Présidence de M. B O S S H A R D , président
Juges:MM. Colombini et Muller
Greffière:MmeMerminod
Cause pendante entre :
A.Q.________
B.Q.________
C.Q.________
(Me A. Gutowski)
et
Commune de L.________
G.________(Me D. Pache)
-
2 -
-
Du même jour -
Délibérant immédiatement à huis clos, la Cour civile considère
:
E n f a i t :
1.Les demandeurs A.Q.________ et B.Q.________ sont les parents
du demandeur C.Q., né le 11 mai 1982, ainsi que de D.Q.,
né le 1
er
mars 1981. Ce dernier est décédé le 17 juin 2000, à l'âge de 19
ans, des suites d'une noyade dans le lac Léman dans des circonstances
qui seront décrites ci-après.
La défenderesse Commune de L.________ est propriétaire des
installations de K.________ - Plage où s'est produite la noyade.
Au moment de l'accident, le défendeur G.________ était
employé par la défenderesse comme gardien de piscine.
2.Les installations de K.________ - Plage offrent un accès direct au
lac sur une grève artificielle de quelque 400 mètres de long. Ces 400
mètres sont coupés, à égales distances de 50 mètres, par six digues
enrochées de 25 mètres environ de longueur qui pénètrent dans le lac.
Le plan d'eau devant la grève est limité par deux chaînes de
bouées, l'une rouge, l'autre jaune. La première, placée à une dizaine de
mètres au plus de la grève, limite la zone où même les petits enfants ont
pied. Au-delà de cette première limite, et jusqu'à la chaîne des bouées
jaunes, située à près de 90 mètres de la grève, le "bassin" ainsi constitué
présente, en raison d'une brusque déclivité (on rappelle que l'on est en
présence d'une plage artificielle), une profondeur de 3m50 au moins. Les
parties admettent que la durée du trajet entre le bord du lac et les bouées
jaunes dépend du nageur et des conditions météorologiques.
-
3 -
Au centre de la plage, se trouve une vigie de style mirador
vitré, qui n'était pas en usage au moment des faits.
Au pied de la vigie est bâti un petit local pour gardiens, qui
comprend une installation téléphonique interne à K.________ - Plage. Trois
chaises de surveillance, dont le placet se situe à 2m50 du sol environ, se
trouvent à équidistance sur la partie bétonnée précédant la zone
sablonneuse. Ces chaises permettent aux gardiens qui les occupent
d'avoir une vue étendue sur la part du plan d'eau qu'ils ont à surveiller.
Un bateau à moteur est amarré par une corde munie d'un
mousqueton le long de la digue centrale, côté est. Cette embarcation est
mise à l'eau chaque jour après avoir fait l'objet d'un essai de moteur
quotidien. Elle sert notamment au sauvetage des nageurs en péril dans le
périmètre surveillé.
A l'époque des faits, les gardiens disposaient de masques de
plongée et de palmes dans le local au pied de la vigie. Sur le plan de la
communication, ils devaient être équipés de sifflets, mais n'étaient en
revanche pas munis de radio ni de téléphone, l'usage du natel étant par
ailleurs interdit. La demande du gérant de la piscine de K.________ - Plage
d'équiper les gardiens de radio avait été refusée par la défenderesse pour
des raisons budgétaires.
En ce qui concerne le gardiennage des installations de
K.________ - Plage, un gardien-chef est le responsable général. Il dispose de
la compétence d'organiser l'ensemble de la sécurité de l'établissement, de
choisir les gardiens et de s'occuper de leur entraînement.
3.Le jour de l'accident, soit le 17 juin 2000, la bise soufflait de
manière relativement forte.
-
4 -
Le témoin X.________ a déclaré que D.Q.________ était de
stature athlétique et avait une très bonne condition physique. Le témoin
K.________ – ami proche du demandeur C.Q.________ – a indiqué qu'il n'avait
pas souvenir de la victime comme d'un grand sportif, mais plutôt comme
d'un intellectuel; il n'avait pas de handicap. Le témoin D.________ – ami
d'enfance de la victime – estime que D.Q.________ était athlétique, sans
pouvoir préciser s'il faisait ou non du sport régulièrement. Finalement, le
témoin M.________ a indiqué qu'il avait plutôt un physique de sportif. Au vu
de ces témoignages qui ne sont pas tous aussi affirmatifs, il faut retenir
que D.Q.________ était en bonne santé et avait une bonne condition
physique.
4.Le Tribunal correctionnel de Lausanne a rendu un jugement le
25 juin 2004 par lequel il a notamment condamné le défendeur G.________
à une peine de vingt jours d'emprisonnement avec sursis pendant deux
ans pour homicide par négligence sur la personne de D.Q.. Ce
jugement a été confirmé par arrêt de la Cour de cassation pénale du
Tribunal cantonal vaudois du 19 novembre 2004. Il retient notamment ce
qui suit, en fait et en droit :
"I.LES FAITS DE LA CAUSE
[...]
2.Les parties en présence
a)D.Q., né le 1
er
mars 1981 [...]. Aîné de deux enfants, il
a suivi une scolarité primaire et secondaire qui aurait dû être
couronnée, quelques jours seulement après son décès, par la
délivrance d'un baccalauréat; le 17 juin 2000, étudiant au gymnase
du [...] à [...], D.Q.________ se trouvait en effet entre les écrits et les
oraux de ses examens finals. [...]
4.L'organisation de la plage de K.________ - Plage sur le
plan du personnel
[...]
d)Les garde-bains, au nombre de vingt-six, qui sont tous
titulaires d'un diplôme de sauveteur délivré par la Société Suisse de
Sauvetage (diplôme SSS1, qui comprend en particulier la maîtrise du
sauvetage en eaux profondes) ou d'un diplôme équivalent étranger
[...].
-
5 -
S'il n'y a pas de garde-bains spécifiquement prévu pour le
gardiennage de la zone "lac", il est admis que le choix de
l'affectation, pour la saison ou de manière ponctuelle, ressortit à la
compétence du gardien-chef [...].
e)A l'époque des faits, il n'existait pas de directives écrites
précises sur les procédures de sauvetage et l'engagement des
divers gardiens. En revanche, dès avant l'ouverture de la saison et
tout au long de celle-ci, le gardien-chef B.________ se faisait fort de
rappeler à ses subordonnés divers principes qu'il se plaisait à
contrôler régulièrement : [...]
le périmètre à surveiller par chacun des trois gardiens était
défini clairement; à partir de leur chaise respective, les intéressés
englobaient une surface égale, avec quelques zones de
recoupement;
il appartenait aux gardiens de garder un contact visuel entre
eux et de régulièrement se communiquer par signes que tout allait
bien;
en cas de difficultés, le gardien concerné devait attirer
l'attention de ses collègues, en particulier de celui qui se trouvait
devant la vigie (seul endroit disposant d'un téléphone) par tous
moyens possibles, sans toutefois quitter son poste (cris, gestes,
sauts sur place, etc.); dès l'introduction de sifflets, il a été précisé
que cet objet ne devait servir qu'à l'alerte, et non à la police de la
plage;
[...]
B
1.L'accident du 17 juin 2000
[...]
Les prémices de la noyade
a)Au matin du 17 juin 2000, qui était un jour de grand beau,
mais frais, eu égard à une bise persistante, C., gardien-chef
remplaçant (du fait que B. était depuis le 13 mai précédent
en incapacité de travail suite à un accident), ventila les différents
garde-bains de K.________ - Plage à leurs postes respectifs, ceci sur
la base d'un tableau affiché au local. C'est ainsi que G.________ se vit
affecter la zone "lac" en compagnie de quelques collègues. Cette
affectation devait durer toute la journée. Il convient de préciser que
c'est la première fois de la saison que G.________ était attribué à
l'équipe du lac; il n'éleva aucune objection, étant précisé qu'au cours
des saisons précédentes, il avait régulièrement fonctionné à ce
poste.
[...]
Vers 17h30, G.________ prit ainsi son poste sur le siège
surélevé sis à l'ouest. Simultanément, le garde J.________ assumait la
garde au centre, alors que le garde P.________ se trouvait à l'est.
-
6 -
Vu les conditions météorologiques du moment et, surtout, le
fait que l'eau du lac était encore froide (17° C en surface et 12 à 13°
C à un mètre de profondeur), très peu d'usagers se baignaient ce
jour-là.
Alors qu'il se trouvait sur sa chaise, G.________ vit arriver un
trio de jeunes gens composé de D.Q., d'H. et de
X..
b)Les trois jeunes gens précités, qui étaient arrivés séparément
en cours d'après-midi à K. - Plage, s'étaient baignés dans la
piscine principale, dont la température était bien meilleure que celle
du lac, avaient joué au ballon et s'étaient également reposés "aux
linges". Ils se connaissaient quelque peu auparavant et avaient
sympathisé ce jour-là.
Vers 17h30, D.Q.________ proposa à ses camarades d'aller se
baigner au lac, soit de nager jusqu'aux bouées jaunes. Il avait,
semble-t-il, bien que l'instruction n'ait pas permis de confirmer ce
fait, déjà effectué ce trajet en début d'après-midi, soit avant de
rencontrer ses copains. Les jeunes gens se rendirent sur la plage;
H., après avoir trempé un orteil dans l'eau, renonça à la
baignade vu la fraîcheur de l'eau, indiquant à ses amis qu'elle les
attendrait sur la plage. X. s'élança d'un coup dans l'eau et
commença à nager en direction des bouées jaunes. Quant à
D.Q., plus au fait de la sécurité, il entra tranquillement dans
l'eau, en s'aspergeant le torse.
Aucun des deux jeunes gens n'était un nageur exceptionnel;
ils atteignirent toutefois leur but sans problème. Quelque peu
fatigués, ils restèrent accrochés quelques instants aux bouées, dans
l'idée de se reposer avant d'entreprendre le trajet du retour. Il
convient de préciser à cet égard que leur progression à l'aller avait
été facilitée par le courant (on se trouve dans l'axe de la bise), ce
qui allait rendre le retour d'autant plus difficile que des vaguelettes
allaient faire face aux nageurs. Ainsi, ce trajet aller peut être estimé
à deux minutes.
De ses aveux mêmes, G. avait suivi le déplacement
des deux jeunes gens en direction des bouées jaunes, d'autant plus
facilement qu'à part eux, seul un quatuor de dames âgées se
trouvait dans le lac, près de la rive. Selon lui, son regard portait
alternativement sur le duo et le quatuor.
La submersion de D.Q.________ et la réaction de G.________
a)A un moment déterminé, après s'être quelque peu reposés
comme on l'a vu, D.Q.________ – qui s'était plaint à son camarade de
la fraîcheur de l'eau – et X.________ s'engagèrent dans leur trajet de
retour. Alors qu'ils avaient nagé quelques dizaines de mètres l'un
derrière l'autre, X.________ indiqua à son camarade qu'il était épuisé
et qu'il avait besoin d'aide; D.Q.________ fit alors demi-tour sur les
quelques mètres qui les séparaient et rejoignit son camarade qui put
ainsi s'appuyer quelques secondes sur son épaule et reprendre
souffle. Se sentant à nouveau apte à accomplir la seconde partie du
trajet, soit une cinquantaine de mètres, X.________ reprit sa nage,
laissant son camarade derrière lui. C'est alors qu'il entendit
-
7 -
D.Q.________ pousser un cri bref (cri perçu du rivage tant par
H.________ que par quelques adultes qui bronzaient à proximité de la
plage); il se retourna et vit son camarade subitement disparaître de
la surface de l'eau, réémerger brièvement, puis couler sans
réapparaître. Bien qu'à bout de force et surpris par le comportement
de son ami, en comprenant la gravité de la situation, il appela à
l'aide tout en tentant de poursuivre son trajet vers la digue la plus
proche. Il attira ainsi clairement l'attention de diverses personnes
qui se trouvaient sur la plage. A ce moment-là, le Tribunal estime
que les deux nageurs avaient quitté les bouées jaunes depuis deux
minutes au moins.
Posté sur sa chaise, G.________ n’a en revanche rien remarqué
de cette dernière phase du déplacement des deux jeunes gens, qu’il
déclara avoir vus pour la dernière fois lorsque, selon lui, ils
s’amusaient agrippés aux bouées jaunes. Son attention fut attirée au
moment seulement où une jeune fille de 13 ans s’approcha en
courant de son siège pour lui indiquer que quelqu’un était en
difficulté. Sans se presser, de manière nonchalante aux dires de
plusieurs témoins qui ont confirmé leurs observations concordantes
aux débats, le garde-bains descendit de son siège et s’approcha du
lieu qu'on lui avait indiqué, soit la digue qui se trouvait à sa droite. Il
y retrouva H.________ et un jeune homme qui se trouvait là parce
qu’il tentait de récupérer un ballon de football qui, suite à un
mauvais tir, était tombé à l’eau.
La première réaction du garde-bains, qui n’avait pas pris
conscience à ce moment-là qu’un des deux nageurs qu’il avait vus
auparavant se déplacer vers les bouées jaunes, avait coulé lors du
trajet de retour, commença par brièvement morigéner les jeunes
gens présents, au motif que l’eau était trop froide pour s’y baigner,
puis pria fermement le jeune homme au ballon d’aller porter secours
à X.________ qui se trouvait encore à une vingtaine de mètres de la
digue; c’est ainsi qu’obéissant le jeune [...] plongea vers X.,
lui dit de s’accrocher à son dos et le tira péniblement jusqu’à la
digue.
b)C'est à ce moment-là que, comprenant enfin ce que tentait de
lui expliquer H., G.________ prit conscience qu’une deuxième
personne se trouvait dans l'eau. Il prit dès lors les choses en main, à
sa façon. C’est ainsi que, comme il était démuni du sifflet qui
normalement devait l’équiper, il demanda au jeune [...], pourtant
épuisé par sa manoeuvre de sauvetage, de se rendre prestement à
la cabane sise au pied de la vigie pour alerter les secours, soit ses
collègues avec le bateau; quand il comprit que [...] n’était pas
capable d’effectuer cette mission, il demanda à un jeune garçon,
âgé d’une dizaine d’années, de le faire; le garçon partit en courant.
A la vigie, il fit une annonce incomplète au garde-bains J., à
savoir qu’il lui indiqua simplement que G. avait besoin du
bateau; c’est ainsi que J.________ se mit seul aux commandes de
l’embarcation et rejoignit, en quelques secondes, la digue où se
trouvait en particulier G.. Ce dernier lui indiqua alors que
quelqu’un avait coulé; c’est ainsi que, sans hésitations, J. fit
demi-tour avec le bateau pour aller prendre en charge le garde-
bains P.________ qui s’approchait des lieux : il venait d’être relevé
par un collègue et allait prendre sa pause; la sortie du bateau de
secours avait attiré son attention.
