402
TRIBUNAL CANTONAL
AA 8/13 - 10/2015
ZA13.003133
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Présidence de M. M É T R A L
Juges:MmesRöthenbacher et Dessaux
Greffière:MmeRossi
Cause pendante entre :
A.O., à [...], recourante, représentée par Me Jean-Michel Duc,
avocat à Lausanne,
et
X. SA, à Berne, intimée, représentée par Me Philippe A. Grumbach,
avocat à Genève.
Art. 29 al. 3 et 37 al. 1 LAA ; 48 OLAA
-
2 -
E n f a i t :
A.B.O.________ (ci-après : l’assuré), né le [...] 1963, était marié et
père de deux enfants, [...], née le [...] 1994, et [...], née le [...] 1997. Il a
travaillé pour W.________ SA pendant douze ans. En 2011, son employeur a
résilié les rapports de travail pour le 31 mars 2012, en raison de difficultés
économiques. B.O.________ travaillait à l’époque comme analyste financier
et gestionnaire. Il a été libéré de son obligation de travailler dès le
31 décembre 2011. Il s’est toutefois rendu à la banque pour travailler
jusqu’à la fin du mois de février 2012.
A la suite de son licenciement, B.O.________ a consulté, en
janvier 2012, son médecin traitant, le Dr Q., spécialiste en
médecine interne générale, en raison d’un état anxio-dépressif. Le Dr
Q. lui a prescrit un traitement anxiolytique (Lexotanil) et anti-
dépresseur (Cymbalta). B.O.________ a toutefois abandonné ce dernier
traitement après une semaine environ, en raison d’effets secondaires
(paresthésies). Le 25 février 2012, il a consulté le Dr G., spécialiste
en psychiatrie, avant de partir en vacances à la montagne avec sa famille.
Il a abandonné son traitement anxiolytique de Lexotanil pendant ces
vacances. A son retour, il a consulté à nouveau le Dr G., le 6 mars
2012, ayant eu entre-temps deux contacts téléphoniques avec celui-ci. Le
Dr G.________ lui a prescrit un traitement de Citalopram, en remplacement
du Cymbalta, et a recommandé la reprise du traitement anxiolytique de
Lexotanil. Le samedi 10 mars 2012, puis le mercredi 14 mars 2012, le
Dr G.________ a constaté une péjoration de l’état anxio-dépressif de son
patient. Celui-ci avait notamment mentionné des idées suicidaires, le
samedi et le dimanche précédant le 14 mars 2012, au moyen d’une arme
à feu qu’il possédait ; il était allé acheter des cartouches le samedi. Le
Dr G.________ lui a fait part de son inquiétude et a suggéré une
hospitalisation à bref délai. Le patient a toutefois refusé, les idées
suicidaires ayant disparu les trois jours qui avaient suivi le week-end. Le
Dr G.________ a renoncé à une hospitalisation forcée, estimant n’avoir pas
suffisamment d’éléments pour une telle mesure. Il a invité B.O.________ à
-
3 -
parler de la péjoration de son état de santé à son épouse, ainsi que d’une
éventuelle hospitalisation, celle-ci restant un projet à court terme en
fonction de l’évolution de son état de santé. Le Dr G.________ a demandé à
son patient d’appeler les urgences rapidement en cas de péjoration et de
réapparition des idées suicidaires, sans attendre plusieurs jours pour en
parler. Il a également convenu avec B.O.________ de deux plages horaires,
l’une le vendredi 16 mars 2012, lors de laquelle celui-ci devait l’appeler
pour un entretien téléphonique, l’autre le jeudi 15 mars 2012, durant
laquelle il pouvait l’appeler s’il le souhaitait. Lors de la consultation du
14 mars 2012, B.O.________ s’est plaint des effets secondaires du Lexotanil
(accentuation de la fatigue). Le Dr G.________ lui a dit qu’il pouvait ne pas
prendre ce médicament s’il se sentait trop fatigué, mais que cela restait
l’anxiolytique et qu’il lui appartenait de peser les choses par rapport à son
état d’anxiété.
Après son rendez-vous chez le Dr G., le 14 mars 2012,
B.O. est allé chercher son épouse, A.O.________ (ci-après : la
recourante), à son travail. Il l’a informée du fait que le Dr G.________
souhaitait qu’il fasse un séjour de repos en hôpital, ce qu’il avait refusé au
motif qu’il avait des projets d’entretiens avec des employeurs potentiels.
