Présidence de M. G I R O U D , président
Juges:MM. Colombini et Sauterel
Greffière:MmeRossi
Art. 273 ss et 420 al. 2 CC; 174 al. 2 CDPJ; 489 ss CPC-VD
La Chambre des tutelles du Tribunal cantonal prend séance
pour s’occuper du recours interjeté par A.T., à Lausanne, contre
l'ordonnance de mesures provisionnelles rendue le 10 février 2011 par la
Juge de paix du district de Lausanne dans la cause concernant sa fille
mineure B.T..
Délibérant à huis clos, la cour voit :
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Dans un courrier du 9 novembre 2010, K.________ a indiqué
n’avoir jamais souhaité être responsable des visites de L.________ à
B.T.________ et vouloir simplement jouir de son rôle de grand-mère.
Souffrant de fibromyalgie, elle ne supportait plus de partager son
logement pendant les week-ends de droit de visite et avait demandé à son
fils de trouver un propre appartement. Elle a relevé que si A.T.________
désirait que les visites se déroulent chez elle et en sa présence, la mère
ne l’autorisait pourtant pas à aller chercher l’enfant à son domicile si elle
avait envie de faire une promenade seule avec sa petite-fille. K.________ a
ajouté qu’elle ne souhaitait plus être mêlée « à des situations
complètement incohérentes provoquées par Mme A.T.________ qui ont pour
but de nuire finalement à l’évolution des relations personnelles que mon
fils entretient avec sa fille », ni être obligée de faire des choses qu’elle ne
voulait et ne pouvait pas assumer vu sa maladie.
Le 13 janvier 2011, L.________ a saisi la justice de paix d’une
requête de conciliation tendant à ce qu’il soit prononcé, sous suite de frais
et dépens, qu’il est autorisé à exercer son droit aux relations personnelles
sur sa fille B.T.________ dans son nouveau logement sis [...] à Renens (I) et
qu’il bénéficiera d’un libre et large droit de visite sur son enfant à exercer
d’entente avec A.T., et, à défaut d’entente, qu’il pourra avoir sa
fille auprès de lui à raison de deux week-ends par mois du vendredi à 18
heures au dimanche à 18 heures, ainsi que durant la moitié des vacances
scolaires et des jours fériés, selon des modalités à définir en cours
d’instance (II).
Par requête de mesures provisionnelles du même jour,
L. a conclu à être autorisé à exercer son droit de visite sur sa fille
B.T.________ dans son nouveau logement sis [...], à Renens, en l’absence
ou en la présence de sa mère K..
L., A.T., la curatrice de l’enfant et V.,
représentant du SPJ, ont été entendus lors de la séance de la Juge de paix
du district de Lausanne (ci-après : juge de paix) du 10 février 2011.
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5 -
Ensuite des explications données par la juge de paix, L.________ a retiré sa
requête de conciliation et requis qu’elle soit considérée comme une
demande au fond en modification du droit de visite. A.T.________ a quant à
elle conclu au rejet de la conclusion provisionnelle. V.________ a rappelé
que le père exerçait son droit de visite depuis dix-sept mois. Si, au début,
certaines difficultés dans l’encadrement de B.T.________ avaient été
constatées, la situation avait évolué de manière favorable. Il a souligné
que des problèmes de communication entre les parents avaient empêché
qu’une doctoresse qui aurait pu aider L.________ à prendre en charge
l’enfant puisse être contactée. Le représentant du SPJ a relevé qu’il n’avait
aucune opposition ni crainte à faire valoir contre le fait que le père exerce
seul son droit de visite sur sa fille à son domicile, K.________ ne souhaitant
au demeurant plus intervenir dans le droit de visite de son fils. Il a
expliqué que L.________ profitait parfois des services de sa mère lorsqu’il
devait sortir pour se produire en concert. V.________ s’est ainsi déclaré
favorable à l’élargissement du droit de visite de L.. J.,
curatrice de l’enfant, a quant à elle indiqué n’avoir pas pu constater de
visu les modalités d’exercice du droit de visite et souligné qu’il y avait un
important manque de communication entre les parents, ce qui engendrait
des difficultés. Le conseil de A.T.________ a admis que ce manque de
communication posait effectivement problème, sa mandante n’ayant pas
confiance dans le père de B.T..
