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TRIBUNAL CANTONAL
ACH 54/08 - 37/2010 – 37/2010
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de MmeD I F E R R O D E M I E R R E , juge unique
Greffier :M. Laurent
Cause pendante entre :
P.________ SA, à [...], recourante, représentée par Me Albert J. Graf, avocat
à Nyon,
et
SERVICE DE L'EMPLOI, INSTANCE JURIDIQUE CHÔMAGE, à Lausanne,
intimé.
Art. 56 al. 1 LPGA; 65, 66 al. 1 et 4 LACI; 90 al. 3 et 4 OACI; 2 al. 1
let. c, 94 al. 1 let. a et 117 al. 1 LPA-VD
mars 2007 et un délai-cadre d'indemnisation a été ouvert à partir de cette
date. L'assuré était affilié auprès de le la Caisse de chômage I..
b)Le 19 juin 2007, J. a déposé auprès de l'Office régional
de placement (ci-après : ORP) de [...] une demande d'allocations
d'initiation au travail (ci-après : AIT) afin d'être formé au métier d'agent de
voyage auprès de l'entreprise P.________ SA.
Le 21 juin 2007, P.________ SA, par l'intermédiaire de son
administrateur unique K., a rempli et signé un formulaire de l'ORP
intitulé "Confirmation de l'employeur relative à l'initiation au travail", qui
mentionnait que l'initiation de J. commencerait le 2 juillet 2007 et
qu'elle prendrait fin le 31 décembre suivant. Le salaire mensuel effectif
prévu pendant l'initiation était de 4'800 fr. payable douze fois l'an. La
même somme était convenue à titre de salaire brut pour la période
postérieure à l'initiation. Par la signature de ce formulaire, P.________ SA a
pris certains engagements, en particulier comme suit :
"L'employeur s'engage à :
(...)
c) limiter le temps d'essai à un mois; après la période
d'essai, le congé ne peut pas être donné avant la
fin de l'initiation, les cas de justes motifs au sens de
l'article 337 CO demeurent réservés. Au terme de
l'initiation, le contrat peut être résilié en respectant le
délai de congé prévu par l'art. 335c CO.
(...)
▲ CES DISPOSITIONS PRIMENT SUR TOUT ACCORD
CONTENANT DES CLAUSES CONTRAIRES.
Le non respect du présent accord peut entraîner la
restitution des allocations déjà perçues."
Le 21 juin 2007, l'assuré a conclu et signé un contrat de travail
de durée indéterminée avec la société P.________ SA, aux termes duquel il
était engagé en qualité de conseiller en voyage. L'article 4 de ce contrat
mentionnait que la période d'essai était de trois mois et qu'après cette
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e)Par décision du 30 janvier 2008, l'ORP a révoqué sa décision
du 29 juin 2007 et refusé la demande d'AIT déposée par P.________ SA. Il a
relevé que cette société avait résilié le contrat de travail qui la liait à
J.________ pour des raisons économiques, ce qui ne constituait pas "un
juste motif de renvoi immédiat", dès lors qu'il appartenait à l'employeur de
supporter les risques de l'entreprise. Pour le surplus, l'ORP a invité la
caisse de chômage à statuer sur la question de la restitution des
allocations versées pour la période du 1
er
juillet au 31 décembre 2007.
P.________ SA a fait opposition à cette décision par acte du 29
février 2008, arguant du fait qu'elle avait tout entrepris pour sauvegarder
le poste occupé par J.. Elle a estimé qu'elle avait respecté tant la
loi que les dispositions du contrat de travail qui la liait à son ancien
employé, de sorte qu'on ne pouvait rien lui reprocher. La société a en
particulier souligné que J. n'avait pas été licencié avec effet
immédiat. P.________ SA a donc requis l'annulation de la décision du 30
janvier 2008 de l'ORP, de sorte qu'il n'y ait pas lieu à remboursement des
allocations versées pour les mois de juillet à décembre 2007.
