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TRIBUNAL CANTONAL
AM 37/10 - 68/2011
ZE10.024367
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. D I N D
Juges:Mme Dormond Béguelin et M. Bidiville, assesseurs
Greffière:MmeBarman
Cause pendante entre :
P.________, à [...], recourant,
et
SERVICE DE LA SANTÉ PUBLIQUE DU CANTON DE VAUD, à Lausanne,
intimé.
Art. 41 al. 3 LAMal
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E n f a i t :
A.P., né le [...], domicilié à [...], assuré pour l'assurance-
maladie sociale auprès [...], souffre d'une chondrocalcinose bilatérale avec
gonarthrose tricompartimentale. Le 19 mai 2010, le Dr A.,
médecin-chef au Service d'orthopédie et de traumatologie du Centre
hospitalier du Centre du Valais (ci-après: CHCVs), a déposé auprès du
Service de la santé publique du canton de Vaud (ci-après: SSP) un
formulaire de demande de garantie de paiement pour un traitement extra-
cantonal au nom de P.. Selon ce formulaire, le traitement
consistait à la pose d'une prothèse totale du genou gauche et était prévue
au CHCVs, Hôpital de Martigny, le 23 juin 2010.
Par décision du 21 mai 2010, le SSP a refusé d'accorder la
garantie, au motif que le traitement était réalisable dans le canton de
résidence du patient.
Par courrier du 27 mai 2010, l'intéressé a formulé une
réclamation à l'encontre de cette décision. Il exposait qu'à la suite d'un
accident en mai 2004, il avait été soigné à l'Hôpital du Chablais, site de
Monthey, par le Dr A., et avait décidé de retourner vers lui, dans la
mesure où il était désormais médecin-chef d'un service d'orthopédie.
Le SSP a requis le Dr A.________ de lui faire parvenir des
informations complémentaires quant au traitement proposé. Le 8 juin
2010, ce dernier a indiqué qu'aucun motif n'empêchait la réalisation du
traitement dans le canton de Vaud et que l'hospitalisation à Martigny était
le choix du patient. A la question "dans quelle mesure l'hospitalisation
prévue est-elle liée au traitement reçu à l'Hôpital du Chablais par vos soins
?", le Dr A.________ a uniquement répondu que le patient le connaissait.
Par décision sur réclamation du 22 juin 2010, le SSP a refusé la
garantie de paiement pour traitement extra-cantonal à P.________, en tant
qu'elle concernait les prestations médicales à recevoir à l'Hôpital de
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Martigny à compter du 23 juin 2010. Il exposait qu'après instruction
complémentaire auprès du Dr A., les conditions de l'art. 41 al. 3
LAMal (loi fédérale sur l'assurance-maladie) n'étaient pas remplies; il ne
s'agissait pas d'une urgence survenue hors du canton de domicile et le
traitement prévu y était disponible. Dans la mesure où l'hospitalisation ne
relevait que du choix de l'intéressé, la réclamation devait être rejetée.
B.Le 29 juillet 2010, le SSP a transmis à la Cour des assurances
sociales du Tribunal cantonal, comme valant recours contre sa décision
sur réclamation du 22 juin 2010, un courrier de P. du 21 juillet
2010, dans lequel ce dernier expose ce qui suit:
"Suite à ma formulation bien donnée en expliquant en toute logique
avec la décision de mon Docteur G., que suite à mon
accident en mai 2004, j'ai été opéré à l'hôpital de Monthey par le
Docteur A., puis convalescence à [...].
Alors vu que ce Docteur A.________ est établi à l'hôpital de Martigny,
il était bien logique que mon Docteur G.________ me conseille de
suivre cette intervention auprès du même Docteur, et très réputé.
Conclusion: il ne s'agit pas de mon choix, mais simplement de la
logique pure (Région Chablais aussi).
De ces faits quoi qu'il arriverait vous concernant, vous ne pouvez en
rien refuser le cas vu la situation particulière des hôpitaux du
Chablais Vaud-Valais."
Dans sa réponse du 26 août 2010, le SSP confirme les
conclusions de sa décision sur réclamation du 22 juin 2010.
Dans ses déterminations du 10 septembre 2010, le recourant
explique que le Dr G.________ l'a "logiquement" adressé au Dr A.,
en raison de sa situation géographique, de l'opération à l'Hôpital du
Chablais en 2004 par ce médecin et du poste actuel de ce dernier à
l'Hôpital de Martigny. Il produit céans des "preuves chronologiques", à
savoir le résultat d'un examen radiologique effectué à Martigny le 24 mars
2010 et l'ordonnance du Dr G. du 21 avril 2010 préconisant une
nouvelle consultation chez le Dr A.________.