Les difficultés de communication rencontrées par A.T.
et L.________ ressortent également des échanges de courriels produits en
procédure.
Par lettre du 13 février 2011, A.T.________ a fait part à la juge
de paix de sa crainte que L.________ laisse B.T.________ seule dans
l’appartement pendant l’exercice du droit de visite ou qu’il la confie à des
personnes de son entourage indignes de confiance et que, sous l’influence
de l’alcool et en l’absence de K., il puisse être violent envers sa
fille. Elle a ajouté qu’il ne dispensait aucun soin quotidien à B.T.,
laissant notamment à sa mère la tâche de lui faire à manger, de la
doucher et de la changer.
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6 -
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 10 février 2011,
adressée aux parties pour notification le 1
er
mars 2011 ensuite de l’envoi
le 23 février 2011 d’une première décision omettant l’indication des voies
de recours, la Juge de paix du district de Lausanne a modifié la convention
signée entre A.T.________ et L.________ le 28 mai 2009, approuvée par la
justice de paix le même jour, en ce sens que le père est autorisé à exercer
son droit de visite sur sa fille B.T., née le [...] 2006, dans son
nouveau logement sis [...], à Renens, en l’absence ou en présence de sa
mère K., les autres clauses de dite convention étant pour le
surplus maintenues (I), rejeté la requête de L.________ de faire valoir la
requête de conciliation du 14 (sic) janvier 2011 comme requête contenant
des conclusions au fond (II), imparti un délai à L.________ pour déposer des
conclusions au fond en modification de son droit de visite (III), dit que les
frais et dépens de l’ordonnance suivent le sort de la cause au fond (IV) et
déclaré l’ordonnance exécutoire nonobstant recours (V).
B.Par acte motivé du 14 mars 2011, A.T.________ a recouru
contre cette ordonnance en concluant, sous suite de frais et dépens,
principalement à son annulation et au renvoi de la cause à l'autorité de
première instance pour instruction complémentaire dans le sens des
considérants, et, subsidiairement, à sa réforme en ce sens que L.________
n'est pas autorisé à exercer son droit de visite sur sa fille B.T., née
le [...] 2006, dans son nouveau logement sis [...], à Renens, en l'absence
ou en présence de sa mère K.. Elle a en substance fait valoir que
l’ordonnance se fondait sur les seules déclarations de l’assistant social du
SPJ, sans rapport écrit ni véritable enquête préalable. Aucune investigation
ou vérification n’avait été menée, alors que des insuffisances du père
avaient été établies en 2008. A.T.________ a en outre requis l'effet
suspensif et produit un bordereau de pièces.
Invité, comme l’autre curatrice et L.________, à se déterminer
sur la question de l’effet suspensif, le Chef du Service de protection de la
jeunesse a notamment confirmé, dans sa télécopie du 22 mars 2011, les
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déclarations faites par V.________ lors de la séance du 10 février 2011. Il a
ajouté qu’il n’y avait aucune raison que K.________ continue à être
présente durant l’exercice du droit de visite alors que L.________ dispose
maintenant de son propre logement, que la grand-mère avait émis le désir
de ne plus jouer ce rôle de tiers garant et qu’aucune mise en danger
justifiant une restriction du droit de visite n’avait été relevée. Le conflit
parental, et plus particulièrement le dialogue entre A.T.________ et
L., constituait toujours un problème, mais cela ne remettait pas en
cause la qualité de la prise en charge du père.
Par décision du 25 mars 2011, le Président de la Chambre des
tutelles a rejeté la requête tendant à la restitution de l'effet suspensif.
Le 31 mars 2011, la recourante a demandé que son écriture du
14 mars 2011, déjà motivée, soit considérée comme un mémoire de
recours.
