Annulation de la désignation d’un défenseur d’office en raison d’une ordonnance superprovisionnelle du Tribunal fédéral

CREP pe16-000751-579/2016Tribunal cantonal / Chambre des recours pénale29 août 2016Droit pénalAdmis

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

V.________ a recouru contre une ordonnance d’un procureur désignant Me Adrien Gutowski comme défenseur d’office. La chambre cantonale des recours pénaux a relevé que le Tribunal fédéral avait rendu, dans une procédure antérieure concernant le remplacement de l’ancien défenseur Me Imed Abdelli, une ordonnance superprovisionnelle interdisant toute mesure d’exécution jusqu’à la décision sur l’effet suspensif. Dans ces circonstances, le procureur n’aurait pas dû désigner un nouveau défenseur d’office. Le recours a été admis, l’ordonnance de désignation du 4 August 2016 a été annulée et les frais de la procédure de recours, par CHF 440, ont été mis à la charge de l’État. La demande de suspension de la procédure de recours cantonale a été rejetée.

Regeste Omnilex

Art. 104 LTF; les mesures provisionnelles du Tribunal fédéral lient l’autorité et excluent les mesures d’exécution incompatibles avec celles-ci; lorsqu’une ordonnance superprovisionnelle interdit l’exécution jusqu’à la décision sur l’effet suspensif, une autorité de poursuite pénale ne peut pas désigner un nouveau défenseur d’office pendant cette période. Une décision attaquée rendue en violation d’une telle mesure provisionnelle doit être annulée. Il n’est pas nécessaire de suspendre séparément la procédure de recours cantonale si l’annulation suffit à rétablir la conformité au droit (consid. 2–3).

Texte intégral

351 TRIBUNAL CANTONAL 579 PE16.000751-FHA C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E


Arrêt du 29 août 2016


Composition : M. M A I L L A R D , président MM. Krieger et Perrot, juges Greffière:MmePaschoud-Wiedler


Art. 104 LTF Statuant sur le recours interjeté le 15 août 2016 par V.________ contre l’ordonnance de désignation d’office rendue le 4 août 2016 par le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne dans la cause n° PE16.000751-FHA, la Chambre des recours pénale considère : E n f a i t : A.a) Le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne instruit actuellement une enquête pour voies de fait et viol à l’encontre de V.________ ensuite de la plainte pénale déposée le 8 janvier 2016 par R.________.

  • 2 - b) Par ordonnance du 12 mai 2016, le Ministère public a relevé de son mandat Me Imed Abdelli – qui officiait alors en qualité de défenseur d’office du prévenu – au motif qu’il existait un conflit d’intérêt. Par acte du 30 mai 2016, V.________ a recouru contre cette ordonnance auprès de la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal. Par arrêt du 6 juin 2016, cette autorité a notamment rejeté le recours de V.________ et a confirmé l’ordonnance du 12 mai 2016. Par acte du 8 août 2016, le prévenu a recouru contre cet arrêt auprès de la I re Cour de droit public du Tribunal fédéral. Par avis du 10 août 2016, le Tribunal fédéral a notamment informé le Ministère public qu’un recours contre l’arrêt de la Chambre des recours pénale du 6 juin 2016, accompagné d’une requête d’effet suspensif, avait été déposé par V.. Il a en outre décidé, que jusqu’à droit connu sur la décision d’effet suspensif, aucune mesure d’exécution de la décision attaquée ne pouvait être prise. B.Par ordonnance du 4 août 2016, le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne a désigné Me Adrien Gutowski en qualité de défenseur d’office de V. (I) et a dit que les frais suivaient le sort de la cause (II). C.Par acte du 15 août 2016, V.________ a recouru auprès de la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal contre l’ordonnance du 4 août 2016 et conclu à son annulation. Dans ses déterminations du 25 août 2016, le Ministère public a relevé qu’il n’avait pris connaissance de l’injonction du Tribunal fédéral qu’après la notification de l’ordonnance attaquée, mais qu’au vu de cette nouvelle circonstance, il n’entreprendrait pas de mesures d’instruction avec Me Gutowski jusqu’à droit connu sur la requête d’effet suspensif à

