351 TRIBUNAL CANTONAL 116 PE17.025251-VWT C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 15 février 2018
Composition : M. M E Y L A N , président M.Abrecht et Mme Byrde, juges Greffier :M.Addor
Art. 310, 393 al. 1 let. a CPP Statuant sur le recours interjeté le 23 janvier 2018 par A.H.________ et C.H.________ contre l’ordonnance de non-entrée en matière rendue le 10 janvier 2018 par le Ministère public de l’arrondissement de La Côte dans la cause n° PE17.025251-VWT, la Chambre des recours pénale considère : E n f a i t : A.a) Le 26 novembre 2016, M.________ s’est présenté à la police de Morges où il a annoncé la découverte de pièces d’or sur le terrain d’une propriété en chantier, sur la parcelle [...] de la commune de [...], appartenant en propriété commune à A.H.________ et C.H.________.
2 - b) Le 27 novembre 2016, M.________ a été entendu par la police de sûreté en qualité de personne appelée à donner des renseignements. Il a déclaré que le 24 novembre 2016, il promenait son chien sur la parcelle précitée et qu’ayant aperçu des pièces d’or éparpillées sur le terrain, il avait commencé à les ramasser, en fouillant avec ses pieds. Il y était resté la nuit entière, jusqu’à 4 ou 5 heures du matin, pour continuer à ramasser les pièces d’or, qu’il avait ensuite rapportées chez lui. Le 25 novembre 2016, vers 22 heures, il était revenu sur la parcelle pour chercher, à l’aide d’un outil de jardin, d’autres pièces, à la faveur de la nuit. Il était rentré chez lui à 3 heures du matin. M.________ a également indiqué qu’il avait pris contact avec un « loueur de détecteur de métaux ». Il avait passé la journée du samedi 26 novembre 2016 à se promener et s’était rendu le soir même à la police pour remettre les pièces d’or qu’il avait trouvées (environ 2'700), c) Le 27 novembre 2016, A.H.________ et C.H.________ ont été entendus par la police en qualité de personnes appelées à donner des renseignements. Ils ont été informés que M.________ avait pénétré sur leur parcelle et y avait découvert quelque 2'000 pièces d’or. La police leur a fourni l’inventaire détaillé et une photographie des pièces conditionnées. A.H.________ et C.H.________ ont indiqué qu’ils ignoraient l’existence de ces pièces d’or. d) Le 29 novembre 2016, M.________ s’est de nouveau présenté à la police pour compléter sa déposition du 27 novembre 2016. Il a expliqué qu’en réalité, le 26 novembre 2016, il s’était rendu en voiture au [...] où, après avoir réparti les pièces dans des bocaux achetés à cet effet, il avait caché ceux-ci dans trois endroits différents, en prenant soin de bien les dissimuler. Il a précisé que les pièces qu’il avait trouvées étaient enfouies dans la zone proche de l’ancien garage, qu’il pensait que le trésor était caché dans les murs de la maison et qu’il trouverait plus de pièces dans les ruines, produisant à l’appui de ses dires des photographies de la zone où les pièces étaient enterrées.
3 - e) Le 1 er juin 2017, la police a établi un rapport d’investigation circonstancié concernant les faits exposés ci-dessus (P. 4/3). f) Le 25 septembre 2017, une séance s’est tenue devant la Juge de paix de district de Morges, qui était appelé à statuer en procédure gracieuse sur la restitution des pièces d’or enterrées sur le terrain propriété de A.H.________ et C.H.. Par décision du 10 octobre 2017, la juge de paix a restitué les pièces d’or aux prénommés. Elle a relevé notamment que M. était l’inventeur des pièces d’or qui constituaient un trésor. B.a) Le 18 décembre 2017, A.H.________ et C.H.________ ont déposé plainte pénale contre M.. Ils lui reprochent en substance de s’être rendu sans droit, le 24 novembre 2016, sur leur terrain et de n’avoir remis à la police qu’une partie des pièces d’or qu’il y avait découvertes, en cachant le reste dans le massif du Jura (P. 4). b) Le 21 décembre 2017, M. a requis du Ministère public de l’arrondissement de La Côte qu’il rende une ordonnance de non- entrée en matière, en faisant valoir que la plainte était tardive et que le litige était d’ordre strictement civil (P. 6). A l’appui de cette écriture, il a produit diverses pièces, en particulier sa requête du 21 décembre 2017 au Juge de paix du district de Morges tendant à l’allocation d’une gratification de 650'000 fr., ainsi que la décision de cette autorité du 10 octobre 2017 (P. 7/5 et 7/6). Le 26 décembre 2017, les plaignants ont déposé des déterminations sur l’écriture précitée. c) Par ordonnance du 10 janvier 2018, le Ministère public de l’arrondissement de La Côte a refusé d’entrer en matière sur la plainte. Il a considéré en substance que la plainte, déposée une année après les faits, était tardive, les infractions envisageables (appropriation illégitime et violation de domicile) ne se poursuivant pas d’office.
