5i8
B. Ci'iJrechtspflege.
.l3nwHe nao, Umfang unb n'9aIt nü'ger oeftimmt, fommt er ber
in 'llrt. 246 DAR. geforberten üge:PfHo,t nio,t nao,. 'ner
medäurer mu .lieIme'9r io,on au feiner 'lln3
ei
g
e
erfe'9en rönnen,
1n roe o,em Umfange unb au ttlelo,en riinben bie l.IDaare oe
unftanbet roerbe, er foU fooaIb a mögHo, l)iffen, inttlieroeit feine
S)aftbarfeit ht Il(nf:pruo, genommen roerben ttloUC, unb auf run'o
ber üge in ber 2age fein, fio, über 'oie oU treffen'oen IDCaU"
nal)men 3u entfo,eiben; bie ermögUo,te aber 'oie .lon ber 5Se
nagten erI;obene Wnängetrüge bem strüger nid)t. rft im .l3
ro
a
e
ffe
erWirte bie 5Sef1agte, ba 13 e bie 3roeite 2iefecung fei, eIo,e .lon
U)r beQlljtan'oet ttlerbe, unb baB fio, bie eflamation auf biefe
ßefo,ränre. n ber IlIn3eige bom 19. 'ne3embet 1891 ttlar '(lie .lon
fein ßort gefagt; biefe 'llnöeige lieu ben stläger uoUftünbig hn
Ungeroiffen, auf roeto,e i'ieferung fio, 'oie ef amation e3
ie
'ge,
a6gefe'g
e
n
bauon, ba auo, bit 'llnaa'(l bel' fo,ab'9aften tüete
barin nio,t angegeben ttlar. 'llu bem 5Stiefe .lom 1. eßruar
1892 muj3te strager fog (r fo,nej3en, baj3 wegen ber erften 2iefe
rung renamiert ttlerbe, inbem nie 5ScHagte bort erffärte, fte müHe
auf bie wattei ung 3mftcffommen, baB bie stäfe .lon ben erften
illnonatett arg gef:p tltett feien. benfo fonnte fio, ber sträger auf
runb bel' 'lln3eigc ber 5Sef(agten feine eo,enfo,aft barüber
geben, ob bie :Renamation fio, auf bie I))htlo,en .lon IlInbttl (
J,)ber i)cieberborf ße
ö
ie'ge, jtliil)renb bie .R'enntni '9ie .lon für feine
teUungna'(lme offenoctt uon 5Sebeutung fein fonnte. SDie .lon ber
5Senagten edjoßene 'llcänge1rüge ermangelte fomit ber genörigeJt
ußftanaierung unb ttlar o t'ger nio,t geeignet, ben 'llnfnruo, ber
feIßen nuf l.IDanbe ung ober .l3reinminberung ttlegen ber IDtüngel
ber stauffao,e au ttla'(lren. Ü'6erbie müute bie ftge ttlegcn mer:
f:p/itung urücfgcroiefen ttlerben. l.IDie bereit bemerft, at ber
staufer foroo'9 bie eo,t3eitigfeit a 'oie moUft/inbigfeit ber üge
u
ßegtÜnben unb u ßeroeifen. m:un '9 at bie morinftan feft
gefteUt, baB bie e'(l(er, l)efd)c bie 5ScHagte ßcreit nbe m:o .
bemoer unb 'llnfangi3 'neaember 1891 entbecft atte, .;ttlar in
inrem bamaligen 3uft tnb unernel.ilio, gCltlefen feien, fio, aoer '000,
a bie fid)ern morßoten ßebeuteuberer o,1iben oargefteUt !)aben,
für tlclo,e eine ettlä'(lr f!io,t be merfäufer Un3 ueife !)aft oe
ftanb, unb fie '9at ba!)er bie etft am 19. 'neaentber erfolgte
IV. ObIi!1:ationenrccht. l'i
o
78.
IDCänge rüge a berf:pätet erfl/irt 6eaügno, berjenigen stüfe, welo,e
oe lo .lemoer unb nfang SDqemßer 10(o,C miffe unb :p1ilte
aurgettliefen '9/itten. l.IDie groU 'oie 'lln3(1)1 biefer . täfe geroefcn fei,
gegenüber benjenigen, liei ttlefo,en bie 5Senagte lienau:ptet bie
IDC/ingel erft f:piiter cntbeett au l)aßen, tft au ben ften' nid)t
erjio,mo,. SDief e Unteftimmt!)eit barf nun aber nio,t, ttlie e
ieiten bel' morinftan3 gefo,e1)en tft, buro, trßitrihe d)iii ung
ergäu3t tlerben. :va 'oie 5Senagte 'oie i.Reo,taeitigfeit l'9m IDCängef"
rüge 3u uertreten I;at, (ag e i'9r oß, feftoufteUen, 6ei tlelo,en
. täfen bie gerügten IDcangel erft f:päter erfennßar gettlorben feien'
!)at fie biefe eftftcUung unter(affen, 10 muj3 eben bel' 5Settlei fÜ;
'oie eo,t3eitigfeit 'ocr l)J(änge(rüge für 'oie g(mae l)eanftanbete
i3artie (lf nio,t erßrao,t gelten.
'nemnao, '9at ba 5Sunbengerid)t
erfannt:
'nie 5Serufung be st iiger ttlirb a( begrünbet erWirt uno
ba'ger 'oie stlage in )oUem Umfange gutgeneiuelt, bie l.IDiberf agc
bagegen 9än3(id) aligeroiefen.
78 Arret du 15 juin 1895 dans la cause Lapp R' Cie
mntre Anglo-Swiss-Condensed Milk Co.
Des 1866 il a ete fonde a Cham (canton de Zoug) une
societe anonyme ayant pour but la fabrication de lait con-
dense et d'autres produits propres a etre vendus conjointe-
ment avec celui-ci. D'apres les statuts adoptes le 2 avril1881,
le capital-actions de la dite
societe etait fixe a dix millions de
francs, dont six deja verses. Apres l'entree en vigueur du
Code dAS obligations, la societe en question fut inscrite au
registre du commerce du canton de
Zoug, le 9 mars 1883,
sous la raison sociale
Anglo-Swiss Condensed Milk Com-
pany ayant son siege principal aCham. D'apres l'extrait
publie dans la
Feuille officielle du, cornmerce du 14 mars 1883,
la signature appartient soit au directeur general, soit a ses
remplanants, lesquels doivent faire preceder leur signature
B. Civilrechtspllege.
persollnelle des mots t Anglo-Swiss Condensed Milk Co.
Cette meme publication indique qu'a cöte du bureau principal
aCham, il existe des succursales a Londres, Paris et N ew-
York, et des fabriques a Cham et a Guill pour la Suisse,
a
Rickenbach pres Lindau pour la Baviere a Avlesburv
' .J .,
Chlppenham et Middlewich pour l' Angleterre, et a Midd-
letown in
Orange-City, (New-York), pour les Etats-Unis.
Depuis lors, au dire de M. Dotwyler, representant de la so-
ciete, une seconde fabrique aurait encore ete etablie aux
Etats-Unis.
D'apres les
declarations du meme representant, la societe
n'a qu'une seule marque de fabrique, utiIisee des 1866, savoir
celle dite
La Laitiere, la quelle represente une porteuse de
lait portant
un vase de la main droite, et Ull autre sur la tete
en l'appuyant de la main gauche. Cette marque, sur les c6te
verticaux de laquelle on lit les mots Observez la marque
de fabrique,
a eM enregistree le 1 er novembre 1880 au bu-
reau fedeml des marques de fabrique a Berne, sous N° 19.
La meme marque, quelque peu differente non pas quant a la
figure de la laitiere, mais quant aux mots
et madailles qui
l'entourent, a egalement
ete deposee en Angleterre, et cela
en trois fois, savoir pour deux types en 1876, et pour
un
troiseme type en 1884.
Il semble
qu'a plusieurs repdses deja, et anterieurement
an pro
ces actuel, Oll elle est demanderesse, l' Anglo-Swiss
Milk
Co ait eu a se plaindre de faits de concurrence qu'elle
estimait porter atteinte
a ses droits.
C'est ainsi qu'il figure au dossier deja une lettre du
23 mars 1882, par laquelle la societe demanderesse priait le
bureau
federal des marques de lui faire savoir si, et even-
tuellement quand avait ete enregistree au bureau des mar-
ques une raison de la teneur de Swiss Condensed Milk Co.
Le 27 mars le bureau des marques repondit qu'une marque
de cette teneur n'avait pas
ete deposee, mais oui bien, le
8 novembre 1881, une marque pour lait condense sans
adjonc-
tion de sucre, par la Swiss Dairy Co Lilllited Uttweil
(Thurgovie), et figurant sous N° 634 dans le recueil officiel.
IV. OLlinationen!'echt. ti" 78.
!iS1
De plus la delllander'esse averse au dossier quelques pieces,
desquelles il resulterait qu'en 1891 un tribunal anglais aurait
interdit
a une societe concurrente cle faire usage de 1a raison
sodale Alpine Swiss Condensed 1iilk Co, et que le Depar-
tement fedeml de justice et police aurait fait savoir la dite
annee a uu nOlllllle Baxtel', a Avenches, qu'il ne semit pas en
droit de se
ser"ir de cette raison. Eufin, a la fin de novembre
1892., la societe de Cham apprit, suivant les declarations de
son representant,
M. Dotwyler, que ses produits etaient con-
fondus dans le COlllmerce avec ceux, Illoins chers, de la
maison
defenderesse au pro ces actuel, la mais on Lapp, a
EjJagny, Fribourg. Le dossier etablit a ce sujet ce qui suit :
La mais on Bellck
et Mutzenbecher, a Hambourg, etait de-
puis
Ulle dizaine d'annees environ en relations d'affaires avec
la fabrique
ue Cham, en ce sens qu'elle lui achetait ses pro-
duits POUi' les revenclre a son tour a ses clients. Elle etait,
par consequent, au courant des prix de la maison demande-
resse.