Dans ses déterminations du 20 avril 2011, le SPJ a conclu au
rejet du recours. Se référant à sa correspondance du 22 mars 2011, il a
indiqué que, dans le cadre du mandat de curatelle d’assistance éducative,
aucun indice permettant d’établir une mise en danger de B.T.
justifiant le maintien d’un droit de visite limité de L.________ n’avait été
observé. Il a également souligné que J., curatrice de surveillance
des relations personnelles à forme de l’art. 308 al. 2 CC, pourrait intervenir
et, si besoin, interpeller la justice de paix en cas de dysfonctionnement
dans l’exercice du droit de visite.
Par mémoire du 9 mai 2011, L. a conclu, sous suite de
frais et dépens, au rejet du recours. Il a notamment indiqué que la
recourante s’était toujours employée à entraver l’exercice de son droit de
visite, en dépit des efforts qu’il avait déployés pour gagner sa confiance. Il
a également produit des pièces.
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E n d r o i t :
1.Le recours est dirigé contre une ordonnance de mesures
provisionnelles du juge de paix modifiant les modalités du droit de visite
d’un père sur sa fille mineure, dont l’autorité parentale et la garde
appartiennent à la mère (art. 273 ss CC).
a/aa) Conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral, la
question des relations personnelles avec un enfant mineur constitue une
matière non contentieuse (ATF 118 Ia 473 c. 2, JT 1995 I 523).
Contre les décisions en matière de relations personnelles, le
recours non contentieux de l'art. 420 al. 2 CC est ainsi ouvert à la
Chambre des tutelles (Schwenzer, Basler Kommentar, 4
ème
éd., 2010, n. 6
ad art. 275 CC, p. 1484; art. 76 LOJV [loi d'organisation judiciaire du 12
décembre 1979; RSV 173.01]), qu'il s'agisse de mesures d'urgence
(Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
ème
éd., Lausanne 2002,
n. 3 ad art. 401 CPC-VD, p. 619; JT 2003 III 35 c. 1c) ou d'une décision au
fond (CTUT 20 janvier 2010/18). Ce recours, qui s'instruit conformément
aux art. 489 ss CPC-VD (Code de procédure civile du 14 décembre 1966,
RSV 270.11 ; art. 109 al. 3 LVCC [loi d'introduction dans le Canton de Vaud
du Code civil suisse du 30 novembre 1910; RSV 211.01]), s'exerce par
acte écrit dans les dix jours dès la communication de la décision attaquée
(art. 492 al. 1 et 2 CPC-VD).
bb) Le Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008
(ci-après: CPC; RS 272), entré en vigueur le 1
er
janvier 2011, est sans
portée sur les décisions prises en matière de protection de l'enfant (art.
307 ss CC) et en fixation des relations personnelles (droit de visite). L'art.
1 let. b CPC prévoit certes que ce code s'applique aux décisions judiciaires
de la juridiction gracieuse, laquelle est régie par la procédure sommaire
(art. 248 let. e CPC). Toutefois, le CPC s'applique en procédure gracieuse
uniquement aux cas où le droit fédéral impose la compétence du juge.
Lorsque le droit fédéral permet aux cantons de choisir entre juge et
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autorité administrative, les cantons gardent toute latitude de régir la
procédure comme ils l'entendent. En matière de droit de visite, c'est
l'autorité tutélaire qui est compétente (art. 275 CC), celle-ci pouvant -
selon le droit fédéral - être judiciaire ou administrative. Il en découle que
les cantons conservent la capacité de régir la procédure, même ceux qui
ont opté pour l'autorité judiciaire (cf. Steck, Basler Kommentar, 4
ème
éd.
