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TRIBUNAL CANTONAL
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Pe11.018951-PHK
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Présidence de M. K R I E G E R , président
Juges:M.Abrecht et Mme Byrde
Greffier :M.Ritter
Art. 221 al. 1 CPP
La Chambre des recours pénale prend séance à huis clos pour
statuer sur le recours formé par Q.________ contre l'ordonnance de refus
de libération de la détention provisoire rendue le 5 janvier 2012 par le
Tribunal des mesures de contrainte dans la cause le concernant (enquête
n° PE11.018951-EMM/PHK).
Elle considère:
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EN FAIT:
A.a) Le 9 novembre 2011, le Ministère public central a décidé de
l’ouverture d’une instruction pénale (art. 309 CPP) contre Q.________ pour
escroquerie, subsidiairement abus de confiance et faux dans les titres,
d'office et sur plainte du [...] et du [...], tous deux à Lausanne.
Le prévenu a été placé en détention à l'issue de son audition
par le Procureur, le 16 novembre 2011 à 9 h.
Par ordonnance du 17 novembre 2011, le Tribunal des
mesures de contrainte a ordonné la détention provisoire de Q.________ et a
fixé la durée maximale de la détention provisoire à trois mois, soit
jusqu'au 15 février 2012 au plus tard.
Cette ordonnance a été confirmée, sur recours du prévenu, par
arrêt de la Chambre des recours pénale du 28 novembre 2011 (n° 511). La
Cour a retenu qu’il existait un risque de fuite ainsi qu’un risque de
collusion et que le principe de la proportionnalité de la détention
provisoire était encore respecté au vu de la durée de l'écrou.
b) Le prévenu a été responsable de la boutique du [...], gérée
par le [...] de 1999 jusqu'à sa démission de son poste en janvier 2011.
Après son départ, des pertes à hauteur de quelque 1'800'000 fr. ont été
constatées dans les comptes du commerce. Le [...] et le [...] ont déposé
plainte.
Les plaignants considèrent que la gestion de l'établissement
présentait de graves anomalies. Entendu par la police le 15 novembre
2011, le prévenu a admis avoir commis des malversations au préjudice
des plaignants, ce dès la fin de l'an 2000 et jusqu'au terme de l'année
2010, voire jusqu'au début 2011. Il a en particulier reconnu avoir
confectionné des fausses factures, d'une part pour justifier des retraits en
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liquide au débit de la caisse de la boutique et, d'autre part, pour remettre
à la comptabilité les titres contrefaits en demandant leur paiement en
espèces. Il a évalué ses prélèvements indus à un montant compris entre
400'000 fr. et 500'000 fr. au total. Il a confirmé ces déclarations lors de
son audition par le procureur le lendemain de son appréhension. Il a
précisé que le montant de 900'000 fr. que les plaignants lui font grief
d'avoir indûment prélevé à leur débit de 2005 à 2010 lui semblait
plausible, même si sa propre évaluation était inférieure et si la somme
globale de 1'800'000 fr. dont font état les plaignants lui paraissait
exagérée. Pour ce qui est de l'usage des fonds détournés, il a indiqué avoir
remis à un inconnu un montant compris entre 300'000 fr. et 400'000 fr.,
en précisant que ce tiers lui avait précédemment prêté 30'000 fr. et avait
également payé des factures pour feu son père, décédé en 2002. Il a
ajouté que le montant détourné entre 2005 et 2010 avait d'abord été
affecté au paiement de dettes, à des frais de ménage, à des voyages
occasionnels au Japon en famille et à ses propres voyages en Thaïlande;
pour le reste, plus de 400'000 fr. auraient été déposés sur deux comptes
au bénéfice du tiers inconnu déjà mentionné. Entendu à l'audience du
Tribunal des mesures de contrainte du 17 novembre 2011, le prévenu a
fait savoir qu'il avait effacé les traces de ses malversations de la mémoire
de son ordinateur et avait dépensé tout l'argent détourné; il a précisé être
prêt à laisser son passeport et sa carte d'identité auprès de la police aussi
longtemps que nécessaire.
