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TRIBUNAL CANTONAL
843
PE13.000256-YNT
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Composition : M. A B R E C H T , président
MM. Meylan et Krieger, juges
Greffier :M.Quach
Art. 29, 30 et 393 al. 1 let. a CPP
Statuant sur le recours interjeté le 8 octobre 2014 par la
société K.______SA contre l'ordonnance de disjonction de procédures
pénales rendue le 26 septembre 2014 par le Ministère public central,
division criminalité économique et entraide judiciaire, dans la cause
n° PE13.000256-YNT, la Chambre des recours pénale considère :
E n f a i t :
A.A la suite d'une plainte pénale déposée par la société
K.______SA le
19 décembre 2012, le Ministère public central, division criminalité
économique et entraide judiciaire, a ouvert une instruction pénale contre
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D.________ et contre C.________ pour escroquerie qualifiée. Les faits
litigieux sont les suivants.
D.________ a travaillé comme "broker" auprès de la société
K.SA entre 2011 et 2012. Il aurait fait valoir des opérations fictives
afin d'augmenter indûment les commissions versées par son employeur. Il
admet partiellement les faits qui lui sont reprochés. Quant à C.,
administrateur directeur président de la société K.__SA jusqu'en juin
2012, cette dernière lui reproche d'avoir signé seul, alors qu'il n'avait que
la signature à deux, la modification d'un avenant du 1
er
mars 2012 au
contrat d'engagement de D.. Ce faisant, il serait allé à l'encontre
d'une politique de la société tendant à l'unification des conditions
contractuelles de ses traders, notamment sur le plan des modalités du
calcul de la rémunération variable, et la société K.SA le soupçonne
d'avoir ainsi délibérément cherché à faciliter les actes frauduleux de
D.____. C.____ aurait également pris des mesures pour faire
obstacle au contrôle des activités de D.. Il aurait enfin validé
plusieurs notes de frais établies par D. qui n'auraient pas été
entièrement justifiées.
B.a) Par courriers des 1
er
juillet et 8 septembre 2014 (P. 51 et
52), C.________ a requis la disjonction des causes afin que le volet de
l'affaire le concernant soit instruit séparément de celui concernant
D..
b) Par ordonnance du 26 septembre 2014, le Ministère public
a ordonné la disjonction du cas de C. (I) et a dit que les frais
suivaient le sort de la cause (II).
C.Par acte du 8 octobre 2014, la société K.SA a recouru
auprès de la Cour de céans contre cette ordonnance, en concluant, avec
suite de frais et dépens, à son annulation et au renvoi du dossier de la
cause au Ministère public pour poursuite de l'instruction conjointe contre
D.__ et C.________ pour escroquerie qualifiée notamment.
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Par courrier du 31 octobre 2014, le Ministère public a renoncé
à déposer des déterminations et s'est référé aux considérants de
l'ordonnance attaquée.
Par déterminations du 18 novembre 2014, C.________ a conclu,
avec suite de frais et dépens, au rejet du recours.
E n d r o i t :
1.Une ordonnance par laquelle le Ministère public ordonne la
jonction ou la disjonction de procédures pénales (art. 30 CPP [Code de
procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0]) est susceptible
d’un recours immédiat au sens des art. 393 ss CPP (Stephenson/Thiriet,
in : Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, Bâle 2011, n. 10 ad art.
393 CPP; CREP 25 mai 2012/305; CREP 10 avril 2012/225 c. 1a; CREP 22
mars 2012/193 c. 1). Elle peut être attaquée dans les dix jours devant
l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP), qui est,
dans le canton de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal
cantonal (art. 13 LVCPP [loi vaudoise du 19 mai 2009 d’introduction du
code de procédure pénale suisse; RSV 312.01]; art. 80 LOJV [loi vaudoise
du 12 décembre 1979 d’organisation judiciaire; RSV 173.01]).
En l'espèce, interjeté dans le délai légal auprès de l’autorité
compétente par une partie qui a qualité pour recourir (cf. art. 382 al. 1
CPP) et satisfaisant aux conditions de forme posées par l’art. 385 al. 1
CPP, le recours est recevable.
2.1A l'appui de l'ordonnance de disjonction attaquée, le Ministère
public a considéré que les faits reprochés à C.________ étaient distincts de
ceux reprochés à D., C. n'apparaissant pas impliqué dans
l'activité délictueuse de ce dernier, et que comme l'instruction allait
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encore s'étendre sur plusieurs mois en tant qu'elle concernait les faits
reprochés à D., la disjonction du cas de C. devait
permettre de simplifier la procédure et de respecter le principe de la
célérité.
La recourante soutient pour l'essentiel qu'il n'existerait pas de
motif suffisant pour qu'une disjonction soit ordonnée. Les faits reprochés à
C.________ seraient en effet directement liés à ceux reprochés à D.________
et l'instruction n'aurait pas établi l'innocence de C., contrairement
à ce que soutient ce dernier. En outre, compte tenu de l'état
d'avancement du dossier, il n'existerait pas de motif justifiant que la
procédure pénale contre D. dure encore plusieurs mois. Enfin, de
nouvelles mesures d'instruction concernant les deux co-prévenus
devraient être mises en oeuvre, si bien qu'une disjonction de procédures
serait inopportune.
