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TRIBUNAL CANTONAL
AI 118/09 - 184/2010
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. J O M I N I
Juges:Mme Röthenbacher et M. Neu
Greffier :MmeParel
Cause pendante entre :
S.________, à Villeneuve, recourante
et
OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITE POUR LE CANTON DE VAUD, à
Vevey, intimé
Art. 16 LPGA
-
avec répercussion sur la capacité de travail :
• LOMBALGIES CHRONIQUES PERSISTANTES DANS LE CADRE
D'IMPORTANTS TROUBLES DÉGÉNÉRATIFS ÉTAGÉS (M 51.3)
• CONFLIT SOUS-ACROMAIL DES DEUX ÉPAULES PRÉNOMINANT À G
• DISCRÈTE COXARTHROSE G (CF. DISCUSSION)
• DISCRETS TROUBLES DÉGNÉRATIFS DES MAINS
• PERSONNALITÉ À TRAITS SCHIZOÏDES (F 60.1)
-
3 -
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sans répercussion sur la capacité de travail :
• FIBROMYALGIE (CF. DISCUSSION)
• TROUBLE DÉPRESSIF RÉCURRENT, ÉPISODE ACTUEL LÉGER (F
33.0)"
Le rapport expose ce qui suit dans la discussion ("Appréciation
consensuelle du cas") :
"Sur le plan somatique, Mme S.________ présente depuis
l'adolescence des douleurs lombaires qu'elle impute à des chutes à
cheval qu'elle avait faites à l'époque. Depuis lors, elle présentait
donc par intermittences des douleurs lombaires et également des
douleurs cervico-scapulaires qu'elle mettait en relation avec
l'intensité des efforts consentis dans le cadre de son activité de
potière.
C'est en 2005, affirme-t-elle, que la situation s'est globalement
détériorée avec l'apparition dès lors de douleurs musculo-
squelettiques ubiquitaires, ne réagissant pas aux traitements
pharmacologiques et/ou physiques, pouvant intéresser n'importe
quelle région, s'accompagnant d'une fatigue et d'une fatigabilité
excessives. C'est à ce moment-là que le diagnostic de fibromyalgie a
été retenu.
Cliniquement, on trouve une assurée en état général correct, tout à
fait adéquate à la situation.
L'examen général est normal et il en va de même de l'examen
neurologique, même s'il existe quelques signes pouvant évoquer la
persistance d'une neuropathie d'enclavement du nerf médian au
tunnel carpien à D et une neuropathie cubitale à G.
L'examen du rachis met en évidence des troubles modérés de la
statique et une diminution modérée de la mobilité, notamment au
niveau lombaire. En revanche, la palpation fait apparaître
d'importantes tendomyoses tant dans la région para-dorsale G que
dans la région para-lombaire ddc.
En ce qui concerne les extrémités, le status est surtout marqué par
une amyothophie nette du moignon de l'épaule ddc, prédominant à
G, par une nette limitation de la mobilité active et passive de
l'épaule G ainsi que par des signes évoquant un conflit sous-
acromial G et une souffrance de la coiffe des rotateurs. Aux MS, on
peut également relever des signes, discrets, d'atteintes
dégénératives au niveau des petites articulations prédominant au
niveau de la trapézo-métacarpienne ddc et la MP du pouce à D.
Aux MI, l'examen est surtout marqué par une discrète limitation de
la mobilité de la hanche G, surtout en rotation interne.
Les examens radiologiques à disposition mettent en évidence des
troubles dégénératifs lombaires sévères, présents depuis plusieurs
années, qui se sont aggravés au fil du temps, avec des discopathies
étagées et des signes radiologiques, indirects, d'instabilité lombaire
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sous forme d'ostéophytes de traction, notamment en L2-L3 et L3-L4
antérieurement et postérieurement. En ce qu concerne la hanche G,
elle ne présente qu'un discret pincement de l'interligne articulaire
coxo-fémoral, mais il existe en revanche aussi une discrète
ostéophytose polaire inférieure ainsi qu'un matelassage de la région
supérieure du col fémoral, indiquant une souffrance biomécanique
certaine de cette articulation.