-
8 -
Avant d’embarquer, P.________ donna lui-même l’alerte à la
direction de K.________ - Plage, par le téléphone se trouvant au pied
de la vigie centrale. Muni d’un masque de plongée qui lui avait été
remis par J., P. monta dans le bateau qui se dirigea
jusqu’au lieu approximatif supposé de la disparition de D.Q..
Il convient à cet égard de préciser que nul ne pouvait exactement
dire où le jeune étudiant avait coulé. X., sous le choc, était
incapable de le dire; quant à G.________ il n’avait rien vu. Ce dernier,
qui était toujours sur la digue, tenta d’évaluer le lieu de la
submersion en tenant compte de la direction suivie par X.________ et
du courant attisé par la bise; il indiqua ainsi sommairement une
position supposée à ses collègues se trouvant sur le bateau.
P.________ plongea deux fois en vain, avant de localiser, lors
de sa troisième plongée, D.Q.________ qui gisait sur le dos, les bras
en croix, à une profondeur d’environ 3,5 mètres. Il sied de préciser
qu’à cet endroit-là, et avec une telle profondeur, la visibilité est
limitée à moins d’un mètre, si ce n’est cinquante centimètres.
D.Q.________ fut immédiatement hissé sur le bateau. Des
premières mesures de sauvetage sommaires furent entreprises par
P.________ sur l’exigu bateau.
c)Le Tribunal estime qu'entre la submersion finale de
D.Q.________ et le moment où il a été retiré de l’eau par le gardien
P., c’est une durée d'au moins 5 minutes qui doit être
constatée. [...]
Les mesures de sauvetage ultérieures
a) Sitôt à terre, ces manœuvres furent poursuivies avec
persévérance par P., qui entreprit un massage cardiaque sur
la victime, alors que le gardien-chef suppléant C., qui avait
été alerté par téléphone et s’était rendu prestement, au moyen d’un
cycle, des bureaux situés dans la rotonde sur la plage, effectuait la
respiration artificielle.
Quelques minutes plus tard, les ambulanciers du SMUR,
appelés d’urgence par C., prirent en charge D.Q.________ qui
fut rapidement acheminé au CHUV; des tentatives de réanimation
avaient été entreprises sans désemparer durant le trajet.
b)Dès son arrivée au CHUV, D.Q.________ fit l'objet de soins
spécifiques à grande échelle. Il décéda toutefois vers 23h45.
2.Les causes du décès de D.Q.________
[...]
b) [...] Le corps a alors été confié à l’Institut Universitaire de
Médecine Légale (IUML) pour une autopsie.
c) Aux termes d’un rapport du 24 août 2000 signé des
Dresses [...] et [...] de I’IUML, il apparaît que D.Q.________ est décédé
“suite à une défaillance multiviscérale aiguë survenue dans le cadre
d’une submersion. L’hypothermie, ainsi que l’épuisement ont très
-
9 -
vraisemblablement joué un rôle dans l’issue fatale”. De l’avis des
médecins légistes, aucun élément en faveur d’une autre éventualité
n’a été mis en évidence lors de l’autopsie.
[...]
Entendue aux débats, la Dresse [...] a confirmé les
conclusions de son rapport, en insistant sur les points qui précèdent
et en relevant l’absence de toutes lésions pathologiques,
préexistantes ou traumatiques. Elle a également confirmé que le
dosage d'alcool, effectué sur un échantillon de sang périphérique,
avait révélé un résultat négatif.
[...]
g) Après avoir pris connaissance de l’ensemble du dossier,
ainsi que de diverses pièces émanant de la Fondation 144 (SMUR) et
du CHUV, le Dr [...], anesthésiste FMH, médecin-adjoint à la Brigade
Sanitaire Cantonale genevoise, Centre d’accueil et d’urgences,
déposa un rapport d'expertise privée daté du 4 juin 2004.
Les éléments essentiels suivants ressortent de ce
document de vingt pages:
[...]
Q. 1 Quelle est la cause exacte du décès de M. D.Q.________ le
17 juin 2000 ?
R. 1M. D.Q.________ est décédé des suites d'une noyade par
submersion.
[...]
Q. 3 L’hypothermie subie par M. D.Q.________ aurait-elle joué
un rôle protecteur pour les tissus face à l’hypoxie, augmentant ainsi
les chances de réanimation en regard de la durée de l’immersion ?
R. 3 L’hypothermie, mesurée à 32,4° C à l’admission aux
urgences du CHUV, n’était pas suffisante pour protéger M.
D.Q.________ d’une hypoxie prolongée. Il est cependant impossible
de dire quelle aurait été son évolution neurologique s’il avait
survécu aux conséquences générales de sa noyade.
Q. 4 Comment peut-on expliquer autrement que M.
D.Q.________ n’est pas mort noyé puisqu'il est décédé près de six
heures après le sauvetage ?
R. 4 M. D.Q.________ est bien décédé des conséquences
directes et attendues de sa noyade.
Q. 5 Une intervention et une réanimation plus rapides de la
part des sauveteurs auraient-elles diminué les risques de
complications au cours des soins intensifs et, dans l'affirmative,
dans quelle mesure ?
-
10 -
R. 5 Une intervention plus rapide aurait pu sauver M.
D.Q.________ si elle avait eu lieu avant la submersion La submersion
étant intervenue, le patient aurait dû être retrouvé dans les cinq
minutes suivant l’accident pour envisager un bénéfice sur sa survie.
Même si cela avait été le cas, il serait resté une très forte probabilité
de complications mortelles résultant d’une pneumonie d’aspiration
sévère. En revanche, la procédure de réanimation ultérieure à la
découverte de la victime et son retour à terre n’est pas en cause.
[...]
L’expert rappelle que la cause la plus probable de l’accident est
l’épuisement musculaire.
[...]
En résumé, selon l’expert, c'est une inhalation d’eau précoce et ses
conséquences respiratoires et générales qui ont entraîné le décès de
M. D.Q.. Dans les meilleures conditions imaginables d’un
sauvetage en eau libre avec une victime non localisée, il est très
probable qu’aucune intervention n’aurait pu être suffisamment
rapide pour éviter cette complication et que, même parfaitement
conduite, n’aurait rien changé à l’issue fatale. De l’avis du praticien,
la seule intervention de nature à sauver la victime aurait dû se faire
avant la submersion.
(...)
f) Le Tribunal, après avoir entendu la médecin légiste et
l’expert privé aux débats, dont les conclusions ne sont pas
contradictoires, ce qui a été confirmé par les intéressés qui ont été
entendus séparément et ensemble, se rallie à leurs conclusions, à
savoir que D.Q. est décédé par noyade; dans un état
d'épuisement manifeste, attesté par des mouvements, un cri, une
première et brève immersion suivie d’une immersion définitive,
D.Q.________ n’a pas pu user du réflexe de plongée; il a ainsi "bu la
tasse" dès la première immersion; ses poumons se sont
immédiatement emplis d’eau, ce qui a entraîné des lésions
irréversibles que toutes mesures de réanimation ne pouvaient
écarter.
II.L’APPRECIATION JURIDIQUE DU CAS
-
11 -
Selon l’ordonnance de renvoi, plusieurs fautes peuvent
être reprochées à ce garde-bains expérimenté. Outre le fait qu’il a
perdu de vue deux nageurs se déplaçant dans le périmètre qu'il
devait surveiller, il n'aurait pas eu ultérieurement l'attitude digne
d'un sauveteur, se contentant de demeurer habillé sans réagir, en
déléguant des missions d'informations à des jeunes gens et en ne
procédant pas à une alarme conformément aux ordres qu'il avait
reçus.
G.________ estime qu’il n’a pas commis de faute. [...]
Le Tribunal estime que cet accusé ne peut aucunement
être suivi dans son appréciation. Il s’est convaincu que l’état de fait
tel que décrit ci-dessus correspond à la réalité, à savoir que ce
garde-bains, contrairement à la mission qui lui était confiée, n’a pas
surveillé avec suffisamment d’attention le déplacement des deux
jeunes gens en direction de la rive en provenance des bouées
jaunes. Il les a tout simplement perdus de vue, au sens premier du
terme, durant plusieurs minutes. Comme on le verra, il s’agit d’une
faute qui est en relation de causalité évidente avec le décès de
D.Q..
Pour arrêter cette conviction, le Tribunal se fonde, sans
l’ombre d’une hésitation, sur les divers témoignages :
• alors que G. soutient qu’il n’a entendu aucun cri
de détresse, tant H.________ que [...] et d’autres adultes qui se
trouvaient sur la plage ont perçu tout d’abord le cri de D.Q.,
puis les appels au secours de X.;
• les mêmes témoins ont eu leur attention attirée par le
comportement des deux jeunes nageurs, au point que la mère d'une
jeune fille envoya cette dernière avertir le garde-bains; or, ce
dernier n’avait jusqu’à ce moment-là, quand bien même il se
trouvait sur une chaise surélevée avec une vue panoramique sur le
périmètre surveillé, pas remarqué de comportement suspect; or, de
l’avis d’un gardien expérimenté entendu aux débats, lorsque peu de
nageurs se meuvent dans le périmètre à surveiller, il est d’usage de
les compter, ce qui facilite le contrôle; s’il l’avait fait, G.________
aurait remarqué immédiatement la submersion de D.Q.;
• le déplacement, décrit comme nonchalant par les
témoins du garde-bains en direction de la digue, atteste du fait que
ce dernier n’avait pas pris conscience qu’un des deux nageurs avait
coulé;
• il n'en avait toujours pas pris conscience lorsqu'il
"délégua" le sauvetage de X. au jeune [...].
Ainsi, force est de constater que pendant plusieurs
minutes (le simple déplacement des bouées à l’endroit où
X., épuisé, a demandé de l’aide à son camarade a duré en
tout cas une minute; il convient d’y ajouter la minute au moins qui
suit les cris d’appel au secours de D.Q. et de X.),
G. a occulté la présence des deux seuls nageurs qui se
trouvaient dans le périmètre qu’il avait à surveiller, ceci pour une
-
12 -
raison inexplicable; en tous les cas, la présence d’un quatuor de
dames âgées au bord de la digue ne devait pas justifier un tel
comportement.
Le Tribunal estime ainsi que la faute prépondérante de
G.________ tient à la perte de contact visuel, de son seul fait, avec les
deux jeunes gens qui avaient nagé jusqu’aux bouées et devaient
bien évidemment en revenir. Comme on l'a vu, c’est durant
plusieurs minutes, soit deux au moins, qu’il n’a plus eu ce contact; il
n'a ainsi pas vu les signes précurseurs à la submersion de
D.Q.________ et aux difficultés de déplacement de X.. De
même, il n’a pas prêté attention aux cris de détresse, qui ne
peuvent en aucun cas être confondus avec des exclamations
ludiques.
Le Tribunal estime donc, sans l’ombre d’une hésitation,
que c’est cet élément-là qui est la cause unique, ou à tout le moins
prépondérante, de la noyade.
Si G. n’arrive pas à s’expliquer sur son
comportement, il convient de relever qu’il a lui-même déclaré à
l’enquête, ce qu’il a timidement confirmé aux débats, qu’il avait
quelque peu paniqué, mais au moment seulement où on lui a
indiqué qu’il y avait une personne “au fond”. Il n’a en revanche eu
aucune explication sur son “absence” de longue durée, avant
l’immersion de D.Q..
Le Tribunal estime en revanche que l’on ne peut reprocher
à faute à ce garde- bains de ne pas avoir lui-même immédiatement
plongé; comme il n’avait, par sa faute, pas d’idée précise sur le lieu
où D.Q. avait coulé, cette tentative de recherche était vouée
à l’échec; il aurait fallu une chance exceptionnelle pour qu’il tombe
pile sur sa victime. Cette appréciation a été confirmée par
l’ensemble des témoins spécialistes du sauvetage, entendus aux
débats, ainsi que par le Dr [...].
Ainsi, force est de constater que G., par son
omission fautive, est directement responsable du décès de
D.Q.; en effet, se référant en cela à l’avis des experts, le
Tribunal s’est facilement persuadé qu’une alerte donnée, avec les
moyens à disposition le jour en cause, aurait permis, compte tenu
d'une localisation précise, de sortir la victime très rapidement et
d'ainsi lui sauver la vie.
[...]
Il existe ainsi une relation de causalité adéquate entre la
faute commise et le décès. G.________ doit dès lors être reconnu
coupable d’homicide par négligence, au sens de l’art. 117 CP."
Dans son arrêt du 19 novembre 2004, la Cour de cassation
pénale vaudoise a notamment retenu ce qui suit :
"En effet, il résulte des faits retenus par le tribunal que les difficultés
des nageurs auraient pu être perçues immédiatement. Tout d'abord,
-
13 -
leur progression sur le retour ne pouvait qu'être plus laborieuse qu'à
l'aller, vu les conditions de bise et de vaguelettes, ce qui tombe sous
le sens, surtout pour un gardien de plage expérimenté, qui
connaissait les lieux. Ensuite, la température de l'eau rendait la
nage plus périlleuse, ce que G.________ savait puisqu'un peu plus
tard il a dit à deux jeunes gens que l'eau était trop froide pour se
baigner. Une attention plus soutenue qu'à l'ordinaire s'imposait
donc.
Dans ces conditions, il ne devait pas échapper [à G.] d'une
part que les deux nageurs avaient une progression plus difficile,
d'autre part, et en particulier, que X. avait des difficultés
puisqu'il a appelé son camarade et que celui-ci a fait demi-tour pour
lui venir en aide, ce qui devait être frappant pour un gardien de
plage, surtout dans des conditions défavorables. Il paraît clair que
dès ce moment, l'indication d'un sauvetage ou d'un contrôle au
moins préventif était donnée. On rappellera à cet égard que le
gardien G.________ était sur une chaise dont le placet était à 2m50
environ du sol, qu'il avait une excellente vue sur le plan d'eau, et
que les événements se déroulaient à quelque 50 mètres seulement,
de telle sorte qu'il n'aurait pas pu se méprendre sur le sens à donner
à ce qui se passait sous ses yeux."