B.O.________ s’est ensuite rendu à un souper dans un restaurant, avec
M., responsable du secteur financier de la société [...] Ltd. Celui-ci
a évoqué avec B.O. plusieurs options professionnelles
envisageables compte tenu de son expérience, en l’informant qu’il
prendrait des contacts pour se renseigner. Il lui a demandé de lui envoyer
son curriculum vitae et lui a déclaré qu’il était « absolument possible pour
lui de retrouver un travail, mais qu’il fallait compter avec un délai de 6 à 9
mois ». A son retour à son domicile, B.O.________ a exposé à son épouse
que la situation n’était pas brillante au vu de la conjoncture économique ;
il pouvait se diriger vers le secteur industriel ou bancaire, mais devait faire
un choix, ce dont il avait discuté avec son ami. Il a déclaré avoir plusieurs
numéros de téléphone de personnes qu’il devait contacter prochainement
et a conclu que la situation s’arrangerait.
-
4 -
Le 15 mars 2012 au matin, A.O.________ est partie travailler
après avoir déjeuné en famille puis emmené ses filles à l’école. Elle n’a
rien remarqué d’anormal chez son époux, resté à la maison comme cela
était prévu. Dans la matinée, ce dernier a envoyé son curriculum vitae à
M., à 7 h 15, puis à un employeur potentiel, à 7 h 47. Il a ensuite
amené à sa fille un dossier ainsi que son repas, qu’elle avait oubliés. Dans
la matinée du 15 mars 2012 également, le Dr G. a appelé l’Unité
de pharmacogénétique et de psychopharmacologie clinique du [...], à [...],
en vue de vérifier les effets secondaires du Lexotanil. Compte tenu de la
réponse obtenue, il a ensuite tenté de joindre B.O., sans succès,
entre 9 h 30 et 10 h 00, pour lui dire de continuer le traitement
anxiolitique. Il a alors essayé de joindre A.O. par téléphone une
première fois, sans succès. Il y est finalement parvenu vers 10 h 15 et lui a
indiqué avoir essayé d’atteindre son mari, en vain. Elle lui a demandé s’il y
avait une urgence et il a répondu que non, mais que son époux était très
anxieux ; le Dr G.________ souhaitait donc augmenter la dose de
médicaments prescrits sans attendre une semaine. A.O.________ lui a dit
avoir évoqué l’éventualité d’une hospitalisation avec son époux et avoir eu
le sentiment, avant son départ pour le travail, que celui-ci allait mieux que
la veille au soir. Le Dr G.________ a encore tenté plusieurs fois de joindre
son patient.
A.O.________ est rentrée à la maison vers 14 h 00 et s’est
aperçue que son mari n’avait pas rangé la cuisine, ce qui était inhabituel.
Il était parti avec la voiture et avait laissé ses lunettes ainsi que ses deux
téléphones portables sur son bureau, ce qui était également inhabituel.
Elle est retournée travailler et a laissé un message sur le répondeur du
Dr G.________ afin qu’il la rappelle, sans décrire plus précisément la
situation. Celui-ci lui a téléphoné deux minutes plus tard. Après avoir été
informé de l’absence d’B.O.________ de son domicile, il a dit à A.O.________
que son époux avait des idées suicidaires, qu’il lui avait parlé d’un fusil et
qu’il fallait appeler la police pour le retrouver impérativement. La police
s’est rendue aussitôt au domicile d’B.O.________ et a constaté que les
portes de l’armoire où ce dernier rangeait son arme étaient entrouvertes,
que l’arme ne s’y trouvait plus et que les habits étaient renversés, comme
-
5 -
si l’arme avait été prise à la hâte. Les recherches effectuées par la police
lui ont permis de retrouver le corps sans vie d’B.O., à côté de la
cabane [...], à 200 mètres de son véhicule stationné au bord de la route en
contrebas. Il a été constaté qu’il s’était suicidé au moyen de son arme à
feu.
B.B.O. était assuré à titre obligatoire contre les accidents
par X.________ SA (ci-après : l’intimée). Cette dernière a demandé un
rapport médical au Dr G., qui a répondu le 29 mai 2012 en
exposant les circonstances dans lesquelles B.O. l’avait consulté. Il
a notamment indiqué que le patient s’était plaint d’une fatigue croissante
et d’une fluctuation de son humeur, marquée par une envie de poursuivre
ses projets et ses démarches, en alternance avec des sentiments de
découragement et de culpabilité importants, qu’il avait aussi tendance à
banaliser par moments. Le 14 mars 2012, il s’était plaint de sa grande
fatigue, de son manque de concentration et de ses angoisses à ne pas
réussir à entreprendre des démarches en vue de retrouver une place de
travail en raison de son état de santé actuel. Quelques jours auparavant, il
avait présenté des idées suicidaires, mais n’en avait pas montré lors de la
consultation du 14 mars 2012 et n’avait pas fait part de projet précis.
