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TRIBUNAL CANTONAL
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PE14.011874-SJH
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 11 mai 2015
Composition : M. A B R E C H T , président
MM. Krieger et Perrot, juges
Greffière:MmeChoukroun
Art. 181 CP ; 319 CPP
Statuant sur le recours interjeté le 5 mars 2015 par X.________
contre l’ordonnance de classement rendue le 6 février 2015 par le
Ministère public de l’arrondissement du Nord vaudois dans la cause
n° PE14.011874-SJH, la Chambre des recours pénale considère :
E n f a i t :
A.X.________ est la directrice de l’école de massage [...] à [...].
Le matin du samedi 17 mai 2014, à la veille des examens
finaux couronnant la formation de massage délivrée par l’école, un groupe
d’élèves, soit C., W., S., V., J.________ et
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B., s’est entretenu avec X. pour lui faire part de leur
mécontentement s’agissant de la qualité de l’enseignement suivi. Les
élèves ont exigé une réduction du prix de la formation. Le lendemain
matin, après avoir terminé leurs examens théoriques, les élèves concernés
ont soumis à X.________ des « reconnaissances de dette » ainsi que des
« confirmations de paiement des écolages » en réalité non acquittés que
cette dernière a signées.
Le 4 juin 2014, X.________ a déposé plainte contre les élèves
précités. Elle leur reproche de l’avoir contrainte à signer des documents
attestant soit de la remise de l’écolage qu’ils n’avaient pas encore payé,
soit du remboursement de l’écolage déjà réglé, en la menaçant et en la
mettant sous pression lors de l’entretien qui s’était tenu le 17 mai 2014.
B.a) À la suite de cette plainte, le Procureur de l’arrondissement
du Nord vaudois a ouvert une enquête pénale à l’encontre des prévenus
mentionnés plus haut.
Une audition de confrontation s’est tenue le 17 novembre
2014 en présence de X., d’une part, et des prévenus C.,
W., S., B.________ et J., d’autre part.
À cette occasion, C. a expliqué que le matin du samedi
17 mai 2014, lui et les autres élèves mis en cause par X.________ avaient
constaté que des planches anatomiques fournies par cette dernière
comportaient des erreurs, précisant que cela s’était ajouté à de nombreux
autres problèmes de qualité des cours. Les examens finaux ayant lieu le
lendemain, cela avait été « la goutte d’eau qui faisait déborder le vase ».
X.________ avait déjà été avertie de ces problèmes et avait promis
d’améliorer la qualité de l’enseignement. Ce matin-là, les élèves auraient
discuté avec elle durant deux ou trois heures pour lui exprimer leur
sentiment sur la formation suivie. Ils lui auraient finalement proposé un
arrangement financier qu’elle n’aurait pas signé le jour même mais le
lendemain. C.________ a ajouté que l’entretien s’était très bien passé,
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X.________ ayant compris leurs demandes, et que si celle-ci avait
réellement été menacée, il ne voyait pas comment les élèves auraient pu
revenir pour passer leurs examens le lendemain.
Les autres prévenus présents ont confirmé les déclarations
faites par C., ajoutant qu’ils étaient surpris de se voir accuser de
contrainte. W. a expliqué que l’échange du 17 mai 2014 lui avait
semblé constructif pour tout le monde et que X.________ les avait même
remerciés, précisant que leurs remarques lui apporteraient de l’expérience
pour l’avenir de la direction de l’école. S.________ a précisé que les élèves
avaient proposé à X.________ de signer les reconnaissances de dette à midi
après les examens théoriques et qu’en fin de journée, une fois les
examens pratiques achevés, elle leur avait proposé de revenir l’année
suivante pour être experts aux mêmes examens, ce qui démontrait que
l’ambiance était « amicale ». B.________ a relevé que dès le début de la
formation, il avait eu des problèmes. Il s’était senti « escroqué » et, après
que chaque élève concerné avait fait part de ses doléances à X., il
lui avait dit « imagine si tu te trouvais face à des brutes épaisses, ça se
serait fini par des claques », précisant qu’il n’avait pas l’intention de la
menacer par ces paroles. Enfin, J. a ajouté que les élèves étaient
en plein désarroi lorsqu’ils ont constaté, à la veille des examens finaux,
qu’ils avaient appris des choses fausses. Il a admis que cela n’était pas
agréable de se voir reprocher des choses mais que c’était justifié dans le
cas présent.
b) Par ordonnance du 6 février 2015, le Ministère public de
l’arrondissement du Nord vaudois a ordonné le classement de la
procédure pénale dirigée contre C., W., S.,
V., B.________ et J.________ pour contrainte (I), laissant les frais de
procédure à la charge de l’Etat (II).
Le procureur a considéré qu’au vu des circonstances, aucune
infraction pénale n’était réalisée.
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C.Par acte du 5 mars 2015, X.________ a recouru auprès de la
Chambre des recours pénale contre cette ordonnance, en concluant, sous
suite de frais et dépens, à son annulation, la cause étant renvoyée au
Ministère public pour nouvelle instruction.