5.Parmi les témoins entendus dans le cadre de la présente
procédure, seul B., gardien-chef au moment des faits mais en arrêt
de travail à la suite d'un accident, a déclaré que K. - Plage
comptait dix-huit gardiens, tous titulaires d'un diplôme de sauveteur
délivré par la Société Suisse de Sauvetage (SSS). Ce chiffre ne correspond
pas à ce qu'a retenu le jugement pénal, qui fait état de vingt-six gardiens.
Dans la mesure où le procès pénal s'est tenu moins longtemps après les
faits que la présente procédure, on retiendra qu'il y avait vingt-six
gardiens occupés à K.________ - Plage, étant précisé que cette question n'a
aucune incidence sur la solution du litige.
Seule la moitié de ces gardiens pouvait être affectée au
gardiennage de la zone lac. Les gardiens les plus expérimentés, les plus à
l'aise dans l'eau et les meilleurs nageurs, soit les gardiens les plus
capables, étaient affectés à cette zone. Le gardien se trouvant au centre
de la plage, à la Vigie, était titulaire du permis de bateau. Les défendeurs
allèguent que G.________ n'a pas de permis de bateau et le contraire n'a
pas été établi. Il avait été affecté à la zone lac car il était bon nageur,
ayant fait de la compétition.
-
14 -
Les témoins H., X., Z., et T. ont
indiqué que, le jour de l'accident, la visibilité était bonne. Le témoin
N.________ a indiqué que la visibilité n'était pas bonne depuis l'endroit où
elle se trouvait – soit sous les arbres et non au bord de l'eau – mais qu'il
faisait clair, ce qui lui a fait ajouter que l'on voyait bien. Ce dernier
témoignage ne vient contredire ni les autres dépositions ni le jugement
pénal. On doit donc retenir que le jour de l'accident, la visibilité était
bonne, même s'il y avait quelques vaguelettes. Le témoin H.________ a
d'ailleurs vu couler D.Q.________ alors qu'elle se trouvait sur le rivage.
Les témoignages recueillis en cours de procédure sont quelque
peu incertains sur l'heure à laquelle l'accident s'est produit, ainsi que sur
sa localisation exacte. On s'en tiendra donc à ce que retient le jugement
pénal, soit qu'il s'est produit peu après 17h30, à une cinquantaine de
mètres du bord.
Lorsqu'une personne est en difficulté, le gardien non titulaire
d'un permis de bateau commence par alerter celui de la Vigie, afin qu'il se
déplace vers lui en bateau. Les ordres étaient que celui qui a donné
l'alerte soit dans l'eau de manière à pouvoir être rejoint par celui se
trouvant dans le bateau. Une fois sur place, les gardiens peuvent alors
plonger, le matériel nécessaire étant dans le bateau.
Pour le surplus, les témoignages recueillis en cours
d'instruction n'apportent pas d'élément supplémentaire par rapport au
jugement pénal, de sorte qu'il convient de s'en tenir à l'état de fait qui y
est retenu.
6.Au cours de la présente procédure, une expertise a été confiée
à la Société Suisse de Sauvetage (SSS). Jean-Marc von Bergen, Riccardo
Sacco, tous deux chefs techniques, et Javier Perez, vice-président de la
SSS, ont déposé leur rapport d’expertise le 26 mars 2009. Leurs
constatations sont les suivantes :
-
15 -
a) Au moment des faits, le gardien en poste ne disposait d'aucun
matériel d'intervention, même pas d'un sifflet.
Une plage de cette importance nécessite un équipement
minimum à chaque poste de surveillance, à savoir :
• Moyen de communication : radio,
• Moyens d'intervention directe : palmes, masque, tuba, balles
de sauvetage en bout de digue.
Des directives strictes devraient définir les conditions
d'ouverture de la plage en fonction de la température et l'état du lac.
b)Il est inexact d'affirmer qu'il était humainement impossible
d'intervenir avant la submersion de D.Q.________. Selon les experts, il est
possible d'intervenir si la surveillance est faite correctement; au moment
des faits, seuls deux nageurs se trouvaient dans la zone de surveillance du
défendeur.
c)Il n'est pas correct de dire que dans un lac, un corps ne tombe
pas à pic, en fonction de la densité du corps de la victime (masse
musculaire ou graisseuse). Elle peut couler à pic, surtout que, dans cet
accident, les poumons de la victime contenaient de l'eau.
Selon les experts, un corps peut être dévié en surface par
l'effet du flux d'air créé par la bise et dans le fond par le flux naturel du
lac, qui peut créer un mouvement d'eau contre courant généré par les
digues (sic).
d) Plusieurs plongées sont nécessaires afin de retrouver une
victime, par le manque de localisation, le manque de visibilité ou la
turbidité des eaux.
e)S'il n'est pas rare qu'un corps soit retrouvé qu'une heure après
avoir coulé, les experts ont estimé que si la surveillance avait été
optimale, la localisation aurait été instantanée.
-
16 -
f) Quant à l'affirmation selon laquelle deux minutes
supplémentaires sont nécessaires afin que le bateau arrive sur les lieux et
que les gardiens commencent à plonger, les experts ont déclaré que ce
temps supplémentaire avait été rendu nécessaire par le fait que seul le
pilote se trouvait sur le bateau lors du premier trajet, le gardien
responsable de la zone n'étant pas intervenu.
Ainsi, il est inexact de prétendre que dans une situation
optimale, trois à quatre minutes seraient nécessaires entre l'alerte et la
première plongée. De l'avis des experts, il ne faut qu'1min30 à 2 minutes
au maximum pour intervenir.
-
17 -
Les experts ont confirmé qu'une intervention de secours
adéquate pouvait empêcher la submersion de la victime pendant plusieurs
minutes, si le temps d'intervention se situe entre 1min30 et 2 minutes
comme indiqué précédemment.
g)En conclusion, les experts ont relevé qu'une plage de cette
envergure nécessitait plus que trois gardiens en pleine saison. Lors de la
basse saison, il est nécessaire de créer une zone de baignade restreinte
avec les trois gardiens en surveillance, en y incluant des rotations de
poste afin de garantir une sécurité optimale, en évitant la monotonie
générant l'inattention.
7.A la suite du décès de leur fils, les demandeurs A.Q.________ et
B.Q.________ se sont vus facturer les frais suivants, pour un total de
12'698 fr. 15 :
-le 26 juin 2000, les Pompes funèbres [...] ont facturé leurs
prestations à hauteur de 4'019 fr. 40; il ressort toutefois des récépissés
postaux produits par le demandeur A.Q.________ que celui-ci a payé
4'044 fr. 40 en tout à cette société;
-le 30 juin 2000, le Groupe sanitaire de la direction de la
Sécurité publique et des affaires sportives de la ville de [...] a facturé les
frais d'ambulance à hauteur de 500 francs;
-
le même jour, le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois
(CHUV) a facturé les prestations du SMUR à hauteur de 517 fr. 50;
-l'assureur maladie [...] a facturé, le 15 novembre 2001, un
montant de 1'341 fr. 25, correspondant à la franchise annuelle et à la
participation des demandeurs aux frais d'hospitalisation de D.Q.________;
-la facture du 13 juin 2005 pour la pierre tombale, de la
Marbrerie du [...], s'est montée à 6'295 francs.
-
18 -
8.Les demandeurs se sont constitués partie civile dans le cadre
du procès pénal consécutif à l'accident. Ils ont été assistés par
MeF., avocat à Lausanne, dans cette procédure qui a duré plus de
quatre ans et qui était dirigée contre trois co-accusés. La note
d'honoraires de ce conseil, pour la période du 14 août 2000 au 11 avril
2005, s'est élevée à 29'439 fr. 35.
Le 25 août 2005, soit avant l'ouverture de la présente
procédure, l'étude [...] a facturé aux demandeurs la somme de 3'692 fr. 85
dans l'"affaire c/ [...] Assurances", pour la période du 1
er
décembre 2004
au 15 août 2005, l'avocate titulaire du dossier étant Me Mihaela Amoos. Ce
conseil a facturé aux demandeurs, le 28 mars 2006, des honoraires à
hauteur de 2'474 fr. 80 pour la période du 25 août 2005 au 28 mars 2006
et, le 1
er
octobre 2006, des honoraires à hauteur de 3'550 fr. 80 pour la
période du 28 mars 2006 au 1
er
octobre 2006. Le 14 juin 2007, ce conseil
a encore facturé 5'380 fr. d'honoraires aux demandeurs, pour la période
du 1
er
octobre 2006 au 30 mai 2007. En tout, ce sont donc 15'098 fr. 45
d'honoraires qui ont été facturés aux demandeurs par Me Mihaela Amoos
avant l'ouverture de la présente action.
9.La famille A.Q. est une famille d'immigrés polonais,
arrivée en Suisse en 1982 alors que D.Q.________ avait un an. La
demanderesse B.Q.________ avait alors un peu plus de vingt ans et le
demandeur A.Q.________ un peu moins de trente ans. Leur famille était
soudée. Les deux frères étaient proches, l'aîné, doué, étant un modèle
pour le cadet.
Les parents de D.Q.________ étaient fiers de cet enfant perfor-
mant scolairement et très cultivé. Ses résultats scolaires étaient en effet
brillants et laissaient présager des études supérieures. Dès son plus jeune
âge, D.Q.________ était doué en tout ce qu'il faisait, que ce soit dans son
-
19 -
travail scolaire, dans le dessin ou dans l'apprentissage de langues
étrangères; il en connaissait plusieurs, au moins oralement.
Il chantait dans une chorale. Au gymnase, il avait écrit une
pièce de théâtre qui a été jouée dans son école. Il publiait également des
articles dans le journal interne de son école. Comme cela résulte du
jugement pénal, son décès est intervenu entre les examens écrits et oraux
du baccalauréat.
D.Q.________ était une personne joyeuse, enthousiaste et
généreuse, débordant de vitalité et de joie de vivre. Il était aimé de tout
son entourage.
Les demandeurs ont terriblement souffert de son décès
tragique, qui leur a causé une douleur incommensurable. Les deux parties
admettent que la perte d'un enfant, respectivement d'un frère, est source
de souffrances.
Une foule importante – notamment de camarades de gymnase
– s'est rendue à son enterrement. Des articles sont parus dans la presse.
10.Les demandeurs allèguent qu'en raison de la perte de son
frère aîné, C.Q.________ a énormément souffert psychologiquement.
Entendus sur ce point, les témoins n'ont pas tous été aussi affirmatifs, de
sorte que l'on ne peut retenir que le fait que le demandeur C.Q.________ a
énormément souffert de la perte de son frère d'une année son aîné.
Le décès de son frère a eu un impact négatif sur le parcours
professionnel du demandeur C.Q.. Les demandeurs allèguent
encore qu'à la suite de l'accident, C.Q. a arrêté ses études au
gymnase, que durant dix mois, il a fait preuve d'un renfermement sur lui
et stoppé toutes activités et qu'il a rencontré des difficultés relationnelles
et de communication même avec ses parents. Les témoins K.,
R. et V.________ ont été entendus sur ces allégués. Au vu de leurs
-
20 -
déclarations, on retiendra qu'à la suite du décès de son frère, C.Q.________
a arrêté ses études au gymnase et a commencé un apprentissage
d'employé de commerce dans une étude d'avocats, qu'il a terminé dans
l'entreprise de ses parents, son père étant son maître d'apprentissage.
Démotivé, il s'est renfermé sur lui-même. Il a eu des difficultés
relationnelles et de communication avec ses parents, dues au moins en
partie au décès de son frère. Cet accident a donc eu un impact négatif sur
ses relations familiales et sociales.
11.Le demandeur A.Q.________ a travaillé comme responsable
pour un centre de réfugiés de l'Armée du Salut de 1984 à 1985. De 1988 à
1992, il a travaillé pour la rédaction du journal "Der Bund" comme
responsable du service de développement photographique. De 1992 à
1993, il a travaillé pour le compte de Concord Watch Company SA, à
Bienne, comme responsable de la publicité. Il réalisait de ce fait un salaire
mensuel brut de l'ordre de 6'460 francs.
En 1993, les demandeurs A.Q.________ et B.Q.________ ont créé
la société S.________ Sàrl, inscrite au Registre du commerce le 6 août 1993
et dont le but est l'importation, l'exportation, l'achat, le commerce et la
fabrication de marchandises en tous genres. Il ressort de l'extrait de
compte individuel AVS de la demanderesse qu'elle a été salariée de cette
société à raison de 12'000 fr. par an de 2004 à 2006 et à raison de 4'000
fr. pour l'année 2007, ayant travaillé dans l'entreprise familiale.
D.Q.________ a aidé ses parents dans le cadre de cette
entreprise familiale, notamment lors de foires. Ses parents souhaitaient
qu'il reprenne cette entreprise, mais D.Q.________ entendait plutôt
privilégier ses études et non reprendre cette société. Il est admis que
D.Q.________ était sur le point d'obtenir son baccalauréat et que, selon les
demandeurs, il projetait de faire des études de droit. Il ressort toutefois du
témoignage de D.________, ami d'enfance du défunt, que ce dernier
hésitait entre les sciences politiques et la théologie. Au vu de ce
témoignage – par ailleurs digne de confiance – en contradiction avec les
-
21 -
aveux des demandeurs, on ne peut que retenir que D.Q.________ entendait
suivre des études universitaires, sans que la matière en soit déterminée.
C.Q.________ a également aidé ses parents dans l'entreprise
familiale, sans que l'instruction n'ait permis d'établir l'ampleur de l'activité
déployée par les deux frères.
12.En cours de procédure, une expertise comptable a été confiée
à M. André Donzé, comptable-contrôleur de gestion, expert-comptable et
expert fiscal diplômé, à Lausanne. Il a rendu son rapport en date du 13
février 2009. Ses constatations et conclusions sont en bref les suivantes :
a) Sur la question de savoir si, au vu de leur parcours migratoire
et professionnel, les demandeurs B.Q.________ et A.Q.________ ont été en
mesure ou non de se constituer une prévoyance professionnelle
convenable, l'expert a constaté que la demanderesse n'a exercé une
activité lucrative qu'à partir de l'année 2004 auprès de la société
S.________ Sàrl, avec un salaire annuel brut variant de 4'000 fr. à 12'000
francs. Le certificat de salaire de l'année 2005 montre qu'elle n'a pas
cotisé à une fondation LPP durant cette année-là au moins. L'expert est
d'avis qu'il est vraisemblable qu'elle n'a également pas cotisé durant les
années 2004, 2006 et 2007 étant donné la modicité des salaires perçus.
Elle ne devrait en conséquence pas avoir constitué de capital destiné à la
prévoyance professionnelle depuis son arrivée en Suisse.
