TRIBUNAL CANTONAL
AI 283/10 - 410/2010
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. J O M I N I
Juges:MmesThalmann et Röthenbacher
Greffière:Mmede Quattro Pfeiffer
Cause pendante entre :
X.________, à Crissier, recourante, représentée par Me Caroline Ledermann,
avocate auprès du Service juridique de Procap, à Bienne,
et
OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITÉ POUR LE CANTON DE VAUD, à
Vevey, intimé.
Art. 76 let. b LPA-VD
jour du 2
ème
mois suivant la notification de la décision). La motivation de
cette décision est la suivante :
"Résultat de nos constatations:
• Vous êtes au bénéfice d’une demi-rente Al depuis le 1
er
avril 1991.
• Nous avons entrepris la révision du droit à la rente en 2005.
• Selon les observations faites lors de l’enquête ménagère effectuée
le 8 juin 2006, vous exerceriez votre activité habituelle à 80% (assistante
médicale ou aumônière). Les 20% restants correspondant à vos travaux
habituels. Vos empêchements ménagers ont été évalués à 45,5%.
• Nous avons constaté qu’en raison de votre atteinte à la santé et au
vu des pièces médicales en notre possession, votre capacité de travail est
toujours de 50% dans l’activité d’assistante médicale, mais qu’elle est de 50%
dans l’activité d’aumônière ou dans toute autre activité adaptée à votre état de
santé.
• Sans atteinte à la santé et dans votre ancienne activité habituelle
d’assistante médicale, vous pourriez prétendre à un salaire annuel moyen de CHF
47'567.00 à un taux d’activité de 80%.
• Dans l’activité d’aumônière, pour laquelle vous avez suivi la
formation agréée (séminaire de culture théologique et stage pastoral), vous
pouvez prétendre à un salaire moyen annuel de CHF 33’750.00 au taux d’activité
de 50% qui est médicament exigible en raison de votre état de santé.
Revenu professionnel annuel raisonnablement exigible:
sans invaliditéCHF 47'567.00
avec invaliditéCHF 33'750.00
la perte de gain s’élève à CHF 13'817.00 = invalidité de 29%
Activité partiellePartEmpêchement Degré d’invalidité
Aumônière80%29% 23.20%
Ménagère20%45.5%9.10%
Degré d’invalidité32.3%
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4 -
Un degré d’invalidité inférieur à 40% ne donne pas droit à une rente
d’invalidité".
D.X., représentée par Procap, a recouru au Tribunal
cantonal contre cette décision le 17 août 2010, en concluant à son
annulation et au renvoi de l’affaire à l'OAI pour instruction complémentaire
(notamment expertise pluridisciplinaire et enquête ménagère
complémentaire) et examen du droit à une augmentation de la rente. Elle
requiert en outre la restitution de l'effet suspensif. Elle fait valoir en
substance que la diminution de l’empêchement ménager (45,5% au lieu
de 51%) n’est pas justifiée, que l’invalidité dans le ménage s’est en réalité
aggravée (désormais 61%) et qu’il n’y avait pas lieu de revoir à la hausse
le taux d’activité qui serait le sien si elle était en bonne santé. Elle se
plaint par ailleurs d’une mauvaise évaluation de sa capacité de travail sur
sa part active et met en doute la valeur probante des rapports du SMR,
pris en considération par l'OAI, compte tenu d’une aggravation de son état
de santé en janvier 2006, attestée par ses médecins. Elle soutient qu’à la
date de la décision attaquée, les conditions pour supprimer la demi-rente
n’étaient pas remplies.
La recourante a produit un rapport du 17 août 2010 de son
médecin traitant, le Dr B., spécialiste en médecine interne, ainsi
qu’un rapport du 27 août 2010 de la Dresse P.. Le Dr B.
expose notamment que sa patiente est suivie sur le plan psychiatrique par
la Dresse G..
Invité à répondre au recours, l'OAI a produit un rapport du Dr
[...] du SMR du 5 octobre 2010, ainsi libellé :
"Les renseignements médicaux montrent que l'état de santé, après
une amélioration en 2004, s'est possiblement péjoré entre novembre 2009, date
des rapports médicaux sur lesquels nous avons basé notre appréciation de la
capacité de travail et juin 2010, date de la décision attaquée.
La péjoration porte principalement sur le système ostéo-articulaire
(spondylarthrite ankylosante évoluant depuis une trentaine d'années). Un trouble
de l'humeur est également évoqué par le Dr B.. On ne dispose d'aucun
rapport psychiatrique.
L'instruction devrait être complétée, dans un premier temps par un
rapport de la Dresse G.________, psychiatre traitant de l'assurée, puis
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5 -
éventuellement par une expertise rhumatologique ou rhumatologique et
psychiatrique, pour établir clairement l'évolution de la capacité de travail".
