351 TRIBUNAL CANTONAL 670 PE21.010542-CDT C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 6 septembre 2022
Composition : MmeB Y R D E , présidente MM. Meylan et Krieger, juges Greffière:MmeMirus
236 al. 1 et 4 CPP ; 22 LEDJ Statuant sur le recours interjeté le 3 août 2022 par E.________ contre l’ordonnance de refus d’exécution anticipée de peine rendue le 22 juillet 2022 par le Ministère public cantonal Strada dans la cause n° PE21.010542-CDT, la Chambre des recours pénale considère : E n f a i t : A.a) Une instruction pénale est ouverte devant le Ministère public cantonal Strada contre E.________ pour vol en bande et par métier, dommages à la propriété, violation de domicile et infraction à la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration, en raison des faits suivants.
2 - A tout le moins entre le mois de novembre 2020 et le 21 novembre 2021, E.________ aurait séjourné en Suisse pendant plus de trois mois sur une période de 180 jours, alors qu’il n’était titulaire d’aucune autorisation de séjour. En outre, entre les mois de novembre 2020 et d’octobre 2021, il aurait travaillé en Suisse à raison de plusieurs jours par semaine, notamment en tant que peintre en bâtiment et déménageur, percevant un revenu de 100 fr. par jour, alors même qu’il n’était pas au bénéfice d’un permis de travail. Enfin, dans le canton de Vaud, à tout le moins entre les mois de juillet et de novembre 2021, E.________ aurait commis, en compagnie de X., au moins trente et un vols par effraction dans des habitations. b) E. a été appréhendé par la police le 23 novembre 2021 et est placé en détention provisoire depuis lors. c) Lors de ses auditions devant la police et le Ministère public, E.________ a très partiellement reconnu les faits qui lui sont reprochés, minimisant toutefois grandement son implication en contestant la majorité des vols. d) E.________ et son comparse ont été entendus en auditions récapitulatives le 13 juillet 2022. A cette occasion, le prévenu a maintenu ses déclarations et a ainsi contesté une importante partie des faits qui lui sont reprochés. L’avis de prochaine clôture a été adressé aux parties le 13 juillet 2022 et un délai au 11 août 2022 leur a été fixé pour adresser leur réquisition de preuves au Ministère public. B.a) Par courriers des 14 et 20 juillet 2022, E.________ a requis d’être placé en exécution anticipée de peine. b) Par ordonnance du 22 juillet 2022, le Ministère public cantonal Strada a rejeté la requête d’exécution anticipée de peine d’E.________ (I), et a dit que les frais suivaient le sort de la cause (II).
3 - La procureure a considéré que le régime de l'exécution anticipée de peine n'était pas compatible avec l'état de la procédure, pour les motifs suivants : « Dans le cadre de l’enquête actuellement instruite contre E.________ pour vol en bande et par métier, dommages à la propriété, violation de domicile et infractions à la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration, il est reproché au prévenu d’avoir commis au moins 31 vols par effraction dans des habitations, avec son comparse X.. A ce jour, E. a fortement minimisé les faits qui lui sont reprochés, malgré les éléments de preuve qui lui ont été présentés, notamment durant son audition récapitulative. E.________ a ainsi contesté la majorité des vols qui lui sont reprochés, prétextant ne pas se souvenir des faits. De plus, les déclarations d’E.________ ne concordent pas non plus avec celles de son comparse, X., qui a mis le prévenu en cause pour avoir commis une dizaine de vols par effraction avec lui. Le régime d’exécution anticipée de peine permet au prévenu d'avoir un accès libre au téléphone et des visites sans contrôle. De plus, seul un contrôle sommaire du courrier est effectué par le référent social du détenu. De telles modalités permettraient facilement à E. de contacter son comparse et de faire pression sur ce dernier afin qu’il revienne sur ses déclarations. Ainsi, au vu de la gravité des faits qui sont reprochés au prévenu, le risque que ce dernier fasse pression sur X.________ pour qu’il revienne sur sa mise en cause ne peut être écarté et mettrait très sérieusement en péril l'instruction. Au vu de ces éléments et de l’important risque de collusion qui demeure encore à ce stade de l’enquête, il convient donc de rejeter la requête d’exécution anticipée de peine d’E.. C.Par acte du 3 août 2022, E., par son défenseur d’office, a recouru auprès de la Chambre des recours pénale, en concluant, sous suite de frais et dépens, à sa modification en ce sens qu’il est autorisé à exécuter sa peine de manière anticipée. Le 26 août 2022, le Ministère public a indiqué qu’il n’entendait pas déposer de déterminations et qu’il se référait intégralement au contenu de sa décision. E n d r o i t :
4 -
