S1 22 191
ARRÊT DU 17 AVRIL 2024
Tribunal cantonal du Valais
Cour des assurances sociales
Composition : Candido Prada, président ; Jean-Bernard Fournier et Christophe Joris,
juges ; Simon Hausammann, greffier
en la cause
X _________ , recourant
contre
OFFICE CANTONAL AI DU VALAIS , intimé
(art. 17 LPGA ; diminution de la rente d’invalidité, salaire social)
Faits
A.
X _________, né le xx.xx1 1976, a souffert à sa naissance d’une infirmité
congénitale sous la forme de troubles respiratoires pour laquelle il a bénéficié de
prestations de l’Office cantonal AI du Valais (ci-après : OAI ; pièces OAI 4 et 6). Après
avoir achevé son parcours scolaire, il a entrepris une formation de vendeur ainsi que
divers stages, sans mener à terme son apprentissage ni parvenir à décrocher un emploi
fixe. Ses difficultés à s’intégrer dans le monde professionnel s’expliquaient en raison
d’un retard du développement, de troubles du comportement et d’une immaturité psycho-
affective, affections pour lesquelles un suivi psychiatrique avait été mis en place dans le
courant de l’année 1993 (pièces OAI 15, 16, 22 et 25).
Des tests psychologiques ont ensuite mis en évidence une grande difficulté pour
l’intéressé à canaliser ses énergies et son impulsivité, un fonctionnement de personnalité
gravement perturbé ainsi qu’un retard sévère dans le développement psychoaffectif,
rendant nécessaire un encadrement spécialisé (pièces OAI 58, 61 et 62). Dans le cadre
d’une formation initiale dans le domaine de la menuiserie mise en place par l’OAI, il a
néanmoins été en mesure de donner satisfaction dans le cadre d’un stage auprès d’une
entreprise d’agencement intérieur à A _________, laquelle l’a engagé à partir du 9 juillet
2001 à temps plein (pièce OAI 72).
Reprenant ces éléments, par décision du 13 juillet 2001, l’OAI a mis l’assuré au bénéfice
d’une rente entière d’invalidité sur la base d’un degré d’invalidité de 71%, calculé selon
un revenu hypothétique de 53'200 fr. (ou 80% de 66'500 fr. selon l’art. 26 aRAI) et un
salaire d’invalide de 15 134 fr. en raison de son rendement limité (pièce OAI 73).
B.
En juillet 2004, dans le cadre d’une procédure de révision d’office, le médecin
traitant de l’assuré, le Dresse B _________, généraliste, a indiqué que l’état de son
patient était stationnaire et qu’il souffrait toujours d’un retard de développement
psychique avec immaturité et infantilisme depuis sa naissance (pièce OAI 81).
Afin d’évaluer sa capacité de gain résiduelle, une enquête économique a été réalisée le
15 février 2005 par l’OAI. Il en est ressorti que l’assuré occupait un poste à plein temps
spécialement aménagé à son profil et effectuait des tâches qui étaient auparavant faites
par les apprentis. Son employeur lui versait cependant un salaire supérieur à celui d’un
apprenti de dernière année, en raison de la bonne volonté affichée par l’intéressé et
malgré les difficultés qui découlaient de son comportement, conduisant notamment à
des altercations régulières avec d’autres ouvriers ou à de la destruction de matériel
(pièce OAI 83). Sur cette base, l’OAI a maintenu la rente entière d’invalidité de l’assuré
(pièce OAI 84).
C.
Lors de procédures de révision ultérieures en 2010, 2014 et 2017, le droit de
l’assuré à une rente entière d’invalidité a été maintenu sur la base d’un degré d’invalidité
de 78% (pièces OAI 105, 106, 122 et 135).
D.
En 2022, l’OAI a procédé à une nouvelle révision de la rente entière d’invalidité de
l’intéressé, en requérant des renseignements de son employeur et de la
Dresse B _________ (pièces OAI 142 et 145).
Par projet de décision du 26 juillet 2022, il a informé son assuré que sa rente d’invalidité
diminuerait à une rente de 66%, au motif que sa perte de gain s’était réduite depuis
l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 des modifications législatives et réglementaires
dans le cadre du « développement continu de l’AI » et qu’il convenait désormais de tenir
compte du salaire social que lui versait son employeur (pièce OAI 146).
Par décision du 11 octobre 2022, l’OAI a réduit la rente d’invalidité de l’assuré à une
rente de 66%.
