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TRIBUNAL CANTONAL
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PE12.019630-LML
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Présidence de M. A B R E C H T, président
Juges:MM. Meylan et Maillard
Greffier :M.Ritter
Art. 187 al. 1, 198 CP; 319 al. 1 let. a CPP
La Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal prend
séance à huis clos pour statuer sur le recours interjeté le 3 février 2014
par A.Z.________ contre l’ordonnance de classement rendue le 23 janvier
2014 par le Procureur du Ministère public central, division affaires
spéciales, contrôle et mineurs, dans la cause n° PE12.019630-LML
dirigée contre B.Z..
Elle considère:
E n f a i t :
A.a) Le 11 octobre 2012, agissant au nom de sa fille mineure
A.Z., née en 1998, [...], née en 1974, a déposé plainte pénale
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audition en qualité de témoin par le Procureur le 5 septembre 2013 (PV
aud. 5, spéc. lignes 44-50), précisant aussi que l’enfant n’avait plus tenu
ce type de propos ultérieurement (ibid., lignes 62-64).
Egalement entendue par la police le 12 octobre 2012,
W.________ a aussi, en substance, confirmé les premiers propos de l’enfant
tels que rapportés par sa mère, en précisant qu’ils avaient été tenus à son
domicile, en 2001 ou en 2002, mais sûrement au mois d’octobre (PV aud.
3, R. 7). Elle a confirmé sa déposition lors de son audition en qualité de
témoin par le Procureur le 5 septembre 2013 (PV aud. 6, spéc. lignes 41-
42), précisant que l’enfant n’avait plus tenu ce type de propos
ultérieurement (ibid., lignes 67-68).
Entendue en qualité de témoin par le Procureur le 6
septembre 2013, la Dresse [...], pédopsychiatre, a relevé avoir vu la
plaignante à sa consultation à trois reprises en 2012, après que sa mère
lui eut rapporté les faits incriminés le 4 juin 2012 (PV aud. 8, R. 3 et 4). Le
témoin a ajouté que sa jeune patiente s’était, selon ses notes de
consultation, exprimée dans les termes suivants, lors de la première
consultation, tenue le 16 juillet 2012 : « mon père m’envoie des messages
comme si s’étais sa copine. J’ai un dégoût de mon papa sans savoir
pourquoi depuis que ma maman a quitté mon papa. (...). [I]l me caresse le
genou. A la cave, il m’embrasse de l’épaule jusqu’au cou en disant je
t’aime fort ma chérie. (...). ». (ibid., R. 6, lignes 66-72).
Entendue en qualité de victime par la police le 24 octobre
2012, A.Z.________ a indiqué notamment n’avoir aucun souvenir « tant des
confidences que des faits dont elle aurait été victime (en octobre 2002,
cas échéant 2001, réd.) » (P. 10. p. 4 in initio). Elle a en revanche confirmé
les comportements qu’elle avait décrits à la pédopsychiatre (ibid., pp. 2
s.), lesquels avaient également été dénoncés par sa mère dans la plainte
pénale à l’origine de la procédure.
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Entendu durant l’enquête par la police, puis par le Procureur,
B.Z.________ a intégralement nié les faits qui lui étaient reprochés (PV aud.
4 et 7).
c) L’avocate Valérie Mérinat a été désignée en qualité de
curatrice de représentation de l’enfant par décision du 6 juin 2013 de la
justice de paix compétente.
Agissant le 15 octobre 2013 dans le délai de prochaine clôture,
A.Z.________ a notamment requis l’audition comme témoin de l’époux de
W.________ (P. 36).
B.Par ordonnance du 23 janvier 2014, le Procureur du Ministère
public central, division affaires spéciales, contrôle et mineurs, a ordonné le
classement de la procédure pénale dirigée contre B.Z.________ (I), a alloué
à ce dernier une indemnité de 3'092 fr. 60 au sens de l’art. 429 CPP (Code
de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0) (II) et a laissé les
frais de procédure à la charge de l’Etat (III).