Ol', a la fin de novembre 1892, Benck et Mutzenbecher
re urent d'une autre maison de commerce de Hambourg, la
maison
11' exportation Harder et de Voss, une offre, soit un
prix courant dans lequel on offra,it entre autres du lait con-
dense sucre suisse, avec 1a marque Swiss Condensed
Milk Co, a des prix notablemcnt inferieurs a ceux qu'ils
savaient
etl'e les prix de la fabrique de Challl. Cette circon-
tauee les ayant frappes, Benck et Mutzenbecher transmirent
le dit prix courant, par lettre du 24 novembre 1892,
a la
Anglo-Swiss
Condensed Milk Co aCham, en lui demandant
comment
H se pouvait que la maison Harder et de Voss fut
eu mesure de livrer sa marque a un prix aussi reduit. Cette
communication confirma la societe demanderesse dans son
soup on qu'elle etait victime d'une COllcurrence deloyale, et
le 26 novembre 1892 elle repondit a Benek et Mutzenbecher
que la marchandise offerte
dans le prix courant en question
11e provenait pas de sa fabrique.
A l'appui
de ses allegues relatifs a cet incident, la deman-
deresse a, en outre, prodllit au dossier un grand cahier im-
prime pOltant l'intituIe: 1893 Victoria Export-Preisliste
B. Civill'echtspllege.
über Conserven, et redige en allemand, anglais, frangais,
espagnol et portugais. II resulte de la deposition du temoin
Harder, associe de la maison Harder
et de Voss a Hambourg,
que ce prix courant emanait de cette derniere. A page
4'1 du
dit cahier se trouvent indiquees deux marques differentes de
lait condense
sucre suisse, savoir celui avec la marque Anglo-
Swiss Condensed Milk Company, MiIkmaid-Brand (c'est-a-
dire le signe figuratif de la laitiere ), prepare en Suisse en
caisses de 48 boites de une livre anglaise, suivant le cours
du jour,
et celui marque Swiss Condensed )'filk Company,
Castle-
Triangle Brand, (c' est-a-dire la marque du chateau),
aussi prepare en Suisse et egalement par caisses de 48 boites
de une livre
anglaise: au prix du jour.
Entendus
par commission rogatoire, les temoins Harder et
de
Voss ont explique que Ia marchandise pOltant la marque
en question leur etait livree en consignation par un etablis-
sement traitant sous le
nom de Swiss Condensed Milk Co
a Fribourg et qu'ils savaient que le directeuf de cette com-
pagnie etait un M. Lapp a Fribourg. Pour la vellte en detail
de ce lait
cOlldense, les temoins se servaient des formulaires
et des marques fournies par la elite compagnie frihourgeoise.
Ainsi rellseignee sur la
cOllcurrence qui etait faite en Suisse
meme a
ses produits, la fabrique ele Cham ne tarda pas a
appl"endre de son cote que cette concurrence provenait de
Fribourg, soit de
M. Lapp, et elle se preoccupa de savoir
comment cette maison concurrente
etait inscrite an registre
du commerce. Ces recherches aboutirent aux constatations
suivantes :
Le 22 mars 1883 le
prepose au registre du commerce de
Bulle a procede, au journal du registre A, a l'inscription ci-
apres:
N° 92. Le chef de Ia maison Charles Lapp a Epagny
(Gruyere),
qui a commence en novembre 1875, est M. Cl!arles
Lapp, de Schopfheim (Grand-duche de Bade), domicilie a
Fribourg. Genre de commerce : Fabrique de lait condense a
Epagny (Gruyere). Piece a l'appui: Dec1aration eu date du
20 mars 1883.
IV. Obligationenrecht. N° 78.
.'i83
Le meme jour, le dit prepose proceda encore a l'inscription
suivante:
N° 93. Declaration verbale. La maison Charles Lapp a
Epagny (Gruyere) a donne procuration, anterieurement an
er janvier 1883, a M. Albert Lapp, de Schopfheim, domicilie
a Epagny.
Cette inscription etait signee au registre comme suit:
Signature personnelle : Alhert Lapp. Signature au nom
de la raison
SWiSR Condensed Milk Co: Albert Lapp.
Ces deux inSCl"iptions furent publiees dans la Feuille offi-
cielle suisse du commerce, N° 52, du 10 avril 1883, toutefois
sans les signatures.
En particulier la publication ne renferme
aucune mention queIconque d'une raison
Swiss Condenseü
Milk Co.
n reslIlte du dossier, et de la collectiol1 officielle de la
Fettille snisse dn commerce, qu'aucune modification aces ins-
criptions n'y fut publiee
jusqu'a la date du 7 mars 1893, Oll
Y parut l'inscription du 1 er mars 1893, dont il sera parle plus
bas.
Le dit jour, 1
er mars 1893, la Anglo-S"iss COlldensed
Milk Co, aCham, notifia aCharies Lapp, fabrique de ait
condense
a Epagny, un exploit lui annongant son intention de
Iui ouvrir un proces aux fins d'obtenir la suppression eIe sa
raison
Swiss Condensed Milk Co, ainsi que des dommages-
interets. Mans pour cela, ajoutait-elle, il lui importe de con-
naitre
queis sont les tennes dont Ie defendeur se sert dans
tous ses formulaires de commerce destines
a Ia Suisse et a
l'etranger, et en consequence elle l'assignait devant le presi-
dent du tribunal de l'arrondissement de la Gruyere pour faire
prononcer,
par mesure provisionnelle, que le defendeur etait
tenu tle consigner entre les mains du juge les formulaires de
factures, traites, lettres de voiture, prix courants, tetes de
lettres et autres imprimes dont il se sert pour l'exploitation
de son industrie, au besoin pour faire saisir par le juge queI-
ques exemplaires des dits formulaires pour qu'ils soient verses
au proces.
A l'audience
du 3 mars 1893 comparurent en qualite de de-
5ö4
B. Civilrechtspfleg'e.
fendeurs Charles et Albert Lapp, associes de la societe en
nom collectif qui s'etait fait inserire au registre
du commerce
l'avant-veille, lesquels declarerent consentir a la mesure de-
mandee
et s'engager a effectuer au greffe le depot des formu-
laires requis
par la demanderesse. Ds reconnurent de plus que
depuis
18 ans ils se servaient de la meme raison sociale
Swiss Condensed :Milk Company.
En effet le 1 er mars 1893, le jour meme de la notification
de la citation en mesures provisionnelles, la fabrique d'Epagny
avait fait inscrire
au bureau du registre du commerce une
modification de sa raison de commerce datant de
1883. Cette
inscription, nSsultant des declarations verbales du dit jour
1 er mars 1893, porte que Ia raison Charles Lapp, a Epagny,
inscrite le
22 mars 1883, etait eteinte eusuite de renonciation
du titulaire. En meme temps l'inscription ci-apres fut faite au
registre du commerce :
Sous la raison sociale, Swiss Condensed Milk Co Lapp
; Cie a Epagny, i1 existe, depuis le mois de novembre 1875,
une societe en 110m collectif qui a son siege a Epagny (Suisse).
Les membres de cette societe sont MThl. Charles Lapp a
Fribourg, Albert Lapp et Jacob Lauer, ces deux derniers do-
micilies a Epagny. MM. Charles et Albert Lapp ont seuls et
individuellement la signature sociale.
La sodete a pour but la fabrication de lait condense
dans la Gruyere
et a une duree illimitee.
Les bureaux de la societe sont a Fribourg, rue de Saint-
Nicolas, N° 59, et a Epagny. MM. Charles et Albert Lapp
seuls
et separement representent la sochnte vis-a-vis des
tiers.
Signature sociale et an nom de Ia raison:
Swiss Condensed Milk Co Lapp Cie:
C. Lapp J. Lauer.
Swiss Condensed l filk Co Lapp Qie :
Albert Lapp.
Cette inscription, -moins les signatnres, -fut publiee
dans la
FeltiUe oftlidelle suisse du Gommenne N° 54 du 7 mars
1893.
IV. Obligationenrecht. ND 78.
Deji avant la publication de cette inscription, soit le 3 mars,
jour
de l'audience de mesures provisionnelles, l'Anglo-Swiss
Condensecl i 1ilk Co avait fait notifier aCh. Lapp une citation
en conciliation sur l'action qu'elle lui intentait en
vue de
I'obliger a reconnaitre :
1 ° Qll'il n'est pas en droit d'utiliser comme raison sociale
Ia raison
Swiss Condensed Milk Co, et que l'usage de
cette raison lui
est desormais interdit.
2° Que pour l'emploi abusif de cette 11Utrque (sie), le defen-
deur doit a l'Anglo-Swiss Condensed Milk Co de justes indem-
nites civiles, lesquelles, sous la moderation du juge, sont
fixees
ä 20 000 francs.
EnslIite de la nouvelle inscription au registre
du commerce
qui avait
ete operee dans l'intervalle, la societS de Cham
notifia le 15 mars a la societe Charles Lapp Cie une nou-
velle citation en conciliation, l'avisant que l'action ouverte par
l'exploit
du 3 mars serait poul'suivie contre la nouvelle societe
et qu'en outre Ia demanderesse completerait sa conclusion
dans ce sens qu'aux termes de l'art,
876 CO. il soit fait
interdiction
a la maison dMenderesse de l'usage de la pre-
miere partie de sa nouvelle marque (sie) Swiss Condensed
.Milk Co et que cette interdiction soit faite egalement dans 1e
registre du commerce.
La conciliation n'ayant pas abouti,
l' Anglo-Swiss Condensed
Milk Co formula dans sa citation-demande du 30 mars 1893,
contre Ia maiso Ch. Lapp Ci les conclusions suivantes,
tendant
a faire prononcer :
Que la maison defenderesse n' est pas en droit d'utiliser
comme raison sodale les mots
Swiss Condensed Milk Co
et que par consequent l'usage de cette denomination lui soit
desonnais interdit.
2° Qu'en consequence et conformement a l'art. 876 CO.
les mots Swiss Condel1sed Milk Co soient radies de l'ins-
cription de la
defenderesse, du 1 er mars 1893, au registre du
commerce,
et que cette radiation soit publiee a ses frais.
Que ponI' l'emploi abusif de cette marque (sic) depuis
des
annees et actuellement encore, la defencleresse soit con-
.586
B. Civilrechtspflege.
damnee a payer a Ia demande1'esse de justes dommages-inte-
1'ets, lesqueIs, sous Ia reserve de Ia moderation du juge, sont
fixes par les instants a 20000 francs.