Devant son épuisement et son état dépressif fluctuant et par moments
sévère, le Dr G.________ lui avait proposé un séjour hospitalier dans les
jours à venir. Le Dr G.________ posait le diagnostic d’épisode dépressif
sévère sans symptômes psychotiques. Durant la période d’évaluation et
depuis le début du traitement, il n’avait pas mis en évidence de trouble du
discernement, comme il peut s’en rencontrer en cas d’état psychotique ou
confusionnel. Le patient avait montré durant les séances une capacité de
discernement conservée. Au sujet des moments de découragement et des
idées suicidaires dont il avait fait part, il avait pu les critiquer en se
raccrochant à des investissements dans la réalité. Le Dr G.________ n’avait
ainsi pas objectivé de diminution de la capacité de discernement de
l’intéressé. Le suicide pouvait être attribué à l’état dépressif sévère du
patient.
-
6 -
Le 8 septembre 2012, le Dr V., psychiatre conseil de
X. SA, a donné son appréciation médicale du dossier. Il a considéré
que certains cas de dépression sévère pouvaient s’accompagner de
symptômes psychotiques (psychose : idées délirantes, hallucinations,
désorganisation prononcée de la pensée et du comportement), congruents
à l’humeur (idées délirantes de culpabilité, d’indignité, de maladies
physiques ou de désastres imminents, hallucinations auditives à thèmes
de dérision ou de condamnation) ou non congruents à l’humeur (idées
délirantes de référence ou de persécution, hallucinations dont le contenu
n’est pas en rapport avec des thèmes dépressifs). Des indices d’éléments
psychotiques n’apparaissaient toutefois dans aucun des documents
médicaux au dossier. Il n’en ressortait pas davantage que l’assuré
souffrait de stupeur dépressive, ce que le diagnostic d’épisode dépressif
sévère sans symptômes psychotiques excluait. A aucun moment il
n’apparaissait que l’assuré était sous l’influence d’alcool ou de stupéfiants.
La présence d’une autre psychose (psychose schizophrénique, trouble
délirant, trouble psychotique aigu, trouble psycho-affectif) pouvait
également être exclue, en l’absence d’exploration diagnostique dans ce
sens par le Dr G., ainsi que de tout indice d’une telle atteinte dans
les pièces au dossier. La présence d’un trouble de la personnalité n’avait
pas été constatée par le Dr G., ni celle d’un état confusionnel.
Enfin, il n’y avait pas d’indice d’un retard mental ou d’une lésion
cérébrale. Le Dr V.________ en concluait que l’assuré n’avait à aucun
moment perdu contact avec la réalité. Les circonstances ayant précédé le
drame et son comportement le jour du suicide montraient que ses actes
avaient été réfléchis jusqu’au moment du décès. Le Dr V.________ excluait
par conséquent que l’assuré ait souffert d’un grave trouble de la
conscience au moment de mettre fin à ses jours.
X.________ SA a pris en charge les frais funéraires. En
revanche, elle a refusé d’allouer d’autres prestations d’assurance, en
raison du caractère volontaire du décès, par décision du 24 septembre
2012 et décision sur opposition du 12 décembre 2012.
-
7 -
C.Le 24 janvier 2013, A.O.________ a interjeté un recours de droit
administratif auprès de la Cour des assurances sociales du Tribunal
cantonal contre la décision sur opposition du 12 décembre 2012. Elle en
demande l’annulation et la condamnation de l’intimée « à allouer les
pleines prestations LAA », sous suite de dépens. En substance, elle
soutient que son époux n’avait plus la capacité de discernement au
moment de se donner la mort, de sorte que cet acte ne pouvait pas être
considéré comme volontaire. Elle fait également valoir que le Dr G.________
a commis une erreur médicale en ne faisant pas hospitaliser B.O.________
après la consultation du 14 mars 2012. Il conviendrait selon elle de
qualifier d’accidentel le décès de son époux, dans la mesure où il constitue
la conséquence de cette erreur médicale.
