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TRIBUNAL CANTONAL
663
PE15.008909-JON
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Composition : M. A B R E C H T , président
MM. Meylan et Krieger, juges
Greffière:MmePaschoud
Art. 180 CP, 263 CPP
Statuant sur le recours interjeté le 17 septembre 2015 par
Z.________ SA contre l’ordonnance de refus de levée du séquestre rendue
le 4 septembre 2015 par le Ministère public de l’arrondissement de
Lausanne dans la cause n° PE15.008909-JON, la Chambre des recours
pénale considère :
E n f a i t :
A.a) Dans le cadre de la reprise du fond de commerce de la
société Z.________ SA, active dans la sous-location d’appartements
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meublés, cette dernière et U., administrateur et actionnaire de la
société E. SA, ont conclu le 25 mars 2014 un contrat de promesse
de vente portant sur cinquante-huit baux à loyer pour un montant de
1'200'000 fr. (P. 4/5). Entre les mois de juin et août 2014, une majorité des
baux ont été transférés à E.________ contre un premier versement de
558'000 francs. Il restait dès lors encore vingt-deux baux, concernant des
appartements appartenant à la C., à transférer pour un montant
de 492'000 francs.
Le 8 mai 2015, U. a déposé plainte pénale, au nom de
la société E.________ SA, contre N.________ et R., gérants de la
société Z. SA, pour escroquerie. En substance, la plaignante
reproche aux prénommés de l’avoir trompée en lui faisant signer, le
28 janvier 2015, un avenant au contrat de promesse de vente
susmentionné (P. 19/2), l’incitant ainsi à leur verser le solde de 492'000 fr.
alors que les deux gérants savaient que la propriétaire des appartements
faisant l’objet des baux à loyer restants avait résilié ceux-ci au mois de
juillet 2014 et qu’un procès était ainsi pendant.
b) Par ordonnance de séquestre du 7 août 2015, le Ministère
public a notamment ordonné la saisie pénale conservatoire des quatre
comptes bancaires de la société Z.________ SA auprès de la Banque [...]. Le
Parquet a estimé qu’il existait des soupçons suffisants à l’encontre des
prévenus et qu’il était vraisemblable que les comptes de ladite société
aient été alimentés par l’argent obtenu au moyen d’une escroquerie.
B.a) Par courrier du 25 août 2015, Z.________ SA a demandé la
levée du séquestre bancaire portant sur les biens susmentionnés (P. 19/1).
b) Par ordonnance du 4 septembre 2015, le Ministère public a
rejeté la requête de levée du séquestre des comptes bancaires CH08 8041
4000 0015 7932 3, CH 83 8041 4000 0015 7933 1, CH77 8041 4000 0015
7934 2 et CH51 8041 4000 0015 7932 5 de la société Z.________ SA (I), a
dit que le séquestre de ces comptes prononcé le 7 août 2015 était
maintenu (II) et que les frais suivaient le sort de la cause (III).
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C. Par acte du 17 septembre 2014, R.________ et N., au
nom de Z. SA, ont interjeté recours devant la Chambre des recours
pénale contre cette ordonnance, en concluant préliminairement à ce que
l’effet suspensif soit accordé, principalement à l’annulation de ladite
ordonnance et subsidiairement à sa réforme en ce sens que le séquestre
conservatoire du compte de fonctionnement IBAN CH77 8041 4000 0015
7934 2 dont Z.________ SA est titulaire auprès de la Banque [...] soit levé, à
tout le moins à concurrence du montant de 44'193 fr. 30.
Il n’a pas été ordonné d’échange d’écritures.
E n d r o i t :
1.Le recours a été interjeté en temps utile (art. 396 al. 1 CPP)
contre une décision du Ministère public refusant de lever un séquestre
(art. 263 et 393 al. 1, let. a CPP ; Bommer/ Goldschmid, in :
Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, Bâle 2011, n. 66 ad art.