  • 3 - intervenir. Le Procureur a en outre conclu au rejet du recours si l’effet suspensif ne devait être pas accordé par le Tribunal fédéral ou, si l’effet suspensif devait être octroyé, et à ce que la présente cause soit suspendue jusqu’à droit connu sur l’arrêt du Tribunal fédéral à intervenir. E n d r o i t : 1.Interjeté dans le délai légal (art. 396 al. 1 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]) contre une décision du Ministère public désignant un défenseur d’office au prévenu (art. 393 al. 1 let. a CPP), par une partie qui a qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours est recevable (Moreillon/Parein-Reymond, Code de procédure pénale, Petit commentaire, Bâle 2016, n. 18 ad art. 132 CPP ; CREP 8 mai 2015/317 consid. 1 ; CREP 5 février 2015/97 consid. 1 et les références citées).

2.1Le recourant conteste la désignation de Me Adrien Gutowski en qualité de défenseur d’office alors que le Tribunal fédéral avait enjoint au Ministère public de ne procéder à aucune mesure d’instruction tant qu’une décision sur l’effet suspensif du recours dirigé contre l’arrêt rendu le 6 juin 2016 par la Chambre des recours pénale n’avait pas été rendue. 2.2En vertu de l’art. 104 LTF, le juge instructeur peut, d’office ou sur requête d’une partie, ordonner les mesures provisionnelles nécessaires au maintien de l’état de fait ou à la sauvegarde des intérêts menacés. 2.3En l’espèce, au vu des mesures superprovisoires ordonnées par le Tribunal fédéral le 10 août 2016, aucun nouveau défenseur d’office n’aurait dû être désigné au prévenu jusqu’à droit connu sur la décision d’effet suspensif. Le Procureur ne le conteste d’ailleurs pas. Il y a par conséquent lieu d’annuler l’ordonnance du 4 août 2016. Une suspension de la procédure ne s’impose pas.

  • 4 - 3.Sur le vu de ce qui précède, le recours doit être admis et l’ordonnance du 4 août 2016 annulée. Les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce du seul émolument d'arrêt, par 440 fr. (art. 422 al. 1 CPP et 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; RSV 312.03.1]), sont laissés à la charge de l’Etat (423 al. 1CPP). Par ces motifs, la Chambre des recours pénale prononce : I. Le recours est admis. II. L’ordonnance du 4 août 2016 est annulée. III. Les frais d’arrêt, par 440 fr. (quatre cent quarante francs), sont laissés à la charge de l’Etat. IV. L’arrêt est exécutoire. Le président : La greffière : Du Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -M. V.________,

  • Ministère public central,

  • 5 - et communiqué à : -M. le Procureur de l’arrondissement de Lausanne, -Me Adrien Gutowski, par l’envoi de photocopies. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1

LTF). La greffière :

Mots-clés

criminal procedureex officio counselprovisional measuressuspensive effectappeal admissibilitycourt costs

The appeal was admissible because it was filed in time, against an appealable prosecutor's decision, by a party entitled to appeal, and in proper form.

The court verified the statutory requirements under the Code of Criminal Procedure and held that they were met.

Yes. No new ex officio defender should have been appointed until the Supreme Court ruled on the suspensive effect request.

Under Art. 104 LTF, the judge may order provisional measures to preserve the factual situation or safeguard threatened interests. Because the Supreme Court had ordered that no enforcement measures be taken pending the suspensive-effect decision, the prosecutor should not have appointed a new defender.

No suspension was necessary.

Annulment of the challenged order was sufficient in the circumstances; a stay of proceedings was not required.

Poursuivez vos recherches dans ChatGPT ou Claude

Connectez Omnilex pour rechercher dans le corpus juridique depuis votre assistant IA.