Composition : M. S A U T E R E L , président
MM. Battistolo et Pellet, juges
Greffière:MmeAlmeida Borges
J., prévenu et partie plaignante, représenté par Me Kathrin Gruber,
défenseur d’office à Vevey, appelant,
et
Ministère public, représenté par le Procureur de l'arrondissement de La
Côte, intimé,
V., partie plaignante et prévenue, représentée par Me Marc-Henri
Fragnière, conseil d'office à Lausanne, intimée.
2.6A Lausanne, le 31 mars 2013, vers 05h20, alors qu’il s’était
trompé de bus et que les agents de sécurité mandatés par les TL pour
maintenir l’ordre dans leurs bus lui avaient demandé de ne pas importuner
une passagère, puis de descendre du véhicule arrivé à destination, le
prévenu - qui avait été extrait du bus par lesdits agents - est remonté
dans le véhicule. Les agents s’y opposant, le prévenu s’est
immédiatement énervé et a tenté d’agresser physiquement l’un d’eux,
lequel a pu le repousser tout en essayant de le calmer. Comme le prévenu
devenait de plus en plus agressif et incontrôlable, et qu’il voulait s’en
prendre physiquement aux agents de sécurité, ces derniers ont décidé de
le menotter en attendant l’arrivée des forces de l’ordre. Le prévenu s’est
alors débattu à tel point qu’il n’a pu être menotté complètement.
Les TL ont dénoncé le cas le 28 mai 2013.
2.7Sur l’autoroute entre Yverdon et Neuchâtel, chaussée Jura, au
kilomètre 5.00, dans le district du Jura vaudois, le 19 mai 2013 vers
12h10, J.________, qui circulait au volant du véhicule de marque CITROEN
C3, immatriculé [...], sans être au bénéfice d’un permis de conduire, en
étant sous l’influence de l’alcool et en n’ayant pas dormi depuis plus de
vingt-quatre heures, s’est assoupi un bref instant peu avant la jonction
d’Yverdon-Ouest. II a dès lors perdu la maîtrise de son véhicule, a dévié
sur la gauche et a heurté avec le même côté de sa machine, le parapet
central de l’autoroute. Le prévenu s’est arrêté sur la bande d’arrêt
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16 -
d’urgence en usant les précautions requises dès que cela a été possible.
L’analyse de sang prélevé à 13h50 a révélé un taux d’alcoolémie de
0,71 g ‰, taux le plus favorable au moment critique.
2.8Au chemin d’[...] à Lausanne, le 22 juin 2014, J.________ a
asséné deux gifles à son épouse V.________ et lui a tiré les cheveux.
Cette dernière a déposé plainte le 29 juin 2014 et l’a retirée
par courrier du 11 septembre 2014.
E n d r o i t :
1.Interjeté dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP) par
une partie ayant la qualité pour recourir contre le jugement d’un tribunal
de première instance ayant clos la procédure (art. 398 al. 1 CPP), l’appel
de J.________ est recevable.
2.Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un
plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2).
L’appel peut être formé (a) pour violation du droit, y compris l’excès et
l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié,
(b) pour constatation incomplète ou erronée des faits et (c) pour
inopportunité (al. 3).
L'appel doit permettre un nouvel examen au fond par la
juridiction d'appel. Celle-ci ne doit pas se borner à rechercher les erreurs
du juge précédent et à critiquer le jugement de ce dernier; elle doit tenir
ses propres débats et prendre sa décision sous sa responsabilité et selon
sa libre conviction, qui doit reposer sur le dossier et sa propre
administration des preuves. L'appel tend à la répétition de l'examen des
faits et au prononcé d'un nouveau jugement. L'immédiateté des preuves
ne s'impose toutefois pas en instance d'appel. Selon l'art. 389 al. 1 CPP, la
procédure d'appel se fonde sur les preuves administrées pendant la
procédure préliminaire et la procédure de première instance. La juridiction
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d'appel administre, d'office ou à la demande d'une partie, les preuves
complémentaires nécessaires au traitement de l’appel (art. 389 al. 3 CPP;
TF 6B_78/2012 du 27 août 2012).
3.L’appelant conteste s’être rendu coupable de contrainte pour
avoir forcé V.________ à retirer sa plainte du 15 janvier 2011 (cas. 2.2
retenu ci-dessus) par lettre du 3 février 2011 adressée au procureur (P.
13). Sur le plan factuel, l’appelant nie toute contrainte en se référant à la
teneur de la lettre en question, en soulignant que c’est son épouse qui le
harcelait pour qu’il reprenne la vie commune selon les nombreux appels et
messages qui ressortent des relevés de ses communications
téléphoniques. Sur le plan juridique, l’appelant nie que ses propos ou son
attitude puissent être qualifiés de menace d’un dommage sérieux ou
d’entrave d’une autre manière dans la liberté d’action de la victime.
3.1
3.1.1A teneur de l'art. 10 CPP, toute personne est présumée
innocente tant qu'elle n'est pas condamnée par un jugement entré en
force (al. 1). Le tribunal apprécie librement les preuves recueillies selon
l'intime conviction qu'il retire de l'ensemble de la procédure (al. 2).
Lorsque subsistent des doutes insurmontables quant aux éléments
factuels justifiant une condamnation, le tribunal se fonde sur l'état de fait
le plus favorable au prévenu (al. 3).
La présomption d’innocence, également garantie par les art.
14 par. 2 Pacte ONU Il (Pacte international relatif aux droits civils et
politiques du 16 décembre 1966, RS 0.103.2), 6 par. 2 CEDH (Convention
de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4
novembre 1950, RS 0.101) et 32 al. 1 Cst (Constitution fédérale de la
Confédération suisse du 18 avril 1999, RS 101), ainsi que son corollaire, le
principe in dubio pro reo, concernent tant le fardeau de la preuve que
l’appréciation des preuves. En tant que règle relative au fardeau de la
preuve, la présomption d’innocence signifie que toute personne prévenue
d’une infraction pénale doit être présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité soit légalement établie et, partant, qu’il appartient à
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18 -
l’accusation de prouver la culpabilité de celle-là (ATF 127 I 38 c. 2a ; TF
6B_831/2009 du 25 mars 2010 c. 2.2.1). Comme règle d’appréciation des
preuves, le principe in dubio pro reo est violé si le juge du fond se déclare
convaincu de faits défavorables à l’accusé sur lesquels, compte tenu des
éléments de preuve qui lui sont soumis, il aurait au contraire dû,
objectivement, éprouver des doutes ; on parle alors de doutes
raisonnables (ATF 120 la 31 c. 2c ; TF 6B_831/2009 précité, c. 2.2.2).