Auparavant
deja Lapp Cie avaient depose an greffe les
formulaires suivauts, dont
ils se servent dans Ieur commerce :
a) nn formulaire de facture date de Fribourg, et po1'tant
l'entete Swiss Condensed Milk Company Fribourg, sous
Iequel sont imprimes, en caracteres rouges sensiblement plus
petits, les mots
Lapp Oe, probablement au moyen d'un
timbre humide;
b) uu formulaire de lettre de change aussi date de Fri-
bourg
et portant l'entete Swiss Condensed Milk Co avec,
au-dessous, les mots
Lapp Oe a l'encre rouge;
c) un entete de lettre
J
avec cette raison de commerce
Swiss Condensed Milk Co, Fribourg, Switzeriand sur deux
lignes entre lesquelles sont imprimees en Iettres rouges Ies
mots
Lapp Cie. Au-dessous les mots Telegrammes:
Lapp, Fribourg.
A l'appui des conclusions de sa demande, Ia societe deman-
deresse fait valoir en substance
ce qui suit :
Bien que la fabrique d'Epagny n'ait
depose en Suisse au-
cune marque de commerce et qu'elle n'ait pas non rlus fait
inscl'i1'e au registre du commerce Ia raison sodale ( Swiss
Condensed
: IiIk C", elle s'est neanmoins permis de vendl'e
les produits
de sa fabrication sous cette raison, des 1875
deja, tant en Suisse qn'a l'etranger. Cette raison a ete utiliseA
soit pour des etiquettes de boites de lait, soit sur les caisses-
expeditions de ma1'chandises, soit sur les autres
fOl'l1mlaires
de Ia maison
J
et c'est en vain qu'on y chercherait le nom de
NI. Lapp. La defenderesse savait pourtant que l' Anglo-Swiss
Condensed Milk Co avait inscrit sa raison sociale au registre
du commerce en 1883, et avait de plus depose sa mal'que en
Suisse deja en 1880. Sans doute Ch. Lapp s'est tleja servi
de la raison sociale Swiss Condensed Milk Co dans son
inscription au registre
du commerce, du 22 mars 1883, par
laquelle
il donnait procuration a Albert Lapp; mais cette
inscription a eu lieu ensuite d'une declaration verbale, et cette
IV. Obligatiollellrecht. No 78 .
raison-la, d'ailleurs parfaitement irreguliere, n'a jamais ete
publiee. D'autre part il est etabli que la maison Harder et de
Voss
a Hambourg fait des offres de lait condense sous Ia
marque
Swiss Condensed Milk Co, alors que cette marque
n'a pas
ete deposee, et qu'on se garde d'indiquer le nom de
Lapp. Toutes ces manamvres sont de nature a induire Ie
public en erreur, et a causer un prejudice considerable a la
demanderesse; elles constituent
de plus une concurrence de-
loyale, attendu que Ia defenderesse fait des prix inferieurs
avec une diminution dans le poids
et la valeur de la marchan-
dise. La nouvelle raison
de commerce que la maison defende-
resse a fait inscrire au registre du commerce depuis l'intro-
duction
du pro ces ne donne pas satisfaction a Ia demanderesse,
car elle usurpe les
mots: Swiss Condensed Milk C", qui
font
uartie de la raison sociale et de la marque de fabrique
reguiierement inscrites de Ia demanrleresse. Quant au dom-
mage cause pendant de longues annees par cette usurpation
et cette concurrence deloyale, il est considerable, et le chiffre
de 20000 francs demantle a titre d'indemnite n'est pas
exagere. En droit, la demanderesse s'appuie soit sur l'art. 816
CO., soit sur les art. 50 et suiv. ibidem, soit sur la loi du
19 decembre 1879 sur Ia protection des marques de fabrique
et cle commerce.
Lapp
Qie ont concIu a liberation des fins de la demande,
en opposant entre autres
a la demanderesse une exception
de prescription fondee sur les art. 69 et suiv.
CO. Dans
Ieur exploit
du '7 juin 1893, les defendeurs declaraient de
plus opposer
a Ia demanderesse la nullite de sa marque de
fabrique
et de sa raison cle commerce. Les defendeurs ont
alIegue en outre que les denominations dont ils se servent
sont conformes
a l'exacte verite et qu'une confusion n'est pas
possible entre les produits des deux maisons en cause.
A l'audience du tribunal
civil de Ia Gruyere du 24juin 1893,
la
societe demanderesse a repris les conclusions de sa cita-
tion-demande, en rectifiant toutefois
Ia conclusion sous N° 3
en
ce sens qu'elle y substitua l'expression de denomina-
tion
a celle de marque.
B. Civilrechtspflege.
Dans son audience du 15 juillet 1893, le tribunal de la
Gruyere a
procede a l'interpellation de M. Dotwyler, repnl-
sentant de la fabrique de Cham, ainsi qu'a celle du defendeur
Albert Lapp.
Les declarations de
M. Dotwyler j relatives a la marque de
fabrique de Cham, et sur les cireonstanees qui amenerent le
temoin a constater la eoncurrenee qui lui etait faite par la
maison
defenderesse, sont eonformes a ce qui a ete deja dit
plus haut.
Quant aux
declarations de M. Lapp, il y a lieu d'en re ever
ce qui suit:
La maison Lapp a pris en
1875 la succession de la maison
Carteret ; elle se sert pour ses produits, depuis 1875 deja,
de deux
marques, la marque Helvetia et Ja marque
Gruyeres Castle. La premiere de ces marques,qui repre-
sente un paysage suisse des bords d'un lac surmonte de
l'ecusson
federal, est deposee, au dire de M. Lapp, en Angle-
terre depuis 1876, -et la seconcle, representant le chateau
de Gruyere, y a ete deposee en 1886. Cette derniere marque
a de plus
ete deposee en Suisse sous N° 6357 le 6 avri11893.
L'une
et l'autre de ces marques renferment les mots Swiss
Condensed
Milk Co, Fribourg, Switzerland. -A. Lapp a
declare
de plus que la maison defenderesse a utilise deja
depuis de longues annees la raison sociale Swiss Condensed
Milk Co et eela meme avant l'etablissement du registre du
eommerce. Cette denomination a ete choisie parce que e'est
la veritable qui convient aux produits fabriques avee
du lait
suisse; le mot
Co inclique que la mais on defenderesse
eonstitue une soeiete, et la tracluction anglaise a ete adoptee
paree que les procluits
cle cette maison sont expeclies en
Angleterre. Avant l'inscription
cle la nouvelle raison de eom-
merce en mars 1893, on se servait des formulaires indiques
plus haut sans y ajouter les mots
Lapp Cie a l'encre
rouge;
on pratiquait ainsi, decIare :M. Lapp, parce qu'alors
on n'avait pas encore eommence a nous faire des miseres.
A la question de savoir pourquoi la maison defenderesse a
change sa raison sociale inscrite en 1883, !. Lapp a repondu
comme suit:
IV. Obligationel1l'echl. N° 713.
Ce sont nos affaires particulieres. D'abord les aftaires
allaient au nom de
Charles Lapp, et pendant ce temps-Ia nos
produits etaient deja marques Swiss Condensed Milk Co ;
nous etions cleja en societe, mais eelle-ci n'etait pas ins-
erite.
Quelques jours apres cette audience, il survint un inciclent
au sujet duquel le clossier fournit les indieations suivantes:
Suivant lettre
de voitllre du 27 juin et faeture du 28 juin
1893, les
defendeurs avaient expedie 25 eaisses de lait eon-
dense a Ia maison d'expedition von Speyr Cie, a !laIe, avee
I'ordre de
reexpedier cette marehandise a Anvers et cle la
mettre
a la disposition de la maison Buleke Cie a Anvers.
D'apres les depositions
du temoin Weber, proeuriste de M. von
Speyr, la lettre de voiture portait une signature apposee au
moyen d'un timbre et portant les mots
Swiss Condensed
Milk Co, Fdbourg, Lapp ; (Je; la lettre du 28 juin etait
marquee de meme, sauf que la signature Lapp Cie etait ap-
posee a
la main.
Le 1
er juilIet, von Speyr ; Cie expedierent les eaisses en
question
a la maison Bu1cke Cie a Anvers, en ajoutant que
eette marchandise provel1ait cle Ia Swiss Condensetl
Milk Co; elle n'ajouta en revanche pas, clans la lettre cl'avis,
que cette compagnie avait
son siege a Fribourg; d'autre part
elle ne dit pas non plus A nglo-Swiss mais simplement
Swiss Condensed Milk Co. Trompee par la similitude des
raisons, la maison Bulcke
; Cie crut que eet envoi provenait
de
Cham, et eomme aueune instruction ne lui avait e18 donnee,
elle
ecrivit le 21 juillet 1893 a la demanderesse POUf lui de-
mander a la disposition de qui elle clevait tenir Ia marchan-
dise en question. Le 24 juillet la demanderesse repondit
a
Buleke Cie qu'elle ignorait quel etait le commettant des 25
eaisses, et demanda a son tour si cette expedition ne coneer-
nait pas la maison Lapp
; Ci", a quoi Buleke Cie repondi-
rent en effet que leur lettre du
21 n'etait pas destinee a la
demanderesse. Entendu plus tard par commission rogatoire,
NI. Mureau, employe de la maison Bulcke, a ajoute que la
lettre d'avis qu'elle avait
rel,)ue le 31 juiIlet de l'acheteur
B. Civilrechtspflcge.
Carel-Henrich Overney a Hambourg, par l'entremise de von
Speyr Cie ä. Bäle, indiquait bien que la marchandise prove-
nait de Fribourg.
Des
pieces versees au dossier et des depositions des
temoins entendus en la cause resultent encore les faits sui-
vants:
Les deux maisons concurrentes se servent
comme etiquettes
de bandes de papier portant au milieu leurs marques respec-
tives, plus haut decrites, et sur les cotes des instructions
concernant le mode d'emploi, imprimees en anglais et en
frangais. Les raisons de commerce Auglo-Swiss Condensed
J filk Co, Cham, Switzerland ' et Swiss Condensed
Milk Co Fribourg, Switzerland, ' figurent sur ces marques.
De mnme les deux maisons impriment en rouge, dans Ie sens
de la diagonale, sur leurs marques de
Ia Laitiereet Gruyere
Castle Ies mots prepared in Switzerland; ' pour les pro-
duits destines a l' Angleterre.
