Présidence de M. D E N Y S , président
Juges:MM. Giroud et Sauterel
Greffier :MmeCurrat Splivalo
Art. 386 al. 2 et 397a ss CC; 22 al. 3, 23 al. 1, 380b, 398a ss et
398d CPC
La Chambre des tutelles du Tribunal cantonal prend séance
pour s’occuper du recours interjeté par A.________, à Lausanne, contre la
décision rendue le 20 novembre 2008 par la Justice de paix du district de
Lausanne prononçant sa mise sous tutelle provisoire et ordonnant son
placement à des fins d'assistance à titre provisoire.
Délibérant à huis clos, la cour voit :
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E n f a i t :
A.Par courrier du 3 novembre 2008, B., médecin
généraliste à Lausanne, a requis de la Justice de paix du district de
Lausanne (ci-après : justice de paix) d'ordonner l'hospitalisation à des fins
d'assistance de son patient A., né le 26 juin 1943 et domicilié à
Lausanne, en raison de difficultés chroniques dues à l'alcoolisme. Il a
précisé que s'il n'y avait pas de danger immédiat, ni risque de suicide ou
d'agression, le patient évoluait dans une situation comportant un danger
majeur à moyen terme pour sa personne, ne parvenant pas à gérer son
alcoolisme sans mesure coercitive.
En raison d'une nouvelle alcoolisation massive, A.________ a été
hospitalisé le 6 novembre 2008 au CHUV, d'où il est ressorti le lendemain.
Par pli "recommandé et courrier A" du 11 novembre 2008
envoyé à son domicile, A.________ a été assigné par la justice de paix à
comparaître personnellement à son audience du 20 novembre 2008, pour
y être entendu et pour y examiner l'opportunité d'instituer une mesure
tutélaire, voire un placement à des fins d'assistance.
Par lettre du 19 novembre 2008 à la justice de paix, le CMS de
Vinet a expliqué en substance qu'il connaissait A.________ depuis juillet
2008 suite à deux hospitalisations, qu'il était intervenu en vain sur
demande médicale pour un suivi infirmier à domicile dans le but de
prévenir des rechutes alcooliques, que toutes ses propositions avaient été
refusées par l'intéressé, qui ne souhaitait plus de contact depuis sa
dernière hospitalisation et qui se mettait en danger depuis la fin du mois
d'octobre 2008, et qu'il n'avait plus sa capacité de discernement, alcoolisé
la plupart du temps, laissant traîner des mégots de cigarettes susceptibles
de mettre le feu à son appartement, inquiétant son entourage et son
voisinage.
Par lettre du 19 novembre 2008 à la justice de paix, la
psychiatre [...] a indiqué qu'elle suivait A.________ depuis 2002, qu'une
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prise en charge individuelle avait d'abord été mise en place jusqu'en 2008,
marquée par des ruptures de cadre sporadiques en raison d'alcoolisations
massives, ayant nécessité cinq hospitalisations au CHUV, à [...], ou en
psychogériatrie, qu'une prise en charge en réseau
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avait ensuite été décidée prévoyant que A.________ serait suivi tant par le
CMS que par le service d'alcoologie du CHUV, celui-ci s'étant aussi
personnellement engagé à ne plus consommer d'alcool, que le cadre mis
en place avait échoué, le patient devenant inaccessible à toute
intervention, montrant une incapacité à se prendre en charge, tout en
étant persuadé du contraire, souffrant notamment d'une profonde angois-
se de perte et éprouvant un sentiment d'impuissance mal géré. Elle a
expliqué que le réseau réuni 19 novembre 2008, en l'absence de
A.________ bien qu'averti, estimait avoir atteint ses limites de prise en
charge et préconisait, comme seule mesure adéquate et actuellement
justifiable dans son cas, des soins dans une structure solide et spécialisée
(comme [...]), même imposés dans un premier temps.
Par décision rendue lors de sa séance du 20 novembre 2008,
la justice de paix, après avoir précisé dans ses considérants notamment
que A.________ ne s'était pas présenté à l'audience, bien que
régulièrement assigné, a institué une tutelle provisoire, à forme de l'art.
386 al. 2 CC, en sa faveur (I), nommé la Tutrice générale en qualité de
tutrice provisoire (II), l'a autorisé à exploiter les comptes bancaires et pos-
taux du pupille et à opérer des prélèvements à concurrence de 10'000 fr.
(III), donné à la tutrice le droit d'obtenir des relevés de comptes pour les
quatre années antérieures (IV), ordonné la publication de la décision dans
la FAO (V), prononcé à titre provisoire la privation de liberté à des fins
d'assistance de A.________ à [...] ou dans tout autre établissement
approprié (VI), requis la collaboration à cette fin de la force publique (VII),
chargé le juge de paix d'ouvrir une enquête en interdiction civile et en
placement à des fins d'assistance (VIII), et dit que les frais suivent le sort
de la cause au fond (IX).