Par décision du 13 mars 2008, la Caisse de chômage I.,
se fondant sur la décision du 30 janvier précédent de l'ORP, a requis de
P. SA qu'elle restitue les AIT octroyées en faveur de J..
P. SA a fait opposition à cette décision.
f)Par décision du 2 avril 2008, le Service de l'emploi, Instance
Juridique Chômage, a rejeté l'opposition de P.________ SA et confirmé la
décision du 30 janvier 2008 de l'ORP. Après avoir indiqué les dispositions
légales applicables et le contenu des accords intervenus le 21 juin 2007, il
a souligné que les AIT étaient, de manière générales, liées à des
conditions très strictes. Il a également exposé le contenu de la
jurisprudence fédérale, selon laquelle l'administration peut revenir sur sa
décision d'octroi des AIT avec effet rétroactif en cas de violation de ses
obligations contractuelles par l'employeur, lorsque le versement a été
soumis à la condition résolutoire du respect du contrat de travail.
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Le Service de l'emploi, Instance Juridique Chômage, a ensuite
relevé que, dans le cas d'espèce, P.________ SA s'était engagée à ne pas
licencier J.________ avant la fin de l'initiation, fixée au 31 décembre 2007,
sous réserve des cas de justes motifs selon l'art. 337 CO. Le formulaire du
21 juin 2007 précisait que cet engagement primait sur tout autre accord
contenant des clauses contraires. Selon le service précité, la société avait
violé son engagement en licenciant son employé le 28 novembre 2007
pour le 31 décembre suivant. Par résiliation, il fallait en effet entendre
l'exercice du droit formateur et non l'échéance du délai. Enfin, le Service
de l'emploi a estimé que l'argument selon lequel des contrats attendus par
P.________ SA ne s'étaient pas concrétisés était sans importance, puisque
l'employé n'avait pas à supporter le risque de l'entreprise. Enfin, il a
précisé qu'il appartiendrait à la caisse de chômage de statuer sur la
question du remboursement des AIT perçues entre le 1
er
juillet et le 31
décembre 2007.
B.a)P.________ SA a recouru contre cette décision par acte du 29
avril 2008. Elle a pris, avec suite de dépens, les conclusions suivantes :
"Préalablement
I.Le recours est admis.
Principalement
II.La décision querellée est annulée.
III.P.________ SA ne doit pas rembourser à l'ORP Nyon la
somme de Fr. 11'520.-.
Subsidiairement
IV.La cause est renvoyée pour nouvelle instruction et
nouvelle décision."
La recourante fait valoir que J.________ a travaillé jusqu'au 31
décembre 2007, ce qui est, selon elle, conforme au contrat passé avec
l'ORP, dont le but était que les AIT "ne soient pas versées dans le vide".
Elle estime que la décision entreprise relève donc du formalisme excessif
et de l'arbitraire. La recourante invoque encore le fait qu'elle n'a pas
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rédigé le contrat et que son attention n'a pas été attirée sur les
conséquences d'une résiliation avant la fin de l'année 2007, de sorte qu'il
serait abusif de retenir que la résiliation intervenue était contraire aux
engagements pris.
Elle indique encore que, dans la mesure où certains contrats
attendus n'ont finalement pas été conclus, ses activités dans le domaine
touristique ont été arrêtées à la fin de l'année 2007. La recourante estime
en conséquence que le maintien du poste de conseiller en voyage
postérieurement au 31 décembre 2007 aurait été "une absurdité". Elle
relève encore qu'elle se trouvait en difficultés financières à la fin de
l'année 2007 et que le départ de J.________ s'est fait de manière concertée
avec celui-ci. Elle considère dès lors que sa bonne foi est totale et qu'elle
n'a pas à pâtir de la situation. Elle ajoute que, si elle devait être
condamnée à rembourser les AIT perçues entre les mois de juillet et
décembre 2007, elle tomberait alors en faillite.
b)Dans sa réponse du 4 juillet 2008, le Service de l'emploi,
Instance Juridique Chômage, a implicitement conclu au rejet du recours. Il
relève qu'en signant le document intitulé "Confirmation de l'employeur
relative à l'initiation au travail", la recourante s'est clairement engagée à
ne pas résilier le contrat de travail la liant à J.________ avant la fin de
l'initiation, soit le 31 décembre 2007. Il estime dès lors que les difficultés
financières rencontrées par P.________ SA ne constituent pas un argument
pertinent et que cette société aurait dû prévoir des ressources financières
suffisantes pour assumer ses engagements.
c)Par mémoire complémentaire du 1
er
septembre 2008, la
recourante fait valoir ce qui suit :
"En résumé, la recourante a repris une activité dans un secteur
à elle étranger pour employer un chômeur difficile à placer qui
s'est avéré incapable de travailler dans dit secteur!