La raison
Swiss Condensecl Milk Company ' se trouve
.aussi, ainsi que Ia marque Helvetia, sur des prospectus de Ia
maison defenderesse, relatant le resultat de diverses analyses
chimiques de ses produits ; ces prospectus, imprimes en alle-
manel et en frannais, mentionnent que Ia dite fabrique de lait
condense a son
siege a Fribourg. Au pied de ce prospectus
est reproduite entre autres une analyse
du chimiste public
pour
Ia Cite de Londres, datee de janvier 1877, Oll on lit ce
qui suit:
L'echantillon A, marque Hel1Jetia, eonsiste en Iait pur
d'une nature condensee,
et contient tous les elements de ce
fluide, melange avec une certaine quantite de sucre.
' L'echantillon B, marque Anglo-Swiss, contient egalement
les
memes elements, mais avec une diflerence de quantites.
Les deux sont bons et veritables et d'une valeur commer-.
ciale
egale. '
La raison Swiss Condensed Milk Company, Fribourg
se trouve aussi, de meme que la marque Gruyere Castle
en tete d'un formulaire de facture utilise pour Ia maison d'ex-
portation Harder et de Voss, a Hambourg.
IV. Obligationenrecht. 0 i8.
Il a ete produit, de plus, au dossier plusieurs prix-courants
de maisons de commerce anglaises vendant des produits
li-
mentaires. Dans l'un de ces prix-courants les marques Gruyere
Castle et lVIilkmaid j) (c' est-a-dire Laitiere ) sont indiquees
l'une et l'autre avec des prix distincts. Dans deux autres prix-
courants, Ia marque j)filkmaid de la societe demanderesse
est seule indiquee.
Des depositions des temoins
Frannois Weck, Alex. Bussard,
chalTetier de Lapp,
Leon Genoud et Ernest Castella, em-
pIoyes a la gare de Bulle, il est resillte que le nom de Lapp
ou Lapp Cie ne figure pas sur les caisses expediees par la
fabrique des defendellrs, mais bien des lett1'es quelconques,
quelquefois
aus si une estampille avec les mots Swiss Con-
densed Milk. Quant aux lettres de voiture, elles portent depuis
189:-3 Ia signature Lapp Qie, et auparavant Charles Lapp,
au-dessous des mots
Swiss Condensed Milk Co.
Des depositions d'autres temoins, entendus par commissions
rogatoires,
il convient de relever ce qui suit :
Le temoin
HonneyviUe, qui etait depuis 8 ans le represen-
tant de la maison defenderesse pour l' Angleterre, a declare
que jamais des confusions n'ont eu lieu entre les produits de
l'Anglo-Swiss
a Cham et ceux de Ia Swiss Condensed Milk Co
a Fribourg, non plus qu'entre leurs ma1'ques de fabrique res-
pectives.
Il a affi1'me de plus qu'il a fait tout son possible
pou1' attirer l'attention de ses dients sur le fait que Ia mais on
qu'il represente a son siege a Fribourg.
Les temoins Benck
et Mutzenbecher a Hambourg ont (M-
clare qu'ils avaient cru que les produits des defendeu1's
offerts par la mais on Ha1'der et de Voss etaient ceux de la
fabrique de
Cham ; ils n'ont pas songe a une contrefacon ou
a une usurpation de la raison sodale, parce qu'ils ignnraient
l'existence de Ia maison defenderesse. En revanche les temoins
Harder
et de Voss ont depose qu'ils ont toujours attire l'at-
tention de leurs clients sur ce que le lait condense qu'iIs ven-
daient lorsqu'ils representaient la maison defenderesse venait
de Fribourg et non de Cham, mais qu'il etait egalement de
provenance suisse
et meilleur marche que ce clernier. La
XXI -18%
B. Civilrechtspllege.
Iocalite d'Epagny leur etait inconnue, mais Hs savaient que
la fabrique avait encore un antre etablissement qne ce1ui de
Fribourg
meme. Si, dans leur prix courant Victoria, ils n'ont
pas
ajoute 1e nom de Fribourg a l'indication Swiss Con-
densed Milk Co, ." c'etait pour engager leurs clients d'outI'e-
mel'
a passeI' par leur intermecliaire pour 1eurs commandes,
et les empecher de s'adresser directement a Fribourg. C'est
pour
le meme motif que les localites de provenance ont ete
omises anssi pom les autres procluits enumeres dans le cata-
logue,
et speciaiement l'inclication Cham ponI' le lait condense
de l' Anglo-Swiss Condensed Milk Co. Lorsque des clients vou-
laient du
bit condense (1e cette derniere fabrique, Hs cleman-
daient la marqne de 1a laitiere on la marque Cham. Dn reste
les temoins out toujours veille dans leurs offres a ce que des
confusions ne pussent pas se produire. Les
temoinsont ajoute,
sur une questiol1
posee par Lapp , ; Cie, que s'il est vrai
qu'eux-memes n'ont jamais fait de confusion entre les produits
des
cleux fabriques, cependant les raisons de ces deux etablis-
sements
SO nt tellement semblables que des clients peuvent
les confondre. Toutefois le commerce d'exportation regarde
plutOt aux marqucs qu'aux noms, et les temoins ont toujours
signale aux acheteurs qu'il existait deux compagnies suisses
d.e lait condense. Outre les deux compagnies suisses en cause,
les ternoins n'en connaissent qu'une
pOltant un nom analogue,
savoir
The first Swiss Milk l1roduce and preserved Butter
Company (C. Jung Co) Eglisau, Zurich. :i
Enfin il resulte d'une declaration delivree aux defendeurs
par l'anden prepose au registre du commerce de Bulle, que
Ch. Lapp s'est deja presente a son bureau en janvier 1893
pour une modincation a apporter a l'inscription, au dit registre,
de la fabrique de lait condense d'Epagny.
Ce prepose ayant
quitte ses fonctions peu
apres, cette modification a ete omise
par oubli.
Par jugement du 15 decembre 1894 le tribunal dvil de la
Gruyere a deboute la sodete demanderesse de tontes ses
conclusions
et admis 1e defendeur dans ses conclusions liM-
ratoires, en pronongant toutefois que chaque partie garde ses
V. Obligalionenrechl. N° 78
f;.ais; vu ue la partie, Lapp a pu donner lieu au proces par
11rrenularIte de centams. de ses procedes. Ce jugement se
fondalt sur des motlfs
qm peuvent etre resurnes comme suit.
Ce n'est qu'en novembre 1892 que la uemanderesse a cons
tate la confusion qui se faisait a son prejudice' la prescription
etablie a l'art. 69 CO, n'est donc pas enconrue, Quant an
fond,
et en premiere Iigne, les defendeurs n'ont commis ni une
contrnf on, ni une usurpation de la marque de fabrique de
lasoclete demanderesse; 1e conseil de cette derniere a de-
lar,e l:e pas vouloir insister sur ce premier grief, et, en effet,
!l n eXlste 8.ucune ressemblance entre Ja marque Ia Laitiere,
l;'une part, et le marques Helvetia et Gruyeres Castle de
autre. En ce qm concernp, en second lieu, l'usurpation, pre-
tendl:e par la .demanderesse, de sa raison de commerce, les
prlllnlpes apphcables a cet eganl sont les art. 865 et suiv ..
speclalement les art. 867
et 876 CO, . 01' au regard d ..
., . . ' , e ces
pnnclpes,
Il est lllcontestable que l'inscription faite Ie 22 mars
18 3, ,au nom de Charles Lapp, n'etait pas adaptee a une
soclete en nom collectif,
et c'est avec raison que les defell-
dems, l'on modifiee en 1893, mais Ia demanderesse ne peut
e preva n' .de cette irregularite qu'autant qu'eHe comporte
a
SOll preJudlce une usurpation de sa raison commerciale Oll
une c,oncurrenc deloyale. A cet egard il faut constater que
Ja, also SWInS, Conclensed Milk ne constitue pas une
deSInatI?n fantaisIste, mais bien une designation necessaire
ponr mdl .uer la nature et Ia provenance des produits LIe la
malson defenderesse ; ces. mots sont de style
pom designer
dan l,e comme:ce tnut lalt condense de provenance suisse.
I s glt donc d'une formule tombee dans le domaine public,
smcere
et non mensongere, qu'iI n'eRt permis a aucune mais on
de s'approprier exclusivement.
,
Des 10rs,. a ten.eur de l'art. 867 in fine, Lapp avait en prin-
cIne le dr,Olt d'aJouter cette indication a son nom ou a sa
raIson soclale, sans commettre une usurpation
cle la raison
de
cOlnmnrce ,de Cham, L'omission du mot Anglo est en
effet
slgnlficatIve, et elle marque bien la distinction entre les
cleux mmsons. Quant au mot Company a la verite, d'apres
ß. CivIlrechtspllenl'e.
l'inscription de 1883, Lapp n'avait pas le droit de s'intituler
societe ; mais cette anomalie peut etre reprimee administra-
tivement, sans donner
un dIoit d'action a la societe de Cham.
Le
grief de concurrence deloyale (art. 50 et suiv. CO.) serait
fonde si la maison Lapp Cie s'etait rendue coupable de
manreuvres deloyales dans 1e hut (l'enlever a la mais on de
Cham sa clientete; mais tel n'est poiut le cas ; elle ne jette
sur le marcM que du lait condense suisse; elle emploie des
marques de fabrique absolument distinctes
cle ceIle de la
demanderesse; elle
asoin, sur ses formulaires, d'ajouter le
nom Iocal de Fribonrg en opposition de celui de Cham. Si Ja
maison Bulcke a eonfondu les produits des deux fabriques en
cause, c'est accidentellement, ensuite
du defaut de relations
anterieures et de l'irregularite de l'envoi. Enfin les eaisses
d'expedition ne portaient souvent que des signes etl'angers a
la denomination Swiss Condensed :Milk Co et etaient ae-
eompagnees de lettres de voiture portant distinetement la
mention
Fribourg et le nom de Lapp.
L'Anglo-Swiss
Condensed Milk Co a appele de ee jugement,
en reprenant les conclnsions de sa
clemande.