E.
X _________ a recouru céans contre cette décision le 11 novembre 2022 (date du
sceau postal), concluant au maintien de sa rente d’invalidité de 78%. En substance, il a
fait valoir que l’OAI n’avait pas requis d’informations de sa part ou de son employeur
avant de rendre sa décision et que le salaire qu’il percevait correspondait à son travail
effectif ce qui avait été confirmé par son médecin traitant. Selon lui, il n’existait dès lors
aucune raison de diminuer sa rente.
Dans sa réponse du 10 janvier 2023, l’OAI a indiqué que des renseignements
économiques avaient été demandés à l’employeur du recourant et que ce dernier
gagnait auparavant un salaire plus élevé à son rendement effectif. Or, depuis les
modifications législatives et réglementaires, il convenait à présent de tenir compte du
salaire effectivement perçu, y compris le salaire social, de sorte que son degré
d’invalidité était moindre et justifiait une révision de la rente.
Le 8 février 2023, le recourant a répliqué que son employeur n’avait pas été sollicité par
l’OAI sur sa capacité de travail ou son rendement, si bien que l’intimé voulait réviser sa
rente sans prendre en compte l’évolution de sa situation professionnelle ni indiquer le
détail de sa perte économique. Il a ajouté que son salaire avait été fixé à 11 fr. 75 de
l’heure compte tenu de son rendement et des augmentations annuelles.
Par duplique du 14 mars 2023, l’OAI a relevé qu’aucun élément ne laissait supposer que
la situation du recourant s’était modifiée. En particulier, il a estimé que l’avis du
19 décembre 2022 de la Dresse B _________, qui avait été versé en cause par le
recourant et faisait état d’une capacité résiduelle de travail de 50%, n’était pas
convainquant dans la mesure où ce médecin traitant avait indiqué le 12 juillet précédent
(pièce OAI 145) que son patient pouvait travailler à 100%.
Le 28 mars 2023, la Dresse B _________ a indiqué que la défaillance congénitale de
son patient n’avait pas évolué depuis des années, de sorte que sa rente ne devait pas
subir de diminution. À son avis, le recourant travaillait plus que ce qu’il ne devait.
Le 26 avril 2023, les parties ont été informées que l’échange des écritures était clos.
Considérant en droit
1.
Selon l'article 1 alinéa 1 LAI, les dispositions de la loi fédérale du 6 octobre 2000
sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA) s'appliquent à l'AI (art.
1a à 26bis et 28 à 70), à moins que la LAI n'y déroge expressément.
Posté le 11 novembre 2022 (date du sceau postal), le recours à l'encontre de la décision
du 11 octobre précédent a été interjeté dans le délai légal de trente jours (art. 60 LPGA),
et devant l'instance compétente (art. 56 et 57 LPGA ; 69 al. 1 let. a LAI ; art. 81a al. 1
LPJA). Il répond par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (art. 61 let.
b LPGA), de sorte que la Cour doit entrer en matière.
2.
Le litige s’inscrit dans le cadre d’une procédure de révision d’office ayant amené
l’OAI à diminuer la rente entière d’invalidité du recourant à une rente de 66%, en marge
de l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 des modifications législatives et règlementaires
dans le cadre du « développement continu de l’AI » (loi fédérale sur l’assurance-
invalidité [LAI] [Développement continu de l’AI], modification du 19 juin 2020, RO 2021
705, et règlement sur l’assurance-invalidité [RAI], modification du 3 novembre 2021, RO
2021 706).
2.1. Pour évaluer le taux d'invalidité, le revenu que l'assuré aurait pu obtenir s'il n'était
pas invalide est comparé avec celui qu'il pourrait obtenir en exerçant l'activité qui peut
raisonnablement être exigée de lui après les traitements et les mesures de réadaptation,
sur un marché du travail équilibré (art. 16 LPGA). La comparaison des revenus
s'effectue, en règle générale, en chiffrant aussi exactement que possible les montants
de ces deux revenus et en les confrontant l'un avec l'autre, la différence permettant de
calculer le taux d'invalidité (ATF 137 V 334 consid. 3.3.1). En outre, cette comparaison
des revenus doit s’effectuer au moment de l’ouverture du droit à une éventuelle rente et
non lors de la décision litigieuse (ATF 128 V 174 consid. 4a).