En ce qui concerne les épaules, alors que les RX standard sont peu
éloquentes, l'IRM récente de l'épaule G confirme une omarthrose,
des signes d'irritation du tendon du sus-épineux mais également du
sous-scapulaire.
Lors de l'examen de ce jour, il existe certes quelques sites
douloureux qualifiés de classiques de la fibromyalgie mais le tableau
tel qu'il peut être enregistré ne correspond, aujourd'hui pour le
moins, pas du tout à une fibromyalgie floride ni au niveau de
l'anamnèse ni au niveau de l'examen clinique.
Si la prétendue fibromyalgie en soi ne joue pas de rôle limitatif
important quant à la capacité de travail de cette assurée, il n'en va
pas de même des nombreuses atteintes à la santé ostéoarticulaire
dûment documentées qui entraînent des limitations fonctionnelles
évidentes. A ce titre, au vu du status qui peut être observé, il est
possible d'affirmer qu'en travaillant comme potière professionnelle,
l'assurée travaillait à la limite de ses forces.
Sur le plan psychiatrique, il s'agit d'une assurée de 60 ans, au
bénéfice d'un CFC de céramiste. Son parcours professionnel est
essentiellement axé sur son métier jusqu'à un arrêt de travail
définitif en mars 2005 en raison d'une problématique douloureuse
chronique corrélée à des phénomènes d'arthrose.
L'assurée a subi des attouchements d'ordre sexuel dans l'enfance et
des viols à l'âge de 13 ans. Depuis lors, des manifestations d'ordre
dépressif sont présentes en permanence, d'intensité fluctuante.
L'assurée a élaboré des scénarios suicidaires en fin de scolarité et a
eu des périodes d'auto-mutilations. Par ailleurs, ces symptômes
dépressifs ont toujours été présents mais n'ont pas porté atteinte à
la capacité de travail de l'assurée.
Par ailleurs, l'assurée est issue d'une famille qui souffre de difficultés
de contacts interpersonnels : les relations au domicile sont violentes
et l'assurée se replie sur elle-même depuis l'enfance. Mme
S.________ a toujours été socialement isolée, n'entretenant des
contacts qu'avec de rares personnes de son entourage. A ce titre, un
diagnostic de personnalité avec traits schizoïdes a été posé. Ce
diagnostic ne diminue pas la capacité de travail de l'assurée, mais il
impose des limitations fonctionnelles quant au choix du métier :
notamment l'assurée ne peut avoir une activité avec une clientèle
nombreuse ou dans laquelle elle serait "mise en avant", par exemple
en devant parler en public.
Il n'y a pas d'argument psychiatrique pour appuyer un diagnostic de
fibromyalgie.
Les limitations fonctionnelles sont les suivantes :
-
5 -
A) Rachis : nécessité de pouvoir alterner deux fois par heure la
position assise et la position debout, pas de soulèvement
régulier de charges de poids > 5 kg, pas de port régulier de
charges d'un poids > 7 kg, pas travail en porte-à-faux statique
prolongé du tronc.
B) Epaules : [même si une intervention chirurgicale devait être
réalisée au niveau de l'épaule G, il resterait une fragilité
biomécanique dont il doit être tenu compte] pas de travail se
faisant contre résistance impliquant les épaules à plus de 45°
de flexion et /ou d'abduction; pas de soulèvement ou de port
de charges d'un poids > 5 kg avec le MS tendu.
C) Hanches : nécessité, comme pour le rachis lombaire, d'alterner
régulièrement la position assise et la position debout, pas de
profession impliquant des accroupissements répétés ni
impliquant des déplacements fréquents devant se faire sur des
échelles/escabeaux/escaliers.
Les limitations fonctionnelles psychiatriques : l'assurée
éprouve des difficultés dans le contact interpersonnel, notamment
avec une clientèle inconnue. Elle ne peut exercer un poste où elle
doit parler en public, ni en contact avec une clientèle nombreuse.
