Maintenance and adaptation period in provisional divorce measures

CCC.1996.7245Altro tribunale5 mar 1997Partially Granted

Estratto da Omnilex

Sintesi Omnilex

In divorce provisional measures, the cantonal court partially admitted the husband's and the wife's cross-appeals. It held that a transfer of child custody, the wife's deferred payment of mortgage charges, and the planned sale of the villa were new facts justifying review of the prior order. The wife could not be imputed an immediate full-time income of CHF 2,300; she was entitled to an adaptation period and an imputed income of CHF 500 remained appropriate. The court revised the maintenance amounts to CHF 1,890 until 31 October 1996 and CHF 2,445 from 1 November 1996, and ordered the parties to share appeal costs equally.

Massima Omnilex

Art. 145 CC, Art. 176 CC; modification of provisional or protective maintenance orders requires new, durable facts arising after the previous decision. In setting maintenance, the court has broad discretion bounded by arbitrariness and applies the minimum-vital method. An imputed income may not be raised to a full-time level without a sufficiently established and lasting change in earning capacity; a spouse who has long been out of the labour market may be granted an adaptation period. In provisional situations, ordinary debt service on a jointly owned home may not be prioritized over the parties’ minimum needs; only the disposable surplus after covering minimum vital requirements may be allocated to mortgage payments.

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Jurisprudence du Tribunal Cantonal Contact

N° dossier: CCC.1996.7245

Autorité:

Date décision: 05.03.1997

Publié le: 14.04.2008

Revue juridique:

Titre: Mesures protectrices/provisoires. Temps d'adaptation accordé à l'épouse pour trouver une activité professionnelle.

Résumé:

**Le mari, qui se voit attribuer la garde de l'enfant de 13 ans du couple et qui réalise des revenus mensuels de 9'100 francs, ne saurait exiger de sa femme, âgée de 46 ans et qui n'a plus exercé d'activité lucrative depuis 17 ans, qu'elle travaille immédiatement à plein temps et se voie imputer un salaire (tout théorique) de 2'300 francs. L'épouse a au contraire droit à une période d'adaptation.

Le choix de l'épouse de se reloger dans un 4 pièces au loyer de 1'740 francs alors que les parties sont toujours propriétaires d'une villa engendrant une charge hypothécaire mensuelle de 2'600 francs, n'est pas raisonnable.**

Articles de loi:

Art. 145 CC Art. 176 CC

A. Les époux R. se sont mariés le 5 décembre 1980 et ont un enfant

commun, H. , né le 21 mai 1984.

Le mari a ouvert action en divorce le 8 avril 1994. De

nombreuses décisions de mesures provisoires ont été rendues depuis le

début de la procédure, avec pour effet qu'au 15 mars 1996, la villa

abritant l'ancien domicile conjugal était attribuée à l'épouse, de même

que la garde de l'enfant, le mari devant verser une pension mensuelle de

950 francs plus allocations familiales pour l'entretien de l'enfant et de

3'100 francs pour celui de l'épouse (D.107), étant entendu que cette

dernière devait s'acquitter des charges de la villa (D.60). Par ordonnance

du 23 février 1996 (D.127), le transfert de la mère au père de la garde de

H. a été ordonné, avec effet au 23 mars 1996, le transfert de fait étant

intervenu le 27 mars 1996 (D.119).

B. Par ordonnance du 5 décembre 1996, le juge instructeur a statué

sur non moins de cinq requêtes en modification ou complément des mesures

provisoires en cours (D.132, 137, 153, 162, 167), dont les parties

l'avaient saisi entre le 12 juin et le 14 octobre 1996. C'est ainsi qu'il

a condamné le mari à payer à la femme une contribution mensuelle d'entre-

tien de 1'560 francs du 27 juin au 31 octobre 1996, à laquelle s'ajou-

taient 900 francs (soit trois mensualités de 300 francs) à prélever sur

les montants consignés au greffe du tribunal par le mari, cette contri-

bution passant à 1'755 francs par mois dès le 1er novembre 1996. En sus,

D.R. a été condamné à verser à la banque, créancière hypothécaire du prêt

ayant permis l'acquisition de la villa, une mensualité de 2'300 francs du

1er août au 31 octobre 1996, et de 2'600 francs dès le 1er novembre 1996.

Le 5 décembre 1996, le mari a déposé une nouvelle requête de

mesures provisoires, débattue à l'audience du 3 février 1997, mais sur

laquelle le juge instructeur n'a pas encore eu le temps de se prononcer.

