RVJ / ZWR 2019
305
Droit pénal
Strafrecht
Détention illicite - ATC (Juge de la Chambre pénale) du 20 avril
2018, Etat du Valais c. X. - TCV P3 17 253
Détention irrégulière d’un condamné à une mesure thérapeutique insti-
tutionnelle dans un établissement non approprié ; conditions de la
détention
En principe, la détention d'une personne souffrant de troubles mentaux n’est régulière
au regard de l'art. 5 par. 1 let. e CEDH que si elle se déroule dans un hôpital, une
clinique ou un autre établissement approprié ; conditions, non réalisées dans le cas
d’espèce, autorisant le séjour temporaire d’un condamné à une mesures thérapeutique
institutionnelle au sens de l’art. 59 CP dans un établissement pénitentiaire le temps
nécessaire pour trouver un établissement approprié ; la durée du délai d’attente devrait
en tout cas être inférieure à 12 mois (consid. 3.2).
Exigences conventionnelles, constitutionnelles et législatives cantonales en matière
de conditions de détention (consid 4.2.1 et 4.2.3) ; recommandations européennes
(consid. 4.2.2) et jurisprudence du Tribunal fédéral en la matière (consid. 4.2.4).
Description des conditions de détention au sein de la prison de Sion ; absence de
violation du principe de la dignité humaine garanti par l’art. 3 CEDH dans cet établis-
sement pénitentiaire (consid. 4.3.1 et 4.3.2).
Unrechtmässige Haft einer zu einer stationären therapeutischen Mass-
nahme verurteilten Person in einer ungeeigneten Einrichtung; Haftbe-
dingungen
Grundsätzlich ist die Inhaftierung einer Person, die an einer psychischen Störung
leidet, nach Art. 5 Abs. 1 lit. e EMRK nur dann rechtmässig, wenn sie in einem Kran-
kenhaus, einer Klinik oder einer anderen geeigneten Einrichtung stattfindet; Bedingun-
gen, die im vorliegenden Fall nicht erfüllt sind, welche die vorübergehende Unterbrin-
gung einer zu einer stationären therapeutischen Massnahme verurteilten Person in
einer Strafanstalt während der Suche nach einer geeigneten Einrichtung erlauben; die
Wartezeit sollte in jedem Fall weniger als 12 Monate betragen (E. 3.2).
Konventions-, verfassungs- und kantonalrechtliche Anforderungen an die Haftbedin-
gungen (E. 4.2.1 und 4.2.3); europäische Empfehlungen (E. 4.2.2) und einschlägige
Rechtsprechung des Bundesgerichts (E. 4.2.4).
Beschreibung der Haftbedingungen im Gefängnis von Sitten; keine Verletzung des in
Art. 3 EMRK garantierten Grundsatzes der Menschenwürde in dieser Strafanstalt
(E. 4.3.1 und 4.3.2).
306
RVJ / ZWR 2019
Faits (résumé)
A. Par jugement du 26 novembre 2013, confirmé par le Tribunal fédéral
le 13 août 2014 (arrêt 6B_84/2014), le Tribunal cantonal valaisan a
reconnu X. coupable de viols avec cruauté, de tentative de viol, de
tentative de viol avec cruauté, de contraintes sexuelles avec cruauté,
de tentative de contrainte sexuelle avec cruauté, de séquestration et de
voies de fait. Il l’a condamné à une peine privative de liberté de six ans,
sous déduction de la détention avant jugement subie, et à une amende
de 200 francs. Le sursis partiel de sept mois accordé à la peine privative
de liberté de treize mois prononcée, le 22 mars 2010, par le Tribunal
cantonal du Valais a été révoqué. En outre, X. a été soumis à une
mesure thérapeutique institutionnelle en milieu fermé (art. 59 al. 1 et 3
CP) pour le traitement de ses troubles mentaux.
B. X. a été détenu du 7 mai 2011 au 20 septembre 2012 à la Prison de
Sion (Prison des Iles), du 20 septembre 2012 au 21 mars 2014 à la
Prison préventive de Martigny, du 21 mars 2014 au 13 juillet 2015 à la
Prison de la Croisée, à Orbe, et du 13 juillet 2015 au 5 décembre 2016
à la Prison de Sion. Le 5 décembre 2016, il a été transféré à l'Etablis-
sement d'exécution des mesures de Curabilis (ci-après : Curabilis).