Selon l'extrait de son compte individuel, le demandeur
A.Q.________ a commencé son activité lucrative dépendante en Suisse en
-
29 -
défaut d'une disposition expresse, il n'est en général pas de devoir d'agir.
En dehors de ces règles, nul n'a en principe le devoir de préserver autrui
d'un dommage (Engel, op. cit., p. 453).
b) L'art. 53 CO, qui est applicable à tout le droit privé, régit
l'indépendance du juge civil envers le droit pénal, l'acquittement prononcé
par le tribunal pénal et les décisions du juge pénal en général. Cette
indépendance concerne les dispositions du droit pénal en matière
d'imputabilité et l'acquittement lorsqu'il s'agit de juger de la culpabilité ou
de l'innocence en droit civil (al. 1). L'indépendance concerne aussi
l'appréciation du tribunal pénal en ce qui concerne la faute et la fixation
du dommage (al. 2). La jurisprudence voit dans cette disposition une
intervention du législateur fédéral dans le droit de procédure
généralement réservé aux cantons mais une intervention limitée à la
question de la faute et de l'appréciation du dommage. En ce qui concerne
ces deux domaines il est exclu, dans l'intérêt du droit matériel fédéral, que
le juge civil soit lié par un jugement pénal antérieur. Dans d'autres
domaines, les cantons sont libres de prévoir que le juge civil est lié par un
jugement pénal, notamment en ce qui concerne la constatation d'un acte
en tant que tel et son illicéité (TF 4C.400/2006 du 9 mars 2007, c. 4.1 et
les références citées). Rien de tel n'existe toutefois en procédure
vaudoise.
c) Selon la jurisprudence, celui qui crée un état de fait
dangereux doit prendre les mesures de précaution commandées par les
circonstances pour éviter la survenance d'un accident. Cette obligation,
découlant de l'action consistant à créer un danger, résulte directement du
devoir général de respecter le droit à la vie et à l'intégrité corporelle, en
tant que droit absolu. Il a été ainsi admis que l'exploitant d'une remontée
mécanique et des pistes de ski adjacentes devait prendre les mesures de
précaution que l'on pouvait exiger de lui pour assurer la sécurité des
usagers. L'exploitant ne saurait cependant être tenu au-delà de ce qui
peut être raisonnablement exigé de lui en fonction des circonstances
concrètes. Le risque particulier peut résulter du fait que le danger est
-
30 -
difficile à détecter ou difficile à éviter (ATF 126 III 113, JT 2001 I 90,
confirmé in ATF 130 III 193, JT 2004 I 214; ATF 113 II 246, JT 1988 I 3).
L'exploitant d'une piscine publique doit laisser l'usager utiliser
les installations mises à sa disposition sans qu'il en résulte un préjudice
pour sa santé ou son intégrité corporelle; s'il ne prend pas toutes les
mesures commandées par les circonstances pour lui assurer la sécurité
voulue, il n'accomplit pas ses obligations contractuelles. Outre la sécurité
des installations, la surveillance des usagers et de leurs actes, en
particulier aux endroits les plus dangereux, tels que les bassins et les
plongeoirs, est essentielle. Cela implique, de la part du gardien, une
attention soutenue, depuis le bord ou à proximité de la piscine, à l'égard
de tout acte ou événement insolite ou pouvant présenter un danger, pour
autant qu'il soit perceptible, ainsi qu'une intervention immédiate sitôt
qu'une anomalie ou un danger lui est signalé par toute personne l'ayant
perçu. Mais la diligence à observer dans la surveillance ne peut pas
raisonnablement porter sur tous les actes des usagers, même lorsqu'ils
sont dans l'eau. Ainsi, il n'incombe pas au gardien de vérifier que chaque
baigneur reste en surface, ou s'il est sous l'eau, qu'il remonte à temps. Le
risque lié à l'usage normal de l'eau, ou à son usage apparemment normal,
doit être assumé par le nageur lui-même ou par ceux qui ont une autorité
directe sur lui, l'exploitant n'ayant à intervenir que s'il constate que le
risque couru se réalise
(ATF 113 II 424 c. 1c, SJ 1988 p. 241). Que la responsabilité soit
contractuelle ou délictuelle, l'obligation de sécurité a le même objet (ATF
113 II 246 précité, JT 1988 I 3).
d) En l'espèce, le défendeur G.________ a été reconnu coupable
d'homicide par négligence, selon jugement rendu le 25 juin 2004 par le
Tribunal correctionnel de Lausanne, jugement confirmé par arrêt de la
Cour de cassation pénale du Tribunal cantonal le 19 novembre suivant.
Il n'y a pas lieu de s'écarter de l'état de fait retenu par ce
jugement pénal, l'instruction de la présente cause n'ayant que confirmé le
déroulement des événements ayant conduit au décès de D.Q.________.
-
31 -
Ainsi, il faut retenir que le comportement du défendeur
G.________ le jour de l'accident constitue un acte illicite. En effet, il a perdu
de vue les deux seuls nageurs qui se trouvaient dans la zone surveillée où
la profondeur est d'au moins 3m50, entre les bouées rouges et les bouées
jaunes. Il n'a pas vu les signes annonciateurs de l'accident, soit le fait que
D.Q.________ a fait demi-tour pour prêter main-forte à X., qu'il a
ensuite poussé un cri, avant de disparaître de la surface de l'eau une
première fois, de remonter et de disparaître à nouveau et que X. a
appelé à l'aide. Or, ces signes ont été perçus depuis le rivage par les
autres personnes présentes, H.________ ayant même vu couler
D.Q..
Il a fallu que quelqu'un vienne chercher le défendeur
G. pour que celui-ci descende de sa chaise et, même à ce
moment, il ne s'est pas rendu compte immédiatement qu'une personne se
trouvait en difficulté sérieuse finalement.
Ayant pris conscience de ce qu'il se passait, il a délégué le
"sauvetage" de X.________ à [...] qui se trouvait là pour récupérer son
ballon, sans savoir si ce dernier avait les capacités de le faire puis il a
envoyé un jeune garçon d'une dizaine d'années donner l'alerte à son
collègue qui se trouvait vers la vigie. Cela a eu pour conséquence que
J.________ est venu seul aux commandes du bateau, qu'il a dû faire demi-
tour pour pouvoir prendre en charge P.________ avant de revenir sur les
lieux présumés de la disparition de D.Q., avant d'entamer la
procédure de sauvetage. Par ailleurs, du fait de son inattention, le
défendeur ne savait pas exactement où avait coulé D.Q..
Finalement, contrairement aux directives reçues, le défendeur n'a pas
plongé pour signaler à ses collègues dans le bateau l'endroit où ils
devaient entamer les recherches.
Le défendeur aurait dû être d'autant plus attentif qu'il
considérait que l'eau était trop froide pour se baigner, ce qui a d'ailleurs
-
32 -
été retenu dans l'arrêt du 19 novembre 2004 de la Cour de cassation
pénale vaudoise.
Selon la jurisprudence précitée (ATF 113 II 424 c. 1c, SJ 1988
p. 241), le défendeur aurait dû avoir une attention soutenue "à l'égard de
tout acte ou événement insolite ou pouvant présenter un danger, pour
autant qu'il soit perceptible, ainsi qu'une intervention immédiate sitôt
qu'une anomalie ou un danger lui est signalé par toute personne l'ayant
perçu". En l'espèce, comme mentionné, des signes précurseurs étaient
perceptibles et ont d'ailleurs été perçus par les personnes présentes,
pourtant non chargées de veiller à la sécurité des usagers, mais pas du
défendeur, dont c'était pourtant la responsabilité.
Les experts mis en œuvre dans le cadre de la présente
procédure ont retenu qu'il aurait été possible d'intervenir si la surveillance
avait été faite correctement. Ils sont parvenus à la conclusion, que la Cour
fait sienne, que l'absence de réaction rapide du défendeur avait allongé le
laps de temps durant lequel D.Q.________ était resté sous l'eau, alors qu'il
était possible d'arriver à un temps d'intervention de deux minutes au
maximum et non de cinq minutes au moins comme cela a été le cas le 17
juin 2000.
Le comportement du défendeur – ou plutôt les manquements
qui doivent lui être reprochés – constitue dès lors bien un acte illicite au
sens de l'art. 41 CO.
e) En ce qui concerne la défenderesse Commune de L.________,
elle avait une obligation de sécurité à assurer, en raison de la création de
l'état de fait dangereux que constitue l'exploitation d'une piscine publique.
Cette obligation existe tant sur le plan de la responsabilité contractuelle
que sur le plan de la responsabilité délictuelle. Elle a le même contenu
dans les deux cas.
Il ressort de l'expertise judiciaire qu'une plage de cette
importance nécessite un équipement minimum à chaque poste de
-
33 -
surveillance. Cet équipement se compose d'une radio, comme moyen de
communication, et de moyens d'intervention directe, à savoir des palmes,
un masque, un tuba et des balles de sauvetage, placés en bout de digue.
Par ailleurs, en pleine saison, plus de trois gardiens doivent être affectés à
la surveillance de cette plage. En basse saison, il est nécessaire de créer
une zone de baignade restreinte, avec trois gardiens en surveillance, en y
incluant des rotations de poste afin de garantir une sécurité optimale, en
évitant la monotonie générant l'inattention.
De plus, des directives strictes auraient dû définir les
conditions d'ouverture de la plage en fonction de la température et de
l'état du lac.
Or, à l'époque des faits, les gardiens n'avaient pas de radio
pour communiquer entre eux, pour des raisons budgétaires. Ils auraient dû
avoir un sifflet pour donner l'alerte, mais le défendeur n'en était pas muni
au moment de l'accident, sans que l'on sache pourquoi. La communication
entre les gardiens étaient dès lors pour le moins hasardeuse, puisqu'elle
devait avoir lieu par "tous moyens possibles, sans toutefois quitter son
poste (cris, gestes, sauts sur place, etc.)".
Le nombre de gardiens était insuffisant, toute la zone de
baignade étant ouverte. De plus, il est établi que les attributions de poste
étaient faites pour la journée entière, sans rotation pour briser la
monotonie. De surcroît, le matériel de sauvetage se trouvait dans un local
au pied de la vigie, comme l'ont admis les parties, et non en bout de
digues, comme recommandé par les experts. Ainsi, les deux gardiens
placés aux extrémités de la plage n'avaient pas le matériel nécessaire
sous la main pour pouvoir plonger au secours de nageurs en péril. Ils
devaient soit aller chercher le matériel, dans le local au pied de la vigie,
soit plonger sans ce matériel, ce qui est certainement moins efficace.
Au vu de ce qui précède, il faut admettre que la défenderesse
Commune de L.________ a violé son obligation d'assurer la sécurité et la
-
34 -
surveillance de ses installations. Elle a donc commis un acte illicite au sens
de l'art. 41 CO.
IV.a) D'une manière générale, il faut distinguer l'élément objectif
de la faute de son élément subjectif.
La faute objective consiste dans le manquement à la diligence
qu'on pouvait raisonnablement attendre de l'auteur dans les circonstances
de temps et de lieu où il a causé le dommage (Werro, Commentaire, n. 90
ad art. 41 CO).
La faute subjective consiste dans le fait, pour l'auteur, de ne
pas mettre en œuvre sa capacité de compréhension et sa volonté pour
obéir à la norme de comportement applicable, que ce soit
intentionnellement ou par négligence. Ainsi, la faute subjective justifie
l'imputabilité de la faute objective à l'auteur de cette dernière. Cette
imputation n'est cependant possible que si l'auteur est capable de
discernement, la capacité de discernement étant présumée (art. 16 CC -
Werro, Commentaire, nn. 92 ss ad art. 41 CO).
b) En l'espèce, on peut reprocher une faute tant au défendeur
qu'à la défenderesse.
En effet, les défendeurs ont manqué à la diligence que l'on
pouvait attendre d'eux, que ce soit par le comportement inadéquat du
défendeur ou par les mesures insuffisantes prises par la défenderesse
pour assurer la sécurité et la surveillance de ses installations.
Cette condition est donc remplie.
V.a) La causalité naturelle est un lien tel que sans le premier
événement, le second ne se serait pas produit (Werro, Commentaire, n. 33
-
35 -
ad art. 41 CO; Brehm, Commentaire bernois, nn. 105 ss ad art. 41 CO, cité
ci-après : Brehm, Commentaire).
Il y a causalité adéquate lorsque le comportement incriminé
était propre, d'après le cours ordinaire des choses et l'expérience générale
de la vie, à entraîner un résultat du genre de celui qui s'est produit (ATF
129 II 312 c. 3.3, rés. in JT 2006 IV 35; ATF 123 III 110 c. 3a).
La distinction entre lien de causalité naturelle et adéquate a
une portée restreinte en cas d'omission. En substance, il s'agit de
rechercher une causalité hypothétique, qui consiste à se demander si
l'entreprise de l'acte omis aurait permis d'éviter le résultat. Un tel
pronostic implique déjà un jugement de valeur, qui rend en principe
superflu de procéder à l'examen de la causalité adéquate (ATF 115 II 440
c. 5a, JT 1990 I 362). En matière de causalité hypothétique, le juge peut se
contenter d'une vraisemblance prépondérante que le résultat se serait
produit, selon le cours ordinaire des choses et l'expérience générale de la
vie (ATF 121 III 358 c. 5, JT 1996 I 66).
b) En l'espèce, si la défenderesse avait suivi les
recommandations contenues dans l'expertise judiciaire, la victime aurait
pu être sauvée. En effet, si, au vu des conditions de température, l'accès
au lac avait été interdit ou si, cet accès n'étant pas interdit, la zone de
baignade avait été restreinte avec trois gardiens affectés à sa
surveillance, en respectant des tournus pour éviter la monotonie – et donc
l'inattention – l'issue fatale de cet accident aurait pu être évitée. De plus,
si les gardiens avaient été munis de radio, l'alerte aurait pu être donnée
de manière correcte plus rapidement, sans qu'un enfant de dix ans doive
faire le messager, ce qui aurait permis une intervention plus prompte des
gardiens dans le bateau.
Le Dr O., qui a fonctionné comme expert privé dans le
cadre de la procédure pénale, a indiqué qu'une intervention plus rapide
aurait pu sauver D.Q. si elle avait eu lieu avant la submersion. La
submersion étant intervenue, il aurait fallu retrouver la victime dans les
-
36 -
cinq minutes suivant l'accident pour envisager un bénéfice sur sa survie,
le pronostic étant toutefois réservé dans ce cas.
