Confirmation du refus de suivre dans une plainte pour abus d’autorité et faux dans les titres

TACC 169/2010Tribunal cantonal / Chambre d'accusation12 avr. 2010Droit pénalRejeté

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

T.________ a déposé une plainte pénale contre Q.________ pour abus d’autorité et faux dans les titres commis dans l’exercice de fonctions publiques, en lien avec une décision administrative du 4 November 2009. Le juge d’instruction a refusé de suivre, estimant qu’aucun comportement punissable n’avait été commis, et T.________ a recouru. Le Tribunal d'accusation a considéré qu’un refus de suivre se justifie lorsqu’une condamnation peut être exclue avec certitude. Il a estimé que Q.________ avait agi dans le cadre de ses fonctions, sans contrainte ni intention spéciale, de sorte que l’art. 312 CP n’était pas réalisé. Il a également retenu que des erreurs dans une décision administrative ne constituent pas un faux dans les titres au sens de l’art. 317 CP, car une telle décision ne possède pas la force probante requise. Le recours a été rejeté, la décision confirmée et des frais de CHF 440 ont été mis à la charge de T.________.

Regeste Omnilex

Art. 176 CPP, 296 CPP; refus de suivre en l’absence d’infraction punissable. Un non-lieu ou un refus de suivre n’est admissible que lorsqu’une condamnation peut être exclue avec certitude. L’abus d’autorité au sens de l’art. 312 CP suppose un usage illicite des pouvoirs de la fonction ainsi que l’intention spéciale de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite, ou de nuire à autrui. Le faux dans les titres commis dans l’exercice de fonctions publiques au sens de l’art. 317 CP présuppose un titre doté d’une force probante accrue; une simple inexactitude dans une décision administrative ne suffit pas. Les erreurs contenues dans une telle décision échappent donc à l’application de l’art. 317 CP, sauf si le titre, de par sa nature ou en vertu de la loi, bénéficie d’une confiance particulière. Les frais peuvent être mis à la charge de la partie plaignante qui succombe (consid. 2–3).

Texte intégral

305 TRIBUNAL CANTONAL 169 T R I B U N A L D ’ A C C U S A T I O N


Séance du 12 avril 2010


Présidence de M. M E Y L A N, président Juges:M.Sauterel et Mme Byrde Greffier :M.Christe


Art. 176, 296 CPP Vu la plainte déposée le 17 mars 2010 par T.________ contre Q.________ pour abus d'autorité et faux dans les titres commis dans l'exercice de fonctions publiques, vu l’ordonnance du 24 mars 2010, par laquelle le Juge d’instruction de l’arrondissement de Lausanne a refusé de suivre à la plainte et laissé les frais à la charge de l'Etat (dossier n° PE10.006599- CMI), vu le recours exercé en temps utile par T.________ contre cette décision, vu les pièces du dossier;

  • 2 - attendu qu'T.________ a déposé plainte le 17 mars 2010 contre Q., [...] (ci après : UNIL), lui reprochant d'avoir retenu des faits erronés dans sa décision du 4 novembre 2009 statuant sur un recours qu'il avait formé (cf. P. 4/2), que, par ordonnance du 24 mars 2010, le Juge d'instruction de l'arrondissement de Lausanne a refusé de suivre à la plainte pour le motif que le document contesté ne contenait aucun élément erroné susceptible de porter indûment atteinte aux droits du plaignant et qu'aucune intention de nuire à ce dernier n'était établie, qu'T. conteste cette décision; attendu que des motifs de fond ne justifient un refus de suivre que s'ils permettent d'exclure d'emblée et avec certitude une condamnation ou une déclaration de culpabilité (TACC, 15 décembre 1988/550; Bovay / Dupuis / Monnier / Moreillon / Piguet, Procédure pénale vaudoise, 3 ème éd., Bâle 2008, n. 1 ad art. 176 CPP, p. 201), attendu que se rend coupable d'abus d'autorité au sens de l'art. 312 CP, les membres d'une autorité et les fonctionnaires qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite, ou dans le dessein de nuire à autrui, auront abusé des pouvoirs de leur charge, que la jurisprudence admet que l'auteur abuse de son autorité lorsqu'il use illicitement des pouvoirs qu'il détient de sa charge, c'est-à- dire lorsqu'il décide ou contraint en vertu de sa charge officielle dans un cas où il ne lui était pas permis de le faire (ATF 127 IV 209 c1a/aa; ATF 114 IV 43), que d'un point de vue subjectif, cette infraction suppose un dessein spécial, soit celui de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite ou de nuire à autrui (Favre / Pellet / Stoudmann, Code pénal annoté, Lausanne 2007, n. 1.4 ad art. 312 CP, p. 712), qu'en l'espèce, Q.________ a agi dans le cadre de ses attributions de [...] sans faire usage de la force ou de la contrainte et sans dessein spécial, que, partant, les éléments objectifs et subjectifs de l'infraction d'abus d'autorité ne sont pas réalisés;