La constatation des faits est incomplète lorsque toutes les
circonstances de fait et tous les moyens de preuve déterminants pour le
jugement n'ont pas été pris en compte par le tribunal de première
instance. Elle est erronée lorsque le tribunal a omis d'administrer la
preuve d'un fait pertinent, a apprécié de manière erronée le résultat de
l'administration d'un moyen de preuve ou a fondé sa décision sur des faits
erronés, en contradiction avec les pièces, par exemple (Kistler Vianin, in :
Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 19
ad art. 398 CPP).
3.1.2Aux termes de l’art. 181 CP, celui qui, en usant de violence
envers une personne ou en la menaçant d’un dommage sérieux, ou en
l’entravant de quelque autre manière dans sa liberté d’action, l’aura
obligée à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte sera puni d’une
peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
Ainsi, l’art. 181 CP prévoit alternativement trois moyens de
contrainte : l’usage de la violence, la menace d’un dommage sérieux ou
tout acte entravant la personne dans sa liberté d’action. La menace est un
moyen de pression psychologique consistant à annoncer un dommage
futur dont la réalisation est présentée comme dépendante de la volonté de
l’auteur, sans toutefois qu’il soit nécessaire que cette dépendance soit
effective (ATF 117 IV 445 c.2b; ATF 106 IV 125 c. 2a) ni que l’auteur ait
réellement la volonté de réaliser sa menace (ATF 105 IV 120 c. 2a).
Il peut également y avoir contrainte lorsque l’auteur entrave
sa victime « de quelque autre manière » dans sa liberté d’action; cette
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formule générale doit être interprétée de manière restrictive; n’importe
quelle pression de peu d’importance ne suffit pas; il faut que le moyen de
contrainte utilisé soit, comme pour la violence ou la menace d’un
dommage sérieux, propre à impressionner une personne de sensibilité
moyenne et à l’entraver d’une manière substantielle dans sa liberté de
décision ou d’action; il s’agit donc de moyens de contrainte qui, par leur
intensité et leur effet, sont analogues à ceux qui sont cités expressément
par la loi (ATF 119 IV 301 c. 2a et les références citées).
Selon la jurisprudence, la contrainte n’est contraire au droit
que si elle est illicite. Une contrainte est illicite lorsque le moyen ou le but
est contraire au droit ou lorsque le moyen est disproportionné pour
atteindre le but visé ou encore lorsqu’un moyen de contrainte conforme
au droit utilisé pour atteindre un but légitime constitue, au vu des
circonstances, un moyen de pression abusif ou contraire aux moeurs;
cette dernière hypothèse est en particulier réalisée lorsqu’il n’y a pas de
rapport entre l’objet de la menace et l’exigence formulée (ATF 106 IV 125
c. 3a, ATF 105 IV 120 c. 2b, ATF 101 lV47 c. 2b et les arrêts cités).
Réclamer le paiement d’une créance ou menacer de déposer une plainte
pénale (lorsque l’on est victime d’une infraction) constituent en principe
des actes licites; celui qui, étant victime d’une infraction, menace de
déposer une plainte pénale afin d’obtenir la réparation du préjudice subi
ne commet pas une contrainte au sens de l’art. 181 CP; l’illicéité
n’apparaît que si le moyen utilisé n’est pas dans un rapport raisonnable
avec le but visé et constitue un moyen de pression abusif; tel est le cas en
particulier si l’objet de la plainte pénale est sans rapport avec la prestation
demandée ou si la menace doit permettre d’obtenir un avantage indu (ATF
115 IV 207 c. 2b/cc, ATF 101 IV 47 c. 2b, ATF 96 IV 58 c.1; ATF 87 IV 13 c.
1).
3.2En l’espèce, les premiers juges ont retenu une contrainte sur la
base des déclarations de l’épouse et de témoignages.
Par lettre de son conseil du 26 août 2011 (P. 27), V.________ a
exposé au procureur qu’elle avait été contrainte par son mari de retirer sa
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20 -
plainte et que celui-ci lui avait dicté la lettre en question. La contrainte
ayant consisté à la harceler, à l’empêcher de dormir, à faire valoir que leur
enfant serait privé d’une famille unie et que le père lui prendrait cet enfant
en cas de séparation. Le 17 novembre 2011, elle a confirmé avoir fait
l’objet de cette contrainte (PV aud. 3, p. 2) en parlant de quinze appels par
jour, de jour et de nuit, et de la menace du mari de la priver de son enfant.
Le prévenu a nié avoir dicté la lettre, mais a admis avoir aidé son épouse à
en trouver les mots (PV aud. 4, p. 3). La plaignante a confié à sa soeur
avoir été contrainte (PV aud. 5, p. 4). Aux débats de première instance,
elle a expliqué que son mari l’avait empêchée de dormir et qu’au matin
elle était tellement fatiguée qu’il lui avait dicté le retrait de plainte,
précisant qu’elle était épuisée et qu’il lui faisait peur (jgt p. 5).
Quoi qu’en dise l’appelant c’est bien lui qui a dicté la lettre de
retrait de plainte. Non seulement l’épouse l’a confirmé à plusieurs
reprises, notamment les mots «je n’aime pas la violence, mais lui je
l’aime» (PV aud. 3, p. 3), mais le contenu de cet écrit ne permet pas de
l’attribuer objectivement à la seule plaignante comme l’appelant le
soutient. Quant aux rapports entre les parties, le comportement du mari
relève d’une classique tyrannie domestique avec alternance de violence et
de repentir, plaçant l’épouse dans une relation de dépendance et
d’ambivalence. Au lieu de ne plus subir et d’adopter une fois pour toute
une attitude claire de rejet, elle s’est souvent laissée convaincre, le cas
échéant par peur, de tolérer ou d’endurer, sans y réagir efficacement, le
comportement de son conjoint. Ainsi, elle a retiré sa plainte consécutive
aux graves violences conjugales subies en 2008 (P. 27 et ses annexes).