Ecartant la réquisition de preuve de la plaignante, le Procureur
a retenu, s’agissant des faits rapportés par la plaignante en 2002, le cas
échéant en 2001, qu’aucune infraction ne pouvait être retenue à
satisfaction de droit, faute de soupçons suffisants pesant sur le prévenu ; il
a considéré qu’il y avait matière à douter de la réalité, non des propos
tenus, mais de l’épisode alors décrit par la fillette. Il a estimé pour le
surplus que les autres agissements reprochés au père de la plaignante,
survenus entre août 2011 et janvier 2012, n’étaient sans doute pas
suffisamment caractérisés pour constituer une infraction pénale. Il a par
ailleurs considéré que, même si l’on pouvait y voir une connotation
sexuelle, les faits dénoncés seraient tout au plus constitutifs d’une
contravention au sens de l’art. 198 al. 2 CP, laquelle ne pouvait plus être
poursuivie en raison de la tardiveté de la plainte.
C.Le 3 février 2014, A.Z.________, représentée par sa curatrice, a
recouru contre l’ordonnance du 23 janvier 2014, en concluant, avec suite
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de frais et dépens, à son annulation et à ce que le dossier de la cause soit
renvoyé au Ministère public afin qu’il procède aux différentes mesures
d’instruction demandées, avant de rendre une nouvelle décision.
E n d r o i t :
1.L’ordonnance attaquée a été notifiée à A.Z.________, par sa
curatrice et conseil, le 24 janvier 2014 selon l’allégué crédible de la partie.
Interjeté le 3 février 2014, le recours l’a été dans le délai légal (art. 322 al.
2 et 396 al. 1 CPP), contre une décision du Ministère public (art. 393 al. 1
let. a CPP), par la partie réputée victime qui a qualité pour recourir (art.
382 al. 1 CPP). Interjeté dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le
recours est ainsi recevable.
2.a) Aux termes de l'art. 319 al. 1 CPP, le Ministère public
ordonne le classement de tout ou partie de la procédure notamment
lorsqu’aucun soupçon justifiant une mise en accusation n’est établi (let. a),
à savoir lorsque les soupçons initiaux qui ont conduit le ministère public à
ouvrir une instruction n’ont pas été confirmés (Grädel/Heiniger, in :
Niggli/Heer/Wiprächtiger [éd.], Basler Kommentar, Schweizerische
Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, Bâle 2011, n. 8 ad art.
319 CPP, p. 2208), ou lorsque les éléments constitutifs d’une infraction ne
sont pas réunis (let. b), à savoir lorsque le comportement incriminé, quand
bien même il serait établi, ne réalise les éléments constitutifs objectifs et
subjectifs d’aucune infraction pénale (Grädel/Heiniger, op. cit., n. 9 ad art.
319 CPP).
De manière générale, les motifs de classement sont ceux «qui
déboucheraient à coup sûr ou du moins très probablement sur un
acquittement ou une décision similaire de l'autorité de jugement»
(Message du Conseil fédéral relatif à l'unification du droit de la procédure
pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 p. 1057 ss, 1255). Selon la
jurisprudence, un classement s'impose donc lorsqu'une condamnation
paraît exclue avec une vraisemblance confinant à la certitude; la
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possibilité de classer la procédure ne saurait toutefois être limitée à ce
seul cas, car une interprétation aussi restrictive imposerait un renvoi en
jugement, même en présence d'une très faible probabilité de
condamnation. Le principe « in dubio pro duriore » – qui ne figure pas
expressément dans la loi mais se déduit indirectement des art. 324 al. 1 et
319 al. 1 CPP (ATF 137 IV 219 c. 7; TF 1B_338/2011 du 24 novembre 2011
c. 4.1) – exige donc simplement qu'en cas de doute, la procédure se
poursuive. Pratiquement, une mise en accusation s'impose lorsqu'une
condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement (ATF 138 IV
86 c. 4.1.1; TF 1B_272/2011 du 22 mars 2012 c. 3.1.1), voire même
lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent
équivalentes en présence d'une infraction grave (ATF 138 IV 86 c. 4.1.2;
ATF 137 IV 285 c. 2.5).
b)En l’espèce, la recourante ne formule aucun grief relatif au
classement de la procédure pour ce qui est du comportement adopté par
son père durant son adolescence, dont les motifs sont énoncés au chiffre 2
de l’ordonnance attaquée. Le raisonnement du Procureur ne prête par
ailleurs pas le flanc à la critique. Le classement prononcé sur ce point doit
donc être confirmé.