Depuis quand y-t-il une incapacité de travail de 20 % au
moins ? Dans son rapport du 21.08.2005, le médecin traitant, le Dr
J.________ de Villeneuve, indique une brève période d'incapacité de
travail en 2003 puis une incapacité ininterrompue à 100% et à 50%
depuis le 27.03.2005, ce qui est cohérent avec les constatations
actuelles.
Aucune atteinte à la santé d'ordre psychiatrique ne motive cet arrêt
de travail.
Comment le degré d'incapacité de travail a-t-il évolué depuis
lors ? Depuis lors, l'assurée a travaillé de manière très irrégulière,
diminuant progressivement son activité en tant que potière pour
l'abandonner finalement totalement. Comme cela a été mentionné
ci-dessus, l'incapacité de travail en tant que potière est de 70%
depuis le mois de mars 2005, en raison des multiples problèmes
ostéoarticulaires recensés. Dans une activité adaptée en revanche,
qui aurait respecté rigoureusement les différentes et exigeantes
limitations fonctionnelles énumérées ci-dessus, la capacité de travail
de l'assurée est de 100% et ceci même en tenant compte d'une
fragilisation progressive des épaules.
Su le plan psychiatrique, il n'y a pas d'incapacité de travail. Par
contre, au cas où des mesures de reconversion professionnelle sont
envisagées, il faudra tenir compte des limitations fonctionnelles liées
aux traits schizoïdes de sa personnalité.
Concernant la capacité de travail exigible, elle est imputable
aux atteintes à la santé dûment objectivées. La fibromyalgie ne joue
qu'un rôle annexe et elle n'a pas de caractère invalidant. Une
activité professionnelle respectueuse des diverses limitations
fonctionnelles énumérées ci-dessus est possible et exigible à 100%.
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6 -
CAPACITE DE TRAVAIL EXIGIBLE
DANS L'ACTIVITE HABITUELLE (POTIERE-CERAMISTE) : 30% POUR DES RAISONS
SOMATIQUES.
DANS UNE ACTIVITE ADAPTEE : 100%.
DEPUIS : MARS 2005."
D.Le 8 mars 2007, l'assurée a subi une intervention chirurgicale
à l'épaule gauche (acromioplastie arthroscopique et résection de
l'extrémité distale de la clavicule). Selon le chirurgien orthopédiste, le Dr
K., l'épaule restera fragile même en cas d'évolution favorable
(rapport du 16 avril 2007).
A ce propos, le Dr C. du SMR a exposé dans un avis
médical du 20 mai 2008 qu'il y avait une nouvelle limitation fonctionnelle
(la fragilité de l'épaule empêchant un travail au-dessus de l'horizontale).
E. Le 11 septembre 2007, l'OAI a proposé l'organisation d'un
stage d'observation de trois mois au centre O.________ "afin de déterminer
s'il existe des activités dans l'économique qui soient compatibles avec les
nombreuses limitations de l'assurée". Cette mesure a été ordonnée le 21
septembre 2007 (observation professionnelle, art. 69 RAI).
Le centre de formation O.________ à Lausanne a organisé le
stage et a établi un rapport d'évaluation le 29 février 2008, dont les
conclusions sont les suivantes (rubriques "synthèse" et "proposition") :
"(...)
Elle a débuté son stage par un choix d'activités axé sur les domaines
pratiques et manuels. Curieuse et autodidacte, elle a démontré son
savoir-faire et sa capacité d'apprentissage, tant avec de nouveaux
outils que de nouvelles techniques de travail. Elle est autonome,
consciencieuse, et elle possède une bonne qualité d'exécution. Elle
se montre moins à l'aise sur des exercices scolaires par manque
d'intérêt, mais son niveau est suffisant.
-
7 -
Toutefois, et malgré les adaptations ergonomiques, ainsi que les
changements de position, elle souffre rapidement au niveau des
cervicales. Parfois, elle n'arrive plus à lever les bras. De ce fait, son
rendement est fortement péjoré et elle est irrégulière à sa place de
travail. Elle ne peut pas s'investir plus de deux à trois heures par
jour. Elle est d'ailleurs partie en milieu de journée plusieurs fois. Son
médecin, le Dr. J.________ (Villeneuve) a réduit son taux d'activité à
50%, dès le 31 janvier 2008.