Elle est demeurée en communication avec lui en lui téléphonant,
notamment en juillet et août 2011 (P. 71), ne lui a pas interdit la porte de
son domicile, n’a pas voulu bénéficier de mesures de sécurité, etc..
Toutefois, cette vulnérabilité n’exclut nullement une contrainte lors du
retrait de plainte litigieux, mais au contraire la rend plus vraisemblable,
l’appelant ayant déjà expérimenté par le passé qu’il pouvait échapper aux
conséquences de ses actes en faisant pression sur sa victime. L’absence
chez la plaignante de ligne constante résolument hostile à l’appelant ne
ruine donc pas la version de celle-là qui est parfaitement crédible.
-
21 -
Quant aux moyens de contrainte, la jurisprudence du TF (ATF
126 IV 124 c. 3b et 3c) a qualifié de pression d’ordre psychique réalisant
une contrainte psychique le fait d’imposer à son conjoint des scènes de
colère noire assorties de bris d’objet en alternance avec d’interminables
périodes de silence obstiné. Dans le cas d’espèce, la contrainte a consisté
à harceler l’épouse par téléphone, puis à l’épuiser en l’empêchant de
dormir tout en la menaçant de péjorer gravement sa relation avec son
enfant, dans un climat de peur et de domination. Il s’agit là d’efficaces
moyens de pression conjugués.
La réalisation de l’infraction de contrainte doit ainsi être
confirmée.
4.L’appelant conteste que les faits retenus dans le cas 2.1 ci-
dessus soient constitutifs de lésions corporelles. Selon lui, il s’agirait de
voies de fait prescrites.
4.1Le 14 janvier 2011, l’appelant a violemment saisi son épouse,
enceinte, par les cheveux, l’a faite chuter au sol et l’a traînée au sol, puis
lui a donné des coups de poing et de pied sur l’ensemble du corps,
notamment dans le ventre. Se fondant sur les constatations des policiers
qui avaient remarqué que la victime présentaient diverses rougeurs sur le
corps, se plaignait de douleurs au ventre et perdait passablement de
cheveux là où elle avait été empoignée au crâne (P. 4, p. 3), les premiers
juges ont qualifié ces faits de lésions corporelles simples qualifiées.
L’appelant soutient qu’en l’absence de constat médical ces coups et
mauvais traitements ne seraient pas constitutifs de lésions du corps
humain, mais uniquement de voies de fait prescrites.
En réalité, la victime s’est rendue au CHUV le 15 janvier 2011
pour une consultation gynécologique en raison de contractions (PV aud. 5,
p. 2) consécutives aux coups reçus et, selon le rapport médical établi à
cette occasion, elle présentait des douleurs abominables, mais également
des marques de coups et de griffures sur les bras (P. 28). Il s’agit-là à
l’évidence de lésions corporelles au vu des douleurs endurées (cf. ATF 124
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22 -
IV 189 c. 1.3), des marques médicalement constatées et des
circonstances : femme enceinte mise à terre, traînée par les cheveux et
battue à coups de pied et de poing.
Dans un moyen peu clair, l’appelant soutient que la poursuite
pénale pour lésions corporelles simples qualifiées serait éteinte dès lors
qu’une suspension de la procédure au sens de l’art. 55a CP serait
intervenue et que la révocation du retrait de plainte par acte du 27 août
2011 serait inopérante, car intervenue après l’écoulement du délai de
révocation de la suspension. En réalité, la procédure n’a jamais été
suspendue par décision du Ministère public comme celui-ci l’avait
expressément précisé en son temps (P. 15) et le retrait de plainte obtenu
par contrainte est inopérant en tant que déclaration de volonté et, de plus,
sans portée en ce qui concerne les infractions se poursuivant d’office.
Le moyen étant mal fondé, il doit être rejeté et la réalisation
de lésions corporelles simples qualifiées doit être confirmée.
5.L’appelant conteste avoir commis une infraction à la Loi
fédérale sur la protection des animaux (LPA, RS 455 ; cas 2.1 retenu ci-
dessus). Il soutient que, selon son sens littéral, la réalisation de l’infraction
de l’art. 26 al. 1 let. b LPA impliquerait la mise à mort de plusieurs
animaux et non d’un seul.
5.1
5.1.1Aux termes de l’art. 1 LPA, cette loi vise à protéger la dignité
et le bien-être de l'animal.
Selon l’art. 26 al. 1 LPA, est puni d'une peine privative de
liberté de trois ans au plus ou d'une peine pécuniaire quiconque,
intentionnellement maltraite un animal, le néglige ou le surmène
inutilement ou porte atteinte à sa dignité d'une autre manière (let. a), met
à mort des animaux de façon cruelle ou par malice (let. b), organise des
combats entre animaux ou impliquant des animaux au cours desquels
ceux-ci sont maltraités ou mis à mort (let. c), cause à un animal, lors
d'expériences, des douleurs, des maux ou des dommages ou le met dans
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23 -
un état d'anxiété alors que le but visé aurait pu être atteint d'une autre
manière (let. d), abandonne ou relâche un animal domestique ou un
animal détenu dans une exploitation, dans l'intention de s'en défaire (let.
e).
5.1.2L’art. 80 Cst (Constitution fédérale de la Confédération suisse ;
RS 101) dispose que la Confédération légifère sur la protection des
animaux.
5.2En l’espèce, les premiers juges ont évoqué à l’égard de l’art.
26 al. 1 let. b LPA une maladresse rédactionnelle du législateur dès lors
qu’il serait incompréhensible de punir uniquement la mise à mort cruelle
ou par malice de deux animaux et non d’un seul (jgt., p. 25).
L’art. 80 précité donne à la Confédération la compétence de
légiférer sur la protection des animaux. Ainsi que la désignation du but du
législateur l’indique à l’art. 1 LPA, cette loi vise à protéger la dignité et le
bien-être de l’animal. Le terme animal est un terme générique qui couvre
aussi bien l’animal comme individualité que comme pluralité d’animaux.