Le maintenir dans son emploi aurait été absolument contre-
productif, illogique et absurde!"
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La recourante invoque également "une simple mauvaise
compréhension du contrat" et soutient qu'elle était fondée à comprendre
que son engagement consistait à assurer un emploi effectif à J.________
durant six mois. Elle relève encore qu'elle a souvent, par le passé,
employé "des chômeurs difficiles à placer, soit de couleur ou âgés de plus
de 55 ans" et que la procédure engagée contre elle n'en est que plus
"injuste".
Enfin, la recourante soutient que, par son comportement, l'ORP
a enfreint les règles de la bonne foi. Selon P.________ SA, alors que l'ORP
aurait dû aider à la fois le demandeur d'emploi et la société acceptant de
l'engager, il n'a eu de cesse de tirer profit d'une situation complexe qu'il
avait créée en faisant preuve de manque de transparence et en ne
fournissant pas des explications sur "les subtilités juridiques (du) double
niveau de contrats".
d)Par décision du 28 octobre 2008, la Caisse de chômage
I.________ a suspendu la procédure d'opposition formée par la recourante à
l'encontre de sa décision du 13 mars précédent jusqu'à doit connu dans la
présente cause.
E n d r o i t :
1.a)Selon l'art. 1 al. 1 LACI (loi fédérale du 25 juin 1982 sur
l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité; RS
837.0), les dispositions de la LPGA (loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la
partie générale du droit des assurances sociales; RS 830.1) s'appliquent à
l'assurance-chômage obligatoire et à l'indemnité en cas d'insolvabilité,
sauf dérogation expressément prévue.
L'art. 56 al. 1 LPGA prévoit que les décisions sur opposition et
celles contre lesquelles la voie de l'opposition n'est pas ouverte peuvent
faire l'objet d'un recours, qui doit être adressé au tribunal cantonal des
assurances du canton du domicile de l'assuré, dans un délai de 30 jours
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suivant la notification de la décision querellée (art. 57, 58 et 60 al. 1
LPGA). En l'espèce, la décision, rendue dans le cadre d'une procédure
d'opposition, est donc susceptible de recours auprès de l'autorité vaudoise
compétente.
b)La LPA-VD (loi cantonale vaudoise du 28 octobre 2008 sur la
procédure administrative; RSV 173.36) s'applique aux recours et
contestations par voie d'action dans le domaine des assurances sociales
(art. 2 al. 1 let. c LPA-VD). Le recours ayant été déposé le 29 avril 2008,
soit avant l'entrée en vigueur de la LPA-VD le 1
er
janvier 2009, il convient
d'examiner s'il est soumis à cette loi ou non.
En matière de droit transitoire, l'art. 117 al. 1 LPA-VD prévoit
que les causes pendantes devant les autorités administratives et de
justice administratives à l'entrée en vigueur de la loi sont traitées selon
cette dernière. Dès lors, la présente cause est de la compétence de la
Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal (art. 93 al. 1 let. a LPA-
VD et 83b OJV [loi vaudoise du 12 décembre 1979 d'organisation
judiciaire; RSV 173.01]), qui succède au Tribunal des assurances. Le
recours porte sur une décision de révocation de l'octroi d'AIT représentant
une valeur litigieuse de 11'520 fr. ([2'880 fr. x 2 mois] + [1'920 fr. x 2
mois] + [960 fr. x 2 mois]). Le juge instructeur est donc compétent pour
statuer en tant que juge unique (art. 94 al. 1 let. a LPA-VD).
c)Le recours, déposé en temps utile auprès de l'autorité
compétente, satisfait en outre aux autres conditions légales (art. 61 let. b
LPGA), de sorte qu'il est recevable à la forme.
d)La jurisprudence fédérale (ATF 124 V 246 c. 1) a admis que
l'employeur qui a versé le salaire de l'assuré bénéficiant des AIT, au sens
de l'art. 65 LACI, a un intérêt digne de protection à contester une décision
relatives à ces prestations. P.________ SA a donc qualité pour recourir
contre la décision sur opposition du 2 avril 2008 du Service de l'emploi.