Le Dr O.________ a précisé, lorsqu'il affirme qu'aucune
intervention n'aurait pu être suffisamment rapide pour éviter des
complications (R. 5) que la "seule intervention de nature à sauver la
victime aurait dû se faire avant la submersion", qu'il se référait à "un
sauvetage en eau libre d'une victime non localisée".
Or, en l'espèce, la victime n'était pas vraiment localisée. Mais
les experts judiciaires ont clairement indiqué que le temps d'intervention
se situait entre 1min30 et 2 min au maximum. Il aurait dès lors été
possible de sauver D.Q.________ si l'intervention avait été déclenchée dès
les premiers signes annonciateurs d'un problème.
Dès lors que l'on se trouve ici dans le domaine de la causalité
hypothétique, il suffit aux demandeurs de rendre très vraisemblable que,
selon le cours ordinaire des choses et l'expérience générale de la vie, le
défaut de sécurité à l'endroit de l'accident a été la cause du préjudice subi
(ATF 121 III 358 c. 5 précité, JT 1996 I 66).
C'est le cas en l'espèce. En effet, il est très vraisemblable que
sans les manquements de la défenderesse en matière de respect de son
obligation de sécurité, l'accident ne se serait pas produit. Comme
mentionné précédemment, s'il y avait eu des avertissements quant à la
température de l'eau, voire même une interdiction de baignade, la noyade
ne serait pas intervenue. Par ailleurs, si la zone de baignade avait été
restreinte, l'accident aurait été plus facilement évitable. Enfin, si le contact
visuel avait été conservé à chaque instant avec les deux baigneurs, il
aurait été possible pour les gardiens, munis des moyens de
communication adéquats et du matériel déposé aux endroits assurant une
intervention efficace, de procéder à un sauvetage avant la submersion. Le
temps à disposition pour ce faire aurait été tout à fait suffisant.
-
37 -
On doit dès lors admettre que les manquements de la
défenderesse se trouvent en lien de causalité hypothétique avec l'accident
intervenu le 17 juin 2000, qui a coûté la vie à D.Q..
On pourrait encore se poser la question de savoir si le
comportement du défendeur n'interrompt pas la chaîne causale. En effet,
si le gardien ne surveille pas correctement le secteur qui lui est affecté, le
fait d'avoir plus de moyens à disposition n'aurait rien changé au résultat. Il
semble toutefois difficile de retenir ce raisonnement. En effet, l'adéquation
des mesures de sécurité aurait déjà multiplié les chances de survie de
D.Q.. Cette question peut toutefois rester ouverte, dès lors que la
défenderesse doit de toute façon être tenue pour responsable du
comportement de son employé sur la base de l'art. 55 CO (cf. infra n° VI).
c) Quant au comportement du défendeur, il est également en
lien de causalité hypothétique avec le décès de D.Q.. En effet,
selon les experts judiciaires, avec les moyens techniques à disposition, un
sauvetage en 1min30 ou 2 minutes au maximum était possible, ce qui
aurait très vraisemblablement permis de sauver la vie de D.Q..
Pour cela, il aurait fallu que le défendeur ne perde pas de vue
les nageurs qui étaient dans la zone qu'il devait surveiller. Il aurait alors pu
déceler rapidement leurs difficultés et entreprendre sans tarder les
démarches de sauvetage. La victime aurait alors pu être sauvée avant la
submersion, ce qui aurait garanti sa survie.
En définitive, la responsabilité des défendeurs ensuite de
l'accident mortel de D.Q.________ est engagée, toutes les conditions en
étant remplies.
VI.a) Aux termes de l'art. 55 CO, l'employeur est responsable du
dommage causé par ses travailleurs ou ses autres auxiliaires dans
l'accomplissement de leur travail, s'il ne prouve qu'il a pris tous les soins
commandés par les circonstances pour détourner un dommage de ce
-
38 -
genre ou que sa diligence n'eût pas empêché le dommage de se produire
(al. 1).
Pour que la responsabilité de l'employeur soit engagée, il faut
tout d'abord que les conditions générales de la responsabilité soient
réunies. L'application de l'art. 55 CO suppose également l'existence d'un
certain nombres de conditions spécifiques : il faut ainsi un employeur et
un auxiliaire, un acte illicite de l'auxiliaire dans l'accomplissement de son
travail et l'absence de preuve libératoire (Werro, Commentaire, nn. 5 et 6
ad art. 55 CO).
L'art. 55 CO institue une responsabilité objective simple, qui
sanctionne la violation d'un devoir de diligence, apprécié objectivement,
indépendamment de la personne de l'employeur (Werro, Commentaire, n.
1 ad art. 55 CO).
L'employeur est toute personne physique ou morale qui, dans
ses affaires professionnelles ou domestiques, charge un subordonné,
appelé auxiliaire, d'accomplir une tâche. Le critère essentiel est celui de
l'existence, entre ces deux personnes, d'un rapport de subordination
personnelle qu'il revient à la victime de prouver (Werro, Commentaire, n. 7
ad art. 55 CO).
Il faut une relation directe et fonctionnelle entre l'activité pour
laquelle l'employeur a eu recours à l'auxiliaire et l'acte dommageable. Ce
lien manque en particulier quand l'acte illicite a eu lieu non pas dans
l'accomplissement du travail, mais à l'occasion de celui-ci seulement. La
responsabilité de l'employeur n'est pas d'emblée exclue si l'auxiliaire
prend l'initiative d'une mesure ou élargit de son propre chef son activité,
aussi longtemps qu'il existe une corrélation avec son travail; cela vaut en
particulier si l'employeur n'intervient pas alors qu'il a conscience de cette
activité de son auxiliaire (TF 4A.326/2008 et 4A.406/2008 du 16 décembre
2008
c. 5.1 et les références citées).
-
39 -
La responsabilité de l'employeur pour le dommage causé par
son auxiliaire est causale, c'est-à-dire que l'employeur répond du
dommage même s'il n'y a pas eu faute de sa part ou de celle de
l'auxiliaire. Selon la règle générale de la causalité, il ne répond pas du
dommage lorsqu'une autre cause a joué un rôle primaire et seul décisif
dans la survenance de celui-ci (TF 4A.326/2008 et 4A.406/2008 du 16
décembre 2008 précité c. 5.2 et les références citées). Il dispose toutefois
de moyens libératoires en prouvant qu'il n'a commis aucune faute
personnelle dans la mise à disposition d'instruments et de matériaux
appropriés, l'organisation, la direction et le contrôle de son entreprise, ni
dans le choix de ses collaborateurs (cura in eligendo), les instructions
données (cura in custodiendo) ou la surveillance de leur activité (cura in
instruendo). Les exigences posées par le Tribunal fédéral pour la preuve
libératoire sont élevées et, plus le travail de l'auxiliaire est dangereux, plus
la diligence requise de l'employeur est élevée, même si l'on ne peut pas
exiger l'impossible (TF 4A.326/2008 et 4A.406/2008 du 16 décembre 2008
précité, c. 5.2 et 5.3 et les références citées; ATF 90 II 86 c. 3, JT 1964 I
560; Werro, Commentaire, nn. 17 ss ad art. 55 CO; Engel, op. cit., pp. 739
ss).
b) En l'espèce, toutes les conditions de la responsabilité
aquilienne des défendeurs sont remplies. Il reste donc à examiner les
conditions spécifiques supplémentaires de l'art. 55 CO.
Il est admis par les parties que le défendeur était un employé
de la défenderesse au moment des faits. Il y avait bien un rapport de
subordination entre eux, la défenderesse donnant des directives à son
employé, qui devait les suivre. L'on se trouve donc en présence d'un
employeur et d'un auxiliaire au sens de l'art. 55 CO.
L'acte illicite a eu lieu dans l'accomplissement du travail, et
non pas seulement à l'occasion de celui-ci. En effet, il y a une relation
directe et fonctionnelle entre l'activité pour laquelle l'employeur a eu
recours à l'auxiliaire et l'acte dommageable. C'est en n'effectuant pas
-
40 -
correctement les tâches qui lui avaient été assignées que le défendeur a
commis un acte illicite.
Ces deux conditions étant remplies, il reste encore à examiner
si la défenderesse pourrait apporter une preuve libératoire.
Il convient tout d'abord de préciser qu'aucune autre cause n'a
joué un rôle primaire et seul décisif dans la survenance du dommage. En
effet, l'on ne peut pas reprocher à D.Q.________ d'avoir présumé de ses
forces et d'avoir pris des risques inconsidérés et totalement imprévisibles
en allant se baigner dans le lac, dans une zone surveillée, un après-midi
du mois de juin (cf. infra cons. VII).
On ne peut pas reprocher à la défenderesse de faute dans le
choix de ses collaborateurs (cura in eligendo), les instructions données
(cura in custodiendo) ou la surveillance de leur activité (cura in
instruendo). En effet, tous les gardiens étaient titulaires d'un diplôme de
sauveteur délivré par la SSS – ou d'un titre jugé équivalent – qui comprend
en particulier la maîtrise du sauvetage en eaux profondes. Par ailleurs, les
gardiens les plus expérimentés étaient affectés à la surveillance du lac.
Des directives étaient émises par la défenderesse et le défendeur savait
ce qu'il avait à faire. Quant à la surveillance de l'activité de ses employés,
il n'est pas établi qu'il y ait eu des manquements de la part de la
défenderesse sur ce point.
En revanche, on doit reprocher à la défenderesse une violation
de son devoir de mise à disposition d'instruments et de matériaux
appropriés (cf. Werro, Commentaire, n. 24 ad art. 55 CO), au vu de
l'expertise judiciaire. On doit également lui reprocher une violation de son
devoir d'organisation rationnelle de son entreprise (cf. Werro.
Commentaire, n. 25 ad art. 55 CO). En effet, comme cela a été mentionné
précédemment, les gardiens n'étaient pas munis de radio et n'avaient pas
le matériel adéquat en bout de digue pour leur permettre d'intervenir
rapidement. De plus, il n'était pas organisé de tournus entre les
surveillants afin d'éviter la monotonie et aucune directive quant à la
-
41 -
baignade n'était édictée. Il n'y avait pas non plus assez de gardien par
rapport à la surface de la zone à surveiller.
Au vu de ces manquements, la défenderesse échoue à
apporter une preuve libératoire de sa responsabilité au sens de l'art.
55 CO. Sa responsabilité est dès lors également engagée sur la base de
cette disposition.
VII.Il faut encore examiner si une faute concomitante pourrait être
reprochée à D.Q.________.
a) Aux termes de l'art. 44 al. 1 CO, le juge peut réduire les
dommages-intérêts, ou même n'en point allouer, lorsque la partie lésée a
consenti à la lésion ou lorsque des faits dont elle est responsable ont
contribué à créer le dommage, à l'augmenter, ou qu'ils ont aggravé la
situation du débiteur. Cette disposition doit être appliquée d'office (Werro,
Commentaire, n. 2 ad art. 44 CO).
Il y a faute concomitante lorsque le lésé omet de prendre les
mesures raisonnables aptes à contrecarrer la survenance du dommage.
Par sa façon d'agir, la victime favorise la survenance du fait
dommageable. Sa "faute" s'insère dans la série causale aboutissant au
préjudice, de sorte que le comportement reproché au lésé est en rapport
de causalité naturelle et adéquate avec la survenance du dommage. On
peut citer l'exemple du piéton qui se lance inopinément sur la chaussée et
qui est percuté par une voiture ou celui du voyageur qui descend du train
en marche (Werro, Commentaire, n. 13 ad art. 44 CO).
-
42 -
Quand l'auteur répond sur la base d'une faute (art. 41 CO), le
juge doit comparer celle-ci avec la faute de la victime. Il établit une
proportion en fonction des fautes commises. Selon le Tribunal fédéral, une
faute légère de la victime devrait exclure de manière générale une
réduction des dommages-intérêts. La disproportion manifeste entre une
faute légère de la victime et la grave négligence commise par le
responsable doit conduire à la réparation intégrale du dommage par celui-
ci. En matière de responsabilité objective (notamment celle de l'art. 55
CO), il est généralement admis que, s'il y a des fautes des deux côtés, la
faute du responsable objectif compense en partie la faute concomitante
de la victime; pratiquement, l'indemnité est réduite dans une mesure
moindre que ne le justifierait la faute concomitante considérée pour elle-
même (Werro, Commentaire, nn. 16, 17 et 20 ad art. 44 CO).
L'art. 44 al. 1 CO permet au juge de réduire les dommages-
intérêts lorsqu'il apparaît inéquitable de mettre à la charge du responsable
la réparation de la totalité du préjudice (TF 4A.45/2009 du 25 mars 2009).
b) En l'espèce, les défendeurs ont plaidé que D.Q.________
avait contribué à créer l'accident en raison du fait qu'il était dans une
période d'examens, par essence fatigante et stressante, et que, dans ces
conditions, il avait passé tout l'après-midi à la piscine et avait même nagé
une première fois jusqu'aux bouées en début d'après-midi, alors que l'eau
du lac était froide, qu'il y avait de la bise relativement forte et des
vaguelettes. Selon les défendeurs, il aurait adopté un comportement
fautif, en surestimant largement ses capacités physiques.
Il est constant que D.Q., alors âgé de 19 ans, avait une
bonne santé et une bonne condition physique. Au moment des faits, il se
trouvait effectivement entre ses examens écrits et oraux du baccalauréat,
sans que l'on sache de combien de jours de congé il bénéficiait, ni quel
était effectivement son état de fatigue. Le jugement pénal retient que
l'instruction n'a pas pu confirmer que D.Q. avait déjà fait un
premier trajet jusqu'aux bouées jaunes, et l'instruction de la présente
cause n'a pas non plus permis d'établir ce fait. Le jugement pénal retient
-
43 -
encore que D.Q.________ et X.________ n'étaient pas des nageurs
exceptionnels.
En définitive, cet accident mortel est arrivé à un jeune homme,
en bonne santé et ayant une bonne condition physique et qui, sans être un
nageur exceptionnel, n'était pas un mauvais nageur. Cette description
correspond à celle de la majorité des personnes fréquentant les
installations de K.________ - Plage. C'est dire que cet accident aurait pu
arriver à n'importe qui, ou presque. On ne peut donc pas reprocher à
D.Q.________ d'avoir été particulièrement imprudent et d'avoir pris des
risques inconsidérés.
Au contraire, les fautes reprochées aux défendeurs – que ce
soit le manque de surveillance ou l'absence de toute mise en garde ou
interdiction de baignade dans le lac – apparaissent bien plus graves que
tout ce que l'on pourrait reprocher à D.Q.. Dès lors, il n'y a pas lieu
à réduire les indemnités allouées à la famille de la victime en raison d'une
faute concomitante de cette dernière.