Ainsi à l’art. 26 al. 1 LPA les comportements punissables sont décrits en
recourant indifféremment au singulier ou au pluriel du mot animal. Au
demeurant, il serait totalement incohérent de punir la maltraitance d’un
animal (let. a), mais non sa mise à mort cruelle qui constitue un pic de
maltraitance (let. b). Doctrine et jurisprudence considèrent également que
la mort cruelle d’un seul animal réalise l’infraction et n’envisagent jamais
que la réalisation de l’infraction nécessiterait la mise à mort de deux
animaux au moins (Antoine F. Goetschel, Droit de la protection des
animaux, FJS n° 304 du 1
er
avril 1993 p. 20 et note 83 relative au
jugement de la mise à mort, sans motif raisonnable, d’un lapin
appartenant à l’amie de l’accusé avec laquelle il venait de se disputer ;
Gieri Bolliger/Michelle Richner/Andreas Rüttimann, Schweizer
Tierschutzstrafrecht in Theorie und Praxis, Zurich 2011, p. 139 et
suivantes). L’interprétation qui conduit à retenir que la mise à mort cruelle
d’un animal unique est punissable s’avère conforme au sens véritable et
au but de la loi dès lors que la punissabilité de tels comportements
-
24 -
s’impose de manière pressante. Il en résulte que cette interprétation ne
heurte pas le principe pas de sanction sans loi (Favre, Pellet, Stoudmann,
Code pénal annoté, Lausanne 2007, n° 1.11. ad art. 1 CP).
L’infraction est donc réalisée et le moyen doit être rejeté.
6.L’appelant conteste que l’empoignade au bras retenu au cas
2.3 ci-dessus puisse être qualifié de voies de fait s’agissant d’un geste
banal dépourvu de violence accompli dans une discussion conjugale. Si
cette infraction devait être retenue, l’appelant invoque la prescription de
cette contravention en contestant l’application par les premiers juges de
l’art. 98 let. b CP
6.1
6.1.1Selon l'art. 126 CP, celui qui se sera livré sur une personne à
des voies de fait qui n'auront causé ni lésion corporelle ni atteinte à la
santé sera, sur plainte, puni d'une amende (al. 1). La poursuite aura lieu
d'office notamment si l'auteur a agi à réitérées reprises contre son
conjoint durant le mariage ou durant l'année qui a suivi le divorce (al. 2
let. b).
Les voies de fait, réprimées par l’art. 126 CP, se définissent
comme des atteintes physiques qui excèdent ce qui est socialement toléré
et qui ne causent ni lésions corporelles, ni dommages à la santé. Une telle
atteinte peut exister même si elle n'a causé aucune douleur physique (ATF
134 IV 189 c. 1.2 ; ATF 119 IV 25 c. 2a).
6.1.2Aux termes de l’art. 98 let. b CP, la prescription court dès le
jour du dernier acte si cette activité s’est exercé à plusieurs reprises.
Il y a unité juridique d’action (tatbestandliche
Handlungseinheit), lorsque le comportement défini par la norme juridique
présuppose, par définition, la commission d’actes séparés, à l’exemple du
brigandage (art. 140) ou que la norme pénale définit un comportement
durable se composant de plusieurs actes, à l’exemple de la gestion fautive
-
25 -
(Favre, Pellet, Stoudmann, op. cit., Lausanne 2011, n. 1.9 ad art. 98 CP).
La commission d’actes séparés ou le comportement durable doivent,
expressément ou implicitement, ressortir de la définition légale de
l’infraction, celle-ci devant être exercée en des moments différents
(Dupuis et al., Petit commentaire du Code pénal, Bâle 2012, n. 6 ad art. 98
CP).
6.2En l’espèce, la violence de la forte prise en serre sur le haut du
bras, est illustrée par la photo produite qui montre un hématome (P. 30 et
31 ; PV aud. 3 p. 3). A l’évidence il s’agit d’une atteinte physique qui
excède l’usage courant donc d’une voie de fait qualifiée.
Quant à la prescription invoquée par l’appelant, il y a eu
d’autres épisodes de violence conjugale du même type, soit des violences
tant verbales que physiques régulières (jgt., p. 27), qui présentent entre
eux une unité juridique d’action puisque la notion juridique de voies de fait
qualifiées définie à l’art. 126 al. 2 CP présuppose que l’auteur ait agi à
réitérées reprises.
Les griefs sont donc infondés et l’application de l’art. 126 al. 1
et 2 let. b CP doit être confirmée.
7.L’appelant, qui admet avoir giflé la plaignante ensuite d’une
dispute (cas 2.4 retenu ci-dessus), semble soutenir qu’il s’agirait de voies
de fait.
7.1En l’espèce, la soeur et la mère de la victime ont évoqué un
nez cassé (PV aud. 5 p. 4 ; PV aud. 6, p. 3 in fine) et que cet épisode de
violence était lié à une démarche judiciaire de leur parente.
Manifestement l’infraction de lésions corporelles simples qualifiées est
réalisée et le grief est ainsi mal fondé.
8.L’appelant soutient que son épouse s’est rendue coupable de
lésions corporelles simples qualifiées en lui portant deux coups sur le côté
gauche du cou et sous la clavicule droite au moyen d’une cisaille à volaille
-
26 -
fermée (cas 2.5 retenu ci-dessus ; P. 58 photos 5 et 6). Il s’insurge de ce
que les premiers juges aient mis cette dernière au bénéfice de la légitime
défense faute de menace d’attaque imminente.
8.1Aux termes de l’art. 15 CP, quiconque, de manière contraire au
droit, est attaqué ou menacé d’une attaque imminente a le droit de
repousser l’attaque par des moyens proportionnés aux circonstances.
La légitime défense suppose une attaque, c’est-à-dire un
comportement visant à porter atteinte à un bien juridiquement protégé, ou
la menace d’une attaque, soit le risque que l’atteinte se réalise. Il doit
s’agir d’une attaque actuelle ou à tout le moins imminente, ce qui
implique que l’atteinte soit effective ou qu’elle menace de se produire
incessamment ( ATF 106 IV 12 c. 2a p. 14 ; ATF 104 IV 232 c. c p. 236 s.).
