse s’agissant d’enfants.
Il appartient en effet à l’adulte de poser les limites.
Les arguments de l’appelant sont ainsi tous mal fondés. Pour
le surplus, la quotité de la peine sera examinée ci-après avec l’appel joint
du Ministère public.
6.L’appelant demande une réduction des indemnités allouées
aux victimes, d’une part, parce qu’il conteste les faits et, d’autre part,
parce qu’il n’a pas les moyens financiers. En outre, il fait valoir que les
fillettes rencontraient déjà des problèmes avant la présente affaire,
résultant notamment du contexte familial et de négligences
éducationnelles.
6.1En vertu de l'art. 47 CO, le juge peut, en tenant compte de
circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles une
indemnité équitable à titre de réparation morale.
L'indemnité a pour but exclusif de compenser le préjudice que
représente une atteinte au bien-être moral. Le principe d'une
indemnisation du tort moral et l'ampleur de la réparation dépendent d'une
manière décisive de la gravité de l'atteinte et de la possibilité d'adoucir de
-
29 -
façon sensible, par le versement d'une somme d'argent, la douleur
physique ou morale (ATF 132 III 117 c. 2.2.2; ATF
123 III 306 c. 9b).
6.2En l’occurrence, les faits étant établis, il n’y a pas matière à
réduction des indemnités pour ce motif. Pour le surplus, les montants
alloués sont adéquats par rapport aux actes subis. Quant à l’impécuniosité
du prévenu, elle ne saurait l’exonérer de ses responsabilités. Enfin, le fait
que les filles souffraient déjà de négligences familiales ne signifie pas
encore qu’elles n’aient pas souffert des agissements du prévenu. Au
contraire, il ressort du dossier que les troubles sont liés aux abus (attitude
désinhibée inadéquate) et que le sujet est pénible pour elles (P. 108 et
114/2).
Ce grief doit par conséquent être également rejeté.
II.Appel joint du Ministère public
7.Le Ministère public estime qu’au vu de l’ampleur des abus et
de la gravité de l’atteinte causée, des motivations égoïstes du prévenu et
de l’absence de prise de conscience, la peine prononcée est trop
clémente.
7.1Les premiers juges ont considéré que la culpabilité de
B.________ était très lourde. Ils ont relevé que ce dernier avait profité de
ses relations privilégiées avec la famille des fillettes, qu’il avait agi à
réitérées reprises durant plusieurs années et qu’il ne s’agissait donc pas
d’un coup de folie. Ses agissements étaient d’autant moins
compréhensibles qu’il était capable d’avoir une sexualité normale
n’enfreignant pas la loi. Il ne s’était arrêté que parce que [...] avait révélé
les faits. De plus, il n’avait pas pris conscience de ses torts puisqu’il
persistait à minimiser ses actes, à se présenter comme une victime des
sollicitations des enfants, à nier toute mauvaise intention et à contester
avoir fait du mal aux fillettes. Les regrets exprimés sonnaient dès lors
creux. A charge, les premiers juges ont encore retenu le concours
-
30 -
d’infractions et les antécédents, même s’il s’agissait d’infractions d’une
autre nature. Pour le reste, ils ont estimé qu’il n’y avait aucune
circonstance à décharge.
