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TRIBUNAL CANTONAL
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PE14.004348-MAO
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 20 octobre 2014
Composition : M. A B R E C H T , président
M.Maillard, juge, et Mme Epard, juge suppléante
Greffier :M.Valentino
Art. 104, 115, 310 CPP; 317 CP
Statuant sur le recours interjeté le 25 août 2014 par Q.________
contre l'ordonnance de non-entrée en matière rendue le 11 août 2014 par
le Ministère public central, division affaires spéciales, contrôle et mineurs,
dans la cause n° PE14.004348-MAO, la Chambre des recours pénale
considère :
E n f a i t :
A.Dans le cadre de la succession de feu C.X., ses filles
S. et B.X.________ sont devenues propriétaires de la parcelle [...] de
la commune de [...]. Y.________ SA, acheteuse potentielle de cet immeuble,
a mandaté le notaire A.________ afin qu'il instrumente la vente de cette
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parcelle. S.________ et B.X.________ ont été convoquées par ce notaire en
son Etude à [...], le lundi 23 décembre 2013, pour la signature de l'acte de
vente conditionnelle-emption. Lors de cette séance, la personne devant
représenter la société acheteuse n'aurait pas été présente.
Le 31 janvier 2014, Q., en sa qualité d'exécuteur
testamentaire, a déposé plainte pénale pour S. et B.X.________
contre le notaire A.________ pour faux dans les titres commis dans
l'exercice de fonctions publiques au sens de l'art. 317 CP (Code pénal
suisse du 21 décembre 1937; RS 311.0), lui reprochant d'avoir attesté
faussement dans l'acte que lors de la lecture de ce dernier, toutes les
parties à la vente étaient présentes et d'avoir ajouté, au chiffre I in fine de
l'acte, une clause subordonnant la vente au consentement du futur nouvel
administrateur de la société acheteuse, sans que les venderesses, qui
auraient signé seules la dernière page de l'acte contenant uniquement la
date, sans parapher chaque page de l'acte, soient en mesure de dire si cet
ajout correspondait à ce qu'elles avaient signé.
L'hoirie a finalement décidé de renoncer à la vente de la
parcelle à Y.________ SA et de remettre ce bien sur le marché.
B.Par ordonnance du 11 août 2014, le Ministère public a décidé
de ne pas entrer en matière (I) et a laissé les frais de procédure à la
charge de l’Etat (II).
A l’appui de son ordonnance, la Procureure, qui a dénié la
qualité de plaignant à Q.________ pour le motif que celui-ci n'avait pas
produit de procuration, a considéré que la clause supplémentaire figurant
au chiffre 1 in fine de l'acte n'avait pas été ajoutée postérieurement aux
signatures puisqu'il ressortait des courriers de B.X.________ et S.________
des 16 et 21 janvier 2014 que celles-ci avaient été informées de cette
modification durant la lecture de l'acte. Il a relevé que, pour le reste, l'acte
de vente signé par les venderesses le 23 décembre 2013 reprenait ce qui
avait été convenu dans le cadre du projet n° 4 intitulé "selon ultimes
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demandes de M. Q.". Il a conclu que faute d'indices de falsification
de l'acte de vente, les éléments constitutifs de l’infraction dénoncée
n’étaient manifestement pas réunis.
C.Par acte du 25 août 2014, Q. et B.X.________, par leur
conseil, ont recouru contre cette ordonnance, concluant, avec suite de
frais et dépens, à son annulation et au renvoi du dossier de la cause au
Ministère public pour qu'il ouvre une instruction.
La Procureure a renoncé à se déterminer dans le délai qui lui
avait été imparti à cet effet.
E n d r o i t :
1.Interjeté dans le délai légal (art. 322 al. 2 CPP [Code de
procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0], par renvoi de l'art.
310 al. 2 CPP, et art. 396 al. 1 CPP) contre une décision du Ministère public
(art. 393 al. 1 let. a CPP), le recours est déposé en temps utile; il satisfait
en outre aux autres conditions légales (art. 385 al. 1 CPP), de sorte qu’il
est recevable en la forme.
2.1Seules les parties ont qualité pour recourir contre une
ordonnance de non-entrée en matière (art. 322 al. 2 CPP, par renvoi de
l’art. 310 al. 2 CPP).
Selon l’art. 104 al. 1 CPP, ont la qualité de partie le prévenu
(let. a), la partie plaignante (let. b) et le ministère public, lors des débats
ou dans la procédure de recours (let. c).