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2.En tant qu'autorité de recours contre des décisions prises par
des assureurs sociaux, le juge des assurances sociales ne peut, en
principe, entrer en matière – et le recourant présenter ses griefs – que sur
les points tranchés par cette décision; de surcroît, dans le cadre de l'objet
du litige, le juge ne vérifie pas la validité de la décision attaquée dans son
ensemble, mais se borne à examiner les aspects de cette décision que le
recourant a critiqués, exception faite lorsque les points non critiqués ont
des liens étroits avec la question litigieuse (cf. ATF 125 V 413 c. 2c;
ATF 110 V 48 c. 4a, RCC 1985 p. 53).
En l'espèce, la recourante conteste tant la décision de
révoquer l'octroi des AIT en faveur de J.________ que celle d'ordonner la
restitution des prestations versées. Cette dernière décision ressortit
toutefois à la compétence de la Caisse de chômage I.________ et fait l'objet
d'une procédure d'opposition séparée, qui a été suspendue dans l'attente
du présent jugement. La conclusion III de la recourante est donc
irrecevable et les arguments invoqués à l'appui du non remboursement
des AIT versées ne seront pas examinés ci-dessous. On retiendra donc que
la recourante a principalement conclu à ce que la décision entreprise soit
purement et simplement annulée et, subsidiairement, à ce que la cause
soit renvoyée à l'autorité intimée pour complément d'instruction et
nouvelle décision.
3.Selon l'art. 65 LACI, les assurés dont le placement est difficile
et qui, accomplissant une initiation au travail dans une entreprise,
reçoivent de ce fait un salaire réduit, peuvent bénéficier d'AIT lorsque le
salaire réduit durant la mise au courant correspond au moins au travail
fourni (let. b) et qu’au terme de cette période, l’assuré peut escompter un
engagement aux conditions usuelles dans la branche et la région, compte
tenu, le cas échéant, d’une capacité de travail durablement restreinte (let.
c).
Les AIT doivent être liées à des conditions sévères, afin
d'éviter une sous enchère sur les salaires, ainsi qu'un subventionnement
des employeurs (Message du Conseil fédéral concernant la nouvelle loi sur
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l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité, in FF
1980 III; Rubin, Assurance-chômage, 2
ème
éd., p. 632). L'art. 90 al. 3 OACI
(ordonnance du 31 août 1983 sur l'assurance-chômage obligatoire et
l'indemnité en cas d'insolvabilité; RS 837.02) prévoit que l’autorité
cantonale vérifie auprès de l’employeur si les conditions dont dépend
l’octroi d’allocations d’initiation au travail sont remplies et qu'elle peut
exiger que les conditions selon l’art. 65 let. b et c LACI fassent l’objet d’un
contrat écrit.
Les AIT couvrent la différence entre le salaire effectif et le
salaire normal auquel l'assuré peut prétendre au terme de sa mise au
courant, compte tenu de sa capacité de travail, mais tout au plus 60 % du
salaire normal (art. 66 al. 1 LACI). Pendant le délai-cadre, elles sont
versées pour six mois au plus, dans les cas exceptionnels, notamment
pour des chômeurs âgés, pour douze mois au plus (art. 66 al. 2 première
phrase LACI). Les allocations sont versées par l'intermédiaire de
l'employeur, en complément du salaire convenu (art. 66 al. 4 première
phrase LACI). Ainsi, la caisse de chômage remet les AIT à l’employeur, qui
les verse à son tour à l’assuré avec le salaire convenu (art. 90 al. 4 OACI).