2.2. Jusqu’aux modifications législatives et règlementaires du 1er janvier 2022 dans le
cadre du « développement continu de l’AI », l’ancien article 25 alinéa 1 lettre b RAI
excluait la prise en compte, à titre de revenus, des éléments de salaire dont il était prouvé
que l'assuré ne pouvait fournir la contrepartie parce que sa capacité de travail limitée ne
le lui permettait pas. Dans une telle situation dans laquelle les prestations versées par
l'employeur ne correspondaient pas au rendement de l'assuré, seule était prise en
compte, à titre de revenus, la part du salaire qui correspondait à la capacité de travail.
Les montants qui dépassaient cette part étaient considérés comme un « salaire social »
alors même que des cotisations en auraient été déduites (ch. 3058 de la Circulaire sur
l’invalidité et l’impotence
dans l’assurance-invalidité [CIIAI] valable
jusqu’au
31 décembre 2021 ; MICHEL VALTERIO, Commentaire de la loi fédérale sur l'assurance-
invalidité [LAI], 2018, n. 26 ad art. 28a LAI). Selon la jurisprudence, la preuve de
l'existence d'un salaire dit « social » est soumise à des exigences sévères, car on doit
partir du principe que les salaires payés équivalent normalement à une prestation de
travail correspondante (ATF 141 V 351 consid. 4.2 et 117 V 8 consid. 2c/aa). Les
informations fournies par l'employeur doivent être évaluées de manière critique, car il se
peut qu'il ait un intérêt propre à faire valoir un salaire social. La jurisprudence reconnaît
notamment comme indices du versement d'un salaire social une longue durée des
rapports de travail ou des liens de parenté avec la personne assurée (arrêts
8C_655/2021 du 27 juin 2022 consid. 6.4.3 et 8C_342/2018 du 30 juillet 2019 consid.
3).
Avec l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 des modifications législatives et
règlementaires dans le cadre du « développement continu de l’AI », l’article 25 alinéa 1
RAI ne comprend plus l’exclusion du « salaire social ». Les éléments de salaire pour
lesquels l’assuré ne fournit pas de contrepartie parce que sa capacité de travail est
limitée (le salaire dit social) comptent désormais comme revenu dans la mesure où ils
sont soumis aux cotisations AVS (ch. 3203 de la Circulaire sur l’invalidité et les rentes
dans l’assurance-invalidité [CIRAI], valable dès le 1er janvier 2022 et remplaçant la
CIIAI).
3.
Dans le cas d’espèce, l’intimé a révisé la rente du recourant en raison des
modifications législatives et réglementaires (développement continu de l’AI) entrées en
vigueur le 1er janvier 2022. Dans sa décision litigieuse, l’OAI a désormais tenu compte
de la part du salaire social qui était versée au recourant, ce qui a eu pour effet
d’augmenter son revenu d’invalide et par conséquent de diminuer son taux d’invalidité.
3.1. A teneur de l'article 17 LPGA, si le taux d’invalidité du bénéficiaire de la rente subit
une modification notable, la rente est, d’office ou sur demande, révisée pour l’avenir, à
savoir augmentée ou réduite en conséquence, ou encore supprimée. De même, toute
prestation durable accordée en vertu d’une décision entrée en force est, d’office ou sur
demande, augmentée ou réduite en conséquence, ou encore supprimée si les
circonstances dont dépendait son octroi changent notablement. Les règles sur la révision
d’une rente sont applicables par analogie à toute nouvelle demande de rente après un
précédent refus (ATF 130 V 71 consid. 3.2 ; arrêt 9C_899/2015 du 4 mars 2016 consid.
4.1 et 4.2).
3.1.1.
Tout changement important des circonstances propres à influencer le degré
d’invalidité, et donc le droit à la rente, peut motiver une révision. Le point de savoir si un
tel changement s'est produit doit être tranché en comparant les faits tels qu'ils se
présentaient au moment de la décision initiale de rente et les circonstances existant à
l'époque de la décision litigieuse (ATF 125 V 368 consid. 2 et la référence). C'est la
dernière décision entrée en force qui repose sur un examen matériel du droit à la rente
avec une constatation des faits pertinents, une appréciation des preuves et une
comparaison des revenus conformes au droit qui constitue le point de départ temporel
pour l'examen d'une modification du degré d'invalidité lors d'une révision de la rente sur
demande ou d'office (ATF 133 V 108 consid. 5 ; arrêt 9C_140/2017 du 18 août 2017
consid. 4.2). La rente peut être révisée non seulement en cas de modification sensible
de l'état de santé, mais aussi lorsque celui-ci est en soi resté le même mais que ses
conséquences sur la capacité de gain ont subi un changement important (ATF 134 V
131 consid. 3, 113 V 273 consid. 1a et les références, 112 V 387consid. 1b).