Dans son mandat d'appel, 1a demanderesse declare, entre
autres, qu'elle ne se place pas sur le terrain d'une
contrefa ;on
ou d'une usurpation de marque de fabrique. Elle invoque an
t;ontraire rart. 867 CO., qUß Ch. Lapp a viole pendant 18
ans, en se servant d'une raison sodale qui n'etait pas et ne
pouvait
etre la sienne, en se rendant ainsi eoupable d'nne
eoncurrenee
deloyale. Elle invoque en outre l'art. 876 du
meme Code; la raison Swiss COllllensed Milk Co ne se
distingue pas suffisamment de eelle
de Anglo-Swiss Con-
dellsecl Milk Co ; il n'est, de plus, pas etabli que les mots
Swiss Conclensed Milk ne eontiennent qu'une designation
necessaire,
et en tout eas Lapp pouvait tout an plus se servir
du mot
Fabrik mais non du mot Company. La deno-
mination adoptee par l' Anglo-Swiss Comlensed Milk Co
n'est du reste IJas entree dans 1e domaine puhlie. Quant auX
dommages-interets, la demanderesse es time que la somme de
20000 francs ll'est pas exageree, si l'on eonsidere que' la
IV, Obhgationenrecht. N° 78.
concurrence deloyale a dun 18 ans, dont dix sous l'empire
du Code des obligations et qu'elle se eontinue eneore aujour-
d'hui.
Eu particulier les art. 50 et slliv. et 55 CO. sont ap-
plicables.
Par arret du 3 avril 1895, la Cour d'appel de Fribourg a
admis partiellement le pourvoi de la demanderesse, et, modi-
fiant le jugement de premiere instance, elle a prononee eomme
suit:
La premiere conclusion actrice est admise en ce sens
que la maison Lapp ne peut employer
les mots Swiss Con-
densed Milk Co comme raison sodale, mais qu'elle peut se
servil' des trois mots ( Swiss Condensed Milk eomme ad-
jonction
a la veritable raison sodale Lapp Ci , cette
adjonctiol1 ne servant
qu'a indiquer le genre de commerre
des
defendeurs, et ne pouvant contenir le mot Company :!'
ou Co precedemment employe.
La deuxieme conclusion aetrice est repoussee en prin-
cipe, mais la modification apportee
a la raison soeiale Lapp
Cie resultant de l'admission de Ia premiere eoncluslon devra
6t1'e publiee aux frais des defendeurs.
) La troisieme conclusion actrice est admise en prindpe,
mais le chiffre des dommages-interets est reduit a la somme
de cent francs.
Cet arret se fonde en resume sur les motifs ci-apres :
La raison
sodale employee par les defendeurs depuis 1883,
savoir Swiss Condensed Milk Co ) n'a pas ete regulierement
publiee ; les demandeurs ne sont donc pas
presumes en avoir
eu connaisRance,
et les defencleurs n'ont pas etabli qu'ils
l'aient connue.
Au contraire, ee n'est qu'en novembre 1892
que la societe demanderesse a constate la confusion a laquelle
pretaient les deux raisons concurrentes.
Au surplus, il ne
s'agit pas d'un fait unique, mais d'un fait continu. Dans ces
conditions Ia prescription etablie
a l'art. 69 CO. n'est pas
encourue. Quant au fond, tout ce qui pourrait eoncerner une
contrefa ;on ou usurpation de marques de fabrique doit etre
laisse
hors du debat. Il ne peut s'agir que tl'une usurpation
de Ia raison de commerce ae la rlemanderesse et d'une con-
ß. Civilt-cchlspJlege.
CUnTen?e delnyale c01nmise ä son prejudice. Quant an premier
pomt,
Il est a. eOl1stater que si la raison defenderesse Swiss
Condensed
MIlk Co a ete utiIisee et deposee des 1883 II
, 't' , e e
n a pas e e en revanche publiee avant le 7 mars 189') d t
d I b . . 0, a e
.e a pu hcatIon de la rnison :nodifiee. 01' la raison en ques-
tInn n ent pas e? f?rme a la 101; elle ne pourrait etre que la
raI n .d une oeIete anonyme, d'une assoeiation ou d'une autl'e
SOClete du tltre 28 CO., mais non celle d'une societe e
nom colleetif
ou d'une soeiete en commandite. Les derendeur
ne peuvent d'ailleurs se mettre au benefice de I'art. 902 CO.
u
ca:' les denendeurs ne pouvaient valablement se servil' de l
raIson soclale ( Swiss Condensed Milk Company anterieu-
rement. u Code des obligations, sous l'empire' du droit fri-
bour?eOls. Le Code de commerce fribourgeois n'autorisait une
pareIlle raison ni si la mais on defenderesse constituait une
societe en nom collectif, ni si elle avait a sa tete Ulle seule
personne. Quant
a la raison sociale des defendeurs. inscrite
e mars 1893 sous la denomination de Swiss Cnndensed
MIlk Conpany, La Cie il y a lieu de distinguer au point
de vue ae sa legahte. Les mots Lapp Cie sont bien con-
forne aux exigences etablies par l'art. 869 CO. pour les
socnetes en nom collectif. En revanche l'ensemble de la raison
sOnIale ne revet pas le caractere de verite et de Silleerite
eXlge. par la loi, car il n'est pas admissible que les mots
SWiSS Condensed .Milk Company soient donll(;)s comme
l'element essentiel et principal de 1a raison sodale' an COil-
tnaire l'emploi de ces mots n'est Heite qu'en tant qu;ils cons-
tItuent une adjonetion ou une indieation de nature a desiffner
d
'
f 1 ' . ö
une a! on p us preClse le genre (l'affaires exploite, ainsi que
1e permet l'art. 869. Tout au moins faudrait-il que typogra-
phlquement ces mots ne soient pas plus en vue que ceux de
Lapp , Cie. De plus il est inallmissible que e mot ü"
figure deux fois dans la meme raison, comme e'est le cas
pnur la raison sodale modifiee. Eu effet, cette raison peut
lalsser supposer qu'il existe uue
societe anonyme Swiss Con-
densed T filk Co reunie ä uue sadete eu no collectif Lapp
Cl', ce qui n'est pas confo1'me ä la verite. Au reste le
IV. Obligationelll'echt. i' o 78.
mot Company ) n'est pas une iudication servant a predsel'
le genre de eommerce. En consequence la denomination la
plus etendue que puissent prendre les
freres Lapp est Ia sui-
vante: Swiss Condensed .Milk Lapp : eie OU encore
Ch. Lapp Cie Swiss Condensed Milk. L'adjonction a
cette derniere denomination dn mot anglais Company est
contraire aux dispositions legales deja dtees, et des 101's illi-
eite. C'est d'ailleurs a tort que la premiere instance a es time
que l'autorite administrative semit seule competente pour
apporter une lllodification a la nouvelle raison sociale de la
maison Lapp ; la decision du juge
est toujours reservee sur le
point de savoir si une raison
sodale est conforme aux dispo-
sitions
legales. D'autre part la societe demanderesse, qui est
inscrite au registl'e du commerce depuis 1883 sous la raison
sodale Anglo-Swiss Condensed Milk Company a 1e droit,
en vertu de l'art. 876 CO., d'interdil'e a toute societe plus
recente l'usage de cette raison sociale
ou d'une raison soeiale
ne se distinguant pas suffisamment de la sienne.
01' en 1'es-
pece la distinction entre les deux raisons sociales n' est pas
suffisaute, si
l'Oll se place, ainsi qu'on doit le faire, au point
de vue de la grande masse des eonsommateurs
et non an
point de vue des negociants ou intermediaires
experimentes.
Le public peut d'autant plus facilement etre induit en erreur
que les deux raisons sont ecrites en anglais et comprennent
plusieurs
ll10ts. Dans ces conditions le retranchement ou Fad-
jonetion d'un mot ou meme de deux ne suffit pas a eearter
tonte possibilite de confnsion. En l'espece la preuve que des
confusions
se sont reellement produites resulte des deposi-
tions de plnsieurs temoius.
En consequence il y a lieu d'inter-
dire a la maison Lapp d'employer les mots Swiss Con-
densed Milk comme raison sociale ; elle peut seulement se
servil' des trois mots Swiss Condensed Milk comme
adjonction
ä la raison veritable Lapp Oie ) a l'exclusion
du mot
Company OU Co. La modification resultant de
ce qui
precede pour la raison sodale actuelle devra etre pu-
bliee
aux frais des defendeurs. Quant aux dommages-interets
reclames
par la sodete demanderesse, la Cour d'appel a
ß. Civilrechtsptlege.
estime que cette conclusioll ne vise que l'emploi abusif de la
pretendue raison sociale Swiss Condensed Milk Co jusqu'en
1893, mais non d'autres faits de concurrence
cleloyale, et
qu'ainsi elle ne peut s'appuyer que sur l'art. 8'16 CO. et non
sur les art.
50 et suivants. Poul' que des d011ll11ages-intel'ets
soient dus de ce chef, la simple faute suffit ; or, en l'espece
les
defendeurs ont commis incontestablement une faute en
adoptant pendant dix ans une raison
sodale qui ne leur ap-
partenait pas, et cette faute a cause a 1a demanderesse un
certain pl'ejudice, en detoumant d'elle, au profit des
defen-
deurs, une partie, si faible soit-elle, de sa clientele. TI est
prouve que 11leme des specialistes ont pu confondre les pro-
duits des deux maisons; i plus forte raison, dans la grande
masse des consommateurs, surtout dans les pays hors
cl'Eu-
rope, il y en a qui ont pu s'y tromper. Dans ces conditions
et en tenant compte de ce que la partie demanderesse n'a
apporte aucune preuve du dommage subi, et de ce que l'exis-
tence d'un simple tort moral suffit a faire allouer en principe
des dommages-interets, ceux
reclames doivent etre reduits a
100 francs.
Les deux parties ont recouru en temps utile contre
cet
arret. Les defendeurs ont repris purement et simplement
leurs conclusions liMratoires, ainsi que leur exception
de
prescription. Contrairement a l'art. 6'1 de la loi federale sur
l'organisation judiciaire, ils avaient en outre fait suivre leur
declaration de recours de developpements juridiques ; dans
une decision preliminaire du 25 mai, le Tribunal
federal a
prononce que ces considerations explicatives devaient
etre
tenues pour nunes et non avenues.
De son cöte l' Anglo-Swiss Condensed Milk Co a conelu
comme
suit:
Au maintien de l'arret attaque en ce qui concerne la
prnmiere conclusion.
A l'admission de 8a seconde conclusion dans le sens de
la premiere, les modifications apportees
par ceIle-ci a la deno-
mination sociale devant ains! etre publiees aux frais de la
partie Lapp.