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Invité à se déterminer, le SSP confirme ses conclusions, le 27
septembre 2010.
E n d r o i t :
1.a) La compétence et la procédure en matière de prétentions
fondées sur l'art. 41 al. 3 LAMal (loi fédérale sur l'assurance-maladie du 18
mars 1994, RS 832.10) sont du ressort des cantons (ATF 123 V 290; TF K
39/04 du 26 avril 2005, consid. 2.1). En vertu de l'art. 1 DVLAMal (décret
relatif à l'application dans le canton de Vaud de l'article 41, alinéa 3, de la
loi fédérale sur l'assurance-maladie, RSV 832.071), le département en
charge de la santé, Service de la santé publique, est compétent pour
émettre la garantie de prise en charge financière de la part cantonale
dans les cas d'hospitalisation extra-cantonale médicalement justifiée au
sens de l'art. 41 al. 3 LAMal (al. 1); le Service de la santé publique en avise
par écrit l'hôpital ou le médecin qui a présenté la demande, le patient
concerné et son assurance-maladie en les informant que, faute
d'opposition écrite adressée au service dans les trente jours, son prononcé
vaudra décision définitive (al. 2); si une des personnes mentionnées à l'al.
2 fait opposition en temps utile, le Service de la santé publique lui notifie
une décision motivée, avec indication du droit, du délai et de l'autorité de
recours (al. 3).
Aux termes de l'art. 2 al. 1 DVLAMal, le Tribunal cantonal est
compétent pour statuer sur les recours contre les décisions prises par le
Département de la santé et de l'action sociale, Service de la santé
publique, relatives à l'application de l'art. 41 al. 3 LAMal. Selon l'art. 2 al. 2
DVLAMal, le Tribunal cantonal statue dans tous les cas à trois juges; la loi
vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD, RSV
173.36) – entrée en vigueur au 1
er
janvier 2009 et qui s'applique aux
recours et contestations par voie d'action dans le domaine des assurances
sociales (art. 2 al. 1 let. c LPA-VD) – est applicable pour le surplus.
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b) La Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal est
compétente pour statuer (art. 93 al. 1 let. a LPA-VD). Elle doit statuer à
trois juges, quand bien même la valeur litigieuse est inférieure à 30'000
francs. En effet, l'art. 2 al. 2, 1
ère
phrase, DVLAMal déroge (cf. art. 2 al. 2,
2
e
phrase, DVLAMal) à l'art. 94 al. 1 let. a LPA-VD, qui prévoit qu'un
membre du Tribunal cantonal statue en tant que juge unique, dans le
domaine des assurances sociales, sur les recours dont la valeur litigieuse
n'excède pas 30'000 francs.
c) P.________ a la qualité pour recourir, tout comme l'Etat de
Vaud a la qualité d'intimé (ATF 123 V 290 consid. 4; J.-B. Ritter, Le
contention du droit médical selon la LAMal, in Les assurances sociales en
révision, éd. IRAL 2002, p. 268, n. 81).
d) La réclamation du 27 mai 2010 équivaut à une opposition
déposée dans le délai. La décision du SSP du 22 juin 2010 confirmant sa
décision du 21 mai 2010 équivaut à une décision sur opposition. Le
recours a été déposé dans les délais (art. 95 et 96 al. 1 let. b LPA-VD) et
transmis à l'autorité compétente; il est donc recevable.
2.Le litige porte exclusivement sur la prise en charge du
traitement de P.________ au CHCVs, Hôpital de Martigny. L'autorité intimée
allègue qu'aucun motif médical ne justifie une hospitalisation hors du
canton de domicile et qu'il ne s'agit que d'un choix du recourant de se
faire hospitaliser à Martigny.
3.a) Aux termes de l'art. 41 al. 3 LAMal, si, pour des raisons
médicales, l'assuré se soumet à un traitement hospitalier fourni par un
hôpital non répertorié du canton de résidence, l'assureur et le canton de
résidence prennent à leur charge leur part respective de rémunération au
sens de l'art. 49a; à l'exception des cas d'urgence, une autorisation du
canton de résidence est nécessaire. Sont notamment réputés raisons
médicales au sens de cette disposition le cas où les prestations
nécessaires ne peuvent pas être fournies dans un hôpital répertorié du
canton de résidence de l'assuré – tel est le cas lorsque le canton de
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résidence ne peut offrir aucune mesure thérapeutique ou lorsque le
traitement qui est proposé n'apparaît pas adéquat – et le cas d'urgence
(art. 41 al. 3bis let. b LAMal).
b) La loi ne définit pas ce qu'il faut entendre par cas d'urgence
justifiant que l'assuré ait recours aux services d'un hôpital public ou
subventionné par les pouvoirs publics situé hors de son canton de
résidence. En revanche, l'art. 36 al. 2 OAMal (ordonnance sur l'assurance-
maladie du 27 juin 1995, RS 832.102) contient une définition du cas
d'urgence en ce qui concerne la prise en charge par l'assurance
obligatoire des soins du coût des traitements effectués à l'étranger. Selon
cette disposition règlementaire, il y a urgence lorsque l'assuré, qui
séjourne temporairement à l'étranger, a besoin d'un traitement médical et
qu'un retour en Suisse n'est pas approprié; il n'y a pas urgence lorsque
l'assuré se rend à l'étranger dans le but de suivre ce traitement.