C. Lors de l'examen annuel au sens de l'art. 62d al. 1 CP de la mesure
thérapeutique institutionnelle, le Tribunal de l'application des peines et
mesures (ci-après : TAPEM) a, par décision du 14 décembre 2015,
respectivement par décision du 19 janvier 2017, prononcé le maintien
de la mesure imposée. Dans le cadre de l'examen annuel de la mesure
ayant abouti à la décision du 19 janvier 2017 du TAPEM, X. a invoqué
une violation de la CEDH. Il estimait, d’une part, que son maintien
jusqu'au 5 décembre 2016 dans un établissement pénitentiaire sans
suivi psychiatrique approprié était contraire à l'art. 5 par. 1 let. e CEDH
et, d'autre part, que les conditions de sa détention à la Prison de Sion
étaient contraires à l'art. 3 CEDH, en ce sens qu'il aurait notamment été
confiné 23 heures sur 24 dans sa cellule.
D. Par ordonnance du 2 octobre 2017, le TAPEM a admis la requête
de X. et a constaté que la privation de liberté subie entre le 23 juin 2015
et le 4 décembre 2016 a violé l'art. 5 par. 1 let. e CEDH et que les
conditions de sa détention à la Prison de Sion entre le 13 juillet 2015 et
le 4 décembre 2016 ont violé l'art. 3 CEDH. Il a renvoyé X. à agir par la
voie civile en ce qui concerne ses prétentions en indemnisation.
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307
E. L’Etat du Valais a recouru, le 13 octobre 2017, contre cette ordon-
nance auprès du Tribunal cantonal. X. conclut au rejet du recours.
Considérants (extraits)
3.1 Dans un premier grief, le recourant invoque une violation de l’art. 5
par. 1 let. e CEDH, tout en relevant que l’autorité intimée a fait preuve
d’arbitraire dans l’application de cette disposition. Il s’étonne du fait que,
d’un côté, le TAPEM précise dans son rapport annuel que la détention
des personnes condamnées à une mesure peut parfois durer de longs
mois, voire des années au sein des établissements du Service de
l'application des peines et mesures (ci-après : SAPEM), dans l’attente
d’un transfert dans un établissement adapté, et, de l’autre, fixe une
limite temporelle de neuf mois. Se prévalant de l’arrêt 6B_817/2014 du
Tribunal fédéral, le recourant ne comprend pas pour quelles raisons le
juge intimé s’est écarté de cette jurisprudence. Il précise que toutes les
mesures ont été entreprises sans retard par le SAPEM afin de trans-
férer l’intéressé dans un établissement approprié. C’est uniquement en
raison d’un manque de places disponibles que X. a été détenu à la
Prison de Sion sous le régime de la détention avant jugement. Dans la
mesure où dite détention n’a pas excédé la durée de la peine privative
de liberté à laquelle l’intéressé a été condamné (six ans), elle ne saurait
être considérée comme disproportionnée.
3.2.1 L'art. 5 CEDH peut être invoqué par la personne soumise à un
traitement institutionnel dans un établissement psychiatrique ou péni-
tentiaire fermé ou dans la section fermée d'un établissement péniten-
tiaire ouvert au sens de l'art. 59 al. 3 CP (cf. ATF 136 IV 156 consid. 3.2).
Conformément à l'art. 5 par. 4 CEDH, la personne soumise à une telle
mesure a donc droit d'introduire un recours devant un tribunal, afin qu'il
statue à bref délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa libération
si la détention est illégale. Ces principes trouvent également application
lorsque l’intéressé fait l’objet d’une mesure thérapeutique institution-
nelle mais que, dans l’attente d’une place disponible dans un établisse-
ment idoine, il est détenu dans un établissement pénitentiaire fermé
(arrêt 6B_842/2016 du 10 mai 2017 consid. 3.1.1).
308
RVJ / ZWR 2019
Selon l'art. 5 par. 1 CEDH, toute personne a droit à la liberté et à la
sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf, notamment, s'il s'agit
de la détention régulière d'une personne susceptible de propager une
maladie contagieuse, d'un aliéné, d'un alcoolique, d'un toxicomane ou
d'un vagabond (let. e).