Dans ses déterminations, C.________ soutient pour l'essentiel
qu'un classement de la procédure en tant qu'elle le concerne apparaîtrait
d'ores et déjà acquis, que la clôture de l'instruction en tant qu'elle
concerne D.________ ne serait nullement imminente et enfin qu'un
prolongement inutile de la procédure pénale dont il fait l'objet pourrait
avoir des conséquences graves sur son activité professionnelle, qui est
soumise au contrôle de l'Autorité de surveillance des marchés financiers
(FINMA; cf. art. 4 al. 2 LFINMA [loi fédérale du 22 juin 2007 sur l’Autorité
fédérale de surveillance des marchés financiers; RS 956.1]).
2.2Consacrant le principe dit de l’unité de la procédure, l’art. 29
al. 1 CPP prévoit que les infractions sont poursuivies et jugées
conjointement lorsqu'un prévenu a commis plusieurs infractions (let. a) ou
lorsqu'il y a plusieurs coauteurs ou participation (let. b). Si des raisons
objectives le justifient, le ministère public et les tribunaux peuvent
ordonner la jonction ou la disjonction de procédures pénales (art. 30 CPP).
La disjonction doit constituer l'exception et l'unité de la procédure la règle,
dans un but d'économie de la procédure, mais aussi dans celui de prévenir
des décisions contradictoires (cf. ATF 138 IV 214 c. 3.2; cf. ég.
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Moreillon/Parein-Reymond, Petit Commentaire du Code de procédure
pénale, Bâle 2013, n. 2 ad
art. 30 CPP). La disjonction doit dès lors être fondée sur des motifs
concrets et objectifs (ATF 138 IV 214 c. 3.2). Elle doit avant tout servir à
garantir la rapidité de la procédure, respectivement à éviter un retard
inutile (ATF 138 IV 214 c. 3.2 et les références citées). La doctrine cite les
exemples de la prescription imminente de certaines des infractions
poursuivies ou de la situation où certains prévenus sont hors d'atteinte
(ibidem). En revanche, de simples motifs de commodité ne sauraient
justifier une disjonction (Bertossa, in : Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire
romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 2 ad art. 30 CPP).
2.3En l'espèce, il apparaît tout d'abord que les faits reprochés aux
co-prévenus présentent un lien suffisant pour que leur poursuite soit en
principe conjointe. Indépendamment du degré de sérieux des soupçons à
l'encontre de C., il ressort en effet clairement de la plainte (P. 4) et
des éléments mis en évidence dans l'acte de recours (ch. 1 à 5) que les
actes que la recourante reproche à C. concernent essentiellement
la facilitation et la "couverture" des activités délictueuses de D.,
de sorte que la connexité entre les faits reprochés à l'un et à l'autre des
co-prévenus est évidente, de même que le risque de décisions
contradictoires en cas d'instruction séparée.
2.4Il reste à déterminer s'il existe des motifs suffisants pour
qu'une disjonction soit ordonnée.
Selon le Ministère public, l'instruction en tant qu'elle concerne
C. est d'ores et déjà terminée, tandis que plusieurs mois seront
encore nécessaires s'agissant des faits reprochés à D.. Le
Ministère public n'a cependant pas exposé les éléments déterminants à ce
titre, car il n'a ni indiqué quelles mesures d'instruction étaient encore
envisagées ni ce qui conduisait à considérer qu'elles concerneraient
uniquement D.. La nécessité d'ordonner la disjonction requise ne
ressort pas non plus des éléments au dossier. Ainsi, si C.________ se
prévaut du fait que son innocence aurait été établie par l'instruction, ce
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qui justifierait selon lui une disjonction en vue d'un classement immédiat,
il apparaît cependant que les conditions d'une disjonction pour ce motif ne
sont pas réunies. En effet, l'instruction a certes mis en évidence des
indices à décharge en faveur de C., notamment s'agissant d'un
éventuel enrichissement, mais la situation de fait n'est pas suffisamment
claire pour qu'il soit considéré de façon anticipée que l'intéressé est d'ores
et déjà matériellement hors de cause. Les mesures d'instruction
complémentaires évoquées par la recourante, qui consistent
essentiellement en de nouvelles auditions des deux co-prévenus,
semblent à l'inverse revêtir une certaine pertinence. Dans ces
circonstances, une disjonction pourrait ne pas simplifier la procédure, mais
au contraire se révéler contre-productive. La possible mise en péril de son
activité professionnelle à laquelle C. affirme être exposé, que le
Ministère public ne retient du reste pas dans son ordonnance, ne remet
pas en cause cette appréciation. Dès lors, en l'absence de motif suffisant
pour fonder la disjonction requise, le principe de l'unité de la procédure
doit prévaloir.
3.En définitive, le recours doit être admis et l'ordonnance du
26 septembre 2014 annulée.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce
uniquement de l'émolument d'arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 660 fr. (art. 20
al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du
28 septembre 2010; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de C.________,
qui a conclu au rejet du recours et qui succombe (art. 428 al. 1 CPP).
S’agissant des dépens réclamés par la recourante, il
appartiendra le cas échéant à cette dernière d’adresser à la fin de la
procédure – pour autant que les conditions d’une indemnité selon l’art.
433 al. 1 CPP soient alors remplies – ses prétentions à l’autorité pénale
compétente selon l’art. 433 al. 2 CPP (CREP 16 avril 2013/279 c. 4 et les
références citées).
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Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est admis.
II. L'ordonnance du 26 septembre 2014 est annulée.
III. Les frais de la procédure de recours, par 660 fr., sont mis à la
charge de C.________.
IV. Le présent arrêt est exécutoire.
Le président : Le greffier :
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Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Mme Aline Bonard, avocate (pour la société K.SA),
-M. Christian Favre, avocat (pour C.____),
-M. Philippe Ciocca, avocat (pour D.______),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-M. le Procureur du Ministère public central, division criminalité
économique et entraide judiciaire,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1