B. a) Le 21 décembre 2011, Q.________, par son conseil, a
présenté au Ministère public central une demande motivée de libération
de la détention provisoire, motif pris de ce que la détention provisoire
n’était plus justifiée par les risques de fuite ou de collusion et que le
principe de proportionnalité n’était plus respecté. Il a fait valoir que son
centre d’intérêts serait en Suisse, auprès de sa femme et de ses enfants,
dont il serait le seul soutien financier; que ses voyages en Thaïlande
n’étaient justifiés que par la maladie de son père et, après son décès
survenu en 2002, par le souci de rembourser les frais médicaux engendrés
par celle-ci; que d’autres déplacements avaient été motivés afin de tenter
de récupérer une somme de 500’000 fr. confiée à un tiers et qui aurait été
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propriété de feu son père; qu’il s'est entièrement expliqué sur les faits qui
lui sont reprochés. Enfin, il soutient que le maintien en détention violerait
le principe de la proportionnalité en ce sens qu’il serait excessif par
rapport aux intérêts en présence.
b) N’entendant pas donner une suite favorable à la demande
du prévenu, le Ministère public central l’a transmise au Tribunal des
mesures de contrainte le 23 décembre 2011, en y joignant une prise de
position motivée. Le Procureur a requis le rejet de la demande de
libération de la détention provisoire au motif que la destination de l’argent
détourné au préjudice des parties plaignantes était à ce jour inconnue et
que les explications avancées à ce sujet par le prévenu, peu crédibles,
sollicitaient les faits de la cause.
c) A l’audience du Tribunal des mesures de contrainte du 5
janvier 2012, les parties ont maintenu leurs conclusions respectives.
Le Ministère public a en particulier développé son moyen
selon lequel il existait de sérieux indices selon lesquels le prévenu n’aurait
pas entièrement dilapidé l’argent soustrait. Au contraire, il pourrait bien
préparer une reconversion professionnelle en Thaïlande, par exemple dans
le domaine du textile. Ainsi, il conviendrait en particulier de ménager la
commission rogatoire qui devait être prochainement adressée à la
Thaïlande. Le prévenu a, pour sa part, fait valoir derechef qu'il collaborait
à l’enquête au maximum de ses possibilités. Certes, il n’avait pu
communiquer les coordonnées précises du personnage ayant engagé des
sommes considérables pour assurer la prise en charge de la santé de son
père, et auquel il aurait remis, au fil du temps, entre 300’000 fr. et
400’000 fr., mais il n'en avait pas moins, selon lui, donné aux enquêteurs
les moyens de remonter jusqu’à cette personne. Enfin, le prévenu a
rappelé ses attaches familiales très fortes en Suisse, lesquelles ramènent
selon lui le risque de fuite à néant; il a également maintenu n’avoir aucun
projet professionnel ailleurs qu’en Suisse.
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d) Par ordonnance du 5 janvier 2011, le Tribunal des mesures
de contrainte a rejeté la demande de libération de la détention provisoire
de Q.________ (I) et a dit que les frais de cette décision, par 600 fr.,
suivaient le sort de la cause (II).
C. Le 6 janvier 2012, Q.________, par son défenseur, l’avocate
Véronique Fontana, défenseur de choix, a recouru auprès de la Chambre
des recours pénale contre cette ordonnance, en concluant, avec dépens, à
sa mise en liberté immédiate.
Il fait valoir que l’ordonnance attaquée justifierait le refus de la
mise en liberté uniquement au motif que le butin présumé n’avait peut-
être pas été intégralement dépensé par le recourant, contrairement à ses
dires; or, des motifs tirés uniquement de la récupération du butin
n’entreraient pas dans le cadre de l’art. 221 CPP. Il relève en outre qu’il
s’était, à plusieurs reprises, déclaré disposé à déposer ses papiers
d’identité en mains de la justice; or, compte tenu de la sécurité qui régit le
transport aérien international, il serait absolument exclu qu’une personne
démunie de pièces d’identité puisse obtenir des visas et entreprendre un
voyage transcontinental; dès lors, l’hypothèse de la fuite manquerait
singulièrement de réalisme et ne saurait justifier un refus de mise en
liberté. Quant à l’hypothèse d’une éventuelle subornation de témoins pour
empêcher la récupération d’un butin caché, elle ne trouverait aucun appui
dans le dossier et irait à l’encontre de la volonté du recourant, clairement
exprimée par des faits, d’aider les enquêteurs à faire toute la lumière sur
ses agissements, qui n’avaient jamais été niés ou même minimisés.
EN DROIT:
1.Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. c CPP (Code de procédure
pénale suisse; RS 312.0), le recours est recevable contre les décisions du
tribunal des mesures de contrainte dans les cas prévus par le code. L’art.