VIII.Il ne peut y avoir obligation de réparer pour l'auteur de l'acte
illicite que s'il a causé un préjudice à la victime. La victime doit avoir subi
contre sa volonté une diminution de son patrimoine (dommage matériel
ou immatériel) ou de son bien-être (tort moral) ou une atteinte à son
intégrité corporelle (dommage corporel - Deschenaux/Tercier, La
responsabilité civile, 2
ème
éd., pp. 45 ss; Werro, RC, nn. 39 ss).
En cas de décès de la victime, la loi prévoit la possibilité pour
la famille d'obtenir des dommages-intérêts (art. 45 CO), ainsi qu'une
indemnité équitable pour tort moral (art. 47 CO).
IX.Les demandeurs ont conclu au paiement par les défendeurs
d'une indemnité pour tort moral, à concurrence de 50'000 fr. pour chacun
des demandeurs B.Q. et A.Q.________ et à concurrence de 20'000
-
44 -
fr. pour le demandeur C.Q.________, sous déduction des montants versés
par la [...] Assurances selon convention du 25 novembre 2005.
-
45 -
a) Aux termes de l’art. 47 CO, le juge peut, compte tenu de
circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou,
en cas de mort d’homme, à la famille, une indemnité équitable à titre de
réparation morale. L’indemnité a pour but exclusif de compenser le
préjudice que représente une atteinte au bien-être moral. Le principe
d’une indemnisation du tort moral et l’ampleur de la réparation dépendent
d’une manière décisive de la gravité de l’atteinte et de la possibilité
d’adoucir de façon sensible, par le versement d’une somme d’argent, la
douleur physique ou morale (ATF 130 III 699 c. 5.1, rés. in JT 2006 I 193;
ATF 129 IV 22 c. 7.2, rés. in JT 2006 IV 182; ATF 125 III 412 c. 2a, JT 2006
IV 118; ATF 123 III 306 c. 9b, rés. in JT 1998 I 27; ATF 118 II 404 c. 3b/aa,
JT 1993 I 736).
Les circonstances particulières visées à l'art. 47 CO consistent
dans l’importance de l’atteinte à la personnalité du lésé, l’art. 47 CO étant
un cas d’application de l’art. 49 CO. Les critères d’appréciation sont avant
tout le type et la gravité de l’atteinte, l’intensité et la durée de ses
conséquences sur la personnalité de la victime, ainsi que le degré de
culpabilité de l’auteur (ATF 127 IV 215 c. 2a, JT 2003 IV 129; Werro, RC, n.
1289, p. 328). Il faut également tenir compte de l'intensité et de la qualité
des relations entre le défunt et le lésé, en particulier du lien de parenté
entre la victime et le défunt (Werro, RC, n. 147, p. 39 et n. 1288, p. 328;
Brehm, Commentaire, nn. 27 ss ad art. 47 CO).
Alors que le calcul du dommage se fonde autant que possible
sur des données objectives, l'évaluation du tort moral échappe à une
appréciation rigoureuse, puisqu'elle concerne des valeurs par définition
non mesurables. En effet, nul ne peut réellement évaluer la souffrance
d'autrui (Werro, RC, n. 1271, p. 324). Pour échapper à cette impasse, on
demande au juge d'évaluer le tort moral en usant de son pouvoir
d'appréciation. Dans la mesure où le juge possède à cet égard un pouvoir
relativement important, le risque existe toutefois qu'en pratique, les
montants alloués varient fortement d'un tribunal à l'autre, ce qui porte
incontestablement atteinte aux principes de l'égalité entre justiciables et
de la sécurité du droit (Guyaz, L'indemnisation du tort moral en cas
-
46 -
d'accident, in SJ 2003 II 1 ss, spéc. p. 27, cité ci-après : L'indemnisation).
Dans ce contexte, une partie de la doctrine a développé la méthode dite
des deux phases (aussi dans ce sens, Hütte/Ducksch/Gross, Le tort moral,
3
ème
éd., avril 1996, p. I/62a, n. 7.4).
En premier lieu, il faut comparer les faits qui lui sont soumis
aux différents cas d'espèce déjà jugés. En ce qui concerne le tort moral en
cas de décès, on peut se fonder sur les tables que la pratique a établies.
On détermine ainsi un montant de base à allouer au lésé, en fonction de la
gravité objective de l'atteinte, qui offre une échelle de grandeur (Werro,
RC, nn. 1273, p. 324; Hütte/Ducksch/Gross, op. cit., p. I/63a, n. 7.4).
En second lieu, partant de ce montant de base, le juge fait
usage de son pouvoir d'appréciation pour augmenter ou diminuer ce
dernier, en fonction des circonstances du cas concret, telles que la
souffrance effectivement ressentie par la victime, l'intensité des liens qui
unissaient cette dernière au défunt, la faute particulièrement grave du
responsable, ou les circonstances particulièrement horribles de l'accident.
La pratique retient les mêmes critères et les applique lorsqu'elle doit se
prononcer sur l'existence du tort moral (Werro, RC, n. 1276, pp. 325 et n.
1286, p. 327s.; Hütte/Ducksch/Gross, op. cit., p. I/63a, n. 7.4 et p. I/71a,
nn. 7.6 ss).
En ce qui concerne le moment déterminant pour le calcul de
l'indemnité, le Tribunal fédéral a laissé indécise la question controversée
de savoir s'il faut retenir la date de l'accident ou le jour du jugement (ATF
118 II 404 c. 3b/bb, JT 1993 I 736; Werro, RC, n. 1279, pp. 325 s.;
Hütte/Ducksch/Gross, op. cit., p. I/69a, n. 7.5.3; Guyaz, L'indemnisation, p.
42). Si on évalue le montant du tort moral d'après les taux usuels à
l'époque des lésions corporelles ou du décès, il faut ajouter à ce montant
des intérêts compensatoires au taux de 5 % (art. 73 al. 1 CO – TF du
23 février 1994 in SJ 1994 589 c. 10d; Guyaz, L'indemnisation, p. 43). En
revanche, si le montant déterminant est celui du jugement, il n'y a pas lieu
d'allouer d'intérêts; dans ce cas, la somme obtenue est en effet souvent
plus élevée que celle que le lésé aurait pu faire valoir au jour de l'accident
-
47 -
(Werro, La responsabilité civile, op. cit., n. 1279, pp. 325 s.; Guyaz,
L'indemnisation, p. 42). La cour de céans se fonde généralement sur la
première solution (CCiv 105/2007/PBH du 27 juin 2007).
b) La jurisprudence et la doctrine admettent que des parents
ont chacun un droit individuel à la réparation du tort moral subi ensuite de
la disparition de leur enfant (Brehm, La réparation du dommage corporel
en responsabilité civile, Berne 2002, nn. 807 ss, pp. 350 ss, cité ci-après :
Brehm, La réparation). Sauf circonstances particulières, en cas de décès
d'un enfant, il se justifie d'allouer la même indemnisation au père et à la
mère (Guyaz, L'indemnisation, p. 18). L'âge de l'enfant décédé ne joue pas
un rôle important, pas plus que la question de savoir s'il avait quitté ou
non le foyer familial, en ce qui concerne des enfants majeurs (Brehm, La
réparation, n. 811, pp. 351 s.). L'absence de ménage commun indique
néanmoins que les relations n'étaient plus aussi intenses qu'auparavant
(Hütte/Ducksch/Gross, op. cit., p. I/51a). Enfin, la réparation sera moins
élevée lorsque d'autres enfants vivent encore avec leurs parents ou les
entourent (Brehm, La réparation, n. 814, p. 352).
Pour les années 1998 à 2000, la pratique judiciaire retient une
réparation du tort moral pour la perte d'un enfant de l'ordre de 20'000 fr. à
25'000 francs (Hütte/Ducksch/Guerrero, Die Genugtuung, p. IV/1).
c) En l'espèce, les demandeurs B.Q.________ et A.Q.________
avaient deux enfants. Leur fils aîné est décédé alors qu'il n'était âgé que
de 19 ans et qu'il était promis à un brillant avenir. Les liens les unissant
étaient encore très forts, D.Q.________ aidant ses parents dans la mesure
de ses moyens, en travaillant pour l'entreprise familiale.
Par ailleurs, les circonstances de l'accident sont
particulièrement pénibles et les demandeurs ont énormément souffert, et
souffrent toujours, du décès de leur fils.
En conséquence, il convient de s'écarter de la fourchette de
base et de leur allouer un montant de 30'000 fr. chacun au titre
-
48 -
d'indemnité pour tort moral. Ces montants porteront intérêt moratoire dès
le jour du décès, soit dès le 17 juin 2000. Il faut en déduire les montants
déjà versés par l'assureur en responsabilité civile de la défenderesse,
valeur au 25 novembre 2005.
d) Quant au frère ou à la sœur d'une personne décédée, il n'a,
en général, droit à la réparation du tort moral subi que s'il vivait encore
sous le même toit que le défunt; si tel n'est pas le cas, il n'est pas accordé
d'indemnisation, à moins qu'il soit établi qu'il entretenait des relations
extraordinairement étroites avec la victime (Guyaz, L'indemnisation, p. 18
et les références citées).
Dès 1995, la moyenne des indemnités allouées à titre de
réparation du tort moral par les tribunaux en cas de perte d'un frère ou
d'une sœur s'élevait à
7'000 francs (Hütte/Ducksch/Gross, op. cit., p. I/36a). Se référant à Hütte
et Sidler, un auteur indique qu'à l'heure actuelle, les montants proposés
par ces auteurs en pareilles circonstances sont de 5'000 fr. à 8'000 fr.,
respectivement de 10'000 francs (Guyaz, L'indemnisation, p. 32). La
pratique judiciaire a en particulier répertorié un cas datant de 1997 dans
lequel un montant de 5'000 fr. a été octroyé au frère d'une personne
poignardée, sans préciser l'existence de liens particulièrement étroits ou
d'un ménage commun (Hütte/Ducksch/Guerrero, op. cit., p. V/1, n. 1a).
e) En l'espèce, le demandeur C.Q.________ était le frère cadet
du défunt. Ils faisaient ménage commun au moment où l'accident s'est
produit. Il est établi que l'aîné était un modèle pour le cadet. Ce dernier a
d'ailleurs beaucoup souffert de la disparition de son frère, a interrompu
ses études gymnasiales, a eu de la peine à terminer son apprentissage et
s'est renfermé sur lui-même.
Au vu de ces circonstances, il convient d'allouer un montant de
10'000 fr. au titre d'indemnité pour tort moral au demandeur C.Q.________,
avec intérêt à 5% l'an dès le 17 juin 2000. Il faut également déduire de ce
-
49 -
montant la somme de 5'000 fr. qui a été versée par [...] Assurances,
valeur au 25 novembre 2005.
X.Les demandeurs B.Q.________ et A.Q.________ ont encore conclu
au paiement d'un montant de 409'285 fr. 95, qui se décompose comme
suit :
-
frais funéraires et hospitaliers (infra n° XI)Fr. 12'698.15
-
frais divers (infra n° XI)Fr. 2'050.00
-
honoraires pénaux (infra n° XII)Fr. 29'439.35
-
honoraires civils avant procès (infra n° XII)Fr. 15'098.45
-
perte de soutien (infra n° XIII)Fr. 350'000.00
XI.a) L'art. 45 CO prévoit qu'en cas de mort d'homme, les
dommages-intérêts comprennent les frais, notamment ceux d'inhumation
(al. 1). Si la mort n'est pas survenue immédiatement, ils comprennent en
particulier les frais de traitement, ainsi que le préjudice dérivant de
l'incapacité de travail (al. 2).
Le Tribunal fédéral a récemment précisé que l'art. 45 al. 1 CO
doit être interprété selon son sens littéral. Celui qui est responsable de la
mort d'une personne doit verser des dommages-intérêts pour couvrir les
frais funéraires qu'il a causés. Le responsable ne peut donc pas faire valoir
qu'une autre cause aurait ultérieurement provoqué la mort et engendré
des frais funéraires (ATF 135 III 397 c. 2.3, JT 2009 I 542, SJ 2009 I 412).
La jurisprudence a eu l'occasion de préciser ce qu'il fallait
entendre par frais d'inhumation; elle a exclu de cette notion les frais
d'entretien de la tombe, mais elle y a inclus les frais d'acquisition de
vêtements lorsque l'héritier ne pourra raisonnablement les porter qu'à
l'occasion des obsèques (ATF 135 III 397 précité c. 2.2, JT 2009 I 542, SJ
2009 I 412). La notion de frais englobe toutes les dépenses résultant d'une
lésion corporelle : premiers secours, transport à l'hôpital, traitement du
médecin ou à l'hôpital, etc. (Brehm, La réparation, nn. 413 ss, pp. 183 ss).
-
50 -
Les frais funéraires comprennent les frais d'avis mortuaire, de crémation
ou d'inhumation et de collation. Ils comprennent également les dépenses
pour le monument funéraire (Werro, Commentaire, n. 4 ad art. 45 CO). Les
frais d'acquisition de la pierre tombale, installée généralement environ
une année après l'enterrement, font encore partie des frais funéraires au
sens de l'art. 45 al. 1 CO. Cependant, l'obligation du responsable n'est pas
illimitée. Le coût de la pierre doit être raisonnable et correspondre à ce qui
est usuel (Brehm, La réparation, n. 133 p. 75).
L'indemnité pour les frais funéraires est due aux héritiers
puisque, conformément à l'art. 474 al. 2 CC, c'est la succession qui
supporte ces frais (Werro, Commentaire, n. 5 ad art. 45 CO).
b) En l'espèce, les demandeurs ont produit des factures
totalisant 12'698 fr. 15. Ce montant comprend les frais suivants :
-4'044 fr. 40 en faveur des pompes funèbres,
-500 fr. pour les frais d'ambulance,
-
517 fr. 50 pour les prestations du SMUR,
-1'341 fr. 25 en faveur de l'assureur maladie Sanitas,
correspondant à la franchise annuelle et à la participation des demandeurs
aux frais d'hospitalisation de D.Q.________, et
-6'295 fr. pour la pierre tombale.
Les frais de pompes funèbres et de la pierre tombale entrent
sans hésitation dans les frais funéraires qui doivent être indemnisés par
les responsables. Ils sont suffisamment établis par les factures produites.
