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TRIBUNAL CANTONAL
AJ12.009908-150127
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C H A M B R E D E S R E C O U R S C I V I L E
Composition : M. W I N Z A P , président
M.Pellet et Mme Crittin Dayen
Greffière :Mme Egger Rochat
Art. 110, 122 al. 1, 320 et 322 al. 1 CPC ; 2 al. 1 RAJ
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par Q., à
Lausanne, contre le prononcé rendu le 6 octobre 2014 par la Présidente du
Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois dans la cause divisant
A.F. d’avec [...] B.F.________, à [...], la Chambre des recours civile
du Tribunal cantonal considère :
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E n f a i t :
A.Par prononcé du 6 octobre 2014, la Présidente du Tribunal civil
de l’arrondissement de l’Est vaudois a arrêté l’indemnité due à Me
Q.________ à 10'058 fr. 05, TVA et débours compris, pour la période du 14
mars 2012 au 13 novembre 2013 (I), relevé cette avocate de sa mission
de conseil d’office de A.F.________ avec effet au 14 novembre 2013 (II),
désigné, en remplacement, Me Henriette Dénéréaz Luisier comme
nouveau conseil d’office de A.F.________ dans la cause en divorce qui
l’oppose à B.F., avec effet au 28 novembre 2013 (III), invité Me
Q. à transmettre à Me Henriette Dénéréaz Luisier le dossier
concernant cette cause (IV), dit que la bénéficiaire de l’assistance
judiciaire est, dans la mesure de l’art. 123 CPC, tenue au remboursement
de l’indemnité allouée à son conseil d’office, mise à la charge de l’Etat (V)
et rendu le présent prononcé sans frais (VI).
En droit, le premier juge a considéré, après avoir examiné et
évalué les opérations sur la base du dossier, qu’il s’imposait de réduire un
grand nombre d’opérations et de fixer le temps consacré à la cause à 51
heures et 11 minutes au lieu de 105 heures et 41 minutes.
B.Par acte de recours du 17 octobre 2014, accompagné de
pièces sous bordereau, Me Q.________ a conclu, avec suite de frais et
dépens, à l’admission du recours et à l’annulation du chiffre I du prononcé
précité ; principalement, à ce que l’indemnité qui lui était due à titre de
conseil d’office soit arrêtée à 20'714 fr. 80 au moins et, subsidiairement, à
ce que la cause soit renvoyée à l’autorité de première instance pour
nouvelle décision dans le sens des considérants.
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C.La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état
de fait du prononcé entrepris, complété par les pièces du dossier, dont il
ressort notamment ce qui suit :
Le 15 novembre 2012, Me [...] a déposé une demande
unilatérale en divorce ampliative de 157 allégués, comprenant une partie
« Droit » de 11 pages et accompagnée de 21 pièces sous bordereau, ainsi
que d’une réquisition de 4 pièces.
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19 mars 2012 : Appel à la cliente, analyse des déterminations de la partie
adverse, appel à Me de Preux, courrier de déterminations au Président et courrier
à Me de Preux et à la cliente ;
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21 mars 2012 : Analyse de l’ordonnance de mesures superprovisionnelles, appel
et courrier à la cliente et fax et courrier à Me de Preux ;
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23 mars 2012 : Analyse du dossier, transmission à la cliente de la décision AJ,
appels de et à la cliente, réquisition de poursuite et courrier à Me de Preux et à la
cliente ;
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2 avril 2012 : Entretien avec la cliente, fax et courrier à Me de Preux et
réquisition de poursuite contre B.F.________ ;
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5 avril 2012 : Analyse du procédé/requête de mesures préprovisionnelles et
provisionnelles de B.F.________, préparation de l’audience, recherches, audience à
Vevey ;
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11 avril 2012 : Appels et courriels à et de la régie concernant la conclusion du
bail du nouvel appartement de la cliente, courrier à Me de Preux et appel à la
cliente ;
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25 avril 2012 : Appels de et à la cliente, recherches, analyse du dossier et
préparation d’un projet de requête de mesures préprovisionnelles et
provisionnelles ;
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25 juillet 2012 : Appels de et à la cliente, recherches, analyse du dossier et
préparation d’un projet de requête de mesures préprovisionnelles et
provisionnelles ;
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27 août 2012 : Analyse du dossier, recherches et appel à la cliente en
préparation à l’audience du 30 août ;
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28 août 2012 : Appel de la cliente, analyse du dossier et recherches en
prévision de l’audience du 30 août 2012 ;