Le Tribunal fédéral a jugé que l'administration peut revenir sur
sa décision d'octroi des AIT avec effet ex tunc en cas de violation des
obligations contractuelles par l'employeur, lorsque le versement est
soumis à la condition résolutoire du respect du contrat de travail, et ce
même si ladite décision ne mentionne pas la restitution des prestations en
cas de violation des obligations contractuelles. Ainsi, l'employeur peut être
tenu de restituer les allocations perçues si les rapports de travail sont
résiliés sans justes motifs avant l'échéance du délai indiqué par
l'administration dans la décision d'octroi des AIT, sous réserve de la
résiliation intervenant pendant le temps d'essai ou pour juste motif (ATF
126 V 42).
4.a)En l'espèce, J.________ a demandé l'octroi d'AIT afin de suivre
une initiation au travail d'agent de voyage auprès de la recourante. Le 21
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juin 2007, il a signé avec celle-ci un contrat de travail prévoyant les
modalités de leur collaboration.
Parallèlement, la recourante, par son administrateur
K., a signé un formulaire intitulé "Confirmation de l'employeur
relative à l'initiation au travail", par lequel elle s'est engagée envers l'ORP
à ne pas donner son congé à J. avant la fin de l'initiation, dont la
période avait été fixée du 2 juillet au 31 décembre 2007, sous réserve des
justes motifs de l'art. 337 CO. Le formulaire mentionnait expressément
que le non respect des engagements pris par l'employeur pouvait
entraîner la restitution des allocations déjà perçues.
Par lettre du 28 novembre 2007, la recourante a résilié le
contrat de travail la liant à J.________ avec effet au 31 décembre 2007 en
invoquant des raisons financières.
b)En matière d'AIT, l'autorité de décision est admise à pouvoir
réserver l'éventualité d'une restitution des prestations si le contrat de
travail devait être résilié, en dehors du temps d'essai et sans juste motif,
pendant une période définie entre les parties. Une telle réserve doit être
comprise en ce sens que le versement des allocations par l'assurance-
chômage a lieu sous condition résolutoire (réserve de révocation). Cette
réserve figure généralement dans une formule de confirmation que
l'employeur est invité à signer et sa formulation ne doit pas prêter à
confusion (Rubin, op. cit., pp. 635-636). En l'espèce, l'ORP, en tant
qu'autorité de décision, a agi de la sorte, puisque le formulaire de
confirmation signé par la recourante, le 21 juin 2007, prévoit qu'après la
période d'essai, le congé ne pouvait pas être donné avant la fin de
l'initiation, dont le terme était fixé au 31 décembre 2007. Il était
également indiqué que les engagements pris par l'employeur dans la
confirmation du 21 juin 2007 primaient tout autre accord contenant une
clause contraire.
Ainsi, le versement des AIT en faveur de J.________ avait été
accordé sous condition résolutoire. Or, en signifiant son licenciement à son
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employé par lettre du 28 novembre 2007, soit avant la fin de la période
d'initiation, la recourante a violé les engagements qu'elle avait pris en
signant le formulaire du 21 juin 2007. L'ORP était donc fondé, comme cela
était expressément prévu, à révoquer sa décision d'octroi des AIT. En
effet, lorsque le versement des prestations a eu lieu sous condition
résolutoire, il n'est pas nécessaire d'examiner si les conditions relatives à
la révocation des décisions administratives (art. 53 al. 1 et 2 LPGA) sont
réalisées. Il suffit que la condition résolutoire soit accomplie (ATF 126 V 42
c. 2b; Rubin, op. cit., pp. 636-637), comme c'est le cas en l'espèce.