IV Obligationenrecht. N° 78.
3° A l'adjudication de sa troisieme conclusion, en paiement
d'une indemnite de
20 000 francs, sous reserve de la mode-
ration du juge, la preuve d'un dommage direct et materiel
etant
suffisamment faite au pro ces.
Dans la suite la demanderesse a tente, en declarant la 1'e-
forme, d'amplifier ces conclnsions, mais dans sa decision pre-
liminaire du 25 mai susvisee, le Tribunal federal a prononce
que
la declaration de reforme n'etait pas admissible dans les
causes civiles
pOl'tees deval1t lui par voie de recours.
Statuant Sl6T ces aits el consideranl eil dl'oit :
La competence du Tribunal feaeral est fondee an point
de vue de la valeur litigieuse,
et elle existe egalement, bien
que sous certaines reserves, quant au droit applicable.
Aux tennes ües cleelarations reiterees de la demanderesse,
son action ne vise qu'une atteinte portee sans (lroit a sa
raison de commerce, soit des faits de concurrence deloyale
commis
a son prejudice, ainsi que des dommages-interets de
ce chef,
et non point une atteinte qui aurait et portee a sa
marque de fabrique.
Si, dans ses citations en conciliation des
et 15 mars 1893, et dans la conelnsion N° 3 de sa citation-
demande du 30 mars de la meme annee, la demanderesse a
parle d'un emploi abusif de sa marque, on doit se convaincre,
en rapprochant cette
expres! ioll de ce qui precede immedia-
tement, qu'elle a ete employee improprement ponr designer
la mison sodale, que mentionne la conclusion N° 1. Il suit de
li que la dite action ne se fonde que sur les dispositions le-
gales concernant les raisons de commerce, et sur celles qui
ont
trait aux actes illicites, et que c'est en vertu de ces dis-
positions que des dommages-interets sont reclames. L'action
actuelle n'appelle donc l'application du
droit federal que pour
autant qu'elle se base sur des faits qui se seraient produits
depuis le 1
er janvier 1883, date de l'entree en vigueur du
Code des obligations; avant cette date en effet, soit la res-
ponsabilite a raison d'actes illicites, soit l'ensemble de la ma-
tiere des raisons de commerce etait soumise au droit cantonal,
et c'est ce dernier qui, aujourd'hui encore, i teneur de l'art.
882 CO., l'egit 1a question de savoir si les defendeurs ont
B. Civilrechtspflege ..
contrevenu a ces dispositions de droit calltonal, ainsi que les
effets juridiques de ces contraventions.
Le tribunal de ceans
n'est des 101's pas competent pom revoir le p1'ononce des
instances cantonales,
pom autant qu'il peut concerner des
faits
anterieurs au 1 er janvier 1883, et il doit notamment tenir
pour acquis qu'avant cette
epoque le droit f1'ibourgeois n'au-
torisait les
defendeurs a se servil' de la raison sociale Swiss
Condensed
Milk Co ni comme raison (Fune societe en nom
collectif, ni comme raison individuelle.
En revanche le Tri-
bunal
federal est cOlllpetent pom revoir la cause, en taut que
l'usurpation de la raison eommerciale de la demanderesse
ou
les faits de eoneurrenee deloyale qu'elle signale a son preju-
(lice se seraient passes sous l'empire du Code des obligations.
2° La demanderesse, qui est inscrite an regist1'e dn COll1-
merce depuis le 9 mars 1883, et dont la raison commerciale
a
ete regulierement publiee dans la Feuüle officielle suisse
du 14 dit, a iucontestablemeut qualite, aux termes de l'art.
8'76
CO., ponr agil' en intenliction de l'emploi de la raison
de commerce concurrente qu'elle estime avoil'
13M usurpee a
son prejudice par les defendeurs, et pour demander des dom-
mages-interets de ce chef. En revanche les art. 50 et suiv.
CO., que la dell1anderesse invoque egalell1ent, ne pourraient
recevoir une application indepenclante que
pom autant que
les faits de concurrence deloyale dont
il s'agit consisteraient
dans autre chose que dans l'emploi
indu de sa raison de COl11-
merce ; en edictant l'art. 876 precite en vue de proteger les
raisons de
cOll1merce, le 1egislateur a en effet, par cette dis-
position protectrice speciale, entendu exclure l'application des
art.
50 et suivants en ce qui concerne les atteintes portees
aux raisons commerciales.
01' la demanderesse n'a point
allegue que I'atteinte contre laquelle elle invoque la protec-
tion des tribunaux ait lese un autre droit que celui ayant trait
a sa raison de commerce. Il resnlte d'ailleurs du dossier
qu'une concurrence
deloyale n'a pu etre faite a la demande-
resse
par les defencleurs, que par le fait que la denomination
adoptee
par ces derniers pour designer leur maison ne se dif-
fetenciait pas suffisamment de la raison sodale de la deman-
det'esse.
IV. Obligationenrecht. No 78.
C'est donc uniquemel1t en application des principes du droit
federal en matiere de protection des raisons de commerce
l"i3gulierement inscrites et publiees, qu'il doit etre statue en
la cause.
Sur l'exception de preseription opposee par Lapp Cie
a la demanderesse il y a lien de distillguer entre les deuK
eonclusions prises par celIe-ci. En ce qui touche celle tendant
a faire interdire alLX defendeurs l'usage cIe la raison Swiss
COlldensed
Milk Co y, il est evident qu'elle n'est pas prescrite,
puisque les
dits clefendeurs se servaient de cette raison an
moment de l'introduction de la, cause, soit 101's de la demande
de mesures provisionnelles,
et qu'en modifiant alors leur ins-
cription an registre du eommerce, ils ont manifeste leur inten-
tion d'utiliser encore cette raison
a l'avenir.
Eu ce qui concerne en revanche les dommages-interets
demandes, il importe de clistinguer d'abord entre le dom-
mage
causesous l'empire du droit cantonal, et celui cause
sous l'empire (lu droit federaL Quant an premier, il re suIte
cle l'art. 2144 du Ce. fribourgeois qne la prescription de
l'action actuelle
etait de dix ans, et il est certain que le Code
des obligations n'a pas voulu soumettre cette prescliption,
pendant la periode transitoire, a un delai plus long. 01' la
presente action n'ayant
ete ollverte qu'en mar:s 1893, il est
incontestable qu'alors tout le
l)fejudice qni a pu etre cause
a la clemand8i'esse avant le 1 Ci' janvier :t883, soit sous 1'em-
pire du droit cantonal, etait COllvert par la prescription.
Quant an domulage eause a la clemanderesse depuis l'en-
tree eIl viglleur du Code des obligations, les parties ont admis
d'un commlln accord.
et avec raison, que l'action en dom-
mages-interets IJn vu a l'art. 876 de ce Code etait soumise
a la prescriptioll etahlie a l'art. 69 ibidem ; en effet les memes
motifs qni ont fait admettre la disposition speciale de ce cIer-
nier article pom la prescription lles actions en dommages-in-
terets.
fondees sur des ades iIlicites tombant sous 1e coup
des a t. 50 et suivants, doivent valoir aussi relativement a
l'extinction de l'actioll en dommages-interets prevue a l'al. 2
du preclit art. 876, qui a egalemel1t sa
SOUl'ce dans une faute
extracontractueHe.
B. Civilrechtspllcge.
Les instances cantonales ayant admis l'une et l'autre en
fait que ce n'est qu'en novembre 1892 que la
demandet'esse
a constate la confusion qui se faisait a son prejudice, le Tri-
bunal federal est lie par cette constatation, qui se trouve
d'ailleurs corroboree par les actes
du dossier. Bien que cer-
tains indices aient, anterieurement a, cette date, porte la de-
manderesse a croire qu'une raison Swiss Oondensed Milk
etait utilisee
a son prejudiee, rien ne prouve qu' elle ait
connu. avant novembre 1892, les auteurs de
eette, concnr-
ren ce; ni, notammellt, qu'elle ait en comlaissanee des agisse-
ments des defendeurs avant les lettres echangees, dans le
courant du dit mois, entre eUe et ses correspondants de
Hambourg, la maison Benck
et Mutzenbecher.
De
meme il n'a jamais ete prouve que ht Societe deman-
deresse ait eu connaissance, avallt la periode qui a
precede
immediatement
l'ouverture du proces actuel, de l'inseription
faite en mars 1883 au registre du commerce par le fonde de
proeuration Albert
Lapp, et par laqueHe ce dernier a declare
que sa signature au nom de la raison etait Swiss Oondensed
Milk 0° Albert Lapp; cette signatllre, soit la partie de
1'inscription le concernant, n'a, en effet, jamais ete publiee
dans la Fenille officielte dlt COimnerce.
Les arguments que le conseil des defendeurs a tires aujour-
d'hui de la tolerance dont aurait beneficie publiqnement leu!'
mison,
et du fait qu'elle a expose sous cette raison a l'expo-
sition üe Philadelphie sont egalement sans valeur, puisqu'il
n'a pas ete pronve que 1a demanderesse ait, elle, use de cette
tolerance,
ou qu'elle ait connu 1e fait ue l'exposition des pro-
duits des defendeurs sous la raison litigieuse.
L'action en clommages-interets contre les
defendeurs n'etait
done point prescrite en mars 1893, date ou elle leur a ete
ouverte par citation en conciliation du 3 dit (Opc. frib.,
art. 218); la prescription n'est encourue que pour
1e preju-
dice que la demanderesse a pu subir jusqu'au 3 mars 1883,
mais elle peut, en revanche, vaIablement
agil' a raison des
faits qui se
so nt passes depuis cette date.
4° Au fond il y a lieu d'examiner d'abord si la demande-
IV. Ouligationenrecht. N° 78.
resse est fondee, et eventnellement dans quelle mesure, a
intel'dire aux defencleurs pour l'avenir l'usage de la raison
sociale
Swiss Oondensed Milk Co et, a cet egard, il se
justifie cle maintenir le dispositif de l'arret attaque, lequel 11e
fait qu'accorder a a clemanderesse ce a quoi elle a incontes-
tablement droit.