Le 20 novembre 2008, en exécution de cette décision, la
gendarmerie vaudoise a conduit A.________ à l'Hôpital de [...] et lui a remis
une copie de la décision. La décision motivée a été envoyée au domicile
de A.________ et retirée au guichet postal par un tiers le 25 novembre
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N'ayant pas été retirée, la citation à comparaître du 11
novembre 2008 de A.________ a été renvoyée à la justice de paix, qui l'a
reçue le 2 décembre 2008.
B.Par acte motivé du 4 décembre 2008, par l'intermédiaire de
son conseil, Me Jacques-Henri Bron, A.________ a recouru contre la décision
du 20 novembre 2008, en concluant, avec suite de frais et dépens, à son
annulation et au renvoi de la cause en première instance pour nouvelle
décision. Il a produit un bordereau de pièces.
Par lettre du 4 décembre 2008, A.________ a requis qu'il soit
sursis à l'exécution de la décision attaquée. Il a réitéré sa demande par
lettre du 11 décembre 2008. Par avis du 12 décembre 2008, le président
de la Chambre des tutelles a rejeté cette requête.
Invité à se déterminer dans le cadre du recours, le Service
universitaire de psychiatrie de l'âge avancé du CHUV a exposé, par lettre
du 19 décembre 2008, que le traitement de sevrage à l'alcool du
recourant s'était bien déroulé et que son état était actuellement stable
avec une abstinence totale dans un milieu protégé. Il a toutefois souligné
l'important déni par le recourant de sa pathologie et qu'au vu de son état
et de ses antécédents la mise en place de soins dans une institution spé-
cialisée comme la [...] ou l' [...] était indiquée et qu'à l'issue d'un entretien
de réseau du 18 décembre 2008, auquel son conseil avait été associé, son
transfert à l' [...] avait été décidé.
Par lettre du 19 décembre 2008, A.________ a requis une
nouvelle fois la levée provisoire de son placement. Par lettre du 23
décembre 2008, en référence à l'avis médical du 19 décembre 2008, le
président de la cour de céans a rejeté cette requête.
Par lettre du 30 décembre 2008, les médecins du recourant
ont signalé à la justice de paix que celui-ci quitterait le CHUV le 4 janvier
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2009 pour intégrer la [...] et y suivre le programme thérapeutique "plan
33" comprenant un stage institutionnel de quatre semaines, puis deux ans
d'accompagnement ambulatoire.
Le 23 janvier 2009, le recourant a produit une lettre du 22
janvier 2009 du Dr C.________, médecin associé à la Policlinique du Dé-
partement de psychiatrie du CHUV et responsable de la consultation de
Chauderon, attestant que, si son internement à [...] était dû à un excès
d'alcoolisations, il s'était scrupuleusement affranchi de toute
consommation d'alcool durant ces quatre dernières années, les nouvelles
alcoolisations ayant été occasionnées par un état dépressif induit par le
décès de son père, des lombalgies importantes et le traumatisme dû aux
hospitalisations par surprise. Elle a rapporté avoir rencontré, dans sa
pratique de 15 ans, d'autres cas plus sévères que celui du recourant sans
prendre de mesures aussi drastiques et incompatibles avec une issue
positive au traitement de la dépendance à l'alcool. Elle a encore indiqué
avoir obtenu du recourant son plein accord à la cure débutée à la [...] et à
son suivi par un médecin présentant des capacités médicales et humaines
en adéquation avec sa situation.
Dans un rapport du 27 janvier 2009 à la justice de paix, la [...]
a relevé que le recourant avait participé, du 4 au 31 janvier 2009, au
"Stage de formation et de réflexion au plan 33", qu'il avait fait preuve d'un
important investissement, au point que son implication justifiait la
poursuite, dès le 1
er
février 2009, du programme dans sa phase
ambulatoire de deux ans sous la forme d'une participation toutes les deux
semaines à un groupe de prévention de la rechute et à des entretiens
individuels assurés par une intervenante de la fondation. Il ressort encore
de ce rapport que depuis le 4 janvier 2009, les tests sanguins effectués
ont confirmé l'abstinence à l'alcool du recourant, qu'ils allaient se
poursuivre hebdomadairement durant un trimestre, et que toute rechute
serait annoncée à l'autorité tutélaire.
Dans le délai qui leur avait été fixé, ni le Ministère public, ni la
Tutrice générale ne se sont déterminés sur le recours.
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E n d r o i t :
1.Le recours est dirigé contre la décision de la justice de paix
instituant une tutelle provisoire, à forme de l'art. 386 al. 2 CC (Code civil
suisse du 10 décembre 1907, RS 210), en faveur de A.________, et
ordonnant son placement à des fins d'assistance à titre provisoire en
application des art. 397a CC et 398a CPC (Code de procédure civile
vaudoise du 14 décembre 1966, RSV 270.11).
Il convient d'examiner successivement le recours contre la
tutelle provisoire, puis celui contre la privation de liberté à des fins
d'assistance provisoire.
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A. Recours contre la tutelle provisoire
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(Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
ème
éd., Lausanne 2002,
nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC).