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29 août 2012 : Entretien avec la cliente, recherches, rédaction d’un projet de
convention et fax et courrier à Me de Preux ;
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30 août 2012 : Préparation à l’audience, entretien avec la cliente ;
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2 octobre 2012 : Recherches, analyse du dossier et rédaction de la demande
ampliative en divorce ;
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3 octobre 2012 : Recherches, analyse du dossier et rédaction de la demande
ampliative en divorce ;
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4 octobre 2012 : Recherches, analyse du dossier et rédaction de la demande
ampliative en divorce ;
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8 octobre 2012 : Entretien avec la cliente en préparation de la demande
ampliative en divorce et fax à Me de Preux ;
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15 octobre 2012 : Entretien avec la cliente et demande de prolongation de
délai ;
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18 octobre 2012 : Recherches, analyse du dossier, appel à la cliente et
rédaction de la demande ampliative en divorce ;
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19 octobre 2012 : Rédaction de la demande ampliative en divorce ;
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6 novembre 2012 : Analyse du dossier, recherches, rédaction de la demande
ampliative et préparation des pièces, du bordereau et des réquisitions de
production de pièces complémentaires ;
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7 novembre 2012 : Rédaction de la demande ampliative en divorce ;
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12 novembre 2012 : Appel à la cliente et rédaction de la demande ampliative en
divorce ;
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13 novembre 2012 : Finalisation de la demande ampliative en divorce, du
bordereau complémentaire, de la réquisition de production de pièces
complémentaires et des courriers au Tribunal, à Me de Preux et à la cliente ;
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15 novembre 2012 : Finalisation et envoi de la demande ampliative en divorce,
du bordereau complémentaire, de la réquisition de production de pièces
complémentaires et des courriers au Tribunal, à Me de Preux et à la cliente ;
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1
er
mars 2013 : Analyse du courrier de Me Jaccottet Tissot et du dossier et appel
à la cliente ;
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5 mars 2013 : Analyse du courrier de Me Jaccottet Tissot et du dossier et projet
de courrier à Me Jaccottet Tissot ;
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7 mars 2013 : Entretien avec la cliente et courrier à Me Jaccottet Tissot ;
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5 avril 2013 : Appel à la cliente et courrier à Me Jaccottet Tissot ;
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6 -
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25 avril 2013 : Appel de la cliente et deux fax et courriers à Me Jaccottet Tissot ;
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10 septembre 2013 : Entretien avec la cliente, analyse du dossier, recherches,
courrier au Tribunal et à Me Jaccottet Tissot et courriel de et à la cliente ;
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18 septembre 2013 : Analyse du dossier et recherches en préparation de
l’audience du 23 septembre et appels et courriels à et de la cliente ;
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15 octobre 2013 : Analyse du courrier de Me Jaccottet Tissot et du dossier,
recherches et appel à la cliente.
3.1La recourante fait valoir que le premier juge aurait réduit les
opérations annoncées dans le relevé du 13 novembre 2013 sans tenir
compte des arguments développés dans son premier recours et de la
réalité du travail fourni, de sorte que le prononcé ne la rémunère pas à la
juste valeur des prestations. En particulier, la connaissance du russe par
Me [...] aurait permis des économies de temps et d’interprète, le temps
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consacré à rechercher une solution transactionnelle n’aurait pas été
suffisamment pris en compte, de même que l’ampleur du travail fourni et
les succès obtenus. Enfin, la facture finale serait de toute manière à la
charge du bénéficiaire de l’assistance judiciaire.
3.2Aux termes de l'art. 122 al. 1 let. a CPC, le conseil juridique
commis d'office est rémunéré équitablement par le canton. Cette notion
aux contours imprécis doit permettre aux cantons de fixer, sur la base
d’un large pouvoir d’appréciation (TF 5P.291/2006 du 19 septembre 2006),
le montant de l’indemnité allouée au conseil d’office dans les limites de
leur tarif des frais (art. 96 CPC ; Rüegg, Basler Kommentar, 2
e
éd. 2013, n.
5 à 7 ad art. 122 CPC, pp. 683-684).