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On entend par partie plaignante (cf. art. 104 al. 1 let. b CPP) le
lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale
comme demandeur au pénal ou au civil (art. 118 al. 1 CPP).
On entend par lésé toute personne dont les droits ont été
touchés directement par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). Selon la
jurisprudence et la doctrine, peut seul être considéré comme lésé celui qui
est personnellement et immédiatement touché, c’est-à-dire celui qui est
titulaire du bien juridiquement protégé touché par l’infraction (Perrier,
in: Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de procédure pénale
suisse, Bâle 2011, n. 6 et 8 ad art. 115 CPP et les arrêts cités;
Mazzuchelli/Postizzi, in: Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar,
Schweizerische Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung,
Bâle 2011, n. 21 ad art. 115 CPP; ATF 138 IV 258 c. 2.2 et 2.3; cf. ég. les
arrêts cités par Garbarski, Le lésé et la partie plaignante en procédure
pénale : état de lieux de la jurisprudence récente, in SJ 2012 II p. 123, not.
TF 1B_553/2012 du 12 novembre 2012 c. 1.2.2 et TF 1B_678/2011 du 30
janvier 2012 c. 2.1). Pour être directement touché, l’intéressé doit en
outre subir une atteinte en rapport de causalité directe avec l'infraction
poursuivie, ce qui exclut les dommages par ricochet (Mazzucchelli/Postizzi,
op. cit., n. 28 ad art. 115 CPP; Perrier, op. cit., n. 13 ad art. 115 CPP). Cette
définition a pour corollaire que l’existence d’un préjudice de nature civile –
par exemple sous la forme d’un dommage patrimonial – est dénuée de
pertinence lorsqu’il s’agit de déterminer si une personne revêt ou non la
qualité de lésé selon l’art. 115 al. 1 CPP (Garbarski, op. cit., p. 124, et la
référence citée; CREP 2 juin 2014/377). Pour déterminer si une personne
est lésée par une infraction, il convient d'interpréter le texte de la
disposition pénale pour déterminer qui est titulaire du bien juridique que
celle-ci protège (Perrier, op. cit., n. 8 et 11 ad art. 115 CPP; TF
6B_252/2013 du 14 mai 2013 c. 2.1; CREP 13 septembre 2013/667).
2.2
2.2.1En l'espèce, la Procureure a dénié la qualité de plaignant à
Q.________ pour le motif que celui-ci n'avait pas produit de procuration. Or,
comme le soutient à juste titre le conseil des recourants, Q.________, en sa
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qualité d'exécuteur testamentaire, pouvait agir pour la succession, y
compris sur le plan pénal (CREP 10 août 2011/421). Il n'avait dès lors pas
besoin de procuration.
2.2.2Lorsque la disposition pénale dont l'infraction était dénoncée
protège en premier lieu l'intérêt collectif, comme c'est le cas du faux dans
les titres visé par l'art. 251 CP, le particulier n'est considéré comme lésé
que si son intérêt a effectivement été touché par l'acte en cause, et non
seulement de manière indirecte, de sorte que son dommage apparaît
comme la conséquence directe de l'acte dénoncé (TF 6B_982/2013 du 6
février 2014 c. 1.1.1). Il en va évidemment de même en ce qui concerne le
faux dans les titres commis dans l'exercice de fonctions publiques au sens
de l'art. 317 CP.
En l'espèce, compte tenu des incertitudes liées à l'acte, les
héritières ont dû renoncer à la vente (P. 7 du bordereau produit avec le
recours), ce qui est source de dommage potentiel. En outre, si l'acte en
cause est nul ou annulable, les membres de l’hoirie peuvent être lésés. Il
s'ensuit que B.X.________, partie à l'acte litigieux, vu sa qualité de membre
de l’hoirie, serait lésée directement par un éventuel faux, ce qui suffit à lui
conférer la qualité de partie plaignante et donc celle pour recourir.
3.1Selon l’art. 310 al. 1 CPP, le ministère public rend
immédiatement, c’est-à-dire sans ouvrir d’instruction (art. 309 al. 1 et 4
CPP; cf. Cornu, in: Kuhn/Jeanneret (éd.), op. cit., n. 2 ad art. 310 CPP) et
donc sans administrer de preuves (art. 311 CPP; cf. Cornu, op. cit., n. 4 ad
art. 310 CPP), une ordonnance de non-entrée en matière s’il ressort de la
dénonciation (cf. art. 301 s. CPP) – respectivement, bien que l’art. 310 al. 1
CPP ne le mentionne pas expressément, de la plainte pénale (Cornu, op.
cit., n. 1 ad art. 310 CPP) – ou du rapport de police (a) que les éléments
constitutifs de l’infraction ou les conditions à l’ouverture de l’action pénale
ne sont manifestement pas réunis, (b) qu’il existe des empêchements de
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procéder ou (c) que les conditions mentionnées à l’art. 8 CPP imposent de
renoncer à l’ouverture d’une poursuite pénale.