En tant que privation provisoire de l'exercice des droits civils,
la tutelle de l'art. 386 al. 2 CC suppose la réunion de plusieurs conditions
formelles et matérielles. La justice de paix doit ordonner cette mesure
avec retenue, étant donné le préjudice qui peut en résulter pour
l'intéressé (Egger, Kommentar, n. 8 ad art. 386 CC). D'un point de vue
procédural, l'autorité tutélaire doit avoir au préalable ouvert une enquête
formelle en interdiction. A défaut, cette décision doit être prise en même
temps que le prononcé de retrait provisoire de l'exercice des droits civils,
car celui-ci constitue en lui-même une interdiction anticipée (ATF 57 II 3, c.
4, JT 1932 I 14; Schnyder/Murer, op. cit., nn. 78 et 84 ad art. 386 CC).
Selon l'art. 380a al. 1 CPC, la justice de paix ne peut en outre nommer un
tuteur provisoire qu'après avoir entendu ou dûment cité le dénoncé.
L’autorité compétente à raison du lieu pour prendre les mesures
provisoires de l’art. 386 CC est déterminée par l’art. 376 CC. Est ainsi com-
pétente l’autorité tutélaire du domicile de la personne à interdire, le
domicile se déterminant d’après les art. 23 ss CC.
b) La Justice de paix du district de Lausanne, en qualité
d'autorité tutélaire du domicile du recourant au moment de l'ouverture de
l'enquête (art. 3 LVCC [Loi du 30 novembre 1910 d'introduction dans le
canton de Vaud du Code civil suisse, RSV 211.01]), était compétente
ratione loci et materiae (art. 376 al. 1 CC et 380a al. 1 CPC). Une enquête
tendant à déterminer si une mesure tutélaire devait être instituée en
faveur du recourant a formellement été ouverte.
N'ayant pas comparu à l'audience de la justice de paix du 20
novembre 2008, le recourant n'a pas pu y être entendu. Il conteste avoir
été régulièrement cité à cette audience et se prévaut d'une violation de
son droit d'être entendu. Plus précisément, il soutient que l'exploit de
comparution à l'audience était irrégulier, puisque l'envoi recommandé
n'était pas assorti d'un avis de réception du destinataire, comme le prévoit
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l'art. 23 al. 1 CPC, et qu'il n'indiquait pas la commination en cas de défaut,
comme le prescrit l'art. 15 let. d CPC.
En l'espèce, la citation, datée du 11 novembre 2008, à
comparaître à l'audience du 20 novembre suivant, en vue d'y examiner
l'opportunité d'instituer une mesure tutélaire, voire un placement à des
fins d'assistance, a été adressée sous pli "Recommandé et Courrier A" au
recourant, à son domicile à Lausanne. A l'échéance du délai de garde
postal, le 19 novembre 2008, ce pli a été retourné à la justice de paix qui
l'a reçu le 2 décembre 2008 selon le sceau qu'elle y a apposé, soit après la
date de l'audience et celle de l'envoi de la décision querellée. L'audience a
ainsi été tenue le 20 novembre 2008 et la décision rendue, sans que
l'autorité tutélaire ne sache si la convocation avait atteint le recourant.
En soi, l'envoi sous pli recommandé sans avis de réception du
destinataire ne justifierait pas l'annulation de la décision si le recourant
avait été atteint. Or, outre l'absence d'avis de réception du destinataire
requis par l'art. 23 al. 1 CPC, il ne résulte pas du dossier que le recourant
ait été atteint. La convocation, qui est retournée à l'expéditrice avec la
mention non réclamée après le délai de garde devait, pour être
valablement notifiée, l'être à nouveau par huissier, conformément à l'art.
22 al. 3 CPC.
L'assignation du recourant n'était donc pas régulière. Cela
justifie l'annulation de la décision attaquée.
B. Recours contre la privation de liberté à des fins d'assistance
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6.En définitive, bien fondé, le recours doit être admis, la décision
entreprise annulée et la cause renvoyée à la Justice de paix du district de
Lausanne pour nouvelle instruction et nouvelle décision.
Le présent arrêt peut être rendu sans frais (art. 236 al. 2 TFJC
[Tarif des frais judiciaires civils du 4 décembre 1984; RSV 270.11.5]).
Par ces motifs,
la Chambre des tutelles du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos,
p r o n o n c e :
I. Le recours est admis.
II. La décision de la Justice de paix du district de Lausanne du 20
novembre 2008, mettant A.________ sous tutelle provisoire et
ordonnant son placement provisoire à des fins d'assistance,
est annulée.
III. La cause est renvoyée à la Justice de paix du district de
Lausanne pour nouvelle instruction et nouvelle décision.
IV. L'arrêt, rendu sans frais, est exécutoire.
Le président :La greffière :
Du
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L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-Me Jacques-Henri Bron (pour A.________),
et communiqué à :
-Justice de paix du district de Lausanne,
-Mme la Tutrice générale,
-Ministère public,
par l'envoi de photocopies. Il prend date de ce jour.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
présente notification (art. 100 al. 1 LTF).
La greffière :