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TRIBUNAL CANTONAL
313
PE13.003861-CMD
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Composition : M. A B R E C H T , président
MM. Krieger et Perrot, juges
Greffière:MmeMirus
Art. 221 al. 1 let. a, 228, 393 al. 1 let. c CPP
La Chambre des recours pénale prend séance à huis clos pour
statuer sur le recours interjeté le 25 avril 2014 par S.________ contre
l’ordonnance de refus de libération rendue le 11 avril 2014 par le Tribunal
des mesures de contrainte dans la cause n° PE13.003861-CMD.
Elle considère :
E n f a i t :
A.Par acte du 2 avril 2014, le Ministère public de
l’arrondissement du Nord vaudois a engagé l’accusation contre X.________
pour escroquerie, incendie intentionnel, subsidiairement instigation à
incendie intentionnel, et induction de la justice en erreur, ainsi que contre
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S.________ pour complicité d’escroquerie et incendie intentionnel. Il est
reproché à ce dernier d’avoir, le 20 février 2013, avec un comparse, bouté
le feu à la maison de X., à la demande de cette dernière, qui
souhaitait obtenir des indemnités de la part de ses assurances.
S. a été appréhendé le 16 mai 2013 et placé en
détention provisoire le 18 mai 2013.
Le 26 juillet 2013, le procureur a autorisé le prévenu à
exécuter de manière anticipée sa peine privative de liberté en lieu et place
de la détention provisoire.
Par ordonnance du 24 décembre 2013, le Tribunal des
mesures de contrainte a rejeté la demande de mise en liberté de
S.________.
Les débats de la cause ont été fixés aux 10 et 11 juin 2014.
B.a) Le 27 mars 2014, le prévenu a déposé une demande de
mise en liberté dès et y compris le 31 mars 2014, dans laquelle il a
soutenu qu’il n’y avait pas de risque de fuite, dans la mesure où il
souhaitait se faire opérer en Suisse ensuite d’un accident de travail, de
sorte qu’il resterait dans ce pays en cas de libération, précisant qu’il lui
serait possible d’être hébergé chez un membre de sa famille, soit [...], à
Lausanne. Selon lui, la peine encourue ne dépasserait de toute manière
pas la détention subie à ce jour, dès lors qu’il aurait collaboré à
l’instruction et qu’il remplirait les conditions d’une atténuation de peine,
au vu du rôle qu’il avait assumé dans les faits litigieux et du maigre butin
qu’il en avait retiré.
Dans sa prise de position du 2 avril 2014, le procureur a conclu
au rejet de cette demande, invoquant les risques de fuite et de réitération
en matière d’infraction à la loi fédérale sur les étrangers.
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Par acte du 10 avril 2014, S., indiquant qu’il avait la
ferme intention de se faire soigner en Suisse, le cas échéant après avoir
obtenu un sauf-conduit en application de l’art. 204 CPP, a contesté
l’existence du risque de fuite. Il a produit une attestation, selon laquelle il
pourrait être hébergé chez le dénommé [...], à Vallorbe (et non pas chez
[...], à Lausanne). Il a en outre soutenu que la durée de sa détention
n’était plus proportionnée et a requis sa mise en liberté immédiate, aux
conditions qui lui seraient imposées.
b) Par ordonnance du 11 avril 2014, le Tribunal des mesures
de contrainte a rejeté la demande de libération de S. (I) et a dit
que les frais de la décision suivaient le sort de la cause (II).
C.Par acte du 25 avril 2014, S.________ a recouru contre cette
ordonnance, en concluant sous suite de frais à sa libération aux conditions
fixées à dire de justice.
E n d r o i t :
1.a) S.________, qui a donné son consentement pour l’exécution
anticipée de sa peine, a déposé une demande de mise en liberté
immédiate.
b) La poursuite de la détention sous la forme de l'exécution
anticipée de la peine présuppose l'existence d'un motif de détention
provisoire particulier. Or, une mesure de détention provisoire n'est
compatible avec la liberté personnelle (art. 10 al. 2 Cst. [Constitution
fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999; RS 101] et 5 CEDH
[Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales; RS 0.101]) que si elle repose sur une base
légale (art. 31 al. 1 et art. 36 al. 1 Cst.), soit en l'espèce l'art. 221 CPP
(Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007, RS 312.0). Elle doit
en outre correspondre à un intérêt public et respecter le principe de la
proportionnalité (art. 36 al. 2 et 3 Cst.). Pour que tel soit le cas, la privation
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de liberté doit être justifiée par les besoins de l'instruction, un risque de
fuite ou un danger de collusion ou de réitération (cf. art. 221 al. 1 let. a, b
et c CPP). Préalablement à ces conditions, il doit exister à l'égard de
l'intéressé des charges suffisantes, soit de sérieux soupçons de culpabilité
(art. 221 al. 1 CPP; art. 5 par. 1 let. c CEDH) (TF 1B_81/2013 du 14 mars
2013 c. 2, non publié aux ATF 139 IV 191).
c) Dans la mesure où la personne concernée a donné son
consentement pour exécuter sa peine de manière anticipée, elle a par là
même renoncé à certains des droits que lui confère l'art. 5 CEDH. Il en va
ainsi du contrôle périodique de la détention. Il n'en demeure pas moins
que le prévenu a la possibilité de solliciter en tout temps sa mise en
liberté, en vertu des art. 31 al. 4 Cst. et 5 par. 4 CEDH (ATF 139 IV 191 c.
4.1 et les réf. cit.).