1.1Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP, le recours est recevable contre les décisions et actes de procédure du ministère public. Une décision par laquelle le ministère public refuse d’autoriser le prévenu à exécuter de manière anticipée une peine privative de liberté ou une mesure entraînant une privation de liberté, respectivement révoque l’autorisation donnée, est ainsi susceptible de recours selon les art. 393 ss CPP (CREP 12 janvier 2022/26 consid. 1 ; CREP 31 décembre 2021/1192 consid. 1.1). Ce recours doit être adressé par écrit, dans un délai de dix jours dès la notification de la décision attaquée (cf. art. 384 let. b CPP), à l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP) qui est, dans le canton de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [loi vaudoise d’introduction du code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009 ; BLV 312.0] ; art. 80 LOJV [loi vaudoise d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; BLV 173.01]). 1.2En l’espèce, interjeté en temps utile auprès de l’autorité compétente par le prévenu qui a qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours d’E.________ est recevable. 2. 2.1Le recourant conteste l’existence d’un risque de collusion entre lui et son coprévenu, dès lors que la procédure se trouve à un stade avancé, un acte d’accusation devant pouvoir être dressé à l’échéance du délai contenu dans l’avis de prochaine clôture, soit le 11 août 2022, et que les faits seront ainsi arrêtés dans un avenir très proche. En outre, le tribunal devant lequel le recourant sera renvoyé devrait à n’en point douter faire la part des choses entre les dénégations des prévenus et les faits révélés par l’enquête, ainsi que les éventuelles déclarations qui pourraient survenir le jour de l’audience par lesquelles les coprévenus pourraient s’accorder. Partant, le risque de collusion ne saurait faire obstacle à l’exécution anticipée de peine requise par le recourant.
5 - 2.2Selon l'art. 236 al. 1 CPP, la direction de la procédure peut autoriser le prévenu à exécuter de manière anticipée une peine privative de liberté ou une mesure entraînant une privation de liberté si le stade de la procédure le permet. Le but de la disposition est d'offrir au détenu un régime d'exécution tenant compte notamment de sa situation et de lui assurer, le cas échéant, de meilleures chances de resocialisation (ATF 143 IV 160 consid. 2.1, JdT 2018 IV 3 ; TF 1B_107/2020 du 24 mars 2020 consid. 2.1). Dès l'entrée du prévenu dans l'établissement, l'exécution de la peine ou de la mesure commence et le prévenu est soumis au régime de l'exécution, sauf si le but de la détention provisoire ou de la détention pour des motifs de sûreté s'y oppose (art. 236 al. 4 CPP). L'art. 236 al. 1 in fine CPP suppose que le « stade de la procédure » concerné permette une exécution anticipée de la peine ou de la mesure. Ce stade correspond au moment à partir duquel la présence du prévenu n'est plus immédiatement nécessaire à l'administration des preuves : tel est en principe le cas lorsque l'instruction est sur le point d'être close. Cette restriction répond principalement à des besoins pratiques, en raison de l'éventuel éloignement géographique entre les lieux d'exécution de peine et ceux où a lieu l'administration des preuves (TF 1B_107/2020 du 24 mars 2020 consid. 2.1 ; TF 1B_372/2019 du 27 août 2019 consid. 2.1 et la référence citée). Même après ce stade, l'exécution anticipée de la peine doit être refusée lorsqu'un risque élevé de collusion demeure de sorte que le but de la détention et les besoins de l'instruction seraient compromis si le régime de l'exécution anticipée devait être mis en œuvre (TF 1B_449/2015 du 15 janvier 2016 consid. 2.3). Il appartient alors à l'autorité de démontrer que les circonstances particulières du cas d'espèce font apparaître un danger concret et sérieux de manœuvres, propres à entraver la manifestation de la vérité, en indiquant, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer et en quoi le régime d'exécution de peine du prévenu, même avec les mesures possibles de l'art. 236 al. 4 CPP, en compromettrait l'accomplissement (TF 1B_107/2020
6 - du 24 mars 2020 consid. 2.1 ; TF 1B_186/2018 du 8 mai 2018 consid. 2.1; TF 1B_400/2017 du 18 octobre 2017 consid. 2.1; TF 1B_127/2017 du 20 avril 2017 consid. 2.1). 2.3En l’occurrence, la procureure a procédé aux auditions récapitulatives des prévenus, a mis le dossier en prochaine clôture et a imparti aux parties un délai au 11 août 2022 pour faire valoir leurs réquisitions, de sorte que l’on peut considérer que l’instruction est sur le point d’être close. L’avancement de la procédure ne s’oppose donc pas à l’exécution anticipée de la peine, ce que la procureure ne prétend d’ailleurs pas. S’agissant du risque de collusion, certes, le recourant a une version des faits qui diverge de celle de son comparse X., qui le met en cause, sur le nombre de vols commis ensemble. Un risque de collusion pourrait alors exister si le recourant devait se mettre en contact avec lui et faire pression sur lui pour qu’il modifie sa version des faits. Il s’agit toutefois d’un risque abstrait. En effet, il appartiendra au Tribunal d’établir les faits et on ne voit pas en quoi, à ce stade de la procédure, ces deux prévenus pourraient arranger de manière crédible une version des faits. Par ailleurs, des mesures pourraient être mises en place pour empêcher tout contact du recourant avec X.. Au vu de ce qui précède, il n’existe en l’état pas de circonstances particulières faisant apparaître un danger concret de manœuvres, propres à entraver la manifestation de la vérité, au sens de la jurisprudence précitée. Dans tous les cas, un tel risque pourrait être évité par des restrictions au sens de l’art. 236 al. 4 CPP, telle qu’une interdiction de prendre contact avec son coprévenu, sous quelque forme que ce soit, interdiction dont le respect pourrait être assuré par le contrôle des visites (art. 235 al. 2 CPP), du courrier et des téléphones du prévenu (art. 235 al. 3 CPP). Il s’ensuit qu’une exécution anticipée de peine assortie de conditions aurait dû être ordonnée.