7.2La cour de céans reprend à son compte l’appréciation
adéquate des premiers juges. Les actes d’ordre sexuel commis sont
graves et les fillettes très jeunes. Le prévenu n’a aucun interdit. Tout en
affirmant qu’il se considérait comme un père pour ces enfants, il parvient
à tenir des propos odieux sur elles (« les filles ont peut-être préparé leur
coup depuis le vacances d’été »; « elle m’a [...] fait comprendre qu’elle
attendait quelque chose de moi, soit du sexe »; « elle est éveillée sur
certains sujets mais pas sur d’autres »; « c’est elle qui a voulu qu’on le
fasse »; « E.________ a sa part de responsabilité »; « je ne l’ai jamais
contrainte à quoi que ce soit. Elle voulait de l’argent »; « ce qui s’est passé
[...] est de la faute tant de moi que de E.________ »; « tout ce qui est arrivé,
c’était de la volonté de E.________ »; « les filles font entre elles leurs
combines. Il ne faut pas me mêler à ça »; « [...] avant de se mettre à
cheval sur moi comme une experte »; « je lui ai dit qu’elle était trop jeune
[...] elle a eu un rire sarcastique »; « vous savez, si une fille ne veut pas
qu’on la touche, elle le dit »; « elle m’a provoqué à chaque fois »; « les
filles me disaient donne-moi 10 fr. et je te fais quelque chose (sous-
entendu du sexe). Je n’ai pas accepté à chaque fois, sinon c’était ma fin »;
« les filles ont un âge où elles peuvent refuser ce qu’elles ne veulent
pas »; « elles savent bien faire comprendre ce qu’elles veulent » ; « à de
nombreuses reprises (ndr : les filles ont fait des propositions sexuelles)
mais je n’y ai pas donné suite »; « j’ai pris ce cliché pour rigoler »; « ces
deux filles sont sacrément tordues »; « je me demande si ensemble (ndr:
les filles et leurs voisins), ils n’ont pas monté cette histoire et exagéré les
faits »; « elle savait très bien ce qu’elle voulait et où elle voulait en venir
avec moi »; « elle ne pleurait pas parce qu’elle avait peur. Je pense qu’elle
pleurait parce qu’elle n’avait pas pu faire le même jeu qu’avait fait sa
soeur. [...] je soupçonne qu’elle aurait aussi voulu monter à cheval sur
moi »). Au surplus, le prévenu était conscient que les fillettes souffraient
d’un « déficit éducationnel » (PV aud. 8, p. 23). Il convient en outre de
rappeler que le prévenu a une responsabilité pénale entière ainsi qu’une
-
31 -
intelligence normale; il a une femme et une fille. Il n’a toutefois jamais
considéré ses victimes comme des personnes susceptibles d’avoir une
volonté et de souffrir. Il a fait non pas une, mais deux victimes très jeunes,
et est passé outre leur refus. Il persiste dans un mode de défense
insoutenable, alors qu’il n’a pas perdu contact avec la réalité, selon
l’expert.
Ainsi, au regard des éléments qui précèdent, la peine infligée
par les premiers juges apparaît trop clémente. Compte tenu de la
culpabilité du prévenu et de la gravité de ses actes, une peine privative de
liberté de 4,5 ans réprime adéquatement ses agissements.
III.Conclusions
8.En définitive, l’appel de B.________ doit être rejeté et l’appel
joint du Ministère public admis en ce sens qu’une peine privative de liberté
de 4,5 ans est prononcée à l’encontre du prévenu, sous déduction de la
détention provisoire subie. Pour le surplus, le jugement entrepris doit être
confirmé.
9.Vu l’issue de la cause, les frais de la présente procédure,
constitués de l’émolument de jugement, par 2’900 fr., ainsi que de
l’indemnité allouée au défenseur d'office du prévenu, par 3’682 fr. 80, TVA
et débours inclus, et celle allouée au conseil d'office de la partie
plaignante, par 1’544 fr. 40, TVA et débours inclus, sont mis à la charge de
B.________ (428 al. 1 CPP).
Ce dernier ne sera tenu de rembourser à l’Etat le montant des
indemnités d'office précitées que lorsque sa situation financière le
permettra (art. 135 al. 4 let. a CPP).
S’agissant de l’indemnité réclamée par Me Corpataux, on
précisera que celui-ci a produit une liste d’opérations faisant état de 19,33
heures d’activité (P. 150). Compte tenu de la nature de la cause, de la
-
32 -
connaissance du dossier acquise en première instance et des opérations
nécessaires pour la défense des intérêts de son client, ce nombre est trop
élevé. Tout bien considéré et vu l’appel joint, il sera tenu compte de 18
heures d’activité. C’est donc une indemnité de 3'682 fr. 80, y compris la
TVA, une vacation à 120 fr. et 50 fr. de débours, qui doit être allouée à Me
Corpataux pour la procédure d’appel.