  • 3 - attendu qu'il convient d'examiner si les agissements de Q.________ sont constitutifs de faux dans les titres commis dans l'exercice de fonctions publiques, que se rendent coupable de l'infraction précitée au sens de l'art. 317 CP les fonctionnaires et les officiers publics qui auront intentionnellement créé un titre faux, falsifié un titre, ou abusé de la signature ou de la marque à la main réelles d'autrui pour fabriquer un titre supposé (ch. 1 al. 1 CP), ou qui auront intentionnellement constaté faussement dans un titre un fait ayant une portée juridique, notamment en certifiant faussement l'authenticité d'une signature ou d'une marque à la main ou l'exactitude d'une copie (ch. 1 al. 2), qu'en l'espèce, le recourant fait grief à Q.________ d'avoir établi un titre mensonger dans la mesure où son contenu ne correspond pas à la réalité, c'est-à-dire un faux intellectuel, qu'il est généralement admis qu'un simple mensonge écrit ne constitue pas un faux intellectuel, qu'en pareil cas, la jurisprudence exige que le document ait une crédibilité accrue et que son destinataire puisse s'y fier raisonnablement (ATF 126 IV 65 c. 2a p. 67 et les arrêts cités), qu'une simple allégation, par nature sujette à vérification ou à discussion ne suffit pas (ibidem), qu'il doit résulter des circonstances concrètes ou de la loi que le document est digne de confiance, de telle sorte qu'une vérification par le destinataire n'est pas nécessaire et ne saurait être exigée (ibidem), que tel n'est manifestement pas le cas d'une décision administrative, qu'en conséquence, les éventuelles erreurs contenues dans la décision rendue par Q.________ n'entrent pas dans le champ d'application de l'art. 317 CP, qu'au surplus, l'élément subjectif de l'infraction n'est pas réalisé, que le recourant peut agir selon le moyen dont il dispose dans le cadre de la procédure administrative, que toute condamnation pénale peut dès lors être exclue, que la décision du magistrat instructeur est bien fondée;

  • 4 - attendu, en définitive, que le recours est rejeté et l'ordonnance confirmée, que les frais du présent arrêt sont mis à la charge du recourant (art. 307 CPP).

Par ces motifs, le Tribunal d'accusation, statuant à huis clos : I. Rejette le recours. II. Confirme l'ordonnance. III. Dit que les frais d'arrêt, par 440 fr. (quatre cent quarante francs), sont mis à la charge d'T.. IV. Déclare l'arrêt exécutoire. Le président : Le greffier : Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié au recourant, ainsi qu’au Ministère public, par l'envoi d'une copie complète : -M. T..

  • 5 - Il est communiqué en outre par l'envoi d'une copie complète à : -M. le Procureur général du canton de Vaud, -M. le Juge d'instruction cantonal. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1

LTF). Le greffier :

Mots-clés

abuse of authorityforgery in officefalse intellectual documentrefusal to proceedcriminal complaintadministrative decisionspecial intentcourt costs

Yes. Q.________ acted within his powers, without force or coercion and without the special intent required by Art. 312 CP.

A refusal to proceed is justified only when conviction is excluded with certainty. The objective and subjective elements of abuse of authority were not met.

No. A simple false statement in an administrative decision is not a forged document or false intellectual document within Art. 317 CP; the required evidentiary reliability was absent.

An administrative decision is not a document on which a recipient may reasonably rely without verification; therefore any errors fall outside Art. 317 CP. The subjective element was also lacking.

Yes. The investigating judge's order was well founded and the appeal had to be dismissed; costs were charged to the appellant.

Since criminal liability could be excluded and the complainant retained administrative remedies, the appeal failed.

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