3.1.2.
Une modification des dispositions légales se répercute en principe aussi sur
les prestations en cours, sous réserve de dispositions transitoires contraires. Les rentes
doivent ainsi être adaptées au nouveau droit, la modification du droit se subrogeant au
motif de la révision (ATF 121 V 157 consid. 4a). La jurisprudence fournit néanmoins une
réponse différenciée à la question de savoir si une modification législative justifie une
intervention dans un rapport permanent de droit réglé par une décision entrée en force.
Si la modification du droit consiste en une intervention du législateur, donc en une
nouvelle norme importante pour le droit, l'adaptation de la décision relative à un rapport
de droit permanent est non seulement autorisée, mais exigée - sous réserve de
l'existence de droits acquis. En revanche, si la modification du droit déterminant consiste
uniquement en une nouvelle pratique administrative confirmée par un tribunal ou en une
nouvelle jurisprudence, la décision relative au rapport de droit de durée ne doit en
principe pas être touchée (ATF 121 V 157 consid. 4a). Une telle adaptation d'une
décision initialement exempte d'erreurs à une nouvelle pratique administrative confirmée
par un tribunal ou à une nouvelle jurisprudence ne se justifie qu'exceptionnellement (ATF
115 V 314 consid. 4a/dd avec les références). Un cas d’exception important est
notamment donné lorsqu'une nouvelle pratique se généralise à tel point que son non-
respect apparaîtrait comme une violation du principe d'égalité (ATF 112 V 394 consid.
3c avec les références).
3.1.3.
Afin de garantir l’égalité de traitement entre tous les assurés, l’adaptation des
rentes en cours doit être réglée par une disposition transitoire. Selon celle-ci, pour les
bénéficiaires de rente dont le droit à la rente est né avant l’entrée en vigueur (au
1er janvier 2022) de la modification du 19 juin 2020 (développement continue de l’AI) et
qui n’avaient pas encore 55 ans à l’entrée en vigueur de cette modification, la quotité de
la rente ne change pas tant que leur taux d’invalidité ne subit pas de modification au
sens de l’article 17 alinéa 1 LPGA (let. b ch. 1 des dispositions transitoires de la
modification du 19 juin 2020 de la LAI).
La procédure d’adaptation des rentes doit être entamée d’office dans un délai de trois
ans dès l’entrée en vigueur de la modification législative (1er janvier 2022). En outre, il a
été indiqué récemment que l’on omettra toutefois de procéder à la révision si celle-ci
déboucherait sur une situation moins favorable pour l’assuré du seul fait de cette
modification du droit en vigueur (Rapport explicatif après consultation du 18 octobre
2023 du DFI sur la modification du 17 janvier 1961 du RAI, Mise en œuvre de la motion
22.3377 de la CSSS-N « Utiliser des barèmes de salaires correspondant à l’invalidité
dans le calcul du taux d’invalidité », point 4.2 p. 10).
3.2. En l’occurrence, une procédure de révision d’office a été entamée par l’OAI le
11 janvier 2022, juste après l’entrée en vigueur des nouvelles disposition législatives et
réglementaires.
3.2.1.
On relève que la révision entamée d’office par l’OAI le 11 janvier 2022 reposait
uniquement sur l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions législatives et
réglementaires. Cela ressort en effet clairement de la motivation du prononcé litigieux
qui ne s’appuie pas sur un changement important des circonstances, au niveau médical
ou économique, propre à influencer le degré d’invalidité, mais se base uniquement sur
l’entrée en vigueur du nouvel article 26 alinéa 2 RAI et l’introduction de la nouvelle CIRAI
au 1er janvier 2022 indiquant que la notion de salaire social tombait.
Dans le cadre de l’instruction médicale de cette procédure de révision, seul un rapport a
été requis à la Dresse B _________, laquelle a indiqué que la situation de son patient
était restée stable au niveau du retard mental psychique congénital (pièce OAI 145).
N’ayant pas demandé un avis à son Service médical régional (SMR), l’OAI n’a ainsi pas
considéré que la situation s’était modifiée de manière notable sur le plan médical. Seule
la modification réglementaire entrée en vigueur le 1er janvier 2022 a dès lors motivé la
révision d’office, ce qui en l’espèce ne s’apparente pas à un examen matériel complet
du droit à la rente.