222 CPP prévoit que le détenu peut attaquer devant l’autorité de recours
les décisions ordonnant une mise en détention provisoire ou une mise en
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détention pour des motifs de sûreté ou encore la prolongation ou le terme
de cette détention. Le recours doit être adressé par écrit, dans un délai de
dix jours dès la notification de la décision attaquée (cf. art. 384 let. b CPP),
à l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP), qui dans le canton de Vaud est
la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [loi
d’introduction du code de procédure pénale suisse; RSV 312.01]; art. 80
LOJV [loi d’organisation judiciaire; RS 173.01]).
En l’espèce, il y a donc lieu d’entrer en matière sur le recours,
qui a été interjeté en temps utile devant l’autorité compétente et satisfait
aux conditions de forme posées par l’art. 385 al. 1 CPP.
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encore, ce qui témoigne de rapports particulièrement étroits avec ce pays,
respectivement avec des personnes y séjournant à demeure; que les
détournements au préjudice des plaignants avaient perduré durant plus
d'une demi-douzaine d'années après le décès du père du recourant; qu'il
n'y a, pour l'heure, aucune trace des fonds détournés; que le
rapprochement de ces éléments d'appréciation plaide en faveur de
l'hypothèse selon laquelle une partie des fonds en question pourrait se
trouver en Thaïlande, voire au Japon, à disposition du prévenu.
Comme l'indique l'arrêt également, au regard de tels
éléments, il n'est pas déterminant que l'épouse et les enfants du prévenu
résident en Suisse et soient économiquement dépendants de lui. Cela
étant, on peut se demander si le dépôt, par le recourant, de ses papiers
d’identité serait suffisant pour prévenir le risque de fuite à l’étranger. A
cet égard, le prévenu excipe de l'impossibilité d'effectuer un voyage
transcontinental, notamment par voie aérienne, en étant dépourvu de
papiers, ce en raison des exigences de visa et des contrôles de sécurité
douaniers. Cet argument n'apparaît pas d'emblée dépourvu de fondement.
La question de savoir si des mesures de substitution sont de nature à
prévenir effectivement le risque de fuite peut néanmoins rester ouverte.
En effet, le dépôt de ses papiers par le prévenu ne serait pas de nature à
empêcher le risque de collusion, qui doit être retenu au premier chef (cf.
ci-dessous), étant rappelé que les conditions posées à l'art. 221 al. 1 CPP
sont alternatives, et non cumulatives.
b) Pour ce qui est ensuite du risque de collusion, l’usage qu’a
fait le prévenu des fonds qu'il avoue avoir détournés n’a, à ce jour, pas pu
être élucidé. Certes, l'intéressé soutient avoir remis à un inconnu en
Thaïlande un montant compris entre 300'000 fr. et 400'000 fr., en
précisant même que plus de 400'000 fr. auraient été déposés sur deux
comptes au bénéfice du tiers en question. Cependant, au vu de l'ampleur
possible des détournements, des très fréquents déplacements du prévenu
dans ce pays (40 en dix ans) et des allusions faites quant à la création
d’une société de droit thaïlandais, il est fort probable que d’autres fonds
encore aient été transférés en Asie. Or, le tiers auquel le prévenu aurait
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remis ces montants n’a pas encore pu être identifié, pas plus que l'on ne
sait si une partie des fonds en question pourrait se trouver à disposition du
prévenu. Partant, il existe manifestement un risque concret que le
prévenu, s’il était remis en liberté, ne prenne contact depuis la Suisse
avec le tiers en question ou avec d’autres personnes dans le dessein de
faire disparaître ou d'altérer des moyens de preuve, ou encore d’influencer
des témoignages en Thaïlande, sans avoir besoin pour cela de se rendre
dans ce pays. Un tel procédé dolosif ruinerait les effets attendus de la
commission rogatoire qui doit, selon le Ministère public, prochainement
être adressée aux autorités judiciaires de cet Etat.
Il existe ainsi un risque de collusion concret qu'aucune mesure
de substitution n’est susceptible de prévenir efficacement. Le seul moyen
propre à parer au risque de collusion au stade actuel de l'enquête est ainsi
le maintien de la détention provisoire.
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III. Dit que les frais du présent arrêt, par 880 fr. (huit cent
huitante francs), sont mis à la charge de Q.________.
IV. Déclare le présent arrêt exécutoire.
Le président : Le greffier :
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Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Mme Véronique Fontana, avocate (pour Q.________),
-Ministère public central,
et communiqué à :
-Tribunal des mesures de contrainte,
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Monsieur le Procureur du Ministère public central, division affaires
spéciales, contrôle et mineurs,
par l’envoi de photocopies.
La présente décision peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1