C. Le mari recourt contre l'ordonnance du 5 décembre 1996, invo-

quant une fausse application du droit matériel ainsi que l'arbitraire dans

la constatation des faits ou l'abus du pouvoir d'appréciation du premier

juge. Reprochant essentiellement au premier juge, outre divers griefs qui

seront examinés ci-après en tant que besoin, de ne pas avoir tenu compte

de la capacité de gain réelle de l'intimée et de la charge effective que

représentent pour lui la garde et l'entretien de l'enfant, le mari

conclut, pour le cas où la Cour de cassation civile statuerait elle-même,

au paiement d'une pension à l'intimée de 70 francs par mois du 27 juin au

31 octobre 1996, de 610 francs du 1er novembre au 31 décembre 1996 et de

541 francs dès le 1er janvier 1997, ses versements mensuels à la banque

pour la villa devant s'élever à 2'600 francs dès le 1er août 1996.

D. Le président du tribunal renonce à formuler des observations et

conclut au rejet du recours.

Concluant de même sur le recours principal, l'intimée dépose un

recours joint, fondé sur les mêmes motifs que le recours principal, dans

lequel elle conclut au renvoi de la cause au premier juge pour nouvelle

décision. Elle fait grief au premier juge de lui avoir arbitrairement

reconnu une capacité de gain mensuelle de 500 francs, d'avoir arbitrai-

rement réduit sa charge de loyer et d'avoir faussement fait passer les

charges hypothécaires de la villa avant la couverture de son minimum

vital.

Le recourant principal conclut également au rejet du recours

joint.

C O N S I D E R A N T

1. Interjetés dans les formes et délais légaux, le recours et le

recours joint sont recevables.

2. Lorsqu'il est saisi d'une requête visant à la modification de

mesures provisoires (ou protectrices) ordonnées auparavant, le juge doit

s'en tenir à l'examen des faits nouveaux survenus depuis la décision

précédente, qui justifient un changement de la réglementation en vigueur

en raison de leur importance et de leur caractère durable (RJN 1995,

p.39).

En l'espèce, le transfert de la garde de H. , le "paiement

différé" (D.162, p.2) des charges hypothécaires opéré par l'épouse à qui

elles incombaient et qui a eu pour effet des mises en demeure de la banque

(D.145, 150), enfin la vente prévue de la villa (annexes 1 D.162) justi-

fiaient un réexamen de la situation financière des parties.

3. Quand il fixe ou modifie des pensions alimentaires, voire

décide de n'en point allouer, le juge des mesures provisoires (art.145 CC)

comme celui des mesures protectrices de l'union conjugale (art.176 CC)

dispose d'un large pouvoir d'appréciation, qui n'est limité que par

l'interdiction de l'arbitraire. La Cour de cassation civile n'intervient

dès lors que si la réglementation adoptée apparaît manifestement inadaptée

aux circonstances. Pour exercer son contrôle, la Cour part de la méthode

dite "du minimum vital" et ne censure que les résultats auxquels les

tribunaux de district parviennent, indépendamment du mode de calculs

qu'ils ont adopté.

a) S'agissant de la situation financière du mari, il convient de

retenir un revenu mensuel, non contesté, de 9'100 francs en chiffres

ronds, allocations familiales pour l'enfant non comprises. Dans ses

charges doivent être comptés son propre minimum d'entretien (1'010 francs)

de même que celui de l'enfant dont il a la garde (375 francs), ainsi qu'un

montant de 400 francs en chiffres ronds pour ses primes d'assurance

maladie et accident et celles de l'enfant. Le compte du mari s'établit dès

lors comme suit :

Revenus 9'100.--

Charges :

  • loyer 1'080.--

assurances (mari + enfant, 1997) 400.--

impôts 1'240.--

minimum d'entretien (mari + enfant) 1'385.-

  • frais d'acquisition du revenu

(sans changement) 780.--

Disponible 4'215.--

___________________

9'100.-- 9'100.--

b) Le revenu mensuel de 500 francs, concret ou potentiel, retenu

par le premier juge pour l'épouse est contesté par les deux parties : pour

le mari, il devrait être compté pour 2'300 francs alors que la femme sou-

tient que sa capacité de gain est nulle en raison de son état de santé.