3.2.2.
Avec l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 des modifications législatives et
réglementaires dans le cadre du « développement continu de l’AI », et selon la norme
de délégation contenue à l’article 28a alinéa 1 LAI, la pratique relative à la fixation des
revenus déterminants pour évaluer le taux d’invalidité définie dans la jurisprudence a été
inscrite dans le règlement (RAI), le Conseil fédéral devant également procéder aux
corrections découlant de la jurisprudence pour les revenus avec et sans invalidité
(Message du 15 février 2017 concernant la modification de la loi fédérale sur l'assurance-
invalidité ; FF 2017 2363, p. 2493). La liste des éléments à ne pas prendre en
considération dans l’évaluation des revenus annuels au sens de l’article 16 LPGA a ainsi
été mise à jour, le « salaire social » (correspondant à l’ancien art. 25 al. 1 let. b aRAI)
n’étant plus explicitement cité au nouvel article 25 alinéa 1 RAI. Selon le chiffre 3059 de
la nouvelle Circulaire sur l’invalidité et les rentes dans l’assurance-invalidité (CIRAI
précitée), la notion de salaire social a disparu.
Le changement législatif relatif à l’évaluation de l’invalidité des assurés exerçant une
activité lucrative (art. 28a al. 1 LAI) consiste en une codification de la pratique définie
dans la jurisprudence du Tribunal fédéral (FF 2017 2363, p. 2493). Dans cette mesure,
une adaptation de la décision de l’OAI à cette nouvelle pratique jurisprudentielle, ainsi
qu’administrative telle que reprise dans la circulaire de l’OFAS, ne se justifie
qu’exceptionnellement (ATF 121 V 157 consid. 4a). Or, dans le cas d’espèce, un cas
d’exception n’existe pas. On note en particulier que l’absence de reprise de la notion de
salaire social au nouvel article 25 RAI semble sortir du cadre de la délégation législative
et apparaître comme contraire à la Constitution fédérale suisse, au vu du but de la
délégation qui est justement de concrétiser la pratique définie dans la jurisprudence,
laquelle n’a pas abandonné la notion de salaire social (cf. notamment arrêts du Tribunal
fédéral 8C_2/2023 du 7 septembre 2023 consid. 5.3.1 et 8C_375/2023 du 12 décembre
2023 consid. 3.3, 6.4 et 7 [en matière d’assurance-accidents], qui ne laissent pas
entendre que la notion de salaire social n’existerait plus).
Par ailleurs, la doctrine relève également que la notion de salaire social n’avait pas
disparu avec le changement de droit, mais que les critères pour le distinguer du salaire
d’invalide
avaient
changé
(HUMMER/DUTOIT,
L’employeur
en
droit
social :
Développement continu de l’AI et d’autres nouveautés, in : Revue suisse des assurances
sociales et de la prévoyance professionnelle [RSAS], 1/2023, p. 10). A présent, il
convient ainsi de déterminer si l’assuré exploite autant que possible sa capacité
fonctionnelle résiduelle, ce afin d’éviter des situations dans lesquelles un employeur
serait tenté de verser délibérément un salaire bas à l’assuré, sachant que celui-ci recevra
des prestations plus élevées à charge de l’AI (Rapport explicatif du DFI sur les
dispositions d’exécution relatives à la modification de la loi fédérale sur l’assurance-
invalidité [Développement continu de l’AI], Commentaire des dispositions, ad art. 26bis
al. 1 RAI, p. 51). Par exemple, un assuré partiellement invalide perçoit un revenu de
60'000 fr. par année alors que le travail qu’il accompli correspond à un rendement effectif
de 50'000 francs. Si l’assuré exploite toute sa capacité fonctionnelle, le salaire de 50'000
fr. est le revenu d’invalide, les 10'000 fr. supplémentaires versés par son employeur
représentant un salaire social (HUMMER/DUTOIT, op. cit., p. 10). En l’occurrence, depuis
l’engagement du recourant auprès de l’entreprise C _________ SA en 2001 (pièce OAI
72), l’OAI a reconnu l’existence d’un salaire social notamment sur la base d’une enquête
économique réalisée le 12 février 2005 et ayant démontré que l’intéressé percevait un
revenu supérieur à celui qu’il aurait effectivement dû obtenir pour son rendement réel,
dès lors que son employeur s’était pris d’affection pour lui (pièce OAI 83). En 2022, le
recourant travaillait toujours auprès de la même société (pièce OAI 142) et aucune
indication ne laisse suggérer que le revenu qu’il touchait ne comprenait plus une part de
salaire social. En l’absence d’évolution sur le plan médical ou économique déterminante,
on ne peut pas considérer que la capacité fonctionnelle de l’intéressé ait augmenté et
donc dorénavant retenir l’entier du salaire versé par son employeur comme revenu
d’invalide. Il revenait par conséquent à l’intimé de procéder à une nouvelle enquête
économique afin de démontrer que le salaire que son assuré touchait correspondait à
son rendement effectif et ne comprenait plus de composante sociale. Ne l’ayant pas fait,
l’OAI ne pouvait pas diminuer la rente d’invalidité accordée au recourant sur la seule
base du changement législatif.