Une attaque n’est cependant pas achevée aussi longtemps que le risque
d’une nouvelle atteinte ou d’une aggravation de celle-ci par l’assaillant
reste imminent (ATF 102 1V 1 c. 2b p. 4 s.). S’agissant en particulier de la
menace d’une attaque imminente contre la vie ou l’intégrité corporelle,
celui qui est visé n’a évidemment pas à attendre jusqu’à ce qu’il soit trop
tard pour se défendre. Il faut toutefois que des signes concrets annonçant
un danger incitent à la défense. La seule perspective qu’une querelle
pourrait aboutir à des voies de fait ne suffit pas. Par ailleurs, l’acte de celui
qui est attaqué ou menacé de l’être doit tendre à la défense. Un
comportement visant à se venger ou à punir ne relève pas de la légitime
défense. Il en va de même du comportement qui tend à prévenir une
attaque certes possible mais encore incertaine, c’est-à-dire à neutraliser
l’adversaire selon le principe que la meilleure défense est l’attaque (ATF
93 IV 81 p. 83).
La défense doit apparaître proportionnée au regard de
l’ensemble des circonstances. A cet égard, on doit notamment examiner la
gravité de l’attaque, les biens juridiques menacés par celle-ci et par les
moyens de défense, la nature de ces derniers ainsi que l’usage concret qui
en a été fait. La proportionnalité des moyens de défense se détermine
d’après la situation de celui qui voulait repousser l’attaque au moment où
-
27 -
il a agi. Les autorités judiciaires ne doivent pas se livrer à des
raisonnements a posteriori trop subtils pour déterminer si l’auteur des
mesures de défense n’aurait pas pu ou dû se contenter d’avoir recours à
des moyens différents, moins dommageables. Il est aussi indispensable de
mettre en balance les biens juridiquement protégés qui sont menacés de
part et d’autre. Encore faut-il que le résultat de cette pesée des dangers
en présence soit reconnaissable sans peine par celui qui veut repousser
l’attaque, l’expérience enseignant qu’il doit réagir rapidement (ATF 136 IV
49 c. 3.2 p. 51 s. ; ATF 107 IV 12 c. 3 p. 15 ; ATF 102 IV 65 c. 2a p. 68).
Celui qui utilise pour se défendre un objet dangereux, tel qu’un
couteau ou une arme à feu, doit faire preuve d’une retenue particulière
car sa mise en oeuvre implique toujours le danger de lésions corporelles
graves ou même mortelles. On ne peut alors considérer la défense comme
proportionnée que s’il n’était pas possible de repousser l’attaque avec des
moyens moins dangereux, si l’auteur de l’attaque a, le cas échéant, reçu
une sommation et si la personne attaquée n’a utilisé l’instrument
dangereux qu’après avoir pris les mesures nécessaires pour éviter un
préjudice excessif (ATF 136 IV 49 c. 3.3 p. 52 et les références citées).
L’art. 15 CP n’accorde pas le droit de se défendre simplement
à titre subsidiaire, c’est-à-dire pour le cas où la personne attaquée ou
menacée ne peut se mettre sous la protection de la police ou échapper à
l’attaque en fuyant (ATF 79 IV 148 c. 2 p. 152 ; ATF 101 IV 119 p. 121 ;
arrêt du TF 6B_889/2013 du 17 février 2014).
8.2En l’espèce, V.________ était sans cesse en butte à des
brimades et était régulièrement frappée, parfois sauvagement, et rudoyée
par son mari. D’ordinaire, elle ne se défendait pas. Le soir du 10 mars
2012, l’appelant, furieux, s’est à nouveau montré agressif en paroles et en
geste, faisant des reproches, criant, endommageant volontairement les
lunettes de sa femme, la faisant basculer en arrière par une prise aux
jambes, puis lui adressant un regard menaçant, prélude habituel à des
coups. De par son expérience de femme battue redoutant et sachant
interpréter les signes annonciateurs d’un passage à tabac, elle s’est sentie
-
28 -
sur le point d’être attaquée et y a réagi en se défendant de manière
dissuasive en assenant deux coups légers à son agresseur au moyen d’un
outil ménager fermé au bout arrondi peu susceptible de pénétrer en
profondeur dans le corps et d’atteindre des organes vitaux. La légitime
défense doit ainsi être confirmée tant en ce qui concerne l’imminence de
l’attaque que la proportionnalité de la riposte.
Au demeurant, le Tribunal fédéral a admis l’état de nécessité
dans le cas d’une femme frappée et menacée de mort par son conjoint qui
avait tué celui-ci durant son sommeil (ATF 122 IV 1).
9.Dans le cas 2.6 retenu ci-dessus, l’appelant soutient ne pas
avoir empêché les agents de sécurité de faire un acte de fonction et que
l’ordre de quitter le bus était illégal, de même que la tentative de le
menotter.
9.1
9.1.1L'art. 285 CP punit celui qui, en usant de violence ou de
menace, empêche une autorité, un membre d'une autorité ou un
fonctionnaire de faire un acte entrant dans ses fonctions, les contraint à
faire un tel acte ou se livre à des voies de fait sur eux pendant qu'ils y
procèdent. Les employés des entreprises définies par la loi du 20
décembre 1957 sur les chemins de fer, la loi du 20 mars 2009 sur le
transport de voyageurs et la loi du 19 décembre 2008 sur le transport
ferroviaire de marchandises ainsi que les employés des organisations
mandatées conformément à la loi fédérale du 18 juin 2010 sur les organes
de sécurité des entreprises de transports publics et pourvues d'une
autorisation de l'Office fédéral des transports sont également considérés
comme des fonctionnaires.
Il faut en outre que la violence ou les menaces aient empêché
une autorité ou un fonctionnaire d'effectuer un acte entrant dans ses
fonctions. L'acte peut être une décision ou un comportement matériel. Il
suffit par exemple d'empêcher un contrôle d'identité. Il importe peu que la
résistance soit couronnée de succès et que l'empêchement soit absolu.