c)La recourante fait valoir en vain que le document signé le 21
juin 2007 prêtait à confusion et qu'il comprenait des subtilités juridiques
telles qu'elle ne pouvait pas le comprendre, ce d'autant plus qu'il avait été
rédigé par l'ORP. La recourante soutient également à tort que la clause
litigieuse mentionne l'interdiction de "la résiliation" durant l'initiation, de
sorte qu'elle pouvait être comprise comme permettant de faire coïncider
la fin des rapports contractuels et la fin de la période d'initiation. Le
formulaire de confirmation de l'employeur utilisé par l'ORP et signé par
P.________ SA précise que "le congé ne peut pas être donné avant la fin de
l'initiation". Il vise donc expressément et clairement l'acte par lequel le
congé est signifié à l'employé, soit en l'espèce la réception par J.________
de la lettre recommandée du 28 novembre 2007 de la recourante, et non
le moment où les rapports de travail prennent fin. Une interprétation selon
la méthode dite de "l’Unklarheitsregel", soit l’interprétation en défaveur de
l’auteur de la clause ("in dubio contra stipulatorem") (ATF 124 III 155 c. 1b,
JT 1999 I 125; Gauch/Schluep/Schmid/Rey, Schweizereisches
Obligationenrecht allgemeiner Teil, Band I, 9
àme
éd., n. 1231 ; Winiger, in
Commentaire romand, nn. 50 et 148 ad art. 18 CO), n'a pas lieu d'être,
dès lors qu'elle n'est utilisée qu'en cas de doute sur l'interprétation d'une
clause contractuelle, qui n'existe pas dans le cas d'espèce.
C'est le lieu de relever que le formulaire intitulé "confirmation
de l'employeur relative à l'initiation au travail" est utilisé depuis un certain
temps et que la clause litigieuse qu'il contient a déjà, dans une
formulation quelque peu différente, fait l'objet d'un arrêt rendu le 16
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13 -
février 2005 par le Tribunal fédéral des assurances (cause C 55/04). Dans
cette affaire, la clause c) des engagements de l'employeur était libellée
comme suit : "limiter le temps d'essai à un mois. Après la période d'essai,
le contrat de travail ne peut, en principe, être résilié avant la fin de
l'initiation que pour de justes motifs conformément à l'art. 337 CO". Le
Tribunal administratif du canton de Vaud avait, à l'époque, considéré
qu'une telle disposition contractuelle manquait de clarté et que
l'employeur avait pu de bonne foi comprendre qu'il respectait ses
engagements vis-à-vis de l'ORP du moment que le délai de congé arrivait
à échéance au-delà de la fin de la période d'initiation au travail convenue.
Le Tribunal fédéral lui a donné tort en précisant ce qui suit (c. 3) :
"(...) Contrairement à ce qu'ont retenu les premiers juges, la
clause prévue sous chiffre c) de la formule pré-imprimée (...)
ne prête pas à confusion. Le terme «résilier» est sans
équivoque: résilier un contrat de travail, c'est mettre fin aux
rapports de travail ou donner le congé. La résiliation est
l'exercice d'un droit formateur et prend la forme d'une
déclaration de volonté soumise à réception; elle déploie ses
effets dès qu'elle parvient dans la sphère de puissance du
destinataire (cf. Rémy Wyler, Droit du travail, Berne 2002, p.
325 en bas). L'exercice de ce droit ne peut être confondu avec
la survenance du terme ou l'écoulement du délai pour lequel le
congé est donné. (...) Une autre interprétation moins
restrictive est exclue au regard de l'esprit des dispositions
légales topiques en cette matière (...).
Ces considérations s'appliquent mutatis mutandis à la
présente cause. Cela se justifie d'autant que la clause litigieuse du
formulaire de confirmation qui nous occupe a été reformulée pour mettre
l'accent sur le fait que "le congé ne peut pas être donné avant la fin de
l'initiation", ce qui ne laisse plus aucune place à une éventuelle confusion,
dont l'existence a au demeurant été niée par le Tribunal fédéral, entre la
fin du rapport de travail et la résiliation. Le recourante ne peut dès lors
être suivie lorsqu'elle prétend que le contrat passé avec l'ORP contenait
des subtilités juridiques telles qu'elle ne pouvait le comprendre. Ainsi, la
recourante, sous réserve d'un juste motif au sens de l'art. 337 CO, ne
pouvait donner son congé à son employé bénéficiant des AIT avant le 1
er
janvier 2008. P.________ SA n'a toutefois invoqué qu'une seule raison à