c) La plaignante conteste en revanche le classement pour ce
qui est des faits qu’elle tient pour survenus en 2002, le cas échéant en
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Il ressort des déclarations convergentes des deux témoins des
dires de l’enfant, qui leur ont été successivement formulés à bref délai,
que les propos à l’origine de la plainte pénale ont bien été tenus dans leur
teneur rapportée par les confidents en question. Cela étant, les actes qui
seraient décrits par ces propos sont catégoriquement contestés par le
prévenu; ils sont en outre anciens puisqu’ils remonteraient à 2002, voire à
2001; l’enfant ne garde aucun souvenir tant de ses confidences que des
faits dont elle aurait été la victime; il n’existe à ce jour plus aucun moyen
de juger de la crédibilité de propos tenus il y a une douzaine d’années par
un enfant alors âgé de quatre, voire de trois ans; personne, à savoir ni la
mère, ni les témoins, pourtant enseignantes, n’avait en tout cas tenu pour
nécessaire de donner une suite aux confidences recueillies, à savoir
notamment de saisir les autorités pénales; le certificat de la
pédopsychiatre actuelle de la plaignante et la déposition de la Dresse [...]
n’apportent aucun élément déterminant au sujet des propos alors tenus
ou des faits auxquels ils pourraient se rapporter; enfin, et même si cet
élément d’appréciation est de moindre portée que les autres, on ne peut
faire totalement abstraction du caractère conflictuel de la procédure en
divorce qui était en cours au moment du dépôt de la plainte, s’agissant en
particulier de l’enjeu que semble représenter, pour l’épouse, le droit de
garde sur le benjamin de ses enfants.
Au vu de ces différents éléments, il faut considérer, avec le
Procureur, qu’une mise en accusation de l’intimé ne pourrait aboutir qu’à
un acquittement avec une vraisemblance confinant à la certitude.
La recourante ne soutient du reste pas que le dossier de la
cause permettrait, en l’état, de renvoyer l’intimé en jugement. Bien plutôt,
elle fait valoir qu’il devrait être complété par les auditions de [...] et de
l’époux de W.. La première n’a pas entendu ses confidences en
octobre 2002, le cas échéant 2001, et son éventuelle appréciation quant
aux enjeux de la procédure en divorce – du reste déjà amplement
retranscrite dans la plainte pénale (PV aud. 1 p. 2) – n’est pas de nature à
apporter un élément d’appréciation objectif à la cause. Le second a certes,
à l’instar des témoins W. et J.________, recueilli les confidences de
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l’enfant, que la fillette a répétées devant lui (PV aud. 6, R. 6, lignes 60-64);
on ne discerne cependant pas quel élément nouveau pourrait comporter
sa déposition qui ne serait déjà révélé par celles, convergentes, des
témoins. C’est ainsi à juste titre que le Procureur a renoncé aux mesures
d’investigations requises. Enfin, aucune autre mesure d’instruction
n’apparaît propre à mener à une appréciation différente de celle du
Procureur.
3.Il résulte de ce qui précède que le recours, manifestement mal
fondé, doit être rejeté sans autre échange d’écritures (art. 390 al. 2 CPP)
et l’ordonnance attaquée confirmée.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce de
l’émolument d'arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 880 fr. (art. 20 al. 1 TFJP [tarif
des frais judiciaires pénaux; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de la
recourante, qui succombe (art. 428 al. 1 CPP).
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale,
statuant à huis clos,
prononce :
I. Le recours est rejeté.
II. L’ordonnance du 23 janvier 2014 est confirmée.
III. Les frais du présent arrêt, par 880 fr. (huit cent huitante
francs), sont mis à la charge de A.Z.________.
IV. L’arrêt est exécutoire.
Le président : Le greffier :
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Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Me Valérie Mérinat, avocate (pour A.Z.________),
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Me Inès Feldmann, avocate (pour B.Z.________),
-Mme [...],
-Ministère public central;
et communiqué à :
-M. le Procureur du Ministère public central, division affaires spéciales,
contrôle et mineurs,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1