Eu effet la raison de Anglo-Swiss Oondensed Milk 0
dont 1a demanderesse se sert depuis 1866 deja, et qui a ete
inscrite an registre du commerce 1e 9 mars 1883 et regulie-
re me nt publiee dans la Feuille officielle du cmmnel'ce le 14 du
meme mois, est conforme en tous points aux exigences aux-
quelles l'art. 873 00. soumet le choix des raisons sociales
de
societes anonymes; en particulier elle ne contient pas 1e
110m d'une personne vivante, et i1 n'a pas ete allegue qu'au
moment
Oll elle a ete inscrite an registre du commerce, elle
ne se
distingwU pas nettement de toute autre raison deja ins-
crite anterieurement.
D'autre part 1e fait qu'au moment de l'inscription de la
demanderesse le dMendeur Ch. Lapp se servait deja depuis
1875, soit depuis lmit ans, de
1a denomination Swiss Oon-
densed Milk 0°, ne pouvait empecher la demanderesse de
faire inscrire valablement sa raison sociale
Anglo-Swiss
Oondensed
J Iilk Oompany. En effet cette derniere sociMe
avait tout cl'aborcl P0Hr elle) en fait, le Mnefice de l'anterio-
rite de l'usage et, en droit, Ia Oour d'appel a etabli d'une
maniere definitive que jusqu'a l'entree en vigueur du
Oode
des obligations, le droit fribomgeois n'autorisait ni Oh. Lapp
comme
commeriiant seul a Ia tete d'une maison, ni une societe
en nom collectif Lapp Cie a se servil' d'une raison teIle que
Swiss Oondensed Milk 0°. , En outre, a partir de l'entree
en
viguem du Oode des obligations jusqu'au moment de l'ins-
cription de la demanderesse au registre du commeree, le
de-
fendenr Lapp n'a jamais acquis en fait, et ilue pouvait cl'ail-
1eurs acquerir un droit a 1'usage de cette raison. Dans sa
declaration du 20,122 mars 1883, soit peu apres Ia publica-
tion üe la raison sociale de la demanderesse, il s'est lui-meme
inscrit au registre du commerce sous a raison Charles LIlP1J,
ß. Cl lJrecMspllege.
comme etant senl chef de la fabrique de lait condense
d'Epagny, reconnaissant ainsi par
1a meme que cette raison
n'etait pas
ou n'etait plus Swiss Condensed .Milk Co et
d'ailleurs l'adoption par lui de cette deruiere raison eut Me
en contradiction flagrante avec l'art. 867 CO.
La dEklaration verbale N° 93, dans laquelle la raison sociale
Swiss Condensed Milk Co est employee dans la signature
du
fonde de procuration Albert Lapp, n'a pas pu davantage
conferer
aCh. Lapp un droit quelconque a l'empIGi de cette
raison
vis-a-vis de l'Anglo-Swiss Condensed l lilk Co. Non seu-
lement elle etait postel'ieure a l'inscription de la raison de la
demanderesse, qui avait ainsi
un uroit acquis a sa raisou i ,
elle en vertu de l'art. 876, et, de plus, non opposable aus:
tiers aux termes de l'art. 863, puisqu'elle n'avait pas ete pu-
bliee, mais encore l'inscription N° 93 etait dans son entier
irreguliere et illegale. Eu effet l'inscription au registre du
eommerce d'un fonde de procuration a pom seul but d'in-
former le public que cette personne a ete autorisee par son
patron
a se servil' de la signature de la maison (CO. 422),
mais elle ne saurait avoir pour effet de changer la raison
du
commernant qui a confere a ce fonde de procuration le pon-
voir de signer pour Iu1. En outre, d'apres 1e reglement sur 1e
registre du commerce du 7 decembre 1882, a10rs app1icabk
une pareille inscription aurait du etre signee en tout premie,
Heu par le chef de la mais on qui constituait le dit fonde dC'
procuration, ce qui n'a pas ete le cas dans l'espece.
L'inscription
que les demandeurs ont faite au registre du
commerce le 1 er mars 1893 -jour de la citation en mesures
provisionnelles
-ne peut pas davantage leur conferer, vis-
a-vis
de la Sodete demanderesse, un droit quelconque a
l'usage de la raison Swiss Condensed Milk Co. ) A sup-
poser meme que, comme Fa declare Alb. Lapp dans son in-
terrogatoire, la fabrique d'Epagny ait ete exploitee, deja
avant cette nouvelle inscription, par une sodete, et non plus
par
Ch. Lapp seul, cette societe en nom collectif ne pouvait,
pas plus qu'un
commergaut seul, prendre pom raison (le com-
merce les mots Swiss Condensed Milk Co Lap!' Oe. La
IV. Obligationenrecht. N° 78.
Code des obligations, et notamment l'art. 871 cle ce code,
reposent sur le principe que les raisons de commerce doivent
etre conformes a la verite, et qu'elles doivent etre choisies cle
maniere a ce que le public voie au premier coup d'mil s'il a
affaire
a un commergant seul a la tete d'une maison, ou a une
societe, et, clans ce dernier cas, la loi veut encore que le pu-
blic puisse reconnaitre aussitöt s'il s'agit d'une societe en
nom collectif ou en commandite, dans Iaquelle un associe au
moins est
inclefiniment responsable des engagements sociaux,
ou au contraire d'une societe anonyme Oll d'une association,
qui sont surtout des reunions de capitaux, sans responsabilite
reguliere des associes au-deli du montant de leur apport. 01'
la raison Swiss Condensed Milk Co Lapp ; Cie ne repond
pas aces exigences ; a. sa lecture 1e public peut etre incluit a
croire qu'eIle designe une sodete anonyme, puisque, excep-
tionnellement
du moins, des noms de personnes peuvent
figurer dans les raisons
de societes anonymes; 01' la loi a
precisement voulu exclure la possibilite d'une teIle confusion.
Il est vrai, d'autre part, que l'art. 867, al. 2 CO. autorise
le
commerfiant qui est seul a la tete d'une maison a ajouter
a son nom de famille des indications de nature a designer
d'une fa(jon plus precise sa personne ou le genre de ses af-
faires, et que la loi n'interdit pas non plus, d'une maniere
expresse, l'adjonction d'une teIle mention aux raisons des
societes en nom collectif. Mais il est evidemment dans l'in-
tention de la loi que cette (djonction conserve ce caractere et
qu,elle ne puisse en aucun cas devenir l'element principal de
la raison sociale, de maniere
a se trouver plus en evidence
que le
nom du ou des associes; de plus il va sans dire egale-
ment que 1a societe qui entend faire suivre sa raison d'une
adjonction, doit veiller
a ce que cette deruiere ne soit pas
precisement une raison cleja inscrite au registre du commeree
au profit d'autrui.
01', contrairement aces principes, clans la raison Swiss
Condensed Milk Co Lapp Cie les mots Swiss Condensed
Milk qui doivent constituer l'adjonction, sont mis en vedette
a la premiere place, tandis ql1e les noms des assocüns se
B. CivilrechtspJlege.
trouvent reIegues a l'arriere-plan. TI est evident, d'autre part,
que l'emploi des mots Swiss Condensed Milk Co est de
nature a creer une confusion avec la raison de la Societe de-
manderesse
Anglo-Swiss Condensed Milk Co et a lui
porter prejudice,
ce que l'instance cantonale a d'ailleurs posi-
tivement constate.
Il
y a lieu, daus cette situation, de reconnaitre que la
clemanderesse est en droit de faire interdire aux defendeurs,
conformement a l'art. 876 precite CO., non seulement l'usage
de la raison
Swiss Condensed Milk Co employee avant
mars 1893, mais encore, dans une certaine
mesme au moins,
l'emploi de la raison
Swiss Condensed Milk Co Lapp Cie,
inscrite au regist1'e du commel'ce le 1 er mars 1893. Le mot
Fribourg) qui se trouve imprime sur des factures des de-
fendeurs est en effet insuffisant pour differencier nettement
les deux raisons sociales.
Ill'est d'autant plus que la deman-
deresse
possede elle-Ill( me une fabrique a Guin, pres de Fri-
bourg, et qu'en lisant sur des imprimes ou sur des produits
la raison
Swiss Conclensecl Milk Co Fribourg, ou meme
Swiss Condensed Milk Co Lapp Oie Fribourg, le publie
peut facilemeut
et1'e induit a croire qu'il s'agirait d'une
succursale de la maison demanderesse
a Fribourg on dans
le voisinage de cette ville, tout comme
i1 est expose a
prendre les noms de Lapp C'e, surtout lorsqu'ils sont ap-
pos es en 1ettres moins grandes que le reste de la denomina-
tion
et avec une encre de couleur differente, pom les noms
cl'agents ou de representants cl'une societe qu'il iclentifierait
avec la Societe demanderesse.
50 La premiere eonclusion de la demande stant ainsi fondee
en principe, il s'agit seulement de determinel' dans quelle
mesure la raison employee jusqu'ici
par les defendeurs doit
etre
modifiee poul' qu'elle ne menace plus cle porter atteinte
aux droits de la clemanderesse.
A cet
egard la Societe demancleresse a accepte 1e dispo-
sitif N° 1 de l'arret de la Cour d'appel, autorisant les deren-
deurs a se servir des trois mots Swiss Condensed .Milk
eomme adjonction a la veritable raison sodale Lapp Cie,
IV. Obligationenrecht. N° 78.
mais avee exclusion de la mention Company ou Co.
Le tribunal de ceans ne pouvant, sur ce point, reformer ce
clispositif en faveu!' de 1a demanderesse, il est cependant de
sa competence,
et meme de son devoir de le preciser, en vue
d'eviter un clesaceorcl ulterieur entre les parties sur son inter-
pretation, en assignant
a l'adjonction dont il s'agit une place
qui la
qualme au premier coup cl'reil camme teIle, et qui em-
peche qu'elle ne puisse etre consideree comme l'eIement
principal de la raison. A eet effet il se justifie de dire que les
defencleurs ne peuvent se servil', dans leur raison, des trois
mots Swiss Conclensed Milk qu'en les pla ;ant apres les
mots
Ch. Lapp Cie OU Lapp Cie, etant entendu
cl'ailleurs que tout arrangement typographique ayant pour but
ou pour effet de diminuer l'importanee de la denomination
principale
et cle faire ressortir au contraire davantage l'acljonc-
tion serait consideree comme une violation du present arret.
Il n'y a pas lieu, cl'autre part, de reformer le dispositif
de
l'arret d'appel concernant 1a cleuxieme eonclusion de la
clemancleresse, dans ce sens que les modmeations apportees
a
la raison sociale des defendeurs devraient etre publiees aux
frais
cle la partie Lapp.