Dans ses déterminations du 7 octobre 2010, l'OAI déclare se
rallier à cet avis du SMR, proposant donc que des renseignements
médicaux complémentaires soient demandés.
E.Par ordonnance du 7 septembre 2010, le Juge instructeur de la
Cour des assurances sociales a rejeté la requête de restitution de l’effet
suspensif présentée par la recourante.
E n d r o i t :
1.Interjeté dans le délai légal de trente jours dès la notification
de la décision attaquée, le recours l’a été en temps utile, compte tenu des
féries d'été (art. 38 al. 4 let. b et 60 al. 1 LPGA [loi fédérale du 6 octobre
2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales, RS 830.1]) ; il
satisfait en outre aux autres conditions légales (art. 61 let. b LPGA), de
sorte qu’il est recevable en la forme.
2.La contestation porte sur le droit à une rente d’invalidité. La
recourante soutient qu’il n’y a pas de motifs de supprimer, en application
des règles sur la révision, la demi-rente qui lui avait été allouée
auparavant. Elle invoque en outre une aggravation de son état de santé.
Pour pouvoir calculer le degré d’invalidité, l’autorité doit
disposer de rapports médicaux. En l’espèce, l'OAI déclare qu’un rapport du
psychiatre traitant de la recourante est encore nécessaire. Il admet par
ailleurs que, sur le plan somatique ou ostéo-articulaire, la décision
attaquée se fonde sur une situation antérieure à une possible péjoration
(entre novembre 2009 et juin 2010). En d’autres termes, une appréciation
de cette évolution est nécessaire, soit en fonction de l’avis du
rhumatologue traitant, soit sur la base d’une expertise rhumatologique à
ordonner.
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6 -
Dans son mémoire adressé au Tribunal cantonal, la recourante
a elle-même relevé, à propos de sa santé et de l’aggravation alléguée, un
"nombre impressionnant de points d’interrogation". Il faut donc considérer
qu’il est admis par les deux parties que sans les rapports médicaux
évoqués ci-dessus, sur les plans psychiatrique et rhumatologique, les faits
pertinents ne peuvent pas être constatés de manière complète et exacte.
La constatation inexacte ou incomplète des faits pertinents est
un motif d’admission du recours (cf. art. 76 let. b LPA-VD [loi vaudoise du
28 octobre 2008 sur la procédure administrative, RSV 173.36], applicable
par renvoi de l’art. 99 LPA-VD). En l’espèce, le recours doit donc être
admis pour ce motif, ce qui entraîne l’annulation de la décision attaquée
et le renvoi de l’affaire à l'OAI pour nouvelle décision, après complément
d’instruction. L'OAI, avec le SMR, est le mieux à même d’évaluer les
nouveaux avis des médecins traitants, pour déterminer ensuite s’il est
nécessaire de mettre en œuvre une expertise indépendante (cf. art. 44
LPGA).
Il convient de relever qu’une analyse complète de la situation
de santé de la recourante doit être effectuée avant que les questions
relatives à son statut de personne partiellement non active (ménagère)
puissent être traitées. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’examiner les griefs de
la recourante à ce sujet. L'OAI pourra, quoi qu’il en soit, se prononcer une
nouvelle fois à ce propos car il ne saurait être lié par sa décision du 16 juin
2010, laquelle doit être entièrement annulée.
3.Le présent arrêt doit être rendu sans frais (art. 52 LPA-VD).
La recourante, qui obtient partiellement gain de cause avec
l’assistance d’une organisation d’aide aux invalides qui emploie une
avocate, a droit à des dépens réduits, dont le montant doit être déterminé,
sans égard à la valeur litigieuse, d'après l'importance et la complexité du
litige (art. 61 let. g LPGA et 56 al. 2 LPA-VD; ATF 135 V 473 consid. 2.1). En
l'espèce, il convient d'arrêter le montant des dépens à 800 fr. et de les
mettre à la charge de l’OAI, qui succombe (art. 55 al. 2 LPA-VD).
-
7 -
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est admis.
II. La décision rendue le 16 juin 2010 par l'Office de l'assurance-
invalidité pour le canton de Vaud est annulée et l'affaire est
renvoyée à cet office pour instruction complémentaire et
nouvelle décision, au sens des considérants.
III. Il n'est pas perçu de frais judiciaires.
IV. Une indemnité de 800 fr. (huit cents francs), à payer à
X.________ à titre de dépens, est mise à la charge de l'Office de
l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud.
Le président : La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-Service juridique de Procap, Me Caroline Ledermann, avocate (pour
X.________),
-Office de l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud,
-Office fédéral des assurances sociales,
-
8 -
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17
juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai 6, 6004
Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).
La greffière :