C.R. ne peut être suivie dans son argumentation. Elle n'établit

nullement que sa capacité de gain se serait modifiée de façon importante

et durable depuis l'époque des premières mesures provisoires pour

lesquelles le premier juge l'avait évaluée à 500 francs. Le certificat

médical auquel elle se réfère (D.5) remonte au mois de mai 1994, soit

plusieurs mois avant l'ordonnance de décembre 1994; en outre, lorsqu'il a

adopté l'ordonnance attaquée, le premier juge ne disposait pas du dossier

AI de l'intimée (D.177), dont on observera au passage qu'il infirme plutôt

que ne confirme l'incapacité alléguée (D.206). L'épouse se trouvant, à la

suite du transfert de garde de l'enfant, en très grande partie libérée de

ses tâches éducatives, elle disposait au contraire de davantage de temps à

consacrer à une activité lucrative à temps partiel. Si elle a décidé de

fermer son école de mannequin ou d'arrêter l'élevage d'animaux, cela ne la

dispense pas de rechercher une autre activité rémunératrice, voire de

solliciter des prestations de chômage, les charges pesant sur les parties

lui en donnant vraisemblablement le droit (art.14 al.2 LACI). On peut

encore noter que la réglementation adoptée par le premier juge est pour le

moins favorable à l'épouse, lorsqu'elle la dispense de toute contribution

d'entretien en faveur de l'enfant.

Inversement, on ne saurait contraindre l'épouse, comme le

voudrait le mari, à exercer une activité professionnelle à plein temps,

devant lui rapporter - on ne sait sur quelle base ou selon quelle

évaluation

  • 2'300 francs par mois. Agée de 46 ans, ayant cessé toute

activité lucrative importante durant le mariage qui remonte à 1980,

l'épouse peut légitimement prétendre à une période d'adaptation sur le

plan professionnel, d'autant plus lorsque les revenus cumulés des parties

s'élèvent à 9'600 francs par mois et qu'elles n'ont qu'un enfant à charge.

Ainsi, en l'absence de faits nouveaux et dans la mesure où il

est adapté aux circonstances, le montant de 500 francs doit rester in-

changé.

c) Deux périodes doivent être distinguées pour le calcul des

charges de l'épouse : la première, qui s'étend du 27 juin au 31 octobre

1996 et correspond à une époque où C.R. habitait encore la villa des

parties; la deuxième, débutant le 1er novembre 1996, date à partir de

laquelle l'épouse a quitté la villa sur le point d'être vendue pour

emménager dans un appartement.

aa) Pour la première période, doivent être retenus le minimum

d'entretien pour une personne seule, des primes d'assurance maladie, les

impôts et une charge locative théorique, frais courants compris, ainsi

qu'un forfait pour frais de déplacement (non contestés), ce qui permet

d'établir le compte suivant :

Revenus 500.-

Charges :

"loyer" (D.195, p.7) 2'600.--

minimum d'entretien 1'010.--

impôts 450.--

assurances (1997) 305.--

  • frais de déplacement (non contestés) 100.--

Manco 3'965.--

___________________

4'465.-- 4'465.--

Durant cette période, le disponible net des époux s'élève ainsi

à 250 francs (4'215 francs - 3'965 francs). L'épouse peut prétendre à la

moitié de ce montant, soit 125 francs, le mari disposant, pour lui et

l'enfant, de l'autre moitié et de l'allocation familiale.

La pension pour l'épouse s'établit ainsi théoriquement à 4'190

francs (3'965 francs + 125 francs). Le mari entendant se charger lui-même

du versement des charges financières à la banque (D.145, 149), représen-

tant 2'300 francs (D.195, p.7), la pension pour l'épouse doit être réduite

d'autant pour être fixée à 1'890 francs. Si elle est proche de celle

arrêtée par le premier juge (1'560 francs + 300 francs selon chiffre 3 du

dispositif de l'ordonnance attaquée), il convient toutefois d'observer que

cette pension s'entend primes d'assurance maladie pour elle-même à la

charge de l'épouse, ce qui correspond à une admission partielle du recours

du mari pour cette période et, par voie de conséquence, à un rejet du

recours joint de l'épouse.

bb) Pour la deuxième période, il n'existe aucune raison de

traiter en priorité, comme l'a fait à tort le premier juge, le paiement

des charges de la villa à la banque, au risque d'empêcher les parties ou

l'une d'elles de couvrir leurs besoins minimaux. Ici aussi, il convient

préalablement d'évaluer le minimum vital de chaque partie, seul l'éventuel

solde pouvant être affecté au paiement de dettes ordinaires.

La situation du mari reste inchangée et fait apparaître un

disponible de 4'215 francs.

Pour l'épouse, seule la charge locative s'est modifiée. A cet

égard, c'est à juste titre que le premier juge n'a compté celle-ci qu'à

concurrence du montant du loyer du mari, lequel doit encore loger

l'enfant. Dans une situation provisoire (les mesures ordonnées portant à

cet égard on ne peut mieux leur nom), alors que la villa des parties n'est

pas encore vendue et continue à générer une charge financière élevée, et

au vu du marché locatif actuel, il est parfaitement déraisonnable de la

part d'une personne seule, se prétendant de surcroît totalement incapable

de gagner sa vie, de conclure un bail portant sur un appartement de 4

pièces et demie pour un loyer avec charges de 1'740 francs (D.167).

