Détention provisoire confirmée en raison d’un risque de collusion

CREP pe12-002030-96/2012Tribunal cantonal / Chambre des recours pénale5 mars 2012Droit pénalRejeté

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

Q.________ a recouru contre une ordonnance du tribunal des mesures de contrainte le plaçant en détention provisoire dans le cadre d’une enquête pour escroquerie. La chambre cantonale des recours pénaux a déclaré le recours recevable, mais l’a rejeté sur le fond. Elle a considéré les soupçons comme suffisants au vu des aveux du recourant et a confirmé la détention principalement en raison d’un risque concret de collusion: l’instigateur et le fournisseur des faux billets n’avaient pas encore été arrêtés, et le recourant avait initialement nié les faits. Le tribunal a également jugé que la détention demeurait proportionnée et qu’aucune mesure de substitution ne serait suffisante. L’ordonnance de détention a été confirmée et les frais ont été mis à la charge du recourant.

Regeste Omnilex

Art. 221 al. 1 let. b CPP, 212 al. 2 let. c CPP; la détention provisoire suppose de forts soupçons et des motifs de détention concrets, en particulier un risque de collusion dûment étayé. Un tel risque doit reposer sur des faits précis et non sur une simple possibilité théorique. Il peut persister lorsqu’un coauteur ou un fournisseur arrêté demeure en fuite et que le prévenu, s’il était libéré, pourrait avertir cette personne ou influencer l’enquête d’une autre manière. La proportionnalité s’apprécie au regard de la gravité des charges et de la détention déjà subie; la détention doit être levée si des mesures de substitution appropriées peuvent garantir le même objectif avec la même efficacité. Les frais sont mis à la charge de la partie qui succombe conformément à l’Art. 428 CPP, et l’indemnité du défenseur d’office peut être mise à sa charge sous réserve de la règle légale de remboursement (consid. 2-4).

Texte intégral

351 TRIBUNAL CANTONAL 96 PE12.002030-NKS/SDE C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E


Séance du 5 mars 2012


Présidence de MmeE P A R D , vice-présidente Juges:M.Meylan et Mme Byrde Greffière:MmeMirus


Art. 221 al. 1 let. b, 222, 393 al. 1 let. c CPP Vu l'enquête n° PE12.002030-NKS/SDE instruite d'office par le Ministère public de l'arrondissement de l'Est vaudois contre Q.________ pour escroquerie et contre S.________ pour escroquerie et contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants, vu l'appréhension de Q.________ en date du 25 février 2012, vu la demande de détention provisoire adressée le 26 février 2012 par le procureur au Tribunal des mesures de contrainte, vu l'ordonnance du 27 février 2012, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte a ordonné la détention provisoire de Q.________, fixé la durée maximale de la détention provisoire à trois mois, soit au plus tard jusqu'au 25 mai 2012 et dit que les frais de la décision, par 450 fr., suivaient le sort de la cause,

  • 2 - vu le recours interjeté le 1 er mars 2012 par Q.________ contre cette décision, vu les pièces du dossier; attendu qu'interjeté dans le délai légal (art. 396 al. 1 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007, RS 312.0]) contre une décision du Tribunal des mesures de contrainte dans un cas prévu par le CPP (art. 222 et 393 al. 1 let. c CPP), par le détenu qui a qualité pour recourir (art. 222 et 382 al. 1 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours est recevable; attendu qu'en vertu de l'art. 221 al. 1 CPP, la détention provisoire et la détention pour des motifs de sûreté ne peuvent être ordonnées que lorsque le prévenu est fortement soupçonné d'avoir commis un crime ou un délit et qu'il y a sérieusement lieu de craindre (a) qu'il se soustraie à la procédure pénale ou à la sanction prévisible en prenant la fuite, (b) qu'il compromette la recherche de la vérité en exerçant une influence sur des personnes ou en altérant des moyens de preuves, (c) qu'il compromette sérieusement la sécurité d'autrui par des crimes ou des délits graves après avoir déjà commis des infractions du même genre, attendu que la mise en détention provisoire n’est possible que s’il existe à l’égard de l’auteur présumé, et préalablement à toute autre cause, de graves soupçons de culpabilité d’avoir commis un crime ou un délit (TF 1B_182/2011 du 5 mai 2011 c. 3.1; Schmocker, in: Kuhn/Jeanneret (éd.), Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, nn. 7ss ad art. 221 CPP, pp. 1024 ss), qu'en l'espèce, Q.________ a admis avoir vendu de faux billets gagnants de Tactilo et avoir ainsi touché la somme de 7'000 fr. (PV aud. 7, p. 2, l. 41 à 49), que compte tenu de l'ensemble des éléments figurant au dossier, en particulier des déclarations du recourant, il existe contre lui des présomptions de culpabilité suffisantes, que l'intéressé ne le conteste d'ailleurs pas; attendu que la décision entreprise se fonde sur un risque de collusion, soit le risque de compromettre la recherche de la vérité en