Cette demande de mise en liberté doit être adressée au
Ministère public, qui transmet le dossier au Tribunal des mesures de
contrainte s'il n'entend pas donner une suite favorable à la demande
(art. 228 CPP). La décision du Tribunal des mesures de contrainte refusant
la libération de la détention avant jugement peut faire l'objet d'un recours
(art. 222 et 393 al. 1 let. c CPP). Celui-ci doit être adressé par écrit, dans
un délai de dix jours dès la notification de la décision attaquée (art. 384
let. b CPP), à l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP), qui dans le canton
de Vaud est la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13
LVCPP [loi d’introduction du code de procédure pénale suisse; RSV
312.01]; art. 80 LOJV [loi d’organisation judiciaire; RSV 173.01]).
En l’espèce, il y a lieu d’entrer en matière sur le recours, qui a
été interjeté en temps utile devant l’autorité compétente et satisfait aux
conditions de forme posées par l’art. 385 al. 1 CPP.
2.a) Le recourant ne conteste à juste titre pas l’existence de
présomptions suffisantes de culpabilité à son encontre.
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b) En revanche, il conteste l’existence d’un risque de fuite (cf.
art. 221 al. 1 let. a CPP).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le risque de fuite
doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tels que le caractère
de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le
poursuit ainsi que ses contacts à l'étranger, qui font apparaître le risque
de fuite non seulement possible, mais également probable (ATF 138 IV 81,
c. 3.1 non publié). La gravité de l’infraction ne peut pas, à elle seule,
justifier la prolongation de la détention, même si elle permet souvent de
présumer un danger de fuite en raison de l’importance de la peine dont le
prévenu est menacé (ibidem).
En l'espèce, s'agissant d'un prévenu ressortissant du Kosovo,
sans profession et sans aucune attache avec la Suisse, il existe un risque
concret que S.________ tente de se soustraire aux poursuites pénales en
cas de libération. Au vu de ces éléments, le risque de fuite apparaît non
seulement possible, mais également probable (TF 1B_414/2011 du 5
septembre 2011 c. 3.1). Le fait que le recourant, qui doit subir une
intervention orthopédique, préférerait être opéré en Suisse pourrait certes
le dissuader de partir à l’étranger, mais ne saurait empêcher que
l’intéressé entre dans la clandestinité pour échapper à une sanction. Enfin,
aucune mesure de substitution ne saurait pallier le risque de fuite.
3.Concernant le respect du principe de proportionnalité, il y a
lieu de relever que la proportionnalité de la détention provisoire doit être
examinée au regard de l’ensemble des circonstances concrètes du cas
d’espèce (ATF 133 I 168 c. 4.1 et les arrêts cités). A cet égard, il est admis
que le juge peut maintenir la détention provisoire aussi longtemps qu’elle
n’est pas très proche de la durée de la peine privative de liberté à laquelle
il faut s’attendre concrètement en cas de condamnation (TF 1B_411/2011
du 31 août 2011 c. 4.1; ATF 133 I 168 c. 4.1; ATF 132 I 21 c. 4.1).
Toutefois, le fait que la peine encourue puisse être assortie du sursis, total
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ou partiel, n'est pas déterminant sous l'angle de la proportionnalité (ATF
133 I 270 c. 3.4.2).
En l’espèce, S.________ est placé en détention avant jugement
depuis le 16 mai 2013, soit depuis moins de douze mois. Les débats ayant
été fixés aux 10 et 11 juin 2014, il aura passé un peu moins de treize mois
en détention avant jugement, s’il doit y être maintenu. Au vu de la gravité
des charges qui pèsent contre lui, soit de l’infraction d’incendie
intentionnel, punissable d’une peine privative de liberté d’un an au moins,
ainsi que de l’infraction de complicité d’escroquerie également
envisageable, la durée de la détention du recourant demeure
proportionnée à la peine à laquelle il s'expose.
4.Il résulte de ce qui précède que le recours, manifestement mal
fondé, doit être rejeté sans autre échange d’écritures (art. 390 al. 2 CPP)
et l'ordonnance attaquée confirmée.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce de
l'émolument d'arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 660 fr. (art. 20 al. 1 TFJP [tarif
des frais judiciaires pénaux; RSV 312.03.1]), et des frais imputables à la
défense d’office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), fixés à 450 fr., plus la TVA
par 36 fr., soit au total 486 fr., seront mis à la charge du recourant, qui
succombe (art. 428 al. 1 CPP).
Le remboursement à l’Etat de l’indemnité allouée au défenseur
d’office de S.________ ne sera toutefois exigible que pour autant que la
situation économique de ce dernier se soit améliorée (art. 135 al. 4 CPP).
Par ces motifs,
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la Chambre des recours pénale,
statuant à huis clos,
prononce :
I. Le recours est rejeté.
II. L’ordonnance du 11 avril 2014 est confirmée.
III. L’indemnité allouée au défenseur d’office de S.________ est
fixée à 486 fr. (quatre cent huitante-six francs).
IV. Les frais d'arrêt, par 660 fr. (six cent soixante francs), ainsi
que l’indemnité due au défenseur d’office de S., par
486 fr. (quatre cent huitante-six francs), sont mis à la charge
de ce dernier.
V. Le remboursement à l'Etat de l'indemnité allouée au chiffre III
ci-dessus sera exigible pour autant que la situation
économique de S. se soit améliorée.
VI. Le présent arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. Baptiste Viredaz, avocat (pour S.________),
-Ministère public central;
et communiqué à :
-Mme la Présidente du Tribunal des mesures de contrainte,
-Mme la Présidente du Tribunal d’arrondissement de La Broye et du
Nord vaudois,
-M. le Procureur de l’arrondissement du Nord vaudois,
par l’envoi de photocopies.
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Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1