On ajoutera encore qu’aux termes des dispositions transitoires de la modification du
19 juin 2020 de la LAI, la quotité de la rente du recourant, âgé de moins de 55 ans le
1er janvier 2022, ne pouvait pas subir de modification, en l’absence d’un changement
important des circonstances au sens de l’article 17 alinéa 1 LPGA. Du reste, seules des
augmentations de rente peuvent en principe résulter de cette modification législative,
l’OAI devant par conséquent renoncer à une révision si celle-ci déboucherait sur une
situation moins favorable pour un assuré du seul fait de la modification du droit en
vigueur (Rapport explicatif précité du 18 octobre 2023 du DFI sur la modification du
17 janvier 1961 du RAI, Mise en œuvre de la motion 22.3377 de la CSSS-N « Utiliser
des barèmes de salaires correspondant à l’invalidité dans le calcul du taux d’invalidité »,
point 4.2 pp. 10 et 11). L’objectif de la modification des dispositions de la LAI et en
particulier suite à la motion 22.3377 déposée en lien avec la détermination du revenu
d’invalide sur la base des valeurs statistiques, est en effet de déboucher sur des taux
d’invalidités plus élevés et de permettre à un plus grand nombre de personnes d’obtenir
une rente AI (Ibidem, p. 3). Partant, nier tout salaire social reviendrait à rendre encore
plus difficile l’accès des assurés à des prestations de l’AI d’une manière contraire à la
volonté du législateur.
3.3. Il découle des éléments qui précèdent que l’OAI n’était pas fondé à procéder à une
révision d’office de la rente du recourant, à défaut de changement important des
circonstances (art. 17 LPGA). La décision du 11 octobre 2022 doit dans cette mesure
être annulée, le taux d’invalidité du recourant devant être maintenu à 78%.
4.
4.1. La procédure de recours en matière de contestations portant sur l'octroi ou le refus
de prestations de l'assurance-invalidité devant le tribunal cantonal des assurances est
soumise à des frais judiciaires (art. 61 let. fbis LPGA et art. 69 al. 1bis LAI).
Les frais de justice, arrêtés à 500 francs, fixés selon les principes de la couverture des
coûts et de l’équivalence des prestations, sont mis à la charge de l’intimé qui succombe
(art. 61 let. fbis LPGA ; art. 69 al. 1bis LAI). L’avance de frais de 500 fr. versée par le
recourant lui est par conséquent restituée.
4.2. Le recourant, qui obtient gain de cause, a droit à des dépens, qui seront supportés
par l’intimé (art. 81bis al. 2 et 91 al. 1 et 2 a contrario LPJA ; art. 27 al. 1 et 40 al. 1 LTar).
Néanmoins, dans la mesure où il n’était pas assisté d’un mandataire qualifié et que ni
l’importance de la cause ni sa complexité n’ont rendu objectivement nécessaires des
frais ou un volume de travail excédant ce qu’un particulier peut ordinairement prendre
sur lui pour la défense de ses intérêts, il ne lui est pas alloué de dépens (ATF 127 V 205
consid. 4b ; MÉTRAL, Loi sur la partie générale des assurances sociales, in :
Commentaire romand, Bâle 2018, ch. 103 ad art. 61).
Prononce
Le recours est admis et la décision du 11 octobre 2022 est annulée.
Les frais, par 500 francs, sont mis à la charge de l’Office cantonal AI du Valais.
Il n'est pas alloué de dépens.
Sion, le 17 avril 2024.