2010, n. 4 ad Vorbemerkungen zu Art. 295-304 ZPO, p. 1406;
Schweighauser, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung
(ZPO), n. 6 ad Vorbemerkungen zu den Art. 295-304 ZPO, p. 1723). En
outre, selon l'art. 174 al. 2 CDPJ (Code de droit privé judiciaire vaudois du
12 janvier 2010; RSV 211.02), les dispositions du CPC-VD conserveront,
jusqu'à l'entrée en vigueur de la loi fédérale du 19 décembre 2008
révisant le Code civil suisse (protection de l'adulte, droit des personnes et
droit de la filiation), toute leur portée pour ce qui concerne la protection de
l'enfant. Autrement dit, les art. 399 ss CPC-VD continueront à s'appliquer
et le recours restera régit par les art. 489 ss CPC-VD (cf. Tappy, Le droit
transitoire applicable lors de l'introduction de la nouvelle procédure civile
unifiée, in JT 2010 III 11 ss, spéc. p. 17 in fine). Le droit de visite est
souvent traité en relation avec une mesure de protection, soit par exemple
le retrait du droit de garde ou l'instauration d'une curatelle de surveillance
des relations personnelles. Dans ces cas, la disposition transitoire prévue à
l'art. 174 al. 2 CDPJ inclut alors aussi la question du droit de visite comme
accessoire de la mesure de protection. Pour les cas où la question du droit
de visite se pose indépendamment d'une mesure de protection au sens
strict, il convient de donner une interprétation étendue à l'art. 174 al. 2
CDPJ, le droit de visite entrant dans le cadre des mesures de protection au
sens large. Le statu quo est donc préconisé pour ce qui concerne les voies
de recours. Cette interprétation est aussi en accord avec le maintien, lors
de l'entrée en vigueur du CPC, de l'art. 420 al. 2 CC, qui continue par
conséquent à régir les voies de recours (JT 2011 III 48 c. 1a/bb).
b) Le recours est ouvert à tout intéressé (art. 420 al. 1 CC et
405 CPC-VD, par analogie), soit notamment à chacun des parents dans les
causes concernant les relations personnelles avec un enfant mineur
(Hegnauer, Droit suisse de la filiation et de la famille, 4
ème
éd., Berne
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1998, adaptation française par Meier, n. 27.64, p. 205; Revue du droit de
tutelle [RDT] 1955, p. 101). La Chambre des tutelles peut réformer la
décision attaquée ou en prononcer la nullité (art. 498 al. 1 CPC-VD). Si la
cause n'est pas suffisamment instruite, elle peut la renvoyer à l'autorité
tutélaire ou procéder elle-même à l'instruction complémentaire (art. 498
al. 2 CPC-VD); le recours étant pleinement dévolutif, elle revoit librement
la cause en fait et en droit (JT 2001 III 121, 2000 III 109). Pour des mesures
provisionnelles, la Chambre des tutelles peut se limiter à un examen prima
facie, plus sommaire qu'au fond, et statuer sous l'angle du déni de justice
(JT 2003 III 35 c. 1c).
c) Le présent recours, interjeté en temps utile par la mère de
la mineure concernée, qui y a intérêt (ATF 121 III 1 c. 2a, JT 1996 I 662),
est recevable à la forme, de même que les écritures déposées par les
parties durant la procédure et les pièces produites en deuxième instance
(art. 496 al. 2 CPC-VD).
La curatrice de l’enfant, Me J.________, n’a pas été invitée à se
déterminer en deuxième instance, à l’inverse du SPJ, autre curateur. Dès
lors qu’il ne s’agit pas d’une curatelle de représentation au sens de l’art.
392 ch. 2 CC, que les intérêts de l’enfant sont déjà objectivement
défendus par le SPJ et que la cause en instance de mesures provisionnelles
revêt une certaine urgence, la Chambre des tutelles estime qu’il n’y avait
pas lieu de fixer à ce stade un délai à la curatrice pour se déterminer. Elle
ne s’est au demeurant pas spontanément manifestée, bien qu’informée de
l’existence du recours puisqu’un exemplaire de la décision de refus de
restitution de l’effet suspensif lui a été adressé.
2.a) La Chambre des tutelles, qui n'est pas tenue par les moyens
et les conclusions des parties, examine d'office si la décision n'est pas
affectée de vices d'ordre formel. Elle ne doit toutefois annuler une décision
que s'il ne lui est pas possible de faire autrement, soit parce qu'elle est en
présence d'une procédure informe, soit parce qu'elle constate la violation
d'une règle essentielle de la procédure à laquelle elle ne peut elle-même
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11 -
remédier et qui est de nature à exercer une influence sur la solution de
l'affaire (Poudret/Haldy/Tappy, op. cit., nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC-VD, p.