-
29 -
Entraver, retarder ou compliquer l'accomplissement d'une tâche que les
autorités doivent accomplir suffit déjà à réaliser l'élément objectif de
l'empêchement (Corboz, op. cit., nn. 7 ss ad art. 285 CP;
Favre/Pellet/Stoudmann, Code pénal annoté, 3e éd., Lausanne 2007, n. 1.1
ad art. 285 CP et les références citées). Pour que l'art. 285 CP soit
applicable, il suffit, en fonction de la ratio legis de cette disposition, que la
violence ou la menace soit motivée par l'acte officiel et qu'elle se produise
immédiatement; il faut un rapport temporel étroit entre l'acte officiel et
l'acte incriminé (Corboz, op. cit., nn. 16 et 17 ad art. 285 CP).
9.1.2Selon l’art. 286 CP, celui qui aura empêché une autorité, un
membre d'une autorité ou un fonctionnaire d'accomplir un acte entrant
dans ses fonctions sera puni d'une peine pécuniaire de 30 jours-amende
au plus.
Cette disposition ne présuppose ni menaces, ni violence
contrairement à l’art. 285 ch. 1 CP. Il suffit ainsi que l'auteur, sans recourir
à la violence ou à la menace, entrave ou diffère l'acte de l'autorité, sans
l'empêcher pour autant, ni le rendre impossible (ATF 127 IV 115).
9.1.3L’art. 59 LTV (Loi sur le transport des voyageurs ; RS 745.1)
dispose que les infractions prévues par le code pénal sont poursuivies
d'office lorsqu'elles sont commises contre les employés des entreprises
qui disposent d'une concession ou d'une autorisation selon les art. 6 à 8
(let. a) ou les personnes qui exécutent une tâche à la place d'un employé
visé à la let. a (let. b).
9.1.4Aux termes de l’art. 59 al. 1 OTV (Ordonnance sur le transport
de voyageurs ; RS 745.11), une entreprise peut refuser de transporter une
personne qui est en état d'ivresse ou sous l'effet de stupéfiants (let. a), se
comporte de manière inconvenante (let. b), n'observe pas les prescriptions
sur l'utilisation des moyens de transport ou sur le comportement du
voyageur ou ne se conforme pas aux injonctions du personnel fondées sur
celles-ci (let. c).
-
30 -
9.1.5Selon l’art. 1 LUsC (Loi sur l’usage de la contrainte ; RS 364),
cette loi règle les principes applicables à l'usage de la contrainte et des
mesures policières dans les domaines relevant de la compétence de la
Confédération.
9.1.6L’art. 4 al. 1 LOST (Loi fédérale sur les organes de sécurité des
entreprises de transport publics ; RS 745.2) prévoit que le service de
sécurité et la police des transports ont les compétences suivantes :
interroger des personnes et contrôler leurs documents d'identité (let. a),
interpeller, contrôler et exclure du transport les personnes dont le
comportement n'est pas conforme aux prescriptions (let. b), requérir des
sûretés des personnes dont le comportement n'est pas conforme aux
prescriptions (let. c).
L’al. 5 de ce même article dispose que la contrainte policière
ne peut être appliquée que dans la mesure nécessaire pour exercer
l'interpellation, le contrôle, l'exclusion du transport ou l'arrestation
provisoire. L'usage de menottes ou de liens est autorisé lorsqu'une
personne qui a commis un crime ou un délit est arrêtée provisoirement en
vue d'être remise à la police.
9.2En l’espèce, les deux employés de la société C.________ SA,
entreprise chargée par les TL d’assurer la sécurité dans le « bus pyjama »
avaient la qualité de fonctionnaires ou de collaborateurs officiels
d’entreprises de transports publiques au sens de la loi pénale, ce que
l’appelant ne conteste pas.
L’appelant était en état d’ivresse, soit une alcoolémie de 1,56
‰ mesurée à 5h44, avait importuné par ses propos une jeune voyageuse,
avait tenté de s’en prendre physiquement à un agent de sécurité et
refusait de quitter le bus ou tentait d’y remonter en dépit du refus des
représentants des TL. L’inconvenance, l’état d’ivresse et le refus de se
soumettre aux injonctions justifiaient le refus de transport. La Loi sur
l’usage de la contrainte à laquelle l’appelant se réfère pour tenter d’en
déduire un usage illicite des menottes par les agents de sécurité ne
-
31 -
s’applique pas dans la présente cause selon son champ d’application
délimité à son art. 1. Pour le surplus, le fait pour l’organe de sécurité
d’exclure du transport une personne dont le comportement n’était pas
conforme, aux prescriptions ne sortait pas du cadre de l’art. 4 al 1 let. b
LOST. Conformément à l’art. 4 al. 5 in fine LOST précité, les agents de
sécurité se sont servis d’une paire de menottes pour tenter d’entraver
l’appelant qui avait enfreint l’art. 285 CP et se montrait oppositionnel, ce
dans l’attente de l’arrivée de la police.
La tentative d’agression par des gestes menaçants sur un
agent relève donc de l’art. 285 CP et le fait d’être remonté dans le bus
pour empêcher son exclusion du transport de l’art. 286 CP. Partant le grief
est infondé.
10.L’appelant s’oppose à la réparation du tort moral de 3'500 fr.
allouée à V.________. Il soutient que la complaisance retenue par les
premiers juges comme faute concurrente de la victime devrait entraîner le
refus de toute réparation.
10.1
10.1.1Selon l’art. 44 al. 1 CO (Loi fédérale du 30 mars 1911
complétant le code civil suisse, RS 220), le juge peut réduire les
dommages-intérêts, ou même n'en point allouer, lorsque la partie lésée a
consenti à la lésion ou lorsque des faits dont elle est responsable ont
contribué à créer le dommage, à l'augmenter, ou qu'ils ont aggravé la
situation du débiteur.
10.1.2L’art. 49 al. 1 CO dispose que celui qui subit une atteinte
illicite à sa personnalité a droit à une somme d’argent à titre de réparation
morale, pour autant que la gravité de l’atteinte le justifie et que l’auteur
ne lui ait pas donné satisfaction autrement.