La recourante a requis la production du dossier complet de
l’intimée et de W.________ SA concernant B.O.. Elle a également
requis la production du dossier médical complet de son défunt mari, y
compris les notes internes, auprès des Drs Q. et G., ainsi
que l’audition de divers témoins. Enfin, elle a demandé qu’une expertise
médicale soit ordonnée par le tribunal, en vue d’établir l’incapacité de
discernement de son époux lors de son suicide et l’erreur médicale qu’elle
reproche au Dr G..
Le 8 mars 2013, l’intimée a produit son dossier complet et
s’est déterminée sur le recours. Elle en propose le rejet, sous suite de frais
et dépens.
La recourante a été entendue en audience d’instruction du
28 mai 2013, de même que son père, C., et le Dr G.,
comme témoins. Le 17 juin 2013, le juge délégué à l’instruction de la
cause a également entendu les témoins M., U. et
P.. Lors de ces audiences, la recourante a renoncé à la production
du dossier complet de l’ancien employeur d’B.O.. Elle a maintenu,
en revanche, sa requête d’expertise médicale, de même que sa demande
tendant à la production des dossiers complets des Drs Q.________ et
-
8 -
G.. L’intimée s’est opposée à l’expertise médicale et a demandé
l’audition du Dr V.. La recourante ne s’y est pas opposée.
Le 27 juin 2013, le juge délégué à l’instruction de la cause a
rejeté la demande de production des dossiers complets – notes internes
incluses – des Drs Q.________ et G., un avis contraire de la Cour au
terme de l’instruction demeurant réservé.
Le 4 juillet 2013, la recourante a déposé une nouvelle
détermination en réitérant sa requête d’expertise.
Le 30 janvier 2014, le Dr V. a répondu par écrit à un
questionnaire que lui avait adressé le tribunal. Il a, pour l’essentiel,
confirmé son rapport du 8 septembre 2012. Le 4 août 2014, le juge
délégué à l’instruction de la cause a communiqué ces réponses aux
parties et rejeté la requête d’expertise médicale formulée par la
recourante. Les parties ont renoncé au dépôt d’un questionnaire
complémentaire à l’attention du Dr V.________.
Le 19 septembre 2014, la recourante a déposé une nouvelle
détermination, en maintenant ses conclusions. Le juge délégué à
l’instruction a communiqué cette écriture à l’intimée le 24 septembre
2014 et informé les parties que, sauf nouvelle réquisition, un jugement
serait rendu dès que l’état du rôle le permettrait.
E n d r o i t :
1.a) La procédure devant le tribunal cantonal des assurances
institué par chaque canton en application de l’art. 57 LPGA (loi fédérale du
6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales ;
RS 830.1) est réglée par le droit cantonal, sous réserve de l’art. 1 al. 3 PA
(loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative ;
RS 172.021) et des exigences minimales fixées par l’art. 61 LPGA. Dans le
-
9 -
canton de Vaud, la procédure de recours est régie par la loi du 28 octobre
2008 sur la procédure administrative (LPA-VD ; RSV 173.36). Cette loi
attribue à la Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal la
compétence pour statuer sur les recours interjetés conformément aux art.
56 ss LPGA (cf. art. 93 al. 1 let. a LPA-VD).
b) Compte tenu de la suspension du délai durant les féries de
Noël (art. 38 al. 4 let. c LPGA, applicable par renvoi de l’art. 60 al. 2 LPGA),
le recours a été déposé dans les trente jours dès la notification de la
décision litigieuse (art. 60 al. 1 LPGA) et respecte les autres conditions de
recevabilité. Il convient donc d’entrer en matière.
2.Le litige porte sur le droit de la recourante à une rente de
viduité de l’intimée, ensuite du décès de son époux.
3.a) Aux termes de l’art. 29 al. 3 LAA (loi fédérale du 20 mars
1981 sur l’assurance-accidents ; RS 832.20), le conjoint survivant d’une
personne assurée a droit à une rente lorsque, au décès de son conjoint, il
a des enfants ayant droit à une rente ou vit en ménage commun avec
d'autres enfants auxquels ce décès donne droit à une rente ou lorsqu'il est
invalide aux deux tiers au moins ou le devient dans les deux ans qui
suivent le décès du conjoint. La veuve a en outre droit à une rente lorsque,
au décès du mari, elle a des enfants qui n'ont plus droit à une rente ou si
elle a accompli sa 45
e
année ; elle a droit à une indemnité en capital
lorsqu'elle ne remplit pas les conditions d'octroi d'une rente.