763).
b) L'autorité tutélaire du domicile de l'enfant, soit la justice de
paix dans le canton de Vaud (art. 3 al. 1 LVCC), est compétente pour
prendre les mesures nécessaires concernant les relations personnelles
(art. 275 al. 1 CC).
En l'absence de norme spéciale dans la loi cantonale, comme
l'art. 401 CPC-VD en cas de procédure en limitation de l'autorité parentale,
il faut admettre que la compétence donnée à l'autorité tutélaire par l'art.
275 al. 1 CC est générale et qu'elle englobe celle de prendre des mesures
d'urgence. Cela ne signifie toutefois pas que le juge de paix est
incompétent pour ordonner, seul, des mesures d'urgence en matière non
contentieuse. Ces mesures, de par leur nature, impliquent une décision
rapide dans le but d'assurer la protection d'intérêts menacés. La
nécessaire diligence d'une telle décision peut se trouver en opposition
avec les contraintes liées au fonctionnement d'une justice de paix
constituée d'un juge, de deux assesseurs (art. 108 al. 1 LOJV) et d'un
greffier, notamment pour la fixation d'une audience à bref délai. Suivant
les situations, il peut donc s'avérer plus judicieux que les mesures
d'urgence nécessaires soient prises par le juge de paix (JT 2003 III 35 c. 2c
et 2d).
c) En l'espèce, l'enfant étant domiciliée chez sa mère,
détentrice du droit de garde (art. 25 al. 1 CC), à Lausanne, la Juge de paix
du district de Lausanne était compétente pour prendre l’ordonnance
entreprise. Les père et mère de l'enfant, la curatrice de B.T.________, ainsi
que l'assistant social du SPJ en charge du dossier, ont été entendus par la
juge de paix le 10 févier 2011. Pour le surplus, l'enfant, née le [...] 2006,
n'avait pas à être entendue vu son jeune âge (ATF 131 III 553, JT 2006 I
83). Le droit d'être entendu des intéressés a donc été respecté.
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La décision est ainsi formellement correcte et il convient
d'examiner si elle est justifiée sur le fond.
3.a) La recourante demande que le régime des visites fixé par la
convention passée en 2009 soit maintenu, c’est-à-dire que les visites
continuent à se dérouler au domicile de la grand-mère paternelle de
l’enfant. Elle invoque à cet égard les rapports du SPJ des 9 juin et 12
novembre 2008 - préconisant d’ordonner des visites dans un premier
temps au Point Rencontre, puis au domicile de la mère de L.________ -,
l’absence d’investigations documentées appuyant les appréciations
avancées par l’assistant social du SPJ lors de l’audience du 10 février 2011
et les craintes qu’elle éprouve quant au fait que les visites se déroulent
hors de la présence d’un tiers, le père s’absentant souvent le soir et
fréquentant les bars certains week-ends où il a sa fille. La recourante se
réfère également à la lettre qu’elle a adressée le 13 février 2011 à la juge
de paix, dans laquelle elle a exposé plus précisément craindre que l’enfant
ne soit laissée seule par son père durant l’exercice du droit de visite ou
qu’il l’a confie à des tiers indignes de confiance ou que, sous l’influence de
l’alcool et en l’absence de K., il se montre violent envers
B.T.. Elle avait alors en outre soutenu que L.________ se
déchargeait sur sa mère des soins quotidiens à donner à l’enfant, savoir
par exemple la nourrir, la doucher et la changer.
b) L'art. 273 al. 1 CC prévoit que le père ou la mère qui ne
détient pas l'autorité parentale ou la garde ainsi que l'enfant mineur ont
réciproquement le droit d'entretenir les relations personnelles indiquées
par les circonstances. Le droit aux relations personnelles vise à
sauvegarder le lien existant entre parents et enfants (Hegnauer, op. cit., n.