Pour respecter l'art. 5 par. 1 CEDH, la détention doit avoir lieu « selon
les voies légales » et « être régulière ». En la matière, la CEDH renvoie
pour l'essentiel à la législation nationale et consacre l'obligation d'en
respecter les normes de fond comme de procédure, mais elle exige de
surcroît la conformité de toute privation de liberté au but de l'art. 5 :
protéger l'individu contre l'arbitraire. En principe, la « détention » d'une
personne souffrant de troubles mentaux ne sera « régulière » au regard
de l'art. 5 par. 1 let. e CEDH que si elle se déroule dans un hôpital, une
clinique ou un autre établissement approprié (arrêt 6B_154/2017 du
25 octobre 2017 consid. 2.1 et les réf. citées). Le seul fait que l’inté-
ressé ne soit pas intégré dans un établissement approprié n’a toutefois
pas pour effet automatique de rendre sa détention irrégulière au regard
de l’art. 5 par. 1 CEDH (arrêt 6B_817/2014 du 2 avril 2015 consid. 3.2.2,
publié in RVJ 2016 p. 225). Un séjour temporaire dans un établisse-
ment d’exécution des peines est ainsi envisageable pour autant qu’il
soit nécessaire afin de trouver un établissement approprié. Il faut
notamment examiner l’intensité des efforts fournis par l’autorité pour
trouver un tel lieu d’accueil. Si la détention s’étend sur une durée plus
longue en raison de problèmes de capacité connus, elle est contraire à
l’art. 5 CEDH. Dans ce sens, la CourEDH a considéré que, dans un
contexte où le manque structurel de places était connu depuis des
années, un délai d’attente de six mois dans une prison était contraire à
l’art. 5 CEDH (arrêt CourEHD du 11 mai 2004 Brand contre Pays-Bas).
La détention dans une prison compromet les buts de la mesure - à
savoir la resocialisation de l’intéressé par un traitement adéquat - et
risque de renverser la priorité de la mesure sur la peine prévue par la
loi. Il ne faut pas que le véritable but de la mesure ne réside plus que
dans la mesure en sûreté de l’intéressé. Une telle privation de liberté
ne serait donc valable que sous des conditions très strictes (ATF 142
IV 105 consid. 5.8.1 ; arrêt 6B_842/2016 du 10 mai 2017 consid. 3.1.1).
S’agissant de la Suisse, la CourEDH n’a (encore) jamais conclu à l’exis-
tence d’un problème structurel dans la prise en charge des délinquants
souffrant de problèmes mentaux et soumis à une mesure institution-
nelle au sens de l’art. 59 CP (arrêt 6B_817/2014 précité consid. 3.2.3).
Concernant le Valais, le Tribunal fédéral a jugé dans l’arrêt précité que
RVJ / ZWR 2019
309
la détention à la Prison de Sion, durant un peu plus de cinq mois, dans
l’attente d’une place disponible dans un établissement approprié n’était
pas contraire à l’art. 5 par. 1 let. e CEDH (consid. 3.5.2).
3.2.2 En l’espèce, il n’est pas contesté que la détention de X. a été
prononcée « selon les voies légales ». Il s’agit dès lors uniquement
d’examiner si celle-ci peut être qualifiée de régulière, soit si elle s'est
déroulée dans un lieu habilité et selon un régime de détention
approprié.
3.2.3 Selon l'art. 59 CP, le traitement institutionnel s'effectue dans un
établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d'exé-
cution des mesures (al. 2). Le législateur vise, en premier lieu, les clini-
ques psychiatriques publiques ou privées qui offrent un traitement
approprié pour les troubles mentaux en cause. Comme les cliniques
psychiatriques ne sont pas toujours prêtes et à même de prendre en
charge des patients peu coopératifs, le législateur a prévu que de telles
mesures pouvaient également être exécutées au sein d'un établisse-
ment spécialisé d'exécution des mesures. Celui-ci doit être dirigé ou
surveillé par un médecin ; il faut en outre qu'il dispose des installations
nécessaires ainsi que d'un personnel au bénéfice d'une formation
appropriée et placé sous surveillance médicale (arrêts 6B_538/2013 du
14 octobre 2013 consid. 6.1.1 ; 6B_384/2010 du 15 décembre 2010
consid. 2.1.1 ; 6B_629/2009 du 21 décembre 2009 consid. 1.2.1 et les
références citées). L'art. 59 al. 3 CP prévoit toutefois que, tant qu'il existe
un risque de fuite ou de récidive, le traitement doit être exécuté dans un
établissement fermé ; il peut aussi être effectué dans un établissement
pénitentiaire au sens de l'art. 76 al. 2 CP, dans la mesure où le traitement
thérapeutique nécessaire est assuré par du personnel qualifié (art. 59
al. 3 2e phr. CP). En introduisant la possibilité d'exécuter une mesure
institutionnelle dans un établissement pénitentiaire, le législateur a intro-
duit une exception au principe de la séparation des lieux d'exécution des
mesures de ceux d'exécution des peines (art. 58 al. 2 CP ; ATF 142 IV
1 consid. 2.4.3 ; arrêt 6B_154/2017 précité consid. 2.3.1).