Par ces motifs,
la Cour d’appel pénale,
appliquant les articles 40, 47, 49, 50, 51, 69,
187 ch. 1, 189 al. 1, 190 al. 1 CP et 398 ss CPP,
prononce :
I. L’appel de B.________ est rejeté.
II. L’appel joint du Ministère public est admis.
III. Le jugement rendu le 5 mai 2014 par le Tribunal correctionnel
de l’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois est
modifié au chiffre III de son dispositif, le dispositif du jugement
étant désormais le suivant :
"I.libère B.________ du chef de prévention d’abus de la
détresse;
II.constate que B.________ s’est rendu coupable d’actes
d’ordre sexuel avec des enfants, contrainte sexuelle et viol;
III.condamne B.________ à une peine privative de liberté de
4,5 ans (quatre ans et demi), sous déduction de 291 jours de
détention avant jugement;
IV.renonce à révoquer le sursis accordé à B.________ le
11 septembre 2009 par l’Office des juges d’instruction de
Fribourg;
-
33 -
V.confirme à toutes fins utiles la mesure de substitution à
la détention provisoire et pour motifs de sûreté, à savoir
qu’interdiction est signifiée à B.________ de s’approcher ou
d’entrer en contact, de quelque manière que ce soit, avec
E.________ et U., ainsi qu’avec les membres de leur
famille et leur entourage;
VI.dit que B. est le débiteur et doit immédiat
paiement des montants suivants à titre de réparation du tort
moral subi :
-
15'000 fr. avec intérêt à 5 % dès le 1
er
janvier 2011 pour
E.________,
-
10'000 fr. avec intérêt à 5 % dès le 1
er
janvier 2011 pour
U.;
VII.ordonne la confiscation et le maintien au dossier à titre
de pièce à conviction, jusqu’à jugement définitif et exécutoire,
de la carte mémoire OLYMPUS XD 2 GB séquestrée sous fiche
n° 55486;
VIII. ordonne la restitution à B., dès jugement définitif
et exécutoire, de l’appareil photo OLYMPUS Camedia C370 et
de la pochette LOWEPRO noire séquestrés sous fiche
n° 55486;
IX.ordonne le maintien au dossier à titre de pièces à
conviction des DVD et CD qui y figurent déjà sous fiches
n° 54673, 54674, 56357, 56358;
X.met une partie des frais de la cause par 39'729 fr. 10 à la
charge de B., y compris les indemnités allouées à son
précédent défenseur d’office Me Georges Reymond, au conseil
d’office de A., Me Gilles Miauton, par 2064 fr. 95, ainsi
qu’au précédent conseil d’office de cette dernière, Me Sofia
Arsenio, le solde étant laissé à la charge de l’Etat;
XI.dit que le remboursement à l’état des indemnités
mentionnées sous chiffre X ci-dessus ne pourra être exigé de
B.________ que dans la mesure où sa situation financière se
sera améliorée et le permettra."
-
34 -
IV. Une indemnité de défenseur d'office pour la procédure d'appel
d'un montant de 3’682 fr. 80, TVA et débours inclus, est
allouée à Me Philippe Corpataux.
V. Une indemnité de conseil d'office pour la procédure d'appel
d'un montant de 1’544 fr. 40, TVA et débours inclus, est
allouée à Me Gilles Miauton.
VI. Les frais d’appel, par 8’127 fr. 20, y compris les indemnités
d’office allouées aux chiffres IV et V ci-dessus, sont mis à la
charge de B..
VII.B. ne sera tenu de rembourser à l’Etat les
indemnités d’office allouées aux chiffres IV et V ci-dessus que
lorsque sa situation financière le permettra.
La présidente :La greffière :
Du 1
er
octobre 2014
Le dispositif du jugement qui précède est communiqué à aux
appelants et aux autres intéressés.
La greffière :
Du
-
35 -
Le jugement qui précède, dont la rédaction a été approuvée à
huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Me Philippe Corpataux, avocat (pour B.),
-Me Gilles Miauton, avocat (pour A.),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-M. le Président du Tribunal correctionnel de l'arrondissement de La
Broye et du Nord vaudois,
-Mme la Procureure de l'arrondissement de Lausanne,
-Office d'exécution des peines,
-Service de la population, secteur E,
par l'envoi de photocopies.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1