19.20, p. 116). Le Tribunal fédéral relève à cet égard qu'il est
unanimement reconnu que le rapport de l'enfant avec ses deux parents
est essentiel et qu'il peut jouer un rôle décisif dans le processus de
recherche d'identité de l'enfant (ATF 127 III 295 c. 4a; ATF 123 III 445 c.
3c, JT 1998 I 354). Le maintien et le développement de ce lien étant
évidemment bénéfiques pour l'enfant, les relations personnelles doivent
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13 -
donc être privilégiées, sauf si le bien de l'enfant est mis en danger.
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le refus ou le retrait
des relations personnelles ne peut être demandé que si le bien de l'enfant
est mis en danger par ces mêmes relations : la disposition a pour objet de
protéger l'enfant, et non de punir les parents. Il y a danger pour le bien de
l'enfant, susceptible d'entraîner la suppression du droit de visite, si son
développement physique, moral ou psychique est menacé par la présence
même limitée du parent concerné. Conformément au principe de
proportionnalité, il importe en outre que cette menace ne puisse être
écartée par d'autres mesures appropriées (ATF 131 III 209, JT 2005 I 201;
ATF 118 II 21 c. 3c, résumé in JT 1995 I 548; TF 5A_448/2008 du 2 octobre
2008 c. 4.1; TF 5P.131/2006 du 25 août 2006, publié in La pratique du
droit de la famille [FamPra.ch] 2007, p. 167). La violation par les parents
de leurs obligations et le fait de ne pas se soucier de l'enfant ne justifient
un tel refus ou retrait que si ces comportements portent atteinte au bien
de l'enfant (ATF 131 III 209 et 118 II 21 c. 3c précités). On peut admettre
qu'un parent ne s'est pas soucié sérieusement de son enfant au sens de
l'art. 274 al. 2 CC lorsqu'il ne prend aucune part à son bien-être, s'en
remet en permanence à d'autres pour les soins dus à l'enfant et
n'entreprend rien pour établir ou entretenir une relation vivante avec lui;
peu importe de savoir si les efforts auraient été couronnés de succès et si
le comportement du parent habilité à donner son consentement est
coupable ou non (ATF 118 II 21 précité c. 3d). Les conflits entre les parents
ne constituent pas un motif de restreindre le droit de visite. Une telle
limitation n'est justifiée que s'il y a lieu d'admettre, au regard des
circonstances, que l'octroi d'un droit de visite usuel compromet le bien de
l'enfant (ATF 131 III 209 précité c. 5).
La décision de supprimer ou de suspendre pour une période
relativement longue le droit de visite constitue une "ultima ratio" qui ne
doit intervenir que si la raison qui fait craindre un danger pour le bien de
l'enfant est telle qu'elle ne peut être exclue ni par l'établissement d'un
droit de visite surveillé, ni par d'autres mesures (ATF 122 III 404, JT 1998 I
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14 -
46; Hegnauer, op. cit., n. 19.20, p. 116; TF 5P.369/2004 du 24 novembre
2004, in FamPra 2005 n
o
64 p. 393 et les réf. citées).
La notion de bien de l'enfant a été élevée en droit suisse au
niveau d'un droit constitutionnel. Le principe de la priorité du bien de
l'enfant doit être pris dans un sens global et recouvre entre autres les
possibilités de développement au niveau moral, psychique, physique et
social en fonction de l'âge de l'enfant; il faut donc rechercher la meilleure
solution possible pour l'enfant compte tenu de toutes les circonstances du
cas d'espèce (ATF 129 III 250 c. 3.4.2, JT 2003 I 187, et la jurisprudence
citée).
La mise en danger concrète du bien de l'enfant est nécessaire
non seulement pour justifier un refus ou un retrait du droit aux relations
personnelles, mais aussi pour imposer au titulaire l'obligation de se
soumettre à des modalités particulières telles qu'un droit de visite
surveillé (Meier/Stettler, Droit de la filiation, 4
ème
éd., 2009, n
o
714, pp.