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E n d r o i t :
1.Les parties peuvent attaquer une ordonnance de classement
rendue par le Ministère public en application des art. 319 ss CPP (Code de
procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0) dans les dix jours
devant l’autorité de recours (art. 322 al. 2 et 396 al. 1 CPP ; cf. art. 20 al. 1
let. b CPP), qui est, dans le canton de Vaud, la Chambre des recours
pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [loi vaudoise du 19 mai 2009
d’introduction du code de procédure pénale suisse ; RSV 312.01] ; art. 80
LOJV [loi vaudoise du 12 décembre 1979 d’organisation judiciaire ; RSV
173.01]).
Interjeté dans le délai légal auprès de l’autorité compétente
par la partie plaignante, qui a la qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP),
et satisfaisant aux conditions de forme posées par la loi (art. 385 al. 1
CPP), le recours est recevable.
2.Aux termes de l'art. 319 al. 1 CPP, le Ministère public ordonne
le classement de tout ou partie de la procédure notamment lorsqu’aucun
soupçon justifiant une mise en accusation n’est établi (let. a), à savoir
lorsque les soupçons initiaux qui ont conduit le ministère public à ouvrir
une instruction n’ont pas été confirmés (Grädel/Heiniger, in :
Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, Bâle 2011, n. 8 ad art.
319 CPP, p. 2208), ou lorsque les éléments constitutifs d’une infraction ne
sont pas réunis (let. b), à savoir lorsque le comportement incriminé, quand
bien même il serait établi, ne réalise les éléments constitutifs objectifs et
subjectifs d’aucune infraction pénale (Grädel/Heiniger, op. cit., n. 9 ad art.
319 CPP).
De manière générale, les motifs de classement sont ceux "qui
déboucheraient à coup sûr ou du moins très probablement sur un
acquittement ou une décision similaire de l'autorité de jugement"
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(Message du Conseil fédéral relatif à l'unification du droit de la procédure
pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 pp. 1057 ss, spéc. 1255). Un
classement s'impose lorsqu’il apparaît clairement que les faits ne sont pas
punissables (TF 6B_797/2013 du 27 mars 2014 c. 2.1). La possibilité de
classer la procédure ne saurait toutefois être limitée à ce seul cas, car une
interprétation aussi restrictive imposerait un renvoi en jugement, même
en présence d'une très faible probabilité de condamnation. Le principe "in
dubio pro duriore" exige donc simplement qu'en cas de doute, la
procédure se poursuive. Pratiquement, une mise en accusation s'impose
lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement.
En effet, en cas de doute, ce n'est pas à l'autorité d'instruction ou
d'accusation mais au juge matériellement compétent qu'il appartient de se
prononcer (ATF 138 IV 86 c. 4.1.1). Lorsque les probabilités d'un
acquittement et d'une condamnation apparaissent équivalentes et pour
autant qu'une ordonnance pénale n'entre pas en considération, le
ministère public est en principe tenu de mettre le prévenu en accusation,
ce d'autant plus lorsque les infractions sont graves (TF 6B_797/2013
précité, c. 2.1; ATF 138 IV 86 précité, c. 4.1.2).
3.La recourante soutient que les éléments constitutifs de la
contrainte au sens de l’art. 181 CP seraient réalisés.
3.1Se rend coupable de contrainte au sens de l’art. 181 CP celui
qui, en usant de violence envers une personne ou en la menaçant d’un
dommage sérieux ou en l’entravant de quelque autre manière dans sa
liberté d’action, l’aura obligée à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un
acte.
Alors que la violence consiste dans l'emploi d'une force
physique d'une certaine intensité à l'encontre de la victime, la menace est
un moyen de pression psychologique consistant à annoncer un dommage
futur dont la réalisation est présentée comme dépendante de la volonté de
l'auteur, sans toutefois qu'il soit nécessaire que cette dépendance soit
effective ni que l'auteur ait réellement la volonté de réaliser sa menace. Il
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peut également y avoir contrainte lorsque l'auteur entrave sa victime de
quelque autre manière dans sa liberté d'action. Cette formule générale
doit être interprétée de manière restrictive. N'importe quelle pression de
peu d'importance ne suffit pas. Il faut que le moyen de contrainte utilisé
soit, comme pour la violence ou la menace d'un dommage sérieux, propre
à impressionner une personne de sensibilité moyenne et à l'entraver d'une
manière substantielle dans sa liberté de décision ou d'action. Il s'agit donc
de moyens de contrainte qui, par leur intensité et leur effet, sont
analogues à ceux qui sont cités expressément par la loi (ATF 137 IV 326 c.