7 - 2.4L'art. 22 al. 2 LEDJ (loi sur l'exécution de la détention avant jugement du 7 novembre 2006 ; BLV 312.07) prévoit toutefois que, lorsque la direction de la procédure envisage d'ordonner une exécution anticipée de peine assortie de conditions, elle prend au préalable l'avis de l'Office d'exécution des peines. Dans la mesure où un préavis n’a pas encore été requis, il convient d'annuler la décision rendue par la procureure et de lui retourner le dossier pour qu'elle interpelle l'Office d'exécution des peines puis rende une nouvelle ordonnance, tenant compte de l'avis de cet office et des considérants qui précèdent. 3.En définitive, le recours doit être admis, l'ordonnance du 22 juillet 2022 annulée et le dossier renvoyé au Ministère public cantonal Strada pour qu'il procède dans le sens des considérants. Le défenseur d’office du recourant a produit une liste des opérations et débours (P. 132/2) faisant état d’un temps consacré à la procédure de recours de 4h35. Cette durée est trop élevée. En effet, le temps consacré à la transmission de lettres au client, à la Cour de céans et au Ministère public, soit 55 minutes, correspond à du travail de secrétariat qui ne saurait être rémunéré. La durée annoncée pour l’étude de la décision attaquée, l’examen de la jurisprudence, la préparation et la rédaction du mémoire de recours, soit 3h40 au total, sans compter la prise en compte de la détermination du Ministère public, est manifestement excessive, au vu du mémoire de recours produit qui contient une page consacrée à la recevabilité et aux conclusions, une page de théorie et un paragraphe de subsomption. En définitive, l’indemnité sera fixée à 540 fr. pour 3 heures d’activité nécessaires à 180 fr. de l’heure, montant auquel il convient d’ajouter des débours forfaitaires à concurrence de 2 %, par 10 fr. 80, plus la TVA (7,7%), par 42 fr. 40, soit à 594 fr. au total en chiffres arrondis. Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce de l’émolument d'arrêt, par 770 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ; BLV
8 - 312.03.1]), et des frais imputables à la défense d’office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), par 594 fr., seront laissés à la charge de l'Etat (art. 428 al. 4 CPP). Par ces motifs, la Chambre des recours pénale prononce : I. Le recours est admis. II. L’ordonnance du 22 juillet 2022 est annulée. III. Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère public cantonal Strada pour qu'il procède dans le sens des considérants. IV. L’indemnité allouée au défenseur d’office d’E.________ est fixée à 594 fr. (cinq cent nonante-quatre francs). V. Les frais d’arrêt, par 770 fr. (sept cent septante francs), ainsi que l’indemnité due au défenseur d’office d’E., par 594 fr. (cinq cent nonante-quatre francs), sont laissés à la charge de l'Etat. VI. L’arrêt est exécutoire. La présidente : La greffière : Du Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -Me Véronique Fontana, avocate (pour E.), -Ministère public central ;
9 - et communiqué à : -Mme la Procureure cantonale Strada, par l’envoi de photocopies. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF). En vertu de l’art. 135 al. 3 let. b CPP, le présent arrêt peut, en tant qu'il concerne l’indemnité d’office, faire l’objet d’un recours au sens des art. 393 ss CPP devant le Tribunal pénal fédéral (art. 37 al. 1 et 39 al. 1 LOAP [loi fédérale du 19 mars 2010 sur l’organisation des autorités pénales ; RS 173.71]). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal pénal fédéral dans un délai de dix jours dès la notification de l’arrêt attaqué (art. 396 al. 1 CPP). La greffière :