417-418).
c) En l’espèce, lors de la séance de la juge de paix du 10
février 2011, le représentant du SPJ a indiqué que L.________ exerçait son
droit de visite depuis dix-sept mois et que, si au début certaines difficultés
dans l’encadrement de B.T.________ avaient été constatées, la situation
avait évolué de manière favorable. Il a précisé que, d’une part, la grand-
mère paternelle de l’enfant ne souhaitait plus intervenir dans les relations
de son fils avec B.T.________ et, d’autre part, qu’il n’éprouvait aucune
crainte à ce que le père exerce seul son droit de visite à son domicile.
V.________ a ajouté que si L.________ devait s’absenter, par exemple
lorsqu’il se produisait en concert, l’enfant restait avec K.________.
Ces indications, fondées sur l’observation et la surveillance du
droit de visite durant près d’un an et demi, suffisent à se convaincre que
le changement du lieu des visites - du domicile de la grand-mère
paternelle à celui du père - n’entraîne pas une mise en danger concrète de
l’enfant. Au stade des mesures provisionnelles, soit de la vraisemblance,
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15 -
on ne voit pas en quoi le mode de communication des considérations du
SPJ - oral plutôt que sous la forme d’un rapport écrit - permettrait de
mettre en doute la pertinence du compte rendu fait par l’assistant social.
Les déclarations de celui-ci ont d’ailleurs été confirmées par le SPJ dans
ses déterminations des 22 mars et 20 avril 2011. Aucun incident lourd
mettant en cause la sécurité ou le bien-être de l’enfant du fait de
L.________ n’a été rapporté. Les craintes exprimées par la recourante
paraissent ainsi sans fondement. Au demeurant, le régime de la
convention du 28 mai 2009 n’imposait pas expressément la présence de la
grand-mère paternelle de l’enfant lors des visites, mais se bornait à en
fixer le lieu au domicile de celle-ci, ce qui n’excluait pas que K.________ en
soit absente, le cas échéant durant tout le week-end. Enfin, ce régime ne
peut de toute manière plus être mis en application, K.________ ayant
clairement déclaré dans un écrit du 9 novembre 2010 qu’elle ne voulait
plus jouer ce rôle de tiers, ne supportant plus le conflit entre les parents
de l’enfant ni de recevoir sa petite-fille lors des week-ends de droit de
visite, dès lors qu’elle souffre de fibromyalgie. Au surplus, comme le SPJ et
d’autres invervenants l’ont constaté et comme cela ressort des courriels
échangés par les parents, il apparaît que les difficultés sont surtout
causées par le manque de communication entre A.T.________ et L.________,
le mandataire de la recourante ayant d’ailleurs admis à l’audience du 10
février 2011 que la mère n’avait pas confiance dans le père de son enfant.
Au vu de ce qui précède, le recours s’avère mal fondé et doit
être rejeté.
4.En conclusion, le recours doit être rejeté et l’ordonnance
confirmée.
Les frais de deuxième instance de la recourante sont arrêtés à
300 fr. (art. 236 al. 1 aTFJC [tarif du 4 décembre 1984 des frais judiciaires
en matière civile, RSV 270.11.5], qui continue à s'appliquer pour toutes les
procédures visées par l'art. 174 CDPJ conformément à l’art. 100 TFJC [tarif
du 28 septembre 2010 des frais judiciaires civils, RSV 270.11.5]).
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16 -
Obtenant gain de cause, l’intimé L., qui a procédé par
l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, a droit à des dépens de
deuxième instance, qu'il convient d'arrêter à 1'000 fr. et de mettre à la
charge de la recourante (art. 91 et 92 CPC-VD, applicables par renvoi de
l'art. 488 let. f CPC-VD).
Par ces motifs,
la Chambre des tutelles du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos,
p r o n o n c e :
I. Le recours est rejeté.
II. L'ordonnance est confirmée.
III. Les frais de deuxième instance de la recourante sont arrêtés à
300 fr. (trois cents francs).
IV. La recourante A.T. doit verser la somme de 1'000 fr.
(mille francs) à l'intimé L.________, à titre de dépens de
deuxième instance.
V. L'arrêt motivé est exécutoire.
Le président :La greffière :
Du 16 mai 2011