Pour fixer la quotité de l’indemnité du conseil d’office,
l’autorité cantonale doit s’inspirer des critères applicables à la modération
des honoraires d’avocat (Donzallaz, Loi sur le Tribunal fédéral,
Commentaire, 2008, n. 1775 ad art. 64 LTF; ATF 122 l 1 c. 3a). Dans le
canton de Vaud, l’art. 2 al. 1 RAJ (règlement sur l'assistance judiciaire en
matière civile, RSV 211.02.3) – qui renvoie à l’art. 122 al. 1 let. a CPC –
précise que le conseil juridique commis d’office a droit au remboursement
de ses débours et à un défraiement équitable, qui est fixé en considération
de l’importance de la cause, de ses difficultés, de l’ampleur du travail et
du temps consacré par le conseil juridique commis d’office. A cet égard, le
juge apprécie l’étendue des opérations nécessaires pour la conduite du
procès. Il applique le tarif horaire de 180 fr. pour un avocat et de 110 fr.
pour un avocat-stagiaire (art. 2 al. 1 let. a et b RAJ). Cette disposition
codifie la jurisprudence antérieure rendue sous l’empire de l’ancienne loi
sur l’assistance judiciaire.
En matière civile, le conseil d’office peut être amené à
accomplir dans le cadre du procès des démarches qui ne sont pas
déployées devant les tribunaux, telles que recueillir des déterminations de
son client ou de la partie adverse ou encore rechercher une transaction.
De telles opérations doivent également être prises en compte (ATF 122 I 1
c. 3a précité ; ATF 117 la 22 précité c. 4c et les réf. cit.). Cependant, le
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temps consacré à la défense des intérêts du client et les actes effectués
ne peuvent être pris en considération sans distinction. Ainsi, le juge peut
d’une part revoir le temps de travail allégué par l’avocat, s’il l’estime
exagéré en tenant compte des caractéristiques concrètes de l’affaire, et
ne pas rétribuer ce qui ne s’inscrit pas raisonnablement dans le cadre de
l’accomplissement de sa tâche ; d’autre part, il peut également refuser
d’indemniser le conseil pour des opérations qu’il estime inutiles ou
superflues.
3.3Il faut d’abord relever que, contrairement à ce que soutient la
recourante, le premier juge n’a ignoré aucune des circonstances
invoquées par le conseil d’office pour justifier l’importance des opérations,
puisqu’il a fait état dans le prononcé attaqué de la langue maternelle
russe de la cliente, du fait que l’avocate a été consultée d’urgence et que
des pourparlers transactionnels ont été conduits avec deux conseils
adverses successifs, par l’intermédiaire d’un collaborateur de l’étude
connaissant le russe. Le premier juge a donc évalué le temps nécessaire à
la mission du conseil d’office en ayant ces éléments à l’esprit.
En l’espèce, c’est à juste titre que l’autorité de première
instance a réduit le nombre d’heures annoncé dans le relevé des
opérations de la recourante. Le nombre d’heures, soit près de 106,
consacré à une procédure de divorce sur une période de 20 mois est en
effet excessif ; il appartenait bien au premier juge de déterminer si une
telle durée pouvait correspondre à un exercice raisonnable de la mission
de conseil d’office. La lecture du relevé des opérations permet ainsi de
constater que le temps consacré aux entretiens avec la cliente ou aux
appels de ou à la cliente est déraisonnable, de sorte que le premier juge a
légitimement réduit ces opérations. A la recourante qui avance la parfaite
connaissance du russe de son collaborateur pour justifier d’un prétendu
gain de temps, il faut opposer le constat que cette circonstance semble au
contraire avoir rallongé de manière excessive la durée des entretiens. La
recourante elle-même accrédite la motivation du premier juge qui a retenu
que certaines opérations relevaient davantage du soutien moral que du
travail d’avocat, lorsqu’elle affirme que « Me [...] connaît parfaitement le
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russe, la Russie, son histoire tourmentée et les complexités de son âme
slave ». C’est donc à bon droit que le premier juge a réduit de manière
individualisée chacun des entretiens ou des appels qui ont duré trop
longtemps, soit pour les opérations des 19, 21 et 23 mars, 2, 11 et 25
avril, 25 juillet, 27 et 29 août, 8 et 15 octobre ainsi que 12 novembre
2012, 1
er
et 7 mars 2013, et enfin 5, 25 avril et 10 septembre 2013 selon
la durée rectifiée dans le prononcé.
C’est également à bon droit que le premier juge a considéré
que certaines opérations liées directement à la procédure de divorce, soit
la rédaction de certaines écritures ou la prise de connaissance des
écritures adverses, étaient d’une durée trop importante, s’agissant d’une
procédure ne présentant pas de difficultés particulières, ni en fait, ni en
droit. Ainsi, les réductions des opérations des 5 avril, 6 et 13 novembre
2012, ainsi que celles du 5 mars 2013 apparaissaient également justifiées.
En particulier, la rédaction d’une demande ampliative pour une durée
totale de plus de dix heures (opérations des 6, 7, 12, 13 et 15 novembre