Il resulte en
effet, de ce qui precede que les mots Swiss
Condensecl .Milk moius eelui de Co, ne doivent pas etre
radies,
mais qu'une place differente doit seulement leur etre
assignee a titre d'adjonction a la raison de commeree des
clefendeurs, teIle qu'elle a ete determinee dans les motifs qui
precedent. La demanderesse eIle-meme ayant, ainsi qu'on l'a
vu plus haut, expressement cleclare aecepter le dispositif de
la
Cour cl'appe1 sur la conclusion No 1, lequel mail1tient les
trois mots en question, la deuxieme conclusion de son recours
ne parait pas logiquement conciliable avee la
premiere. Eu
revanche la modification a la raison sociale des defendeurs,
teIle qu'elle re suite des eonsiderations precedentes, devra
etre inserite au registre du commerce sur le vu du present
arret, i premiere requisition de la partie demanderesse, et
elle clevra egalement
etre publiee d'office dans la Fe1lille
officielle du cmmnerce (CO. art. 861 et 862.) Ces mesul'es,
XXl -1895
ß. CivilrechtspJ1ege.
qui sont de plein droit, paraissent d'ailleurs de nature a sau-
vegarder d'une maniere efflcace les droits de la demande-
resse.
Celle-ci ll'ayant pas conclu a la publication de Parret
du Tribunal federal, en tout Oll en partie, par la voie des
journaux et aux frais des defendeurs, il n'y a pas lieu non
plus de la prononcer contre ces derniers.
Eu ce qui a trait enfll1 a la question des dommages-in-
terets, 1a demanderesse a repris ses conclusions, la preuve
d'un domrnage direct
et materiel etant, se10n elle, sufflsam-
IDent faite en la cause.
On doit conclure de cette declaration que Ia demanderesse
n'entend plus invoquer aujourd'hui l'art. 55 CO., au Mneflce
duquel eHe a declare vouloil' se placer devant les instances
cantonales. Elle devrait
du reste etre deboutee de ce chef,
attenau qu'une atteinte grave a sa situation ne pourrait 1'e-
sulter que d'un denigrement ou de la mise en circulation de
bruits de nature a ebranler SOll credit, ce qui n'a, pas meIDe
ete alIegue dans l'espece. Une indel11nite ne saurait donc etn,
allouee a Ia del11anderesse qu'en reparation du prejudice
direct
et materiel subi par elle jusqu'ici du fait des agisse-
ments des dMendeurs.
Bien que le tribunal de
eeans ne se trouve pas, a eet egard,
en presence de constatations
ou d'elel11ents de nature a lui
permettre d'apprecier l'etendue
du dOl11mage cause a Ia de
manderesse, ensuite de l'adoption et de l'emploi, par Lapp
(le, d'une raison de commerce pretant a confusion avee la
sienne, il
est certain, neanmoins, que les agissements qui
ereent cette confusion causent regulierement un certain detri-
ment a celui qui y a ete en butte, et il est des lors loisible
an juge, meme lorsqu'un dommage materiel n'est pas directe-
ment et
mathematiqnement etabli, d appreeier equitablement
le prejudice dont reparation est due. C'est ainsi que dans une
espece analogue, le tribunal de
ceans a alloue a titre de
dOl11mages-interets une somme ronde depassant sensiblement
Ie montant du prejudice rigoureusel11ent etabli. (Voir arret
eu la cause Americau Waltham Watch Co contre Woog
Grumbach, Reclleil officiel, XIX, p. 248.)
IV. Obligationenrecht. N° 78.
Pour que des dommages-interets puissent etre alloues en
application de l'art. 876
CO.) il n'est point necessaire d'ail-
leurs que le dommage ait
ete cause avec intention, il suffit
de la simple negligence
ou imprudence, mais iI va sans dire
d'autre part que le juge peut tenir compte de Ia gravite de Ia
faute po ur Ia determination de l'importance de l'indemnite
(CO. 51, aL 1.) 01', dans l'espece actuelle, Lapp Cie ont
incontestablement agi, sinon d'une
mani( re directeIDent dolo-
sive, du l110ins avec une llegligence dolo pJ'O:1:ima. Ils n'ont
point conteste avoir connu l'existence de
la mais Oll demande-
resse, dont Ia notoriete internationale est d'ailleurs hors de
!loute, et qui possedP, de plus une Succursale aux portes
memes cle Fribourg; leu!" intention de creer une confusion
entre leurs produits
et eeux de I'etablissement demandeur
resulte eu outre de l'eusemble des pieces de la cause notam-
ment d'nu prospectus-rec1ame
utilise par Lapp Oie: qui est
de nature
a faire croire au public que c'est de leur maison que
provenait
un echantillon cle lait condense soumis en 1877 a
une analyse du chimiste public pour Ia cite de Londres, et
portant la marque Anglo-Swiss.
Dans ces conditions, et attel1clu que c'est pendant une pe-
riode de dix annees que se sont continues les agissements
iHicites des
defendeurs, sans qu'ils soient couverts aujourd'hui
par Ia prescription, la somme totale de cent francs allouee
par
Ia Cour d'appeI apparait eomme insuffisante, et il se jus-
Wie de la porter a mille francs, en tenant compte de 1'en-
semble des faits de
Ia cause.
Par ces motifs,
Le Tribunal
federal
prononce:
- Le recours de Ch. Lapp Cie est ecarte.
- Le recours de 1' AngIo-Swiss Oondensed Milk Co est
partiellement admis, et
eu consequence :
a) L'arret renelu le 3 avri1189ö par la Cour d'appel du
canton de Fribourg est maintenu en ce qui concerne Ia pre-
miere conclusion de Ja demande, ce dans 1e sens indique an
considerant
No ;) ci-dessus.
ll, Civill'echlspflcge,
(;) Le clit arret est egalement maintenu en ce qui concerne
la seconde conclusion de la partie demanderesse.
c) Il est reforme en ce qui conceme la troisieme conclu-
sion, en ce sens que les
defendeurs paieront a la demande-
resse la somme de mille francs de
dommages-interets.
La demancleresse est deboutee du surplus de ses conclu-
sions.
W. An'Cl lin 15 juin 18U5 daus La Clll : C Swi/i
wltt1'e lJegmnge IJ Gi'.
Suivant convention sous seing prive en date du 1 Cl' mars
1887,
le defel1deur W.-H. Swift est entre dans la mais on
Degrauge Cie, -laqueIle exploite une fabrique de fa'ience
a Carouge, -pour une dunne de trois ans, soit jusqu'a, fil1
18S!), en qualite de dil'ecteur de la fabricatioll. Le dit con-
trat cOl1tient entre autres Ia clause suivante :
IVI. Swift ne divulguera a quiconque les procedes de fa-
brication de la mais
on, et en outre il s'engage a ne s'inte-
resser ni directement ni indirectement,
pendant l'espace de
dix ans apres son depart, dans aUCUlle autre fabrique similaire
en
Suisse. )
Swift a quitte la maison Degrange au mois de juillet 1890.
En avril 1893, il a fonde, avec deux autres personnes, sous
la raison sociale
Swift, Troll Cie, a Frontenex pres Geneve
ulle fabrique de porcelaine.
Degrange
Cie estimant llue Swift violait ail1si Pengage-
llleHt pris par hIi dans le predit contrat, l'out assigl1ß devant
le tribunal de premiere instance
pour s' entendre 1
faire de-
fense de continuer a faire partie (le la lllaisoll Swift, 'froll
CiB et d'y foumir son concoul'S a peine de 100 ti'ancs de
dommuges-intel'ets POUl' chaque JOUl' de retarcl ase conformer
,1, la elite deiense, et 2° condamner a lem' payer 20000 fr.
de dommages-interets pour le
prejudice cleja cause.
Devant le tribunal
de premiere instance Swift a soutenu
qu'iln'a 11as viole SOll engagement; et il a conclu an rejet des
V. Obligationenrecht. N° 7 1,
cOllclusions de la demande ; le dit tribunal, par jugement du
2 mars
1894, a prononce clans ce sens,
Degrange
Qie out interjete appel de ce jugement, et repris
devant la
Cour de justice civile leu1's conclusions tant princi-
pales que subsidiaires en expertise, tandis que
Swift, de son
cöte, a conclu a la confirmation du jugemellt.
Par arret preparatoire en date du t
et
' decemhre tRH4, la
Cour a commis tl'ois experts aux fins c1e c1ire si les procluits
fabriques
par Swift, Troll Qie a FrOlltellex sont de nature
a faire COllcurrence sur le marclle aux produits de la fabri-
catioll de Degrange
Ci", et, en cas d'affirmative, d'indiquer
(lans quelle mesure cette concurrence se produit
et peut
eauser un pn judice anx appelants.
Les experts, apres avoil' examine les fahriques et les pro-
rluits des parties, le 4 janviel' 1896, ont depose leur rapport
le 8
dit, Ce rapport porte en suhstance ce qui suit :
Les experts estiment, cl'une
maniere generale, que certains
produits fabriqnes
par Swift, Troll Cie, principalement ceux
qui sont destines au
meme nsage, font. concurrence sur le
marelle a ceux de Ia fabrication Degrange Cie, D'autres ar-
ticles
Üe Swift, Troll : Cie, par le fait de leur nature speciale
ou de leur prix de vente plus eleve que cell1i des produits
de la maison Degrange Cie, ne sauraient entrer en concur-
rence avec cellx-ci. Les produits de la maison
Swift, Troll
: Cie entrant en cOllcurrence directe avec ceux de Degrallge
, Cie sont principalement ceux (lits de tl'oisieme choix et
rebl1ts. Dans la fabrication (le la porcelaine, comme dans eelle
de
Ia fa'ience, on produit iuevitablement en pl'oportion assez
consiclerahle ce qu'on appelle
Ie troisieme choix et rebuts, )
soit les articles ayant une tare quelconque provenant de
diverses causes impossibles
a eviter totalement; cette pro-
portion est naturellement plus forte pour une fabrique qui en
est a ses debuts, que pour celle dont l'experience est acquise.
La fabrique Swift, Troll Cie en est encore ä la periode ou
eette production d'articles de troisünme choix et rebuts eons-
titue une partie importante de sa fabrication,
et ces articles
sont livres sur Ie marche a des prix tels qu'ils font., quoi-