Par conséquent, malgré le bon potentiel de Mme S.________, son état
de santé physique empêche actuellement une réinsertion
professionnelle. En effet, elle ne peut garantir, sur une durée à
moyen terme. Une activité légère en atelier protégé, proche de son
domicile, comme par exemple la manufacture [...], à Aigle, pourrait
lui apporter un certain équilibre.
(...)
8.4 Capacité de travail estimée (en %)
La capacité de travail est aléatoire et non mesurable. En fonction de
son état de santé, elle arrive tenir jusqu'à 3 heures, maximum, au
risque de ne pas la revoir le lendemain. Son rendement est, de ce
fait, symbolique, sur l'ensemble d'une semaine de travail.
8.5 Capacité de gain / soutien financier (possibilité actuelle d'un
revenu en milieu protégé ou économique)
La capacité de gain est d'environ Frs 800.- à 900.- par mois, à raison
de trois heures par jour.
(...)"
F.L'OAI a adressé à l'assurée, le 19 juin 2008, un projet de
décision dans le sens d'un refus de rente d'invalidité. Ce projet retient
notamment, sur la base des avis du SMR, que l'intéressée présente une
capacité de travail raisonnablement exigible à 100 % dès mars 2005.
Tenant compte du résultat du stage O.________ et des éléments médicaux
du dossier, l'OAI expose qu'"il n'y a pas d'indiction d'une diminution de
l'exigibilité dans une activité adaptée respectant les limitations
fonctionnelles". Une comparaison des revenus (revenu sans invalidité et
revenu d'invalide dans une activité adaptée) a été effectuée :
-
revenu annuel d'invalide en 2006, compte tenu d'un abattement de 15 %
: 42'736 fr.
-
revenu sans invalidité (poursuite de l'activité indépendante, selon
rapport d'enquête économique): 50'084 fr.
-
perte de gain 7'348 fr., soit 15 %.
-
8 -
En fonction de ces éléments, l'OAI a considéré que l'assurée n'avait pas
droit à une rente.
S.________ a présenté des objections. Elle a produit notamment
des avis médicaux de Dr W., l'orthopédiste qui la soigne, et une
attestation établie par son nouveau médecin généraliste, le Dr V.,
à Villeneuve (lequel a succédé au Dr J.), qui retient que la capacité
de travail dans une activité adaptée est définitivement inférieure à 50 %.
Le Dr L., du SMR, a fait valoir, dans un avis médical du
4 février 2009, que cette attestation n'apportait aucun élément nouveau.
Par une décision formelle du 4 février 2009, l'OAI a prononcé
un refus de rente d'invalidité, en invoquant les mêmes arguments que
dans son préavis du 19 juin 2008.
G.Par acte du 5 mars 2009, S.________ a formé recours devant le
Tribunal cantonal contre la décision de l'OAI du 4 février 2009. Elle se
réfère au rapport d'évaluation O.________, en affirmant que la seule
possibilité pour elle serait "une activité légère en atelier protégé", lui
procurant un revenu de 800 à 900 fr. par mois. Cela lui donnerait droit à
une rente d'invalidité entière.
Dans sa réponse du 29 mars 2009, l'OAI propose le rejet du
recours, sans autres observations.
E n d r o i t :
1.a) La voie du recours au Tribunal cantonal est ouverte contre la
décision de l'OAI (art. 2 al. 1 let. c LPA-VD [loi cantonale vaudoise du 28
octobre 2008 sur la procédure administrative]; RSV 173.36).
-
9 -
Le recours a été formé en temps utile (art. 60 al. 1 LPGA [loi
fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances
sociales]; RS 830.1). Il conclut, implicitement mais de manière
suffisamment claire, à l'annulation de la décision attaquée puis à l'octroi
d'une rente d'invalidité. Il ressort de l'argumentation de la recourante
qu'elle conteste les éléments de comparaison des revenus, singulièrement
la détermination de son revenu d'invalide. La motivation est certes
sommaire mais elle est compréhensible; elle répond aux exigences de
l'art. 61 let. b LPGA.
b) La Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal est
compétente pour statuer (art. 93 al. 1 let. a LPA-VD).