3.2.4.1 En l’espèce, il convient de rappeler que l'Office des sanctions
et mesures d'accompagnement (ci-après : OSAMA) a informé, le
24 septembre 2014, la direction de la Prison de la Croisée, où était
alors détenu X., de l'entrée en force du jugement cantonal du
26 novembre 2013, lui priant d'exécuter le traitement institutionnel. Le
3 octobre 2014, l'OSAMA a adressé une demande de placement
310
RVJ / ZWR 2019
concernant X. aux Etablissements pénitentiaires de Bellevue, à Gorgier
(canton de Neuchâtel), et de la Plaine de l'Orbe (ci-après : EPO), puis
aux Etablissements pénitentiaires de Bellechasse, à Sugiez (canton de
Fribourg), le 7 octobre 2014. Par lettres du 2 octobre et du 3 novembre
2014, X. s'est adressé à l'OSAMA pour requérir son transfert à
Curabilis. Le 3 novembre 2014, l'OSAMA a informé X. que des deman-
des de transfert avaient été adressées aux EPO, ainsi qu'aux Etablisse-
ments pénitentiaires de Bellechasse et de Bellevue, et qu'il se trouvait
sur des listes d'attente. Le 12 décembre 2014, l'OSAMA a également
informé X. que le Valais ne bénéficiait que de trois places auprès de
Curabilis, qui étaient déjà occupées. Entre le 24 décembre 2014 et le
30 janvier 2015, X. s'est adressé à l'OSAMA et à Curabilis pour confir-
mer sa demande de transfert dans ce dernier établissement. Par consé-
quent, l'OSAMA a adressé le 2 février 2015 à Curabilis une requête
formelle de placement concernant X. Le 10 février 2015, Curabilis a
accusé réception de cette requête et a indiqué que X. avait été mis sur
une liste d'attente. Le 26 juin 2015, l'OSAMA a avisé X. qu'il était sur
une liste d'attente et que la durée d'un placement en exécution d'une
mesure institutionnelle pouvait varier de huit à douze mois. A la même
occasion, l'OSAMA a réitéré ses démarches auprès des EPO et des
Etablissements pénitentiaires de Bellechasse et de Bellevue pour
l'exécution de la mesure institutionnelle. Le 13 novembre 2015,
l'OSAMA l'a avisé être dans l'attente d'une réponse de Curabilis quant
à son transfert. Le 1er décembre 2015, l'OSAMA a rappelé à l'établis-
sement précité que le transfert de X. était une priorité et qu'il devait
intervenir pour le premier trimestre 2016. Le 18 décembre 2015,
l'OSAMA a avisé X., être dans l'attente d'une confirmation de Curabilis
pour son transfert durant le premier trimestre 2016. Par lettre du
12 janvier 2016, Curabilis a confirmé au prénommé que son dossier lui
avait été communiqué par les autorités valaisannes et qu'une réponse
définitive quant à son transfert devait intervenir en février 2016. Le
18 juillet 2016 et à la demande de l'OSAMA, Curabilis a confirmé que
X. était en attente d'admission. Le 14 septembre 2016, l'OSAMA a
renouvelé sa demande de placement. Initialement prévu le 1er, puis le
8 novembre 2016, le transfert de X. à Curabilis est finalement intervenu
le 5 décembre 2016, où le traitement institutionnel a pu débuter.
X. a ainsi été détenu dans un établissement carcéral non approprié du
22 septembre 2014 (date à laquelle l’autorité d’exécution a été informée
de l’entrée en force du jugement pénal du 26 novembre 2013) au
5 décembre 2016, soit pendant deux ans et 75 jours.