263 CPP ; CREP 19 janvier 2015/34), par l'ayant droit du bien objet du
séquestre, qui a qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP), et dans les
formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP). Il est donc recevable.
2.La recourante soutient d’abord qu’il n’existerait pas de
soupçons sérieux d’escroquerie à leur encontre et, que de ce fait, le
séquestre de ses biens ne se justifierait pas.
2.1
2.1.1Selon l'art. 263 al. 1 CPP, des objets et des valeurs
patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers peuvent être mis
sous séquestre lorsqu'il est probable qu'ils seront utilisés comme moyens
de preuve (let. a), qu’ils seront utilisés pour garantir le paiement des frais
de procédure, des peines pécuniaires, des amendes et des indemnités (let.
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b), qu’ils devront être restitués au lésé (let. c) ou qu'ils devront être
confisqués (let. d).
S'agissant en particulier d'un séquestre en vue de confiscation,
cette mesure conservatoire provisoire – destinée à préserver les objets ou
les valeurs que le juge du fond pourrait être amené à confisquer – est
fondée sur la vraisemblance et se justifie aussi longtemps qu'une simple
possibilité de confiscation en application du Code pénal semble, prima
facie, subsister (ATF 139 IV 250 c. 2.1; ATF 137 IV 145 c. 6.4, et les
références citées). L'art. 70 al. 1 CP autorise le juge à confisquer des
valeurs patrimoniales qui sont le résultat d'une infraction, si elles ne
doivent pas être restituées au lésé en rétablissement de ses droits.
Inspirée de l'adage selon lequel « le crime ne paie pas », cette mesure a
pour but d'éviter qu'une personne puisse tirer avantage d'une infraction
(ATF 139 IV 209 c. 5.3 et les arrêts cités). Pour appliquer cette disposition,
il doit notamment exister entre l'infraction et l'obtention des valeurs
patrimoniales un lien de causalité tel que la seconde apparaisse comme la
conséquence directe et immédiate de la première (ATF 140 IV 57 c. 4.1 ;
ATF 129 II 453 c. 4.1).
En tant que mesure de contrainte au sens de l’art. 196 CPP, le
séquestre ne peut être ordonné que lorsqu’il est prévu par la loi, que des
soupçons suffisants laissent présumer une infraction, que les buts
poursuivis ne peuvent pas être atteints par des mesures moins sévères et
que la mesure apparaît justifiée au regard de la gravité de l'infraction (cf.
art. 197 al. 1 CPP).
2.1.2Selon l’art. 146 al. 1 CP, se rend coupable d’escroquerie celui
qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un
enrichissement illégitime, aura astucieusement induit en erreur une
personne par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits
vrais ou l'aura astucieusement confortée dans son erreur et aura de la
sorte déterminé la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts
pécuniaires ou à ceux d'un tiers sera puni d'une peine privative de liberté
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de cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire.
L'escroquerie suppose en particulier que l'auteur ait usé de
tromperie et que celle-ci ait été astucieuse (ATF 128 IV 18 c. 3a; ATF 122 II
422 c. 3a; ATF 122 IV 246 c. 3a et les arrêts cités). L'astuce est réalisée
lorsque l'auteur recourt à un édifice de mensonges, à des manœuvres
frauduleuses ou à une mise en scène, mais aussi lorsqu'il donne
simplement de fausses informations, si leur vérification n'est pas possible,
ne l'est que difficilement ou ne peut raisonnablement être exigée, de
même que si l'auteur dissuade la dupe de vérifier ou prévoit, en fonction
des circonstances, qu'elle renoncera à le faire en raison d'un rapport de
confiance particulier (ibid.). L'astuce n'est toutefois pas réalisée si la dupe
pouvait se protéger avec un minimum d'attention ou éviter l'erreur avec le
minimum de prudence que l'on pouvait attendre d'elle (ATF 128 IV 18 c.