Toutefois, l’art. 37 al. 1 LAA exclut l’octroi de prestations
d’assurance, hormis l’indemnité pour frais funéraires, si l'assuré a
provoqué intentionnellement l'atteinte à la santé ou le décès. Même s'il
est prouvé que l'assuré entendait se mutiler ou se donner la mort, cette
disposition n'est pas applicable si, au moment où il a agi, l'assuré était,
sans faute de sa part, totalement incapable de se comporter
raisonnablement, ou si le suicide, la tentative de suicide ou
l'automutilation est la conséquence évidente d'un accident couvert par
-
10 -
l'assurance (art. 48 OLAA [ordonnance du 20 décembre 1982 sur
l’assurance-accidents ; RS 832.202]).
b) Le suicide comme tel n'est un accident assuré,
conformément à l'art. 48 OLAA, que s'il a été commis dans un état
d'incapacité de discernement au sens de l'art. 16 CC (Code civil suisse du
10 décembre 1907, RS 210, dans sa version en vigueur jusqu'au
31 décembre 2012, applicable en l'espèce). Par conséquent, il faut, pour
entraîner la responsabilité de l'assureur-accidents, qu'au moment de l'acte
et compte tenu de l'ensemble des circonstances objectives et subjectives,
l'intéressé ait été privé de toute possibilité de se déterminer
raisonnablement, en raison notamment d'une maladie mentale ou d'une
faiblesse d'esprit (ATF 115 V 151 consid. 2b publié in RAMA 1989 n
o
U 84
p. 448 ; ATF 113 V 61 consid. 2a ; RAMA 1990 n
o
U 96 p. 182 consid. 2).
L'existence d'une maladie psychique ou d'un grave trouble de la
conscience doit être établie conformément à la règle du degré de
vraisemblance prépondérante (ATF 129 V 177 consid. 3.1, 119 V 335
consid. 1, 118 V 286 consid. 1b). Il doit s'agir de symptômes
psychopathologiques comme la folie, les hallucinations, la stupeur
profonde, le raptus, etc. Le motif qui a conduit au suicide ou à la tentative
doit être en relation avec les symptômes psychopathologiques. L'acte doit
apparaître « insensé ». Un simple geste disproportionné, au cours duquel
le suicidaire apprécie unilatéralement et précipitamment sa situation dans
un moment de dépression et de désespoir ne suffit pas (voir p. ex. l’arrêt
TFA U 25/05 du 21 février 2006 consid. 2.2 ; Kind, Suizid oder « Unfall »,
Die psychiatrischen Voraussetzungen für die Anwendung von Art. 48 UVV,
RSA 1993 p. 291).
Pour établir l'absence de capacité de discernement, il ne suffit
pas de considérer l'acte de suicide et, partant, d'examiner si cet acte est
déraisonnable, inconcevable ou encore insensé. Il convient bien plutôt
d'examiner, compte tenu de l'ensemble des circonstances, en particulier
du comportement et des conditions d'existence de l'assuré avant le
suicide, si l’intéressé était raisonnablement en mesure d'éviter ou non de
mettre fin ou de tenter de mettre fin à ses jours. Le fait que le suicide en
-
11 -
soi s'explique seulement par un état pathologique excluant la libre
formation de la volonté ne constitue qu'un indice d'une incapacité de
discernement (RAMA 1996 n
o
U 267 p. 309 consid. 2b et les références).
4.a) Il ressort des diverses pièces et témoignages au dossier
qu’B.O.________ a travaillé pendant douze ans pour W.________ SA. Il avait
de bonnes qualifications professionnelles et était apprécié de son
employeur, mais a vu ses rapports de travail résiliés, pour la fin du mois
de mars 2012, en raison d’une réorganisation de l’entreprise. L’employeur
a établi un certificat de travail élogieux, au terme duquel il précise avoir
convenu avec son employé d’une résiliation conjointe des rapports de
travail ensuite d’une réorganisation de ses activités. B.O., qui avait
par ailleurs une vie de famille et une vie sociale harmonieuse, a mal
supporté cette résiliation des rapports de travail et a rapidement
développé un état anxio-dépressif, pour lequel son médecin traitant lui a
prescrit du Lexotanil et du Cymbalta. Le 25 février 2012, B.O. a
consulté, pour la première fois, le Dr G.. Il a ensuite eu deux
contacts téléphoniques avec ce médecin, puis trois entretiens les 6, 10 et
14 mars 2012.