4 - C.Par acte du 23 janvier 2018, A.H.________ et C.H.________ ont interjeté recours contre cette ordonnance, en concluant, avec suite de frais et de dépens, à son annulation, le dossier de la cause étant renvoyé au Ministère public pour qu’il instruise la plainte. Le 5 février 2018, le Ministère public a indiqué qu’il renonçait à se déterminer (P. 15). Dans ses déterminations du 12 février 2018, M.________ a conclu au rejet du recours (P. 16). Le 13 février 2018, les recourants ont déposé une réplique spontanée (P. 19). E n d r o i t :
1.1Les parties peuvent attaquer une ordonnance de non-entrée en matière rendue par le Ministère public (art. 310 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0]) dans les dix jours devant l’autorité de recours (art. 310 al. 2, 322 al. 2 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP) qui est, dans le canton de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [Loi vaudoise d’introduction du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009; RSV 312.01]; art. 80 LOJV [Loi d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979; RSV 173.01]). En l’espèce, interjeté dans le délai légal par les parties plaignantes qui ont qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al.1 CPP), le recours est recevable. 1.2Les recourants ont également produit, entre autres pièces, le procès-verbal de l’audience du jugement de la Juge de paix du district de Morges du 25 septembre 2017 et les déterminations de leur conseil du 11
3.1Les recourants contestent le caractère tardif de leur plainte. 3.2Selon l'art. 31 CP (Code pénal suisse du 21 décembre 1937; RS 311.0), le droit de porter plainte se prescrit par trois mois dès le jour où l'ayant droit a connu l'auteur de l'infraction. Le point de départ du délai de plainte est le jour où le lésé a connaissance non seulement de l’auteur de l’infraction mais aussi de l’infraction elle-même. Les éléments constitutifs
4.1Les recourants soutiennent qu’en raison des faits dénoncés dans leur plainte et de l’ensemble des éléments figurant au dossier, le
8 - déclaré avoir fouillé avec des outils ce terrain pour en extraire les pièces d’or. On ne se trouve donc pas dans le cas d’une chose trouvée, soit d’une chose qui aurait été perdue, mais a priori plutôt d’un trésor, soit d’une chose précieuse, dont il paraît certain, au moment de sa découverte, qu’elle était enfouie ou cachée depuis longtemps et n’avait plus de propriétaire (art. 723 CC). Il n’y a pas lieu de trancher définitivement à ce stade entre les qualifications de vol et d’appropriation illégitime envisageables dans le cas présent ni sur la qualification ou non de trésor. Cela étant, et dans la mesure où les pièces avaient été enterrées dans le terrain appartenant aux recourants et où le prévenu a dans un premier temps pris des dispositions pour en garder une partie par-devers lui, dans un but d’enrichissement illégitime, il existe à tout le moins des soupçons suffisants de soustraction d’une chose mobilière appartenant à autrui – rien ne permettant au prévenu de penser qu’il était en présence d’une chose sans maître –, autrement dit de vol (art. 139 CP), étant précisé que le vol présumé était consommé dès que la soustraction a été parfaite, c’est-à-dire dès que le prévenu a emporté les pièces découvertes pour les dissimuler en un endroit où personne n’était susceptible de les retrouver. Que le prévenu, pris de remords et sur le conseil d’autrui, se soit ravisé et ait finalement rapporté les pièces à la police ne change rien au fait que les éléments constitutifs de l’infraction de vol paraissent réalisés, cette circonstance pouvant cependant justifier le cas échéant l’application de l’art. 53 CP (réparation du dommage) ou de l’art. 48 let. d CP (repentir sincère). 4.4Au vu de ce qui précède, il appartiendra au Ministère public d’ouvrir une instruction pénale contre M.________ pour vol subsidiairement appropriation illégitime. 5.En définitive, le recours doit être admis et l’ordonnance du 10 janvier 2018 annulée, le dossier de la cause étant renvoyé au Ministère public de l’arrondissement de La Côte pour qu’il procède dans le sens des considérants qui précèdent.
9 - Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce du seul émolument d’arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 990 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de l’intimé, qui, ayant conclu au rejet du recours, succombe (art. 428 al. 1 CPP). Les recourants, qui ont procédé avec l’assistance d’un conseil de choix et qui ont obtenu gain de cause, ont droit, solidairement entre eux, à une indemnité pour les dépenses occasionnées par la procédure de recours, à la charge de l’intimé (art. 433 al. 1 CPP applicable par renvoi de l’art. 436 al. 1 CPP). Au vu de l’activité déployée dans la présente procédure, cette indemnité sera fixée à 900 fr. (trois heures à 300 fr.), plus un montant correspondant à la TVA, par 69 fr. 30, soit à 969 fr. 30 au total. Il est rappelé que, si les indemnités au sens des art. 429 ss CPP ne sont pas soumises à la TVA (art. 18 al. 2 let. i LTVA [Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée du 12 juin 2009; RS 641.20), il convient de tenir compte du fait que les honoraires payés par la partie à son avocat sont quant à eux soumis à la TVA (CREP 1 er février 2018/39 consid.). Par ces motifs, la Chambre des recours pénale prononce : I. Le recours est admis. II. L’ordonnance du 10 janvier 2018 est annulée. III. Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère public de l’arrondissement de La Côte pour qu’il procède dans le sens des considérants. IV. Les frais d’arrêt, par 990 fr. (neuf cent nonante francs), sont mis à la charge de M.. V. L’indemnité allouée à A.H. et C.H., créanciers solidaires, pour les dépenses occasionnées par la procédure de recours est fixée à 969 fr. 30 (neuf cent soixante-neuf francs et trente centimes), à la charge de M..
10 - VI. L’arrêt est exécutoire. Le président : Le greffier : Du Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -Me Jean-Philippe Heim, avocat (pour A.H.________ et C.H.), -Mes Patrick Michod et Simon Perroud, avocats (pour M.), -Ministère public central, et communiqué à : -Mme la Procureure de l’arrondissement de La Côte, par l’envoi de photocopies. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF). Le greffier :