2.La recourante se plaint en substance d'une mauvaise
application des règles du droit fédéral sur la détermination du degré
d'invalidité, en l'occurrence fixé à un taux inférieur au seuil de 40 % (cf.
art. 28 LAI [loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité]; RS
831.20).
a) Pour déterminer le taux d'invalidité, l'autorité doit en vertu de
l'art. 7 LPGA évaluer une incapacité de gain, et donc procéder à une
comparaison des revenus, avec et sans invalidité. L'art. 16 LPGA dispose
ainsi que le revenu que l'assuré aurait pu obtenir s'il n'était pas invalide
doit être comparé avec celui qu'il pourrait obtenir en exerçant l'activité qui
peut raisonnablement être exigée de lui, après les traitements et les
mesures de réadaptation, sur un marché du travail équilibré.
S'agissant de l'examen de la mesure dans laquelle un assuré
peut encore exploiter économiquement sa capacité de gain résiduelle sur
le marché du travail entrant en considération pour lui, la jurisprudence
retient ce qui suit (cf. notamment TF 9C_1043/2008 du 2 juillet 2009,
consid. 3.2 et les références). On ne saurait subordonner la concrétisation
des possibilités de travail et des perspectives de gain à des exigences
excessives. Il s'ensuit que pour évaluer l'invalidité, il n'y a pas lieu
-
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d'examiner la question de savoir si un invalide peut être placé eu égard
aux conditions concrètes du marché du travail, mais uniquement de se
demander s'il pourrait encore exploiter économiquement sa capacité
résiduelle de travail lorsque les places de travail disponibles
correspondent à l'offre de la main d'oeuvre. On ne saurait toutefois se
fonder sur des possibilités de travail irréalistes. Ainsi, on ne peut parler
d'une activité exigible au sens de l'art. 16 LPGA, lorsqu'elle ne peut être
exercée que sous une forme tellement restreinte qu'elle n'existe
pratiquement pas sur le marché général du travail ou que son exercice
suppose de la part de l'employeur des concessions irréalistes et que, de ce
fait, il semble exclu de trouver un emploi correspondant. S'il est vrai que
des facteurs tels que l'âge, le manque de formation ou les difficultés
linguistiques jouent un rôle non négligeable pour déterminer dans un cas
concret les activités que l'on peut encore raisonnablement exiger d'un
assuré, ils ne constituent pas, en règle générale, des circonstances
supplémentaires qui, à part le caractère raisonnablement exigible d'une
activité, sont susceptibles d'influencer l'étendue de l'invalidité, même s'ils
rendent parfois difficile, voire impossible la recherche d'une place et,
partant, l'utilisation de la capacité de travail résiduelle. Toutefois, lorsqu'il
s'agit d'évaluer l'invalidité d'un assuré qui se trouve proche de l'âge
donnant droit à la rente de vieillesse, il faut procéder à une analyse
globale de la situation et se demander si, de manière réaliste, cet assuré
est en mesure de retrouver un emploi sur un marché équilibré du travail.
Cela revient à déterminer, dans le cas concret qui est soumis à
l'administration ou au juge, si un employeur potentiel consentirait
objectivement à engager l'assuré, compte tenu notamment des activités
qui restent exigibles de sa part en raison d'affections physiques ou
psychiques, de l'adaptation éventuelle de son poste de travail à son
handicap, de son expérience professionnelle et de sa situation sociale, de
ses capacités d'adaptation à un nouvel emploi, du salaire et des
contributions patronales à la prévoyance professionnelle obligatoire, ainsi
que de la durée prévisible des rapports de travail.
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b) En l'espèce, l'OAI a considéré que la mise en valeur par la
recourante d'une capacité de travail de 100 % dans une activité adaptée à
son état de santé était objectivement exigible.