RVJ / ZWR 2019
311
3.2.4.2 Lors de son séjour à la Prison de la Croisée, à Orbe, X. a béné-
ficié d’entretiens thérapeutiques avec le professeur A., du Service médi-
cal de la Prison de le Croisée. Dans son rapport du 28 septembre 2015,
ce médecin a indiqué que ces entretiens avaient pour objectif essentiel
de tenter de nouer un lien thérapeutique, le patient contestant les crimes
pour lesquels il avait été condamné. Ce dernier avait bénéficié d’une
médication, par l’administration d’un anxiolytique (Temesta). Le profes-
seur A. a en outre précisé qu’aucun véritable investissement du traite-
ment n’avait été possible, puisque l’intéressé niait être l’auteur des actes
qui lui étaient reprochés. La situation psychothérapeutique semblait
ainsi bloquée et aucune perspective ne pouvait être envisagée.
A la suite de son déplacement à la Prison de Sion, X. a été suivi par le
Service de médecine pénitentiaire (ci-après : SMP). Dans leur rapport
du 8 septembre 2015, à l’occasion de l’examen annuel de la mesure
prononcée, le Dr B. et la psychologue C. ont confirmé avoir rencontré
l’intéressé à deux reprises et se trouver dans un processus d’évalua-
tion. Ils ont relevé que ce dernier souffrait d’une symptomatologie
anxio-dépressive, liée notamment à l’incarcération, au sentiment d’être
victime d’une erreur judiciaire et à la séparation avec sa famille.
Par courrier du 19 mai 2016, X. a indiqué qu’il souhaitait suspendre les
entretiens.
Dans le cadre de l’examen annuel de la mesure, le Dr D. et la psycho-
logue E. ont relevé dans leur rapport d’expertise du 6 octobre 2016
qu’une mesure thérapeutique institutionnelle en milieu fermé était tou-
jours nécessaire et que les chances de succès d’une telle mesure ne
pourraient être déterminées que lorsque X. intègrerait un établissement
d’exécution de peines.
3.2.4.3 Il est manifeste que le prévenu n’a pas bénéficié, lors de ses
séjours dans les établissements pénitentiaires d’Orbe et de Sion, d’un
suivi thérapeutique adapté à sa situation. Il a certes pu s’entretenir lors
d’entretiens réguliers avec un médecin psychiatre et une psychologue,
jusqu’à l’interruption - à sa demande - de ses entrevues, le 19 mai 2016.
Il est cependant connu que le SMP ne dispose ni des locaux adéquats
ni des ressources humaines nécessaires suffisantes pour assumer la
mise en œuvre d’une mesure fondée sur l’art. 59 al. 3 CP (cf. arrêt
6B_817/2014 précité, consid. 3.5.1). Relevons encore que le TAPEM
s’inquiète depuis plusieurs années du manque de place pour traiter les
condamnés astreints à une mesure institutionnelle en milieu fermé
312
RVJ / ZWR 2019
(cf. rapport annuel sur l’administration des tribunaux valaisans 2016 p.
70 et renvoi aux rapports des années précédentes). Dans le cas
d’espèce, il a d’ailleurs rappelé à l’autorité d’exécution que le transfert
de X. devait être traité de manière prioritaire (cf. courrier du 21 octobre
2016, dossier P2 16 272 p. 123). Ce n’est ainsi que depuis son transfert
à Curabilis que l’exécution de la mesure thérapeutique institutionnelle
a pu débuter, X. bénéficiant dans cette institution d’un traitement
médical dans un milieu structuré et surveillé, accompagné d’un suivi
psychothérapeutique.
Au vu des éléments qui précèdent, force est de reconnaître que la
détention de X. dans un établissement non approprié pendant plus de
deux ans et 75 jours excède manifestement la durée acceptable au
regard de l’art. 5 par. 1 let. e CEDH, quand bien même il n’est pas
contesté que l’OSAMA a mis en œuvre tous les moyens à disposition
afin que l’intéressé puisse être transféré rapidement dans un établisse-
ment adapté aux soins dont il avait besoin. L’état psychique de l’inté-
ressé ne s’est évidemment pas amélioré pendant sa détention en milieu
carcéral, puisqu’il n’a pas pu bénéficier de soins adaptés aux pro-
blèmes liés à son état.