3.3.1 ; ATF 134 IV 216 c. 4.2 ; Dupuis et al., Code pénal, Petit
commentaire, 2012, n. 17 ad art. 181 CP). La contrainte peut être
contraire au droit soit parce que le moyen utilisé ou le but poursuivi est
illicite, soit parce que le moyen est disproportionné pour atteindre le but
visé, soit encore parce qu'un moyen conforme au droit utilisé pour
atteindre un but légitime constitue, au vu des circonstances, un moyen de
pression abusif ou contraire aux mœurs (ATF 120 IV 17 c. 2a). La
disproportion entre les moyens dont fait usage l’auteur et le but qu’il
poursuit est réalisée lorsqu’il n’y a pas de rapport interne de connexité
entre l’objet de la menace et l’exigence formulée (TF 6B_281/2013 du 16
juillet 2013 c. 1.1 ; Dupuis et al., op. cit., nn. 27-31 ad art. 181 CP).
Sur le plan subjectif, il faut que l’auteur ait agi avec conscience
et volonté, soit au moins qu’il ait accepté l’éventualité que le procédé
illicite employé entrave le destinataire dans sa liberté de décision (ATF
120 IV 17 c. 2c ; TF 6B_38/2011 du 26 avril 2011 c. 2.2.1).
3.2En l’espèce, le procureur a relevé que X.________ n’avait signé
les reconnaissances de dette litigieuses que le lendemain de la séance lors
de laquelle les élèves insatisfaits l’avaient rencontrée. Elle avait admis
avoir demandé aux intimés ce jour-là s’ils souhaitaient lui servir d’experts
aux examens suivants, ce qui ne laissait pas transparaître une pression ou
une contrainte. Le magistrat a ajouté que si elle s’était réellement sentie
contrainte, X.________ ne se serait pas présentée seule à la première partie
des examens, indiquant qu’elle aurait pu ne pas se présenter ou encore
refuser de faire passer les examens aux élèves incriminés. Il a considéré
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qu’une directrice d’école devait faire face à des étudiants insatisfaits sans
que cela apparaisse extraordinaire et qu’on ne discernait ni usage de la
violence, ni menace d’un dommage sérieux ou autre acte entravant la
personne dans sa liberté d’action au sens de l’art. 181 CP, le fait
d’indiquer « s’énerver facilement » ou l’expression « il y en a d’autres qui
vont te coller des baffes » étant manifestement insuffisant pour constituer
une menace d’un dommage sérieux. Le procureur a enfin considéré que
d’un point de vue subjectif, il n’était pas établi que les élèves prévenus
aient eu conscience du fait que leur comportement puisse être de nature à
alarmer ou à effrayer X.________, tous ayant déclaré qu’ils pensaient être
en bons termes avec la plaignante, qui leur avait elle-même proposé
d’intervenir comme experts pour son école à l’avenir et leur avait indiqué
qu’ils étaient « un chouette groupe ». Le magistrat a relevé en particulier
que la plaignante avait plusieurs moyens de pression de son côté, tels que
le refus de faire passer les examens ou de délivrer les certificats, ce qui
impliquait une position de force la mettant objectivement à l’abri de toute
contrainte.
Cette appréciation, complète et convaincante, ne prête pas le
flanc à la critique et doit être confirmée. En effet, la recourante a certes pu
se sentir mise sous pression par l’effet de groupe et les propos assez
exaspérés de ses élèves insatisfaits lors de l’entretien du 17 mai 2014. Il
n’y a cependant aucun indice concret et objectif d’un acte de contrainte
au sens restrictif de la jurisprudence rappelée ci-dessus. Le certificat
médical que la recourante a produit (P. 8/1) – établi 1
er
juillet 2014, soit
près de deux mois après les faits – ne fait que retranscrire les symptômes
qu’elle a décrit à ses thérapeutes et n’apporte rien qui permettrait de
modifier ce constat.
Il résulte de ce qui précède que les éléments avancés par la
recourante à l’appui de son écriture du 5 mars 2015 ne suffisent pas à
étayer à satisfaction de droit les soupçons à l’encontre des prévenus.
Compte tenu des circonstances de l’espèce, les perspectives d’une
condamnation apparaissent ainsi manifestement inférieures à celles d’une
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libération. L’ordonnance de classement attaquée doit dès lors être
confirmée.
4.En définitive, le recours doit être rejeté et l’ordonnance du 6
février 2015 confirmée. Les frais de la procédure de recours, constitués du
seul émolument d’arrêt, par 880 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de
procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ; RSV
312.03.1]), seront mis à la charge de la recourante, qui succombe (art.
428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est rejeté.
II. L’ordonnance du 6 février 2015 est confirmée.
III. Les frais d’arrêt, par 880 fr. (huit cent huitante francs), sont
mis à la charge de la recourante.
IV. Le présent arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. Philippe Ehrenström, avocat (pour X.),
-M. C.,
-Mme W.,
-Mme S.,
-M. B.________,
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10 -
-M. V.,
-M. J.,
-
Ministère public central ;
et communiqué à :
-M. le Procureur de l’arrondissement du Nord vaudois,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
La greffière :