Cela étant, l'OAI ne s'est pas prononcé à propos de la
possibilité d'appliquer la jurisprudence concernant les assurés se trouvant
proche de l'âge donnant droit à la rente de vieillesse. Pour une femme, il
s'agit de 64 ans révolus (art. 21 al. 1 let. b LAVS [loi fédérale du 20
décembre 1946 sur l'assurance-vieillesse et survivants]; RS 831.10). Or la
recourante avait 61 ans et 8 mois à la date de la décision attaquée (4
février 2009). A la date de la naissance du droit à la rente, soit le 29 mars
2006 (une année après le début de l'incapacité), elle avait 58 ans et dix
mois (et était de ce fait à 5 ans et 2 mois de l'âge AVS).
Le Tribunal fédéral a relevé, dans un arrêt récent
(9C_651/2008 du 9 octobre 2009, consid. 6.2.2.2), que la jurisprudence
n'avait pas fixé de manière définitive le moment déterminant pour
procéder à l'évaluation de l'invalidité d'un assuré proche de l'âge de la
retraite – moment de la naissance éventuelle du droit à la rente ou
moment de la décision litigieuse. Il n'y a pas lieu de résoudre cette
question dans le présent arrêt. Certes, si l'on se place à la date de la
décision litigieuse, on doit admettre que la recourante avait atteint le seuil
à partir duquel il faut considérer qu'il n'existe plus de possibilité réaliste de
mise en valeur de la capacité résiduelle de travail sur un marché équilibré.
Mais la situation n'est pas aussi claire si l'on se place en mars 2006. Quoi
qu'il en soit, cette question doit faire l'objet d'une appréciation non
seulement en fonction des caractéristiques objectives du marché du
travail, mais aussi en fonction des qualifications professionnelles et des
aptitudes subjectives de la recourante. Il se trouve dans le dossier des
éléments qui permettent d'apprécier cette situation (le rapport
d'évaluation O.________, le rapport d'enquête économique, certains
passages des avis médicaux). Il incombe au premier chef à l'OAI de se
prononcer sur ces questions et de compléter éventuellement l'instruction à
ce sujet (cf. art. 69 RAI [règlement du 17 janvier 1961 sur l'assurance-
invalidité]; RS 831.201). En l'état, comme l'OAI n'a pas examiné cette
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question dans sa décision, il faut considérer qu'il a mal appliqué les règles
du droit fédéral, à savoir l'art. 16 LPGA et la jurisprudence développée
dans ce cadre au sujet des assurés proches de l'âge de la retraite. La
recourante, qui fait valoir que la seule possibilité de gain, dans sa
situation, pourrait être offerte dans le cadre d'un atelier protégé, se plaint
précisément d'une mauvaise appréciation des conditions du marché du
travail en ce qui la concerne. Dès lors, ses griefs sont dans cette mesure
fondés, ce qui entraîne l'admission du recours et l'annulation de la
décision attaquée.
Comme on vient de l'exposer, une nouvelle appréciation de la
situation, conformément aux prescriptions du droit fédéral, incombe en
premier lieu à l'OAI. La cause doit donc lui être renvoyée pour nouvel
examen, le cas échéant pour instruction complémentaire, et finalement
pour nouvelle décision, au sens des considérants du présent arrêt. L'OAI
pourra éventuellement décider s'il y a lieu de distinguer deux périodes
depuis la date prévue pour la naissance du droit à la rente : une première
période où les critères habituels de comparaison des revenus sont
appliqués, et une seconde période où l'approche particulière selon la
jurisprudence précitée doit être suivie (cf. CASSO, arrêt AI 155/08-
264/2009 du 1
er
septembre 2009).
3.Le présent arrêt doit être rendu sans frais ni dépens, la
recourante n'étant pas assistée.
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est admis.
II. La décision rendue le 4 février 2009 par l'Office de l'assurance-
invalidité pour le canton de Vaud est annulée et la cause est
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renvoyée à cet Office pour nouvelle décision au sens des
considérants.
III. Il n'est pas perçu de frais de justice.
IV. Il n'est pas alloué de dépens.
Le président : La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-S.________, à Villeneuve,
-Office de l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud, à Vevey,
-Office fédéral des assurances sociales, à Berne,
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17
juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai 6, 6004
Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).
La greffière :