Cette indemnité a pour but exclusif de compenser le préjudice
que représente une atteinte au bien-être moral. Le principe d’une
indemnisation du tort moral et l’ampleur de la réparation dépendent d’une
-
32 -
manière décisive de la nature et de la gravité de l’atteinte, de l’intensité et
de la durée des effets sur la personnalité de la victime concernée, du
degré de la faute de l’auteur de l’atteinte et de la possibilité d’adoucir de
façon sensible, par le versement d’une somme d’argent, la douleur
physique ou morale (TF 4A_489/2007 du 22 février 2008 c. 8.2; ATF
132 II 117 c. 2.2.2; ATF 125 III 412 c. 2a, JT 2006 IV 118).
En raison de sa nature, l’indemnité pour tort moral, qui est
destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à
une simple somme d’argent, échappe à toute fixation selon des critères
mathématiques, de sorte que son évaluation en chiffres ne saurait
excéder certaines limites. L’indemnité allouée doit toutefois être équitable
(ATF 130 III 699 c. 5.1 et les arrêts cités). Le juge en proportionnera le
montant à la gravité de l’atteinte subie et évitera que la somme accordée
n’apparaisse dérisoire à la victime (ATF 130 III 699 c. 5.1; ATF 129 IV 22
c. 7.2, rés. in JT 20061V 182).
Statuant selon les règles du droit et de l’équité (art. 4 CC
[Code civil suisse du 10 décembre 1907, RS 210]), le juge dispose d’un
large pouvoir d’appréciation.
10.2En l’espèce, la plaignante a passablement souffert du
comportement violent et tyrannique de son mari. La victime n’a pas à
proprement parler consenti aux coups que son mari lui prodiguait, ni à la
peur dans laquelle il la tenait, ni à l’exécution de son lapin. S’il n’y pas eu
consentement aux lésions subies, la victime n’a en revanche pas su
mettre à profit l’aide, le soutien et la protection que sa famille, la justice et
diverses structures sociales lui ont proposés, ce faisant elle a contribué
dans une certaine mesure à augmenter sa souffrance en s’exposant à de
nouveaux mauvais traitements. En définitive, au vu de la cruauté du
comportement de l’appelant (jgt., p. 29 in fine-30), le tort moral réduit de
3'500 fr. qui a été alloué à V.________ constitue un minimum en deçà
duquel on ne saurait aller.
-
33 -
11.L’appelant conteste les faits retenus dans le cas 2.8 ci-dessus.
La plainte ayant été retirée, il n’y aurait aucune raison de ne pas tenir
compte du retrait de la plainte et il n’y aurait aucun intérêt public à
poursuivre une infraction mineure.
11.1En l’espèce, comme l’ont retenu les premiers juges, les
déclarations d’V.________ sont sincères et crédibles. Il n’y a ainsi aucun
motif pour ne pas retenir la version de cette dernière. Les voies de fait
qualifiées doivent ainsi être confirmées.
12.S'agissant enfin de la quotité de la peine, l'appelant soutient
que la peine privative de liberté de 18 mois dont 8 mois fermes prononcée
par le Tribunal correctionnel serait disproportionnée et conclut au
prononcé d'une peine pécuniaire, subsidiairement à un travail d’intérêt
général, ainsi qu’à la suspension de la peine et à la fixation d’un délai
d’épreuve de trois ans, l’amende de 200 fr. étant admise dans la mesure
où les voies de fait seraient confirmées.
12.1
12.1.1Selon l’art. 47 CP, le juge fixe la peine d’après la culpabilité de
l’auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation
personnelle de ce dernier ainsi que l’effet de la peine sur son avenir (al. 1).
La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en
danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de
l’acte, par les motivations et les buts de l’auteur et par la mesure dans
laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte
tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l’auteur doit être évaluée en fonction de tous
les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l’acte lui-même, à savoir
notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l’acte et
son mode d’exécution. Du point de vue subjectif, sont pris en compte
l’intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de
l’auteur. A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs
liés à l’auteur lui-même, à savoir les antécédents, la réputation, la
-
34 -
situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation
professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de
même que le comportement après l’acte et au cours de la procédure
pénale
(ATF 134 IV 17 c. 2.1; ATF 129 IV 6 c. 6.1).
12.1.2Selon l'art. 42 al. 1 CP, le juge suspend en règle générale
l’exécution d’une peine pécuniaire, d’un travail d’intérêt général ou d’une
peine privative de liberté de six mois au moins et de deux ans au plus
lorsqu’une peine ferme ne paraît pas nécessaire pour détourner l’auteur
d’autres crimes ou délits.
Sur le plan subjectif, le juge doit poser, pour l'octroi du sursis,
un pronostic quant au comportement futur de l'auteur. La question de
savoir si le sursis serait de nature à détourner l'accusé de commettre de
nouvelles infractions doit être tranchée sur la base d'une appréciation
d'ensemble, tenant compte des circonstances de l'infraction, des
antécédents de l'auteur, de sa réputation et de sa situation personnelle au
moment du jugement, notamment de l'état d'esprit qu'il manifeste. Le
pronostic doit être posé sur la base de tous les éléments propres à éclairer
l'ensemble du caractère de l'accusé et ses chances d'amendement (ATF
134 IV 1 c. 4.2.1). Le sursis est désormais la règle dont on ne peut
s'écarter qu'en présence d'un pronostic défavorable. Il prime en cas
d'incertitude (TF 6B_492/2008 du 19 mai 2009 c. 3.1.2; ATF 134 IV 1 c.
4.2.2).
12.2En l’espèce, au vu de la lâcheté, la perfidie, la cruauté, la
bassesse et l’absence de prise de conscience du prévenu, sa culpabilité
est lourde. Comme l’ont constaté les premiers juges, il n’y a aucun
élément à décharge. Partant, la quotité et le genre de peine doivent être
confirmés. Le pronostic à poser quant au comportement futur de J.________
est mitigé. En effet, ni une précédente enquête, ni les auditions devant le
Procureur, ni les cinq jours de détention subis n’ont dissuadé l’appelant de
battre et terroriser sa femme. En outre, l’ancienne expertise psychiatrique
figurant au dossier a conclu à la présence d’un risque de récidive,
-
35 -
l’appelant ayant tendance à attribuer l’origine des violences aux éléments
extérieurs et paraissant également banaliser la gravité de celles-ci (P. 20,
p. 14). Par ailleurs, son casier judiciaire comporte déjà trois inscriptions
relatives à des infractions LCR. Il est donc exact de dire que le pronostic
est mitigé et que seul un sursis partiel peut être accordé.