Par analogie, la jurisprudence considère qu'il y a cas d'urgence
justifiant l'application d'un traitement hospitalier ou semi-hospitalier hors
du canton de résidence lorsque des soins médicaux doivent être
administrés sans tarder et qu'il n'est pas possible ou pas approprié
d'imposer à l'assuré de retourner dans son canton de résidence (TF
9C_812/2008 du 31 mars 2009 consid. 2.2; TFA K 81/05 du 13 avril 2006
consid. 5.1; K 128/01 du 14 octobre 2002 consid. 4.1, publié in: RAMA
2002, n° KV 231, p. 475; G. Eugster, Krankenversicherung, in
Schweizerisches Bundesverwaltungsrecht [SBVR], Band XIV, Soziale
Sicherheit, 2
e
éd., 2007, p. 560 s., n° 475 ss, spec, n° 477).
4.En l'occurrence, le Dr A.________ a déposé une demande de
garantie de paiement pour un traitement extra-cantonal le 19 mai 2010; il
y mentionne une hospitalisation prévue le 23 juin 2010. Ainsi, les
informations figurant dans le formulaire de demande de garantie parlent
en défaveur d'une hospitalisation en urgence au CHCVs.
De surcroît, le Dr A.________ reconnaît, dans sa lettre du 8 juin
2010, que l'hospitalisation à l'Hôpital de Martigny est un choix du
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recourant et qu'aucun motif n'empêche la réalisation du traitement dans
le canton de Vaud. Dans son écriture de recours, l'intéressé soutient qu'il
ne s'agit pas de son choix, mais simplement de "la logique pure", dans la
mesure où il a été opéré par ce médecin en 2004. Il n'invoque cependant
ni urgence, ni raisons médicales proprement dites.
L'argumentation du recourant ne saurait résister à la critique;
il apparaît vraisemblable que ce dernier a choisi, par convenance
personnelle, de subir la pose d'une prothèse totale du genou à l'Hôpital de
Martigny, ce choix relevant en particulier de la confiance placée en le Dr
A.________. Il en résulte ainsi que la notion d'urgence n'est pas démontrée.
Par surabondance, on constate qu'aucune raison ne permet de
considérer que le traitement envisagé, soit la pose d'une prothèse totale
du genou, ne pouvait être fourni dans un hôpital sis dans son canton de
résidence. Il est à cet effet hors de doute que le Centre hospitalier
universitaire vaudois (CHUV), qui comprend un Département de l'appareil
locomoteur depuis le 1
er
janvier 2008, est à même d'offrir les mêmes
mesures thérapeutiques que celles pouvant être dispensées au recourant
au CHCVs. De surcroît, le Département de l'appareil locomoteur est né de
la fusion de l'Hôpital orthopédique de la Suisse romande avec le CHUV. Il
s'ensuit que le recourant pouvait recevoir les soins nécessaires dans cet
établissement, lequel dispose du personnel et des équipements
nécessaires.
Vu ce qui précède, il n'existe pas de raison médicale pour que
le recourant se rende dans un hôpital situé hors de son canton de
résidence, de sorte qu'il n'a pas droit à la prise en charge par ce canton de
la différence entre les coûts facturés et les tarifs que l'hôpital applique aux
résidents du canton. Le SSP était dès lors en droit, par sa décision du 22
juin 2010, de refuser au recourant la participation du canton à cette
différence de coûts. Le recours se révèle ainsi mal fondé, ce qui entraîne
la confirmation de la décision entreprise.
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5.Le présent arrêt doit être rendu sans frais ni dépens (art. 91 et
99 LPA-VD et 61 let. a et g LPGA [loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la
partie générale du droit des assurances sociales, RS 830.1]).
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est rejeté.
II. La décision rendue le 22 juin 2010 par le Service de la santé
publique du canton de Vaud est confirmée.
III. Il n'est par perçu de frais de justice ni alloué de dépens.
Le président : La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-P.________
-Service de la santé publique du canton de Vaud
-Office fédéral de la santé publique
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17
juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110), cas échéant d'un recours
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constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai 6, 6004
Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).
La greffière :