351 TRIBUNAL CANTONAL 802 PE16.025235-DAC C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 24 novembre 2017
Composition : M. M A I L L A R D , président MM. Krieger et Abrecht, juges Greffier :M.Glauser
Art. 132 CPP Statuant sur le recours interjeté le 16 novembre 2017 par M.________ contre le prononcé rendu le 7 novembre 2017 par le Tribunal de police de l’arrondissement de La Côte dans la cause n° PE16.025235- DAC, la Chambre des recours pénale considère : E n f a i t : A.a) Le 29 mai 2016, M.________, ressortissant de Guinée-Bissau, s’est marié devant les autorités de ce pays avec [...], suissesse. Les époux ont entrepris des démarches afin de faire reconnaître ce mariage par les autorités suisses.
B.Par prononcé du 7 novembre 2017, le Tribunal de police de l’arrondissement de la Côte a refusé de désigner un défenseur d’office à M.________ (I) et a dit que ce prononcé était rendu sans frais (II). Il a en substance considéré que l’intéressé, prévenu de séjour illégal, était en mesure de se défendre efficacement seul et que les besoins de la défense, dans un cas de peu de gravité et ne présentant pas de difficultés particulières, n’exigeaient pas la désignation d’un défenseur d’office. C.Par acte du 16 novembre 2017, l’avocat Thierry de Mestral a recouru contre ce prononcé pour le compte d’M.________ et a conclu à son annulation et à sa désignation en qualité de défenseur d’office du prénommé dans le cadre de la procédure pendante devant le Tribunal de police, avec effet rétroactif au 17 février 2017. Subsidiairement, il a conclu au renvoi de la cause devant cette instance judiciaire pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
2.1Le recourant soutient qu’au vu de la peine privative de liberté ferme de 120 jours prononcée par ordonnance pénale du 17 février 2017, qui tient lieu d’acte d’accusation (art. 356 al. 1 CPP), et de la difficulté juridique de la cause – qui pose notamment la question de savoir si un citoyen guinéen qui a épousé valablement une Suissesse en Guinée-Bissau peut demeurer (le cas échéant illégalement) en Suisse pour accomplir les démarches tendant à faire reconnaître ce mariage en Suisse (cf. ATF 138 I 41 consid. 2.3) –, l’assistance d’un défenseur serait nécessaire et justifiée pour sauvegarder ses intérêts au sens de l’art. 132 al. 1 let. b CPP. 2.2En dehors des cas de défense obligatoire au sens de l’art. 130 CPP, la direction de la procédure ordonne une défense d’office si le prévenu ne dispose pas des moyens nécessaires et si l’assistance d’un défenseur est justifiée pour sauvegarder ses intérêts (art. 132 al. 1 let. b
La défense d’office aux fins de protéger les intérêts du prévenu indigent se justifie notamment lorsque l’affaire n’est pas de peu de gravité et – condition cumulative (Harari/Aliberti, op. cit., n. 61 ad art. 132 CPP; TF 1B_359/2010 du 13 décembre 2010 consid. 3.2) – qu’elle présente, sur le plan des faits ou du droit, des difficultés que le prévenu seul ne pourrait pas surmonter (art. 132 al. 2 CPP). En tout état de cause, une affaire n’est pas de peu de gravité lorsque le prévenu est passible d’une peine privative de liberté de plus de quatre mois, d’une peine pécuniaire de plus de 120 jours-amende ou d’un travail d’intérêt général de plus de 480 heures (art. 132 al. 3 CPP).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le point décisif est toujours de savoir si la désignation d'un avocat d'office est objectivement nécessaire dans le cas d'espèce (TF 1B_195/2011 du 28 juin 2011 consid. 3.2). A cet égard, il faut tenir compte des circonstances concrètes de l'affaire, de la complexité des questions de fait et de droit, des particularités que présentent les règles de procédure applicables, des connaissances juridiques du requérant ou de son représentant, du fait que la partie adverse est assistée d'un avocat et de la portée qu'a pour le requérant la décision à prendre, avec une certaine réserve lorsque sont en cause principalement ses intérêts financiers (TF 1B_359/2010 du 13 décembre 2010 consid. 3.2; ATF 128 I 225 consid. 2.5.2). En revanche, dans les « cas bagatelle » – soit, selon le Tribunal fédéral, ceux dans lesquels il ne risque qu'une peine de courte durée ou une amende –, le prévenu n'a pas, même s'il est indigent, de droit constitutionnel à la désignation d'un défenseur d'office gratuit (Harari/Aliberti, op. cit., n. 67 ad art. 132 CPP; TF 6B_304/2007 du 15 août 2008 consid. 5.2; ATF 128 I 225 consid. 2.5.2; CREP 30 octobre 2017/735 consid. 2.2; CREP 3 août 2011/291).
Vu l’issue de la cause, les frais de la procédure de recours, constitués de l’émolument d’arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 550 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; RSV 312.03.1]), et des frais imputables à la défense d’office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), par 583 fr. 20, seront laissés à la charge de l’Etat (art. 423 al. 1 CPP).
6 - Par ces motifs, la Chambre des recours pénale prononce : I. Le recours est admis. II. Le prononcé du 7 novembre 2017 est réformé en ce sens que Me Thierry de Mestral est désigné en qualité de défenseur d’office d’M., avec effet au 6 novembre 2017. III. L’indemnité allouée au défenseur d’office d’M. pour la procédure de recours est fixée à 583 fr. 20 (cinq cent huitante- trois francs et vingt centimes). IV. Les frais d’arrêt, par 550 fr. (cinq cent cinquante francs), ainsi que l’indemnité due au défenseur d’office du recourant, par 583 fr. 20 (cinq cent huitante-trois francs et vingt centimes), sont laissés à la charge de l’Etat. V. L’arrêt est exécutoire. Le président : Le greffier : Du Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -Me Thierry de Mestral, avocat (pour M.________) (et par fax), -Ministère public central (et par fax),
7 - et communiqué à : -Mme la Présidente du Tribunal de police de l’arrondissement de La Côte (et par fax), -M. le Procureur de l’arrondissement de La Côte (et par fax), par l’envoi de photocopies. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF). En vertu de l’art. 135 al. 3 let. b CPP, le présent arrêt peut, en tant qu'il concerne l’indemnité d’office, faire l’objet d’un recours au sens des art. 393 ss CPP devant le Tribunal pénal fédéral (art. 37 al. 1 et 39 al. 1 LOAP [Loi fédérale du 19 mars 2010 sur l’organisation des autorités fédérales; RS 173.71]. Ce recours doit être déposé devant le Tribunal pénal fédéral dans un délai de dix jours dès la notification de l’arrêt attaqué (art. 396 al. 1 CPP). Le greffier :