  • 3 - exerçant une influence sur des personnes ou en altérant des moyens de preuves (art. 221 al. 1 let. b CPP), que le maintien du prévenu en détention peut être justifié par un tel risque notamment lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations (TF 1B_55/2010 du 11 mars 2010 c. 3.1), que ce risque doit être étayé par des faits concrets et précis, la simple possibilité théorique que le prévenu se livre à des manœuvres destinées à compromettre la recherche de la vérité ne suffisant pas (Schmocker, in: Kuhn/Jeanneret (éd.), Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 16 ad art. 221 CPP, p. 1027; ATF 132 I 21 c. 3.2), qu'en l'occurrence, si l'instigateur et le fournisseur des faux billets a pu être identifié, il n'a toutefois pas encore été arrêté, que certes, le recourant a donné des informations concernant la personne recherchée, qu'il n'en demeure pas moins qu'il a dans un premier temps nié les faits et ainsi refusé de collaborer (cf. PV aud. 6), qu'il est donc tout à fait possible qu'une fois libéré, le recourant porte préjudice au bon déroulement de l'enquête, en avertissant le présumé instigateur, que par conséquent, le risque de collusion persiste, que cela étant, il appartient au procureur de prendre immédiatement des mesures pour rechercher l'individu en question et de ne pas attendre que ce dernier soit appréhendé par un autre procureur, qui aurait déjà décerné un mandat d'arrêt; attendu, pour le surplus, que le principe de la proportionnalité de la détention est respecté, compte tenu de la gravité des charges qui pèsent sur le recourant et de la durée de la détention subie à ce jour (ATF 133 I 168 c. 4.1; ATF 132 I 21 c. 4.1), qu'enfin, aucune autre mesure de substitution ne permettrait d'atteindre le même but que la détention provisoire (art. 212 al. 2 let. c CPP);

  • 4 - attendu, en définitive, que le recours doit être rejeté et l'ordonnance confirmée, que les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce de l'émolument d'arrêt, par fr. 440 fr. (art. 20 al. 1 TFJP [Tarif des frais judiciaires pénaux du 28 septembre 2010, RSV 312.03.1]), ainsi que des frais imputables à la défense d'office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), fixés à 450 fr., plus la TVA par 36 fr., soit 486 fr., sont mis à la charge du recourant, qui succombe (art. 428 al. 1 CPP), que le remboursement à l'Etat de l'indemnité allouée au défenseur d'office de Q.________ ne sera toutefois exigible que pour autant que la situation économique de ce dernier se soit améliorée (art. 135 al. 4 CPP). Par ces motifs, la Chambre des recours pénale, statuant à huis clos : I. Rejette le recours. II. Confirme l'ordonnance. III. Fixe à 486 fr. (quatre cent huitante-six francs) l'indemnité allouée au défenseur d'office de Q.. IV. Dit que les frais du présent arrêt, par 440 fr. (quatre cent quarante francs), ainsi que l’indemnité due au défenseur d’office de Q., par 486 fr. (quatre cent huitante-six francs), sont mis à la charge de ce dernier. V. Dit que le remboursement à l'Etat de l'indemnité allouée au chiffre III ci-dessus ne sera exigible que pour autant que la situation économique de Q.________ se soit améliorée. VI. Déclare le présent arrêt exécutoire. La vice-présidente : La greffière :

  • 5 - Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à : -M. Eric Reynaud, avocat (pour Q.________), -Ministère public central; et communiqué à : -Mme la Présidente du Tribunal des mesures de contrainte, -M. le Procureur de l'arrondissement de l'Est vaudois, par l’envoi de photocopies. La présente décision peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1

LTF). La greffière :

Mots-clés

pretrial detentioncollusion riskstrong suspicionproportionalitysubstitute measuresappeal costsappointed counsel

The appeal was admissible as filed within the legal time limit, by a person entitled to appeal, and in the proper form.

The decision under appeal was a detention order of the coercive measures court in a case covered by the CPP, and the detainee had standing under Arts. 222 and 382 CPP.

Pretrial detention was justified because sufficient suspicion existed and a concrete risk of collusion remained.

The appellant admitted the essential facts; the file contained sufficient indications of guilt. As the instigator and supplier of the false tickets had not yet been arrested, and the appellant had initially denied the facts, it was plausible that release would allow him to alert the suspected instigator and hinder the investigation.

Detention remained proportionate and no substitute measure could achieve the same purpose.

Given the seriousness of the charges and the length of detention already served, proportionality was respected, and no alternative measure under Art. 212 para. 2 let. c CPP was sufficient.

The appellant was ordered to pay the appeal costs and the appointed counsel fee, subject to reimbursement only if his financial situation improves.

Costs follow the result; the appellant failed in the appeal. The appointed-defense indemnity was fixed at CHF 486, including VAT, and reimbursement is governed by Art. 135 para. 4 CPP.

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