13.En définitive, l’appel de J.________ doit être rejeté et le
jugement entrepris intégralement confirmé.
13.1L'indemnité de défenseur d'office allouée pour la procédure
d'appel à Me Kathrin Gruber sera fixée à 1'842 fr. 50, débours et TVA
compris, en tenant compte de huit heures et quarante cinq minutes de
travail effectif, d’une vacation et de 11 fr. de débours.
13.2L'indemnité de conseil d'office allouée pour la procédure
d'appel à Me Marc-Henri Fragnière sera fixée à 2'073 fr. 60, débours et
TVA compris, en tenant compte de dix heures de travail effectif et d’une
vacation.
13.3Vu l’issue de la cause, les frais de la présente procédure,
constitués de l’émolument de jugement, par 3’450 fr., doivent être mis à
la charge de J.________ (art. 428 al. 1 CPP), qui supportera également
l’indemnité allouée à son défenseur d'office, par 1'842 fr. 50, ainsi que
l’indemnité allouée au conseil d’office d’V., par 2'073 fr. 60.
J. ne sera tenu de rembourser à l’Etat le montant des
indemnités en faveur de son défenseur d’office et du conseil d’office
d’V.________ que lorsque sa situation financière le permettra (art. 135 al. 4
CPP).
-
36 -
Par ces motifs,
la Cour d’appel pénale,
statuant en application des art. 40, 43, 44, 47, 49, 51, 69, 123 ch. 1 et 2
al. 3, 126 ch. 1 et 2 let. b, 144 al. 1, 177, 181, 285 ch. 1, 286 CP ; 26 al. 1
let. b LPA ; 90 ch. 2, 91 al. 1 1
ère
phrase, 91 al. 2, 95 al. 1 let. a LCR et 398
ss CPP,
prononce :
I. L’appel est rejeté.
II. Le jugement rendu le 2 octobre 2014 par le Tribunal
correctionnel de l’arrondissement de Lausanne est confirmé et
rectifié d’office à son chiffre IV, le dispositif étant désormais le
suivant :
"I.libère J.________ des chefs d’accusation de menaces
qualifiées, violation de domicile, contrainte sexuelle, tentative
de dérobade aux mesures visant à déterminer l’incapacité de
conduire et violation des devoirs en cas d’accident ;
II.libère V.________ des chefs d’accusation de tentative de
meurtre et lésions corporelles simples qualifiées ;
III.constate que J.________ s’est rendu coupable de lésions
corporelles simples qualifiées, voies de fait qualifiées,
dommages à la propriété, injures, contrainte, violences ou
menaces contre les autorités et les fonctionnaires,
empêchement d’accomplir un acte officiel, infraction à la Loi
fédérale sur la protection des animaux, violation grave des
règles de la circulation, conduite en état d’ébriété, conduite en
état d’incapacité, circulation sans autorisation ;
IV.condamne J.________ à une peine privative de liberté de
18 (dix-huit) mois, sous déduction de 5 (cinq) jours de
détention avant jugement, peine partiellement
complémentaire, et à une amende de 200 francs (deux cents) ;
V.suspend l’exécution d’une partie de la peine privative de
liberté portant sur 10 (dix) mois et fixe à J.________ un délai
d’épreuve de 3 (trois) ans ;
-
37 -
VI.dit que la peine privative de liberté en cas de non-
paiement de l’amende sera de 2 (deux) jours ;
VII.dit que J.________ est le débiteur et doit immédiat
paiement à V.________ de 3'500 fr. (trois mille cinq cents
francs) à titre de réparation du tort moral ;
VIII.ordonne la confiscation et la destruction d’une paire de
ciseaux de cuisine, marque [...], séquestrée sous fiche n° [...] ;
IX.dit que l’Etat versera à V.________ un montant de
7'902 fr. 95 à titre d’indemnité pour ses frais de défense
nécessaires ;
X.met une partie des frais de justice, par 16'834 fr. 95, à
la charge de J.________ et laisse le solde à la charge de l’Etat ;
XI.dit que les frais de justice mis à la charge de J.________
comprennent l’indemnité versée à son conseil d’office,
l’avocate Kathrin Gruber, par 8'434 fr. 10, montant qui lui sera
versé sous déduction de l’acompte de 900 fr. d’ores et déjà
perçu ;
XII.dit que le remboursement à l’Etat du montant
correspondant à l’indemnité servie au conseil d’office de
J.________ ne sera exigible que pour autant que la situation
financière de J.________ le permette."
III. Une indemnité de défenseur d'office pour la procédure d'appel
d'un montant de 1'842 fr. 50, TVA et débours inclus, est
allouée à Me Kathrin Gruber.
IV. Une indemnité de conseil d'office pour la procédure d'appel
d'un montant de 2'073 fr. 60, TVA et débours inclus, est
allouée à Me Marc-Henri Fragnière.
V. Les frais d'appel, par 7'366 fr. 10 (sept mille trois cent
soixante-six francs et dix centimes), y compris l’indemnité
allouée à son défenseur d'office et celle allouée au conseil
d’office de la plaignante, sont mis à la charge de J.________.
-
38 -
VI. J.________ ne sera tenu de rembourser à l’Etat le montant des
indemnités en faveur de son défenseur d’office et du conseil
d’office de la plaignante prévues aux ch. III et IV ci-dessus que
lorsque sa situation financière le permettra.
Le président :La greffière :
Du 24 mars 2015
Le dispositif du jugement qui précède est communiqué à
l’appelant et aux autres intéressés.
La greffière :
Du
Le jugement qui précède, dont la rédaction a été approuvée à
huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-
Me Kathrin Gruber, avocate (pour J.________),
-
Me Marc-Henri Fragnière, avocat (pour V.________),
-
Ministère public central,
et communiqué à :
-
M. le Président du Tribunal correctionnel de l'arrondissement de
Lausanne,
-
M. le Procureur de l'arrondissement de La Côte,
-
Office d'exécution des peines,
-
Service de la population, secteur E (21.04.1978),
-
Office fédéral de la police,
-
Service des automobiles,
par l'envoi de photocopies.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
-
39 -
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1