Comme souligné par le juge intimé, le délai d’attente acceptable devrait
en tout cas être inférieur à douze mois. Au vu des circonstances
particulières du cas d’espèce, l’autorité de céans ne voit pas de raison
de s’écarter de l’avis autorisé de l’autorité précédente qui a déterminé
ce délai, en l’occurrence, à neuf mois. Un tel délai paraît conforme à la
jurisprudence fédérale rendue en application de l’art. 5 par. 1 let. e
CEDH. Il s’ensuit que le maintien en détention du recourant dans un
établissement carcéral entre le 23 juin 2015 et le 5 décembre 2016 a
contrevenu à l’art. 5 par. 1 let. e CEDH, de sorte que c’est à juste titre
que le TAPEM a admis la requête de X. Dans la mesure cependant où
ce dernier n’a conclu à un constat de la violation de la disposition
précitée que jusqu’au 4 décembre 2016, cette date sera retenue
comme terme de la période en question.
C’est dès lors à tort que le recourant estime que l’autorité intimée a fait
preuve d’arbitraire dans l’application de l’art. 5 par. 1 let. e CEDH,
respectivement se plaint d’une violation de cette disposition. S’agissant
des arguments soulevés, on observe que si le TAPEM relève chaque
année dans son rapport annuel que la détention des personnes
condamnées à une mesure peut parfois durer de longs mois, voire des
RVJ / ZWR 2019
313
années, ce n’est pas pour autant qu’il cautionne une telle situation, mais
bien plus pour alarmer les différentes autorités de la situation, qui n’est
plus acceptable. L’Etat du Valais ne peut dès lors plus se décharger de
sa responsabilité en invoquant avoir entrepris toutes les mesures pour
favoriser le transfert des détenus condamnés à des mesures, ni
d’ailleurs se cacher derrière le manque de places disponibles.
Contrairement à l’avis du recourant, il y a lieu de préciser que l’état de
fait de la présente affaire n’est pas en tout point similaire à celle ayant
fait l’objet de l’arrêt 6B_817/2014 du Tribunal fédéral. Le point central
qui distingue ces deux affaires est en effet la durée du délai d’attente
dans un établissement non approprié, élément qui revêt toute son
importance en l’espèce. Dans l’affaire soumise à la Haute Cour, qui
concernait - il est vrai - également un détenu condamné à un traitement
institutionnel en milieu fermé, l’intéressé a été maintenu en détention à
la Prison de Sion, en attente d’une place disponible dans un autre éta-
blissement, pendant une durée de cinq mois, nettement inférieure à
celle passée par X. dans un établissement non approprié. S’agissant
toujours de ce délai acceptable, il convient encore de préciser qu’il
importe peu que celui-ci n’a pas excédé la durée de la peine privative
de liberté à laquelle l’intéressé a été condamné, circonstance qui peut
certes jouer un rôle quant au maintien en détention préventive ou pour
des motifs de sûreté, mais pas dans le présent cas. D’une part, la peine
privative de liberté a été suspendue au profit du traitement institutionnel
(cf. arrêt 6B_1432/2017 du 15 janvier 2018 consid. 1.5) ; d’autre part, il
s’agit ici de se prononcer quant à la durée du maintien dans un établis-
sement carcéral, aux conditions de la détention préventive, soit dans
un établissement non adapté au traitement psychiatrique nécessaire au
condamné.
4.1 Dans un second grief, le recourant invoque une violation de l’art. 3
CEDH. Il relève que la Prison de Sion n’est pas affectée exclusivement
à la détention avant jugement, mais également à d’autres types de
détention. Il précise que X. a été détenu dans la cellule H181, dotée
d’une seule place et équipée d’une douche avec accès illimité, que
l’intéressé est demeuré au régime des détenus sans travail, comme la
majorité des détenus qui sont sous le coup d’une mesure et qu’il n’a
d’ailleurs jamais fait de demande dans ce sens. Une telle requête aurait
toutefois été refusée, son comportement n’étant pas adéquat avec une
activité. Le recourant rappelle que la cellule occupée était bien plus
spacieuse que 4 m2, l’accès à la lumière et à l’air naturel étant garanti
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RVJ / ZWR 2019
par la présence d’une fenêtre. En outre, les installations sanitaires
n’étaient pas visibles et la cellule était individuelle. Il ajoute encore,
conformément à l’ordonnance du 18 décembre 2013, que chaque
détenu a droit à une heure de promenade quotidienne au minimum et
une heure de sport quotidienne, ainsi qu’à deux appels téléphoniques
mensuels vers l’extérieur. Le recourant relève enfin que la Commission
nationale de prévention de la torture (CNPT) n’a, dans ses recom-
mandations faisant suite à sa visite à la Prison de Sion, en septembre
2015, constaté aucun des points soulevés par X. dans sa requête.