3a; ATF 126 IV 165 c. 2a). Un édifice de mensonges, pour être astucieux,
ne résulte ainsi pas nécessairement de l'accumulation de plusieurs
mensonges. Il n'est bien plutôt réalisé que si les mensonges sont
l'expression d'une rouerie particulière et se recoupent de manière si
subtile que même une victime faisant preuve d'esprit critique se serait
laissée tromper (ATF 119 IV 28 c. 3c;
Dupuis/Geller/Monnier/Moreillon/Piguet/Bettex/Stoll [éd.],
Petit commentaire du Code pénal, Bâle 2012, n. 12 ad art. 146 CP).
2.1.3Dans le cas d’espèce, il ressort du dossier que les prévenus
ont incité la plaignante à verser la somme de 492'000 fr. afin d’acquérir
les vingt-deux baux à loyer concernant des appartements appartenant à la
C.________ (P. 4/13) alors qu’ils savaient depuis le mois de juillet 2014 que
cette dernière avait résilié tous les baux et que les logements devaient
être vidés et nettoyés pour le 31 août 2014 (P. 4/14). Les prévenus
allèguent que cet avenant avait pour objectif de régler « la question de
l’échec du transfert des baux de la C.________ à E.________ SA ». Cet
argument n’est pas convaincant. En effet, l’avenant mentionne
uniquement le terme « discussions » avec C.________ et il n’est jamais fait
état de la résiliation des baux à loyer par celle-ci (P. 25/2, p. 7). En outre,
le soupçon d’une tromperie astucieuse s’est encore renforcé depuis
-
6 -
l’ordonnance de séquestre du 7 août 2015, dès lors que les prévenus sont
mis en cause par C., qui, dans sa plainte du 18 septembre 2015 à
l’encontre des recourants (P. 26), confirme qu’il n’y a pas eu de
pourparlers entrepris entre Z. SA et elle s’agissant d’un éventuel
transfert des baux à loyer en cause. Elle reproche encore à la recourante
d’avoir sous-loué les appartements sans son consentement (P. 20/2, 21).
Force est de constater, qu’à ce stade de la procédure, les soupçons à
l’encontre des prévenus sont suffisants.
2.2La recourante soutient ensuite que le principe de
proportionnalité aurait été violé dès lors que quatre de ses comptes ont
été séquestrés, ce qui la mettrait en difficulté financière.
2.2.1Le séquestre doit se décider en fonction de la nature et de la
gravité de l’infraction et doit se limiter à l’essentiel (Moreillon/Parein-
Reymond, Code de procédure pénale, Petit commentaire, Bâle 2013, n. 7
ad art. 263 CPP).
2.2.2En l’espèce, il ressort de la pièce 17 que les montants figurant
sur les comptes séquestrés ensuite de l’ordonnance du 7 août 2015, soit
un total d’environ 31'371 fr. 80, sont largement inférieurs à la valeur
litigieuse de 492'000 francs. On ne saurait dès lors soutenir qu’une telle
mesure serait disproportionnée.
Le recours doit également être rejeté sur ce point.
3.Sur le vu de ce qui précède, le recours, manifestement mal
fondé doit être rejeté sans autres échanges d’écritures (art. 390 al. 2 CPP)
et l’ordonnance du 4 septembre 2015 confirmée.
Vu le sort de la cause, la demande d’effet suspensif présentée
par la recourante dans l’acte du 17 septembre 2015 n’a plus d’objet.
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Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce de
l’émolument d’arrêt, par 660 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais judiciaires
de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ;
RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de la recourante qui succombe (art.
428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. le recours est rejeté.
II. L’ordonnance du 4 septembre 2014 est confirmée.
III. La requête d’effet suspensif est sans objet.
IV. Les frais d’arrêt, par 660 fr. (six cent soixante francs), sont mis
à la charge de Z.________ SA.
V. Le présent arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. Elie Elkaim, avocat (pour R.________ et N.),
-M. Alan Hughes, avocat (pour U.),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-M. le Procureur de l’arrondissement de Lausanne,
par l’envoi de photocopies.
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8 -
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1