L'épouse ne saurait faire supporter à son mari les conséquences d'un choix

aussi extravagant. Son compte s'établit dès lors comme suit :

Revenus 500.-

Charges :

  • loyer 1'080.--

minimum d'entretien 1'010.--

impôts 450.--

assurances (1997) 305.--

  • frais de déplacement (non contestés) 100.--

Manco 2'445.--

___________________

2'945.-- 2'945.--

Le disponible net du couple, après couverture du manco de

l'épouse, s'élève ainsi à 1'770 francs (4'215 francs - 2'445 francs).

Seul ce montant peut être versé à la banque, en couverture partielle des

charges financières liées à la villa. En conséquence, dès le 1er novembre

1996, la pension pour l'épouse doit être fixée à 2'445 francs. Ainsi, pour

cette deuxième période, le recours principal doit être rejeté et le re-

cours joint partiellement admis, la Cour de céans étant en mesure de

statuer au fond.

d) Il appartiendra au greffe du Tribunal de première instance

d'opérer, d'entente entre les parties, un décompte des montants "consi-

gnés" audit greffe par le mari, en fonction des pensions allouées à

l'épouse en vertu du présent arrêt.

4. Au vu de ce qui précède, il apparaît qu'en deuxième instance,

chaque partie l'emporte et succombe partiellement, ce qui justifie, tout

comme en première instance, un partage des frais et la compensation des

dépens.

Par ces motifs,

LA COUR DE CASSATION CIVILE

1. Admet partiellement le recours principal et le recours joint.

2. Casse les chiffres 1, 2 et 3 de l'ordonnance attaquée, confirmée pour

le surplus.

Statuant elle-même

3. Condamne D.R. à payer à C.R. , mensuellement d'avance, une

contribution d'entretien de

1'890 francs du 27 juin 1996 au 31 octobre 1996;

2'445 francs dès le 1er novembre 1996.

4. Invite le greffe du Tribunal du district de Boudry à procéder avec les

parties, en fonction des pensions ci-dessus, à un décompte des montants

"consignés" audit greffe par le mari.

5. Partage par moitié entre les parties les frais de la procédure de

recours, arrêtés à 880 francs et avancés comme suit :

par le recourant principal 550 francs

par l'intimée et recourante jointe 330 francs

6. Compense les dépens.

Neuchâtel, le 5 mars 1997

AU NOM DE LA COUR DE CASSATION CIVILE

Le greffier L'un des juges

Parole chiave

provisional measuresmaintenanceimputed incomeminimum vitalcustody transferadaptation periodhousing costsfamily law

Estratto da Omnilex

Questione giuridica chiave

Whether a changed custody and housing situation justified revising provisional measures

Decisione estratta

Yes. The custody transfer, deferred mortgage payments and planned sale of the villa were new, durable facts requiring a reassessment.

Motivazione estratta

The court limited review to new facts arising after the previous order and found the changed family and financial situation sufficiently important and lasting.

Questione giuridica chiave

Whether the wife could immediately be imputed a full-time earning capacity of CHF 2,300 per month

Decisione estratta

No. She was entitled to an adaptation period and her imputed income of CHF 500 remained appropriate for the time being.

Motivazione estratta

She was 46, had not had substantial employment for 17 years, and the file did not show a durable change in her earning capacity; the transfer of childcare freed time, but did not justify immediate full-time work.

Questione giuridica chiave

How the wife's maintenance should be calculated for the period before she left the villa

Decisione estratta

The husband had to pay CHF 1,890 per month for 27 June to 31 October 1996.

Motivazione estratta

Using the minimum-vital method, the court retained the villa-related housing charge during that period and gave the wife half of the couple's remaining disposable income.

Questione giuridica chiave

How the wife's maintenance should be calculated after she moved into rented accommodation

Decisione estratta

The husband had to pay CHF 2,445 per month from 1 November 1996.

Motivazione estratta

The wife's new apartment rent of CHF 1,740 was deemed unreasonable in the provisional situation; only the husband's housing equivalent was retained, and no priority could be given to the villa mortgage before covering minimum needs.

Questione giuridica chiave

Whether the bank mortgage payments had priority over the parties' minimum vital needs

Decisione estratta

No. Only the remaining disposable income could be used for the villa debt.

Motivazione estratta

Ordinary debts cannot be paid before the parties' minimum vital needs are covered in provisional-measure proceedings.

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