Ordonnance de séquestre insuffisamment motivée annulée

CREP pe13-017627-14/2016Tribunal cantonal / Chambre des recours pénale25 janv. 2016Droit pénalAdmis

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

P.________ a recouru contre une ordonnance de séquestre portant sur une Ford Mustang GT saisie dans le cadre d’une instruction pénale dirigée contre une autre personne. La chambre pénale de recours a jugé le recours recevable, mais a considéré que l’ordonnance du ministère public était insuffisamment motivée, puisqu’elle se bornait à citer Article 263 CPP sans expliquer pourquoi les conditions du séquestre étaient réunies. La chambre a admis le recours, annulé l’ordonnance de séquestre et renvoyé la cause pour nouvelle décision motivée dans un délai de 15 jours. Le séquestre a été maintenu dans l’intervalle et les frais de recours, d’un montant de CHF 440, ont été mis à la charge de l’État.

Regeste Omnilex

Art. 263 CPP; motivation d’une ordonnance de séquestre et droit d’être entendu; une ordonnance de séquestre doit exposer de manière succincte mais concrète les motifs de fait et de droit, afin que la personne concernée puisse comprendre et contester la mesure et que l’autorité de recours puisse exercer son contrôle. Un simple renvoi à la disposition légale ne suffit pas. En règle générale, un tel vice entraîne l’annulation et le renvoi pour nouvelle décision; afin d’éviter une lacune de protection, le séquestre peut être maintenu jusqu’à la nouvelle décision, si cela est expressément ordonné (consid. 2-3).

Texte intégral

351 TRIBUNAL CANTONAL 14 PE13.017627-MMR C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E


Arrêt du 25 janvier 2016


Composition : M. M A I L L A R D , président MM. Meylan et Perrot, juges Greffière:MmeMirus


Art. 263, 393 al. 1 let. a CPP Statuant sur le recours interjeté le 24 décembre 2015 par P.________ contre l’ordonnance de séquestre rendue le 7 décembre 2015 par le Ministère public de l’arrondissement de La Côte dans la cause n° PE13.017627-MMR, la Chambre des recours pénale considère : E n f a i t : A.Une instruction pénale est ouverte devant le Ministère public de l’arrondissement de La Côte notamment contre E.________ pour abus de confiance et escroquerie. Il est reproché à ce dernier d’avoir disposé de véhicules qui ne lui appartenaient pas.

  • 2 - B.Par ordonnance du 7 décembre 2015, le Ministère public, se fondant sur l’art. 263 al. 1 let. c et d CPP, a ordonné le séquestre du véhicule Ford Mustang GT (2010) de couleur noire, n° de châssis [...], en possession de P.. C.Par acte du 24 décembre 2015, P. a recouru auprès de la Chambre des recours pénale contre cette ordonnance, en concluant sous suite de frais et dépens à son annulation. Invitée à se déterminer, la procureure a renoncé à procéder dans le délai qui lui avait été imparti à cet effet. E n d r o i t : 1.Interjeté en temps utile (art. 396 al. 1 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]) contre une ordonnance de séquestre du Ministère public (art. 263 al. 1 et 393 al. 1 let. a CPP), par un tiers, qui soutient être le propriétaire du véhicule séquestré et qui a ainsi un intérêt juridique à l’annulation ou à la modification de l’ordonnance, et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours est recevable.

2.1En vertu de l'art. 263 al. 1 CPP, des objets et des valeurs patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers peuvent être mis sous séquestre, lorsqu'il est probable qu'ils seront utilisés comme moyens de preuve (let. a), qu’ils seront utilisés pour garantir le paiement des frais de procédure, des peines pécuniaires, des amendes et des indemnités (let. b), qu’ils devront être restitués au lésé (let. c) ou qu'ils devront être confisqués (let. d). L’art. 263 al. 2 CPP précise que le séquestre est ordonné par voie d'ordonnance écrite, brièvement motivée. Cette disposition prévoit expressément l'obligation de motiver une ordonnance de séquestre aux fins de respecter le droit d'être entendu des personnes dont les biens sont