Les défendeurs ont plaidé que les demandeurs n'avaient pas démontré
que ces frais étaient usuels. Toutefois, les montants facturés ne semblent
pas dépasser les frais habituellement engagés dans ce genre de situation.
Par ailleurs, les défendeurs n'allèguent pas en quoi ces frais seraient
somptuaires. Il y a dès lors lieu de les admettre.
La franchise et la participation aux frais d'hospitalisation
facturés par l'assureur maladie font également partie du dommage à
indemniser.
-
51 -
Les frais d'ambulance et du SMUR correspondent aux frais de
premiers secours et d'hospitalisation, qui appartiennent au dommage à
indemniser. Les défendeurs ne peuvent se libérer en alléguant que ces
frais ont été pris en charge par l'assureur maladie. Il aurait fallu qu'ils le
prouvent. Il n'appartient en effet pas aux demandeurs d'établir le fait
négatif qu'aucune assurance n'a pris en charge ce poste.
Dès lors, le montant de 12'698 fr. 15 doit être remboursé aux
demandeurs, solidairement entre eux, puisqu'ils ont constitué la
succession de la victime (art. 458 CC).
Les demandeurs requièrent encore le remboursement de
2'050 fr. correspondant aux frais suivants :
-
150 fr. pour une couronne de fleurs,
-300 fr. pour la réception consécutive au service funèbre,
-
100 fr. pour les honoraires du curé et de l'église catholique de
Lutry,
-300 fr. pour le curé de la mission catholique polonaise à Marly,
-960 fr. pour deux billets d'avion Varsovie-Zurich aller-retour
pour la famille proche, et
-240 fr. pour deux billets de train Zurich-Lausanne aller-retour
pour la famille proche.
-
52 -
Aucun de ces postes n'a pu être établi par les témoins
entendus sur cette question. Les demandeurs n'ont par ailleurs produit
aucune facture. En l'absence de tout justificatif de l'existence de ces frais,
il n'est pas possible d'allouer quoi que ce soit aux demandeurs de ce chef.
XII.a) En principe, le responsable doit réparer le dommage direct
comme le dommage indirect, pour autant toutefois que ce dernier soit
encore en relation de causalité avec l'événement dommageable. Le
dommage direct est celui qui découle directement de l'atteinte alors que
le dommage indirect est celui qui intervient à la suite d'une première
atteinte, mais en raison d'une cause nouvelle qui ne se serait pas produite
sans la première (Werro, Commentaire, n. 14 ad art. 42 CO).
En droit de la responsabilité civile, les frais engagés par la
victime pour la consultation d'un avocat avant l'ouverture du procès civil,
lorsque cette démarche était nécessaire et adéquate, peuvent constituer
un élément du dommage, pour autant que ces frais n'aient pas été inclus
dans les dépens. Il en va de même pour les frais engagés dans une autre
procédure, comme une procédure pénale par exemple. Si cette procédure
permet d'obtenir des dépens, même tarifés, il n'est alors plus possible de
faire valoir une prétention en remboursement des frais de défense par une
action ultérieure en responsabilité civile (ATF 133 II 361 et les références
citées). Cette réglementation repose sur des considérations pratiques et la
recherche d'un équilibre entre des intérêts divergents; cet équilibre se
trouverait compromis si la décision sur les dépens ne liquidait pas les
prétentions des parties et laissait la porte ouverte à une action civile
ultérieure (ATF 112 Ib 353 c. 3a, JT 1987 I 26, SJ 1987 p. 200).
En cas de décès de la victime d'un acte illicite, les problèmes
juridiques qui se posent pour un profane sont tels que le recours à
l'assistance d'un avocat est toujours justifié, du moins lorsque le défunt
laisse des proches (Brehm, La réparation, n. 152 pp. 80-81).
-
53 -
b) En l'espèce, les demandeurs requièrent le paiement des
honoraires qu'ils ont versés à Me F.________ dans le cadre de la procédure
pénale, honoraires qui ont totalisé 29'439 fr. 35.
Le jugement rendu le 25 juin 2004 par le Tribunal correctionnel
de Lausanne a condamné le défendeur G.________ à verser 5'000 fr. aux
demandeurs au titre de participation à leurs frais d'intervention pénale. Ce
jugement a été confirmé par arrêt de la Cour de cassation pénale vaudoise
du 19 novembre 2004.
Conformément à la jurisprudence précitée (cf. ATF 133 II 361),
les demandeurs ayant déjà obtenu une décision sur les dépens pénaux, ils
ne peuvent plus prétendre à un remboursement de ce chef. Le montant de
29'439 fr. 35 ne peut donc pas leur être alloué.
c) Les demandeurs font également valoir le remboursement
des honoraires d'avocat engagés avant l'ouverture du procès civil, à
concurrence de 15'098 fr. 45. Ces honoraires ont été facturés aux
demandeurs avant l'ouverture de la présente action.
Ce montant fait partie du dommage subi par les demandeurs
et doit leur être remboursé. En effet, la consultation d'un avocat dans ces
circonstances est justifiée et ce montant n'entre pas dans les dépens
alloués par le présent jugement.
Les demandeurs ayant consulté un avocat ensemble, ils sont
créanciers solidaires. Il n'est pas nécessaire qu'ils établissent que ce
montant a été effectivement payé, dès lors que ce montant est dû et qu'il
constitue de ce fait un poste de leur dommage.
Ce montant portera intérêt moratoire à partir d'une échéance
moyenne. Ces honoraires ayant été facturés entre le 1
er
décembre 2004 et
le 30 mai 2007, l'échéance moyenne qui doit être retenue est le 1
er
mars
-
54 -
XIII.a) L'art. 45 al. 3 CO prévoit que, lorsque, par suite de mort,
d'autres personnes ont été privées de leur soutien, il y a également lieu de
les indemniser de cette perte. Cette disposition déroge au système
général du code des obligations en permettant exceptionnellement la
réparation du préjudice réfléchi et doit, de ce fait, être interprétée
restrictivement. Elle exige en premier lieu que le défunt apparaisse
comme un soutien du ou des demandeur(s). Est considéré comme tel celui
qui, s'il n'était pas décédé, aurait subvenu en tout ou partie à l'entretien
d'une autre personne dans un avenir plus ou moins proche. La perte de
soutien peut donc non seulement être effective, mais aussi hypothétique.
Cette dernière éventualité suppose que la personne décédée aurait, avec
une grande vraisemblance, assuré un jour l'entretien du ou des
demandeur(s) si elle n'était pas décédée. Il faut donc établir des faits
permettant de conclure que, dans le cours normal des choses, la personne
décédée aurait un jour aidé le ou les demandeurs. Comme les incertitudes
sont nombreuses, le juge doit se montrer prudent (TF 4C.195/2001 du 12
mars 2002).
Est un soutien toute personne qui d'une façon ou d'une autre
contribue en tout ou en partie à l'entretien d'un tiers par des prestations
régulières et gratuites. Ce soutien se distingue donc des cadeaux ou des
petits services occasionnels, et doit par définition avoir une certaine
influence sur le niveau de vie de la personne soutenue. Un service rendu
contre un dédommagement n'est pas davantage un soutien, et ne
pourront ainsi se prévaloir de l'art. 45 al. 3 CO par exemple les parents qui
recevaient régulièrement de l'argent de leur fils décédé, mais uniquement
à titre de défraiement pour le logement et le couvert (Guyaz, La perte de
soutien en pratique, in Le préjudice corporel : bilan et perspectives,
Fribourg 2009, pp. 39 ss, spéc. p.44, cité ci-après : La perte de soutien).
Le droit à une indemnité pour perte de soutien est subordonné
à deux conditions : premièrement, il faut que le défunt ait été le soutien
du demandeur ou qu’on puisse dire qu’il le serait devenu un jour;
secondement, il faut que le soutien apporté corresponde à un besoin de la
-
55 -
personne soutenue (ATF 114 II 144 c. 2a,
JT 1989 I 66; Werro, RC, n. 1070 p. 270). Cette dernière condition est
remplie lorsque le niveau de vie dont jouissait la personne soutenue est
effectivement réduit après le décès du soutien. Il n’est pas nécessaire que
celle-ci tombe dans le dénuement. Pour apprécier la modification du
niveau de vie, il faut comparer la situation économique de la personne
soutenue après l’accident avec la situation antérieure, en tenant compte,
d’une part de la valeur des prestations faites par le soutien et, d’autre
part, des avantages pécuniaires dont bénéficie la personne soutenue du
fait du décès du soutien (Werro, RC, n. 1080 p. 273).
-
56 -
Le soutien est une striction notion de fait. Seule importe la
question de savoir si le défunt aurait subvenu selon toute vraisemblance
aux besoins du lésé, et non pas s'il avait un quelconque devoir juridique de
le faire (Guyaz, La perte de soutien, p. 44).
Le soutien dont la perte peut être indemnisée ne se limite pas
à celui qui était fourni en l'espèce. Est également pris en compte le
soutien en nature, c'est-à-dire sous la forme de travail, essentiellement
par des travaux ménagers ou par une activité gratuite au sein de
l'entreprise de la personne soutenue (Guyaz, La perte de soutien, p. 46 et
les références citées).
Il est devenu relativement rare de nos jours qu'un enfant
soutienne ses parents. Cela n'est cependant nullement exclu et dépendra
naturellement des circonstances concrètes. S'agissant des enfants
mineurs, le Tribunal fédéral ne les considère comme un soutien que dans
la mesure où la contribution qu'ils apportent ou auraient apporté par leur
travail au revenu de la famille dépasse ce qu'ils reçoivent de leurs parents.
Ainsi, la plupart du temps, l'aide apportée par un enfant mineur est
compensée par les frais liés à son entretien. De façon plus générale, il
conviendra d'examiner si l'enfant adulte qui soutenait ses parents aurait
véritablement pu le faire encore de longues années. On admet en effet
souvent qu'un tel soutien disparaît ou se réduit lorsque l'enfant se marie
et fonde une famille. Bien entendu, la situation concrète des parents
soutenus jouera un rôle déterminant pour évaluer l'ampleur et la durée du
soutien. Celui-ci sera ainsi admis plus facilement par exemple si les
parents sont invalides ou vivent à l'étranger dans des conditions
particulièrement modestes (Guyaz, La perte de soutien, p. 48 et les
références citées).
b) En l'espèce, les demandeurs requièrent le paiement d'un
montant de 350'000 fr. au titre de perte de soutien. Ils allèguent que
D.Q.________ aurait repris l'entreprise familiale fabriquant des bijoux en
ambre et qu'il aurait contribué à l'entretien de ses parents dont la
situation financière à la retraite serait précaire.
-
57 -
L'instruction a permis d'établir que D.Q.________ aidait ses
parents dans le cadre de l'entreprise familiale, notamment lors de foires.
L'ampleur de cette aide, tout comme celle de son frère, ne ressort en
revanche pas de l'administration des preuves; on ignore dès lors son
importance réelle. Si ses parents souhaitaient voir D.Q.________ reprendre
l'entreprise, celui-ci entendait au contraire poursuivre des études
universitaires. Il n'est ainsi pas établi qu'il aurait repris l'entreprise
familiale, ni même qu'il aurait continué à y consacrer du temps dans le
futur.
Cela étant, il résulte de l'expertise comptable que la situation
financière des demandeurs B.Q.________ et A.Q.________ sera précaire à
l'âge de la retraite, du fait qu'ils n'auront pas droit à des rentes complètes.
On peut dès lors admettre qu'ils auraient eu besoin d'un
soutien à l'âge de la retraite, au vu de leurs revenus et rentes prévisibles.
Les autres conditions à l'octroi d'un dédommagement au titre
d'une perte de soutien font toutefois défaut. En effet, comme mentionné, il
n'est pas possible de retenir que D.Q.________ aurait, selon une grande
vraisemblance, contribué à l'entretien de ses parents en reprenant
l'exploitation de l'entreprise familiale. Au contraire, il ressort plutôt des
témoignages recueillis que D.Q.________ entendait poursuivre des études
universitaires et que la reprise de la société correspondait à un souhait de
ses parents, mais pas à sa volonté. Aucun élément probant ne permet non
plus de retenir, au degré requis, qu'il aurait contribué à aider
financièrement ses parents en exerçant un autre métier, étant précisé que
le juge doit se montrer prudent sur cette question.
Par ailleurs, s'agissant du soutien d'un enfant envers ses
parents, il faudrait encore pouvoir retenir que le soutien du premier
dépasse ce qu'il a reçu des seconds. Finalement, il faudrait encore pouvoir
comparer le train de vie des demandeurs B.Q.________ et A.Q.________ avec
et sans le soutien escompté. Or, l'instruction n'a pas du tout porté sur la
-
58 -
situation financière actuelle des demandeurs, faute d'allégation et d'offres
de preuves à cet égard, de sorte qu'il n'est pas possible de retenir que ces
conditions sont remplies.
Il n'est pas non plus possible de chiffrer le soutien qu'aurait pu
apporter – si tant est que toutes les autres conditions soient remplies -
D.Q.________ à ses parents.
En définitive, cette conclusion doit donc être rejetée.
XIV.Il reste encore à examiner la question de la prescription, les
défendeurs ayant expressément soulevé cette exception.
a) L'art. 60 CO règle la prescription des prétentions en
réparation du dommage ou du tort moral résultant d'un acte illicite. Il
prévoit que l'action se prescrit par un an à compter du jour où la partie
lésée a eu connaissance du dommage ainsi que de la personne qui en est
l'auteur, et, dans tous les cas, par dix ans dès le jour où le fait
dommageable s'est produit (al. 1). Selon la jurisprudence relative à l'art.
60 al. 1 CO (ATF 131 III 61 c. 3.1.1 et 3.1.2 et les références citées, JT
2005 I 275), le créancier connaît suffisamment le dommage lorsqu'il
apprend, touchant son existence, sa nature et ses éléments, les
circonstances propres à fonder et à motiver une demande en justice; le
créancier n'est pas admis à différer sa demande jusqu'au moment où il
connaît le montant absolument exact de son préjudice, car le dommage
peut devoir être estimé selon l'art. 42 al. 2 CO. Quant à la connaissance de
la personne auteur du dommage au sens de l'art. 60 al. 1 CO, il s'agit plus
précisément de la personne contre laquelle l'action en responsabilité
pourrait être engagée. Cette connaissance n'est pas acquise dès l'instant
où le lésé présume que la personne en cause pourrait devoir réparer le
dommage, mais seulement lorsqu'il connaît les éléments propres à fonder
et à motiver une demande en justice à son encontre. En revanche, il n'est
pas nécessaire qu'il connaisse également le fondement juridique de
l'action.