En définitive, le recourant estime que c’est à tort que l’autorité intimée
a considéré que les conditions de détention de X. étaient irrégulières.
4.2.1 Aux termes de l’art. 3 CEDH, nul ne peut être soumis à la torture
ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Les garanties
offertes par cette norme en matière de détention ne sont pas plus éten-
dues que celles contenues dans la Constitution. Un traitement dénoncé
comme contraire à l'art. 3 CEDH doit atteindre un niveau d'humiliation
ou d'avilissement supérieur à ce qu'emporte habituellement la privation
de liberté. La gravité de cette atteinte est appréciée au regard de
l'ensemble des données de la cause, considérées globalement, notam-
ment de la nature et du contexte du traitement ainsi que de sa durée.
Celle-ci est susceptible de rendre incompatible avec la dignité humaine
une situation qui ne le serait pas nécessairement sur une courte
période. Sans viser à l'exhaustivité, il s'agit d'apprécier, notamment, si
le lieu de détention répond à des exigences minimales quant à l'hygiène
(propreté ; accès aux installations de bain et de douche et aux sani-
taires ; protection de l'intimité), à la literie, à la nourriture (régime ali-
mentaire ; hygiène de la préparation et de la distribution ; accès à l'eau
potable), à l'espace au sol, au volume d'air, à l'éclairage et à l'aération,
en tenant compte notamment des conditions climatiques locales et des
possibilités d'effectuer des exercices à l'air libre (ATF 140 I 125 consid.
3.1 ss ; arrêts 6B_71/2016 du 5 avril 2017 consid. 5.2 ; 6B_688/2015
du 19 mai 2016 consid. 7.2).
4.2. Le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, en application de
l'art. 15 (b) du Statut du Conseil de l'Europe (RS 0.192.030), a adopté
le 11 janvier 2006 la Recommandation Rec(2006)2 sur les Règles péni-
tentiaires européennes (ci-après : RPE), lesquelles s'inscrivent dans la
lignée des précédentes recommandations établies dès 1989. Ces
règles prennent notamment en compte le travail mené par le Comité
RVJ / ZWR 2019
315
européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants (ci-après : CPT) ainsi que les normes qu'il a
développées dans ses rapports généraux, et visent à garantir des
conditions de détention qui ne portent pas atteinte à la dignité humaine.
Ce corpus de normes juridiques qui, contrairement au droit fédéral ou
cantonal pertinent, a le mérite de donner des précisions concernant
l'aménagement, l'équipement, la dimension des cellules ou la surface
souhaitable dont doit bénéficier chaque détenu à l'intérieur de celles-ci,
a un caractère relativement contraignant pour les autorités suisses
(ATF 140 I 125 consid. 3.2).
4.2.3 Dans le canton du Valais, les droits et les obligations des détenus
sont définis par l’Ordonnance du 18 décembre 2013 sur les droits et les
devoirs de la personne détenue, qui prévoit entre autres que les locaux
destinés au logement des détenus doivent répondre aux exigences de
la santé et de l'hygiène, notamment en ce qui concerne le cubage d'air,
une surface raisonnable, l'éclairage, le chauffage et l'aération (art. 31
al. 1), que les installations sanitaires et leur accès doivent permettre au
détenu de satisfaire aux besoins naturels au moment voulu dans des
conditions de décence et de propreté (art. 33), que les installations de
douche doivent être suffisantes pour que chaque détenu puisse être à
même et tenu de les utiliser à une température adaptée (art. 34) ou
encore que, dès le premier jour de sa détention, le détenu qui n'est pas
occupé à un travail à l'extérieur doit pouvoir faire quotidiennement une
promenade ou des exercices physiques en plein air pendant une heure
au minimum (art. 69 al. 1).
4.2.4 Le Tribunal fédéral s’est prononcé à plusieurs reprises récem-
ment sur les conditions de détention dans les établissements de
Champ-Dollon à Genève (ATF 140 I 125 ; 6B_71/2016 précité ;
6B_688/2015 précité), respectivement du Bois-Mermet à Lausanne
(cf. arrêt 1B_325/2017 du 14 novembre 2017). Dans les affaires préci-
tées, les conditions de détentions ont été considérées illicites, principa-
lement en raison du fait que la surface individuelle dont disposait le
détenu était inférieure à 4 m2, sur une durée supérieure à trois mois.
Dans l’arrêt concernant la prison lausannoise, le Tribunal fédéral a jugé
que la situation du prévenu était encore aggravée par d’autres circons-
tances, soit notamment le confinement en cellule d’au moins 21 heures
par jour.
316
RVJ / ZWR 2019
4.3.1 En l’espèce, il ressort du rapport du 25 janvier 2017 établi par le
directeur de la Prison de Sion, que la cellule occupée par X. disposait
d’une surface de 11,63 m2, comprenant le mobilier et les installations
sanitaires (lavabo, toilettes et douche) et qu’elle était équipée d'une
fenêtre qui peut être ouverte totalement pour l'aération, mais qui ne
peut pas être obscurcie, pour des raisons de sécurité, par des stores
ou autres rideaux. Durant toute la durée de sa détention à Sion, X. a
été détenu dans une cellule individuelle ; il n'a pas partagé sa cellule
avec un autre détenu. En outre, il a été soumis au régime des détenus
sans travail car il n'a pas fait de demande en ce sens. L’intéressé a été
détenu dans le secteur réservé à la détention avant jugement. Il a été
autorisé à effectuer une heure de promenade en plein air par jour et un
peu plus d'une heure de sport par semaine. Il a aussi également pu
adresser deux appels téléphoniques vers l'extérieur par mois. Le
rapport mentionne encore que, dans cet établissement, les repas sont
servis en cellule. Dans son rapport complémentaire du 14 avril 2017, le
directeur de la prison de Sion a précisé qu’après déduction de l’ameu-
blement, la surface nette de la cellule occupée par X. - identique à
toutes les cellules de la prison sédunoise - était de 5,42 m2.
4.3.2 Il convient d’emblée de relever que les conditions de détention
de la Prison de Sion ne sont de loin pas comparables à celle des
prisons de Champ-Dollon ou du Bois-Mermet, en situation de grave
surpopulation carcérale. L’état général des bâtiments de l’établisse-
ment sédunois, construit en 1998, a été qualifié de bon dans le rapport
Brägger remis au Conseil d’Etat le 2 septembre 2011. Les éléments
chiffrés figurant au dossier permettent d’ailleurs de constater que la
surface individuelle à disposition du requérant et la dimension de sa
cellule ne contreviennent pas aux minima exigés par la jurisprudence.
En outre, l’intéressé a bénéficié d’une cellule individuelle, disposant de
ses propres sanitaires (douche et toilettes), utilisables au gré de la
volonté du détenu. S’agissant des autres conditions de détention, il est
admis que l’intéressé a passé plus de 20 heures par jour en cellule. Il
faut cependant préciser qu’un tel confinement résulte en réalité du
maintien en détention dans un établissement non approprié, maintien
déjà qualifié de contraire à l’art. 5 CEDH (cf. supra, consid. 3). C’est en
effet en raison de son placement non adapté en milieu carcéral, qu’il a
été soumis aux conditions de la détention préventive. Sur ce point, il
convient également de relever que l’enfermement quotidien, tel que
subi par X., est conforme, non seulement à la réglementation cantonale
(cf. supra, consid. 4.2.3), mais également aux recommandations
RVJ / ZWR 2019
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européennes (cf. art. 27 al. 1 RPE ; cf. supra, consid. 4.2.2). En revan-
che, comme l’a constaté à juste titre le premier juge, il ne correspond
pas aux recommandations de la Commission nationale de prévention
de la torture, qui considère que le régime de détention avant jugement,
comprenant un enfermement de plus de 20 heures, est trop restrictif.
Dans la mesure cependant où ces recommandations n’ont aucune
force contraignante pour les autorités, force est de constater, après une
appréciation globale, que les conditions de détention subies par X. n’ont
pas contrevenu à l’art. 3 CEDH, de sorte que le recours doit être admis
sur cet aspect.