  • 3 - saisis, de manière à ce qu’elles puissent se rendre compte de la portée de celle-ci, l'attaquer en connaissance de cause et afin que l'autorité de recours puisse exercer son contrôle (Lembo/Julen Berthod, in: Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 35 ad art. 263 CPP). En principe, le défaut de motivation conduit à l'annulation de l'ordonnance et au renvoi du dossier à l'autorité saisie de la cause pour nouvelle décision. 2.2En l’espèce, le Ministère public s’est contenté, pour toute motivation, de se référer dans l’ordonnance attaquée aux dispositions légales relatives au séquestre, à savoir l'art. 263 al. 1 let. c et d CPP, sans toutefois indiquer en quoi les conditions légales de ces cas de séquestre seraient réunies, si bien que l’on ne voit pas le lien entre ce qui est précisément reproché aux prévenus et le véhicule saisi. La seule référence à la norme légale, insuffisante sous l'angle des exigences de motivation de la décision (TF 1A.95/2002 du 16 juillet 2002 consid. 3.3 ; CREP 10 décembre 2014/876 ; CREP 10 octobre 2014/744 ; CREP 18 juillet 2013/442), viole le droit d'être entendu du recourant et prive l’autorité de recours de la possibilité d’exercer correctement son contrôle. 3.Il résulte de ce qui précède que le recours doit être admis, l’ordonnance du 7 décembre 2015 annulée et le dossier de la cause renvoyé au Ministère public de l'arrondissement de La Côte, afin qu'il rende une nouvelle décision motivée. Le séquestre sera maintenu jusqu'à droit connu sur la nouvelle décision du Ministère public (cf., entre autres, CREP 10 décembre 2014/876). Les frais de la procédure de recours, constitués du seul émolument d'arrêt, par 440 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénal du 28 septembre 2010; RSV 312.03.1]), seront laissés à la charge de l’Etat (art. 428 al. 4 CPP). S’agissant des dépens réclamés par le recourant, il appartiendra le cas échéant à ce dernier d’adresser à la fin de la

  • 4 - procédure ses prétentions à l’autorité pénale compétente selon l’art. 434 al. 2 CPP (CREP 21 mars 2013/155 consid. 3 et les références citées). Par ces motifs, la Chambre des recours pénale prononce : I. Le recours est admis. II. L’ordonnance de séquestre du 7 décembre 2015 est annulée. III. Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère public de l’arrondissement de La Côte pour qu’il rende une nouvelle décision dans le sens des considérants dans un délai de 15 jours dès la notification du présent arrêt. IV. Le séquestre est maintenu jusqu’à droit connu sur la décision à rendre par le Ministère public de l’arrondissement de La Côte conformément au chiffre III ci-dessus, à la condition que cette décision intervienne dans le délai imparti. V. Les frais d’arrêt, par 440 fr. (quatre cent quarante francs), sont laissés à la charge de l’Etat. VI. Le présent arrêt est exécutoire. Le président : La greffière : Du Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -Me Didier Elsig, avocat (pour P.________), -Ministère public central ;

  • 5 - et communiqué à : -Mme la Procureure de l’arrondissement de La Côte, par l’envoi de photocopies. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1

LTF). La greffière :

Mots-clés

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The appeal was timely, properly filed, and admissible because the appellant, as a third party claiming ownership of the seized vehicle, had a legally protected interest.

The court found the appeal met the statutory requirements as to time, form, and standing under the CPP.

No; the prosecutor merely cited the legal provisions without explaining why the statutory conditions for seizure were met.

A seizure order must briefly but concretely explain its factual and legal basis so that the affected person can understand and challenge it and the reviewing court can exercise control. The bare reference to Article 263 CPP violated the right to be heard.

The seizure order had to be annulled and the case remanded for a new reasoned decision; the seizure remained in place until the new decision, provided it is issued within the prescribed time.

As a rule, insufficient motivation leads to annulment and remand, while preserving the seizure pending the new decision to avoid a gap in protection.

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