-
59 -
L'art. 60 al. 2 CO instaure un délai extraordinaire lorsque les
dommages-intérêts dérivent d'un acte punissable soumis par les lois
pénales à une prescription de plus longue durée : en pareil cas, cette
prescription s'applique à l'action civile. Pour que cette disposition trouve
application, il faut que les faits invoqués tant civilement que pénalement
se rapportent aux mêmes actes (ATF 127 III 358 c. 4.b et les références
citées, JT 2002 I 187). Un jugement pénal doté de l'autorité de la chose
jugée et rendu avant que le juge civil n'ait statué lie celui-ci, qui ne peut
s'écarter de la décision pénale ni sur l'existence de l'infraction ni sur sa
qualification (Tappy, La prescription pénale de plus longue durée
applicable en matière civile, in Responsabilité civile et assurance, Etudes
en l'honneur de Baptiste Rusconi, Lausanne 2000, pp. 383 ss, spéc. p.
404). L'art. 60 al. 2 CO déroge aussi bien au délai de prescription relatif
d'un an dès la connaissance du dommage et de l'auteur qu'au délai
"absolu" de dix ans dès le fait dommageable prévus à l'art. 60 al. 1 CO,
même s'il faut relever que les délais de prescription pénale supérieurs à
dix ans sont rares (Tappy, op. cit., pp. 389-390). Le droit pénal ne sert qu'à
déterminer le point de départ (actuellement : art. 97 CP) et la durée de la
prescription de l'action civile. Pour le surplus, les règles du droit civil (art.
135 ss CO) sont applicables, en particulier s'agissant de l'interruption et de
la suspension (Werro, Commentaire, n. 32 ad art. 60 CO et la référence
citée ad n. infrapaginale 66; Tappy, op. cit., p. 409).
Dans le cas d'espèce, l'acte illicite du défendeur a été qualifié
par le Tribunal correctionnel de Lausanne d'homicide par négligence,
qualification qui a été confirmée par l'arrêt de la Cour de cassation pénale
vaudoise (art. 117 CP [Code pénal du 21 décembre 1937, RS 311.0]).
L'action pénale relative à cette infraction se prescrivait, au
moment de sa commission, en 2000, par cinq ans (art. 70 al. 1 let. c aCP
dans sa version en vigueur jusqu'au 30 septembre 2002); elle se prescrit
par sept ans à l'heure actuelle (art. 97 al. 1 let. c CP). Se pose donc la
question du droit intertemporel, qu'il convient de résoudre en appliquant
le principe de droit pénal de la lex mitior (art. 389 al. 1 CP), le nouveau
droit n'étant pas applicable puisqu'il n'est pas plus favorable à l'intéressé
-
60 -
(Tappy, op. cit., pp. 400-402). C'est donc bien un délai de prescription de
cinq ans qui s'applique à l'action délictuelle intentée par les demandeurs,
en lieu et place des délais relatif et absolu de l'art. 60 al. 1 CO (ATF 55 II
23, JT 1929 I 356). Ce délai commence à courir le jour de la commission de
l'infraction (art. 71 lit. a aCP; Werro, Commentaire, n. 34 ad art. 60 CO).
b) En l'espèce, le décès de D.Q.________ est intervenu le 17
juin 2000, date du début du délai de prescription. L'acte illicite du
défendeur G.________ doit effectivement être qualifié d'homicide par
négligence. Le délai de prescription à prendre en compte est donc de cinq
ans, à compter du 17 juin 2000. La demande introductive de la présente
instance ayant été déposée le 15 juin 2007, il convient d'examiner si le
délai de prescription a été interrompu à l'encontre du défendeur.
c) Selon la jurisprudence constante, la constitution de partie
civile au procès pénal (Adhäsionsklage) interrompt la prescription quand
elle intervient avec la précision requise. La prescription n'est pas déjà
interrompue lorsque le lésé déclare dans l'enquête pénale qu'il fera valoir
ses prétentions civiles devant le tribunal ou quand il demande acte de ses
réserves civiles lors des débats; il doit au contraire chiffrer devant les
autorités répressives l'indemnité qu'il prétend ou conclure à la
constatation du fondement juridique de cette indemnité. L'auteur du
dommage a un intérêt digne de protection à connaître la nature et
l'importance de la créance invoquée contre lui (TF 5C.184/2006 du 9
janvier 2007).
d) En l'espèce, lors de l'audience pénale devant le Tribunal
correctionnel de Lausanne, les demandeurs ont demandé qu'acte leur soit
donné de leurs réserves civiles à l'encontre des trois co-accusés, ce que le
tribunal a prononcé à l'encontre du défendeur G.________ uniquement, ses
autres co-accusés étant libérés des accusations d'homicide par
négligence.
Dès lors, au vu de la jurisprudence mentionnée ci-dessus, le
simple fait d'avoir demandé qu'acte leur soit donné de leurs réserves
-
61 -
civiles, sans chiffrer leur dommage plus précisément, ne vaut pas
interruption du délai de prescription. Il n'existe aucun autre acte
susceptible d'avoir interrompu le délai de prescription (poursuite,
renonciation à se prévaloir de la prescription, etc.). Les renonciations à la
prescription signées par la défenderesse (cf. infra lettre f) n'ont au
demeurant pas interrompu la prescription à l'égard du défendeur. En effet,
la renonciation faite par l'un des codébiteurs solidaires n'est pas
opposable aux autres (art. 141 al. 2 CO).
Selon l'art. 136 al. 1 CO, la prescription interrompue contre
l'un des débiteurs solidaires ou l'un des codébiteurs d'une dette indivisible
l'est également contre tous les autres. Toutefois, cette règle ne s'applique
qu'en cas de solidarité parfaite (notamment au sens de l'art. 50 CO) et non
en cas de solidarité imparfaite au sens de l'art. 51 CO (ATF 127 III 257, SJ
2002 I 113 c. 6a et les références citées; Werro, Commentaire, n. 10 ad
art. 50-51 CO). L'hypothèse de l'art. 50 CO présuppose que les auteurs
causent ensemble un dommage, impliquant une coopération dans la
production du dommage : chaque auteur connaît ou aurait pu connaître la
contribution des autres, cela supposant une association dans l'activité
dommageable, soit la conscience de participer au résultat (Werro,
Commentaire, n. 4 ad art. 50 CO).
En définitive, l'action ouverte par les demandeurs à l'encontre
du défendeur G.________ est donc prescrite, celui-ci ne pouvant être
condamné à réparation.
e) L'acte illicite reproché à la défenderesse, soit le fait de ne
pas avoir fourni le matériel nécessaire à ses gardiens et de ne pas avoir
organisé rationnellement son entreprise, ne peut pas être qualifié
pénalement, indépendamment du fait que l'on a affaire à une collectivité
publique.
Dans le cadre de la responsabilité de l'art. 55 CO, qui doit
également être appliquée à la défenderesse, l'art. 60 al. 2 CO n'est pas
-
62 -
applicable (cf. Werro, Commentaire, n. 38 ad art. 60 CO et les références
citées).
Dès lors, le délai de prescription de cinq ans ne peut pas être
appliqué à la défenderesse. C'est donc le délai ordinaire d'une année de
l'art. 60 al. 1 CO qui doit être appliqué.
f) Selon l'art. 141 CO, est nulle toute renonciation anticipée à
la prescription (al. 1). Selon la jurisprudence, après que le contrat a été
conclu, le débiteur peut parfaitement renoncer à se prévaloir de la
prescription tant que court ledit délai, ce qui signifie qu'il lui est loisible
par exemple de renoncer à soulever l'exception de prescription en cas de
procès. Cette règle est valable pour tous les délais de prescriptions (ATF
132 III 226 c. 3.3.7, JT 2007 I 445, SJ 2006 I 321; Thévenaz, La déclaration
de renonciation à se prévaloir de la prescription, in Mélanges en l'honneur
de Pierre Tercier, pp. 443 ss, p. 448).
g) En l'espèce, il n'y a pas eu d'acte interruptif de prescription
à l'encontre de la défenderesse Commune de L.________. En revanche,
cette dernière a signé plusieurs déclarations de renonciation à la
prescription, la première en date du 30 mai 2001 et la dernière en date du
29 mai 2006, celle-ci étant valable jusqu'au 16 juin 2007.
L'on se trouve donc dans le cas visé par l'art. 141 CO.
Conformément à la jurisprudence relative à cette disposition, il est tout à
fait admissible de signer de telles renonciations, alors que le délai de
prescription n'est pas encore échu. C'est ce qui s'est passé en l'espèce, de
sorte que la défenderesse ne peut invoquer cette exception, la présente
action ayant été ouverte selon demande du 15 juin 2007.
-
63 -
XV.Les demandeurs obtiennent gain de cause sur le principe de la
responsabilité des défendeurs, mais pas sur le montant total de leurs
conclusions. De plus, l'action contre le défendeur est prescrite. Les
défendeurs ont agi par l'intermédiaire du même conseil, en présentant
une défense commune. Ayant procédé en commun (litisconsorts), ils sont
en principe débiteurs solidaires des dépens (Poudret/Haldy/Tappy,
Procédure civile vaudoise, 3
ème
éd., Lausanne 2002, n. 7.6 ad art. 92).
Selon la jurisprudence, il n'est pas exclu qu'un co-défendeur
qui obtient gain de cause, contrairement à son litisconsort, se voie allouer
des dépens (JT 1938 III 116). Dans un tel cas et faute de pouvoir distinguer
les opérations concernant chacun des litisconsorts, dont les uns sont
gagnants et les autres perdants, le juge doit allouer des dépens réduits à
ceux des litisconsorts qui obtiennent gain de cause et mettre à la charge
des perdants une partie des dépens de la partie adverse, les parts étant
déterminées par l'importance des conclusions respectives (JT 1938 III 116).
Il convient cependant de tenir compte du fait que les conclusions dirigées
contre des litisconsorts sont ou non distinctes et de l'existence ou non de
frais supplémentaires engendrés par la qualité de litisconsorts. Lorsque les
conclusions ne sont pas distinctes et que la participation au procès du
litisconsort libéré n'a pas engendré d'opérations supplémentaires, il n'y a
pas lieu d'allouer des dépens à ce dernier (CREC n° 152 du 24 mars 2004).
En l'espèce, comme mentionné précédemment, les défendeurs
ont agi par l'intermédiaire du même conseil. Il était en tout état de cause
nécessaire d'examiner le comportement du défendeur, en sa qualité
d'auxiliaire de la défenderesse. L'exception de prescription a été soulevée
par les deux défendeurs, de sorte que cet argument n'a pas été développé
de manière spécifique en ce qui concerne le défendeur. La participation au
procès n'a pas engendré d'opérations supplémentaires, de sorte qu'il ne
lui sera pas alloué de dépens, au vu de la jurisprudence précitée.
Au vu de ce qui précède, il convient d'allouer aux demandeurs,
solidairement entre eux, des dépens réduits de deux tiers, à la charge de
-
64 -
la défenderesse uniquement. De pleins dépens auraient représentés
30'000 fr. au titre de participation aux honoraires du conseil des
demandeurs. Après réduction, il convient d'arrêter les dépens dus aux
demandeurs à 14'580 fr. 90, savoir :
Par ces motifs,
la Cour civile,
statuant à huis clos,
par défaut des demandeurs
B.Q.________ et C.Q.________
p r o n o n c e :
I. La défenderesse Commune de L.________ doit payer au
demandeur A.Q.________ la somme de 30'000 fr. (trente mille
francs), avec intérêt à 5 % l'an dès le 17 juin 2000, sous
déduction de 25'000 fr. (vingt-cinq mille francs), valeur au 25
novembre 2005.
II. La défenderesse doit payer à la demanderesse B.Q.________ la
somme de 30'000 fr. (trente mille francs), avec intérêt à 5 %
l'an dès le 17 juin 2000, sous déduction de 20'000 fr. (vingt
mille francs), valeur au 25 novembre 2005.
III. La défenderesse doit payer au demandeur C.Q.________ la
somme de 10'000 fr. (dix mille francs), avec intérêt à 5 % l'an
a
)
10'00
0
fr
.
à titre de participation aux honoraires de
leur conseil;
b
)
500fr
.
pour les débours de celui-ci;
c)4'080fr
.
90en remboursement d'un tiers de leur
coupon de justice.
-
65 -
dès le 17 juin 2000, sous déduction de 5'000 fr. (cinq mille
francs), valeur au 25 novembre 2005.
IV. La défenderesse doit payer aux demandeurs A.Q.________ et
B.Q., solidairement entre eux, les sommes de 12'698
fr. 15 (douze mille six cent nonante-huit francs et quinze
centimes), avec intérêt à 5 % l'an dès le 17 juin 2000, et de
15'098 fr. 45 (quinze mille nonante-huit francs et quarante-
cinq centimes), avec intérêt à 5 % l'an dès le 1
er
mars 2006.
V. Les frais de justice sont arrêtés à 12'242 fr. 80 (douze mille
deux cent quarante-deux francs et huitante centimes) pour les
demandeurs, solidairement entre eux et à 5'198 fr. 95 (cinq
mille cent nonante-huit francs et nonante-cinq centimes) pour
les défendeurs, solidairement entre eux.
VI. La défenderesse versera aux demandeurs, solidairement entre
eux, le montant de 14'580 fr. 90 (quatorze mille cinq cent
huitante francs et nonante centimes) à titre de dépens.
VII. Toutes autres ou plus amples conclusions sont rejetées.
Le président :La greffière :
P. - Y. BosshardC. Merminod
Du
Le jugement qui précède, dont le dispositif a été communiqué
aux parties le 8 février 2010, lu et approuvé à huis clos, est notifié, par
l'envoi de photocopies, aux conseils du demandeur A.Q. et des
défendeurs, ainsi qu'aux demandeurs B.Q.________ et C.Q.________
personnellement.
-
66 -
Les parties peuvent recourir au Tribunal cantonal dans les dix
jours dès la notification du présent jugement en déposant au greffe de la
Cour civile un acte de recours en deux exemplaires désignant le jugement
attaqué et contenant leurs conclusions en nullité, ou leurs conclusions en
réforme dans les cas prévus par la loi.
Le présent jugement peut faire l'objet d'un recours en matière
civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF et 90 ss LTF (loi
du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral - RS 173.110), cas échéant d'un
recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours
doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui
suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF). L'art. 100 al. 6 LTF est réservé.
La greffière :
C. Merminod