Une ordonnance de non-entrée en matière ne peut être rendue
que dans les cas clairs du point de vue des faits mais également du droit;
s'il est nécessaire de clarifier l'état de fait ou de procéder à une
appréciation juridique approfondie, le prononcé d'une ordonnance de non-
entrée en matière n'entre pas en ligne de compte. En règle générale, dans
le doute, il convient d'ouvrir une enquête pénale (ATF 137 IV 285, JT 2012
IV 160 c. 2.3 et les références citées). En revanche, le ministère public doit
pouvoir rendre une ordonnance de non-entrée en matière dans les cas où
il apparaît d’emblée qu’aucun acte d’enquête ne pourra apporter la
preuve d’une infraction à la charge d’une personne déterminée
(cf. TF 1B_67/2012 du 29 mai 2012 c. 3.2). En effet, il ne se justifie pas
d’ouvrir une instruction pénale (art. 309 CPP) qui devra être close par une
ordonnance de classement dans la mesure où une condamnation apparaît
très vraisemblablement exclue (cf. ATF 138 IV 86 c. 4.1.1; TF 1B_272/2011
du 22 mars 2012 c. 3.1.1).
3.2Les formules utilisées par le notaire pour attester une
circonstance ou authentifier un acte sont destinées et propres à prouver
les faits qu'elles mentionnent et qui ont trait à l'élaboration de l'acte
authentique. Ces faits ont une portée juridique, même si le droit cantonal
ne les considère pas comme des conditions essentielles de la validité de
l'acte authentique et même si la forme authentique n'est pas obligatoire
en l'espèce. Le notaire qui, dans un acte authentique, certifie,
contrairement à la vérité, que les parties ont signé ensemble et devant lui
réalise les conditions objectives du faux dans les titres (ATF 113 IV 77 c. 3
et 5a).
En l'espèce, au vu de cette jurisprudence, citée par ailleurs par
les recourants, il ne saurait être considéré comme d'emblée exclu que le
notaire A.________, à qui il est reproché d'avoir attesté dans son acte la
présence de toutes les parties à la vente, alors que seules les venderesses
auraient été présentes, se soit rendu coupable d'un faux dans les titres
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commis dans l'exercice de fonctions publiques au sens de l'art. 317 CP.
Les venderesses n'auraient en outre pas compris à quel moment
l'acheteur allait signer l'acte, ni quelles éventuelles conditions devaient
encore être remplies. Les recourants doutent également que l'acompte de
30'000 fr. ait été versé au notaire contrairement à ce qui est indiqué au
chiffre 10 de l'acte.
Au vu de ces éléments, une instruction doit être ouverte
concernant les faits dénoncés.
4.En définitive, le recours doit être admis, l'ordonnance attaquée
annulée et le dossier de la cause renvoyé à la Procureure du Ministère
public central, division affaires spéciales, contrôle et mineurs, pour qu’elle
procède dans le sens des considérants.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce de
l’émolument d'arrêt, par 770 fr. (20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure
et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; RSV 312.03.1]),
seront laissés à la charge de l’Etat (art. 428 al. 4 CPP).
S’agissant des dépens réclamés par les recourants, il
appartiendra le cas échéant à ces derniers d’adresser à la fin de la
procédure – pour autant que les conditions d’une indemnité selon
l’art. 433 al. 1 CPP soient alors remplies – leurs prétentions à l’autorité
pénale compétente selon l’art. 433 al. 2 CPP (CREP 16 avril 2013/279 c. 4
et les références citées).
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Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est admis.
II. L'ordonnance du 11 août 2014 est annulée.
III. Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère public central,
division affaires spéciales, contrôle et mineurs, pour qu’il
procède dans le sens des considérants.
IV. Les frais d'arrêt, par 770 fr. (sept cent septante francs), sont
laissés à la charge de l’Etat.
V. Le présent arrêt est exécutoire.
Le président : Le greffier :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. Stefan Disch, avocat (pour Q.________ et B.X.________),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Mme la Procureure du Ministère public central, division affaires
spéciales, contrôle et mineurs,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
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devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
Le greffier :