La correction conditionnelle d’un certificat de travail ne constituait pas une contrainte

TACC 491/2010Tribunal cantonal / Chambre d'accusation13 sept. 2010Droit pénalRejeté

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

B.________ reprochait à M.________ SA d’avoir commis une contrainte en refusant de modifier un certificat de travail et de verser le solde des vacances à moins qu’une transaction globale ne soit conclue. Le juge d’instruction a ordonné le classement, estimant qu’il n’y avait pas de contrainte illicite. Saisi d’un recours, le Tribunal d'accusation a considéré que l’employeur avait déjà rempli son obligation légale en délivrant le certificat; seule sa formulation était contestée, question qui devait être portée devant les tribunaux civils. Le recours a dès lors été rejeté, le classement confirmé et B.________ condamné à payer CHF 330 de frais.

Regeste Omnilex

Art. 181 CP; contrainte consistant à subordonner la modification d’un certificat de travail à la conclusion d’une transaction. L’infraction suppose un moyen de pression illicite. L’obligation de l’employeur selon l’art. 320a CO se limite à délivrer le certificat; sous réserve d’un contrôle civil en cas de contestation, il reste libre d’en formuler le contenu. Le fait de subordonner une formulation plus favorable, ou des paiements connexes, à une transaction globale n’est pas illicite au seul motif que l’employé préfère un autre texte. La jurisprudence relative à la menace de refuser de délivrer un certificat ne s’applique pas lorsque celui-ci a été remis (consid. 2-3).

Texte intégral

301 TRIBUNAL CANTONAL 491 T R I B U N A L D ’ A C C U S A T I O N


Séance du 13 septembre 2010


Présidence de M. M E Y L A N , président Juges:M.Krieger et Mme Byrde Greffier :M. Müller


Art. 260, 294 let. f CPP Vu l'enquête n° PE09.021897-DBT instruite par le Juge d'instruction de l'arrondissement de Lausanne contre M.________ SA, pour contrainte, d'office et sur plainte de B., vu l'ordonnance du 10 août 2010, par laquelle le magistrat instructeur a prononcé un non-lieu en faveur de M. SA et a mis les frais à la charge de l'Etat, vu le recours exercé en temps utile par B.________ contre cette décision, vu les déterminations de M.________ SA, vu les pièces du dossier;

  • 2 - attendu que B.________ a déposé plainte le 31 août 2009 contre M.________ SA, pour contrainte, qu'il lui reproche d'avoir conditionné la reformulation du certificat de travail signé le 30 avril 2009 et le versement en espèces du solde de vacances à la conclusion d'un accord global sur le litige qui les oppose en droit du travail, que le magistrat instructeur a prononcé un non-lieu en faveur de M.________ SA, considérant que, faute d'illicéité, l'infraction de contrainte n'était pas réalisée, que B.________ conteste cette décision; attendu que se rend coupable de contrainte au sens de l'art. 181 CP, celui qui, en usant de violence envers une personne ou en la menaçant d'un dommage sérieux, ou en l'entravant de quelque autre manière dans sa liberté d'action, l'aura obligée à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte, qu'en d'autres termes, l'infraction consiste à employer intentionnellement un moyen de contrainte illicite et à obliger ainsi une personne à un comportement déterminé (Corboz, Les infractions en droit suisse, vol. I, Berne 2002, n. 1 ad art. 181 CP), que selon la jurisprudence, une contrainte est illicite lorsque le moyen ou le but est contraire au droit ou lorsque le moyen est disproportionné pour atteindre le but visé ou encore lorsqu'un moyen de contrainte conforme au droit utilisé pour atteindre un but légitime constitue, au vu des circonstances, un moyen de pression abusif ou contraire aux mœurs (Corboz, op. cit., n. 21 ad art. 181 CP et les arrêts cités), qu'en l'espèce, le recourant allègue que chaque employeur est tenu de délivrer un certificat de travail, que le Code des obligations prévoit effectivement que l'employeur est tenu de délivrer un tel certificat (art. 320a CO), qu'en délivrant un certificat de travail à B.________ au mois d'avril 2009, M.________ SA a donc satisfait à ses obligations, que contrairement à ce que semble croire le recourant, l'obligation ne tient toutefois qu'au fait de délivrer l'acte,

  • 3 - que l'employeur reste en effet libre de rédiger le document comme il l'entend, que si l'employé conteste la teneur du document, il peut saisir la justice civile, que le fait de conditionner la modification du certificat de travail en des termes plus favorables à la conclusion d'un accord global n'est donc pas illicite, que la jurisprudence invoquée par le recourant (ATF 107 IV 35, JT 1982 IV 111) vise le cas de la menace de refus de délivrer un certificat de travail en tant que moyen de pression, qu'elle ne lui est par conséquent d'aucun secours dans le cas présent puisqu'il a obtenu un tel certificat, même si son contenu ne lui convient pas, que M.________ SA n'a donc pas agi de manière illicite, que l'infraction de contrainte n'est dès lors pas réalisée, que, dans ces circonstances, c'est à juste titre que le magistrat instructeur a prononcé un non-lieu en faveur de M.________ SA; attendu, en définitive, que le recours est rejeté et l'ordonnance confirmée, que le Code de procédure pénale ne prévoit pas de dépens alloués à la partie qui obtient gain de cause devant le Tribunal d'accusation (Bovay, Dupuis, Monnier, Moreillon, Piguet, Procédure pénale vaudoise, Bâle 2008, n. 6.3 ad art. 163 CPP, p. 182; JT 1962 III 64), que les frais d'arrêt sont mis à la charge du recourant (art. 307 CPP). Par ces motifs, le Tribunal d'accusation, statuant à huis clos : I. Rejette le recours. II. Confirme l'ordonnance. III. Dit que les frais d'arrêt, par 330 fr. (trois cent trente francs), sont mis à la charge de B.________.

  • 4 - IV. Déclare l'arrêt exécutoire. Le président : Le greffier : Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié aux parties, ainsi qu’au Ministère public, par l'envoi d'une copie complète : -M. B., -Mme Lorraine Ruf, avocate (pour M. SA). Il est communiqué en outre par l'envoi d'une copie complète à : -M. le Procureur général du canton de Vaud, -M. le Juge d'instruction cantonal. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1

LTF). Le greffier :

Mots-clés

coercionwork certificateemployment lawunlawful pressureappeal costsdismissal

No. The employer had already fulfilled its duty by delivering a work certificate; it remained free to draft its content, and forcing negotiations over wording was not unlawful coercion.

Coercion requires an unlawful means of pressure. While an employer must issue a certificate of work, the duty does not extend to wording it as the employee wishes. If the employee disputes the content, the civil courts are the proper remedy. The cited case on refusing to issue a certificate is inapposite because a certificate was in fact delivered.

No. The non-entry/no-bill order was correct and had to be confirmed.

Because the criminal offense was not made out, the investigating magistrate correctly ordered a dismissal in favor of the company.

The appellant bears the appeal costs of CHF 330; no costs were awarded to the prevailing respondent.

Under the applicable cantonal criminal procedure rules, the prevailing party is not awarded costs in this setting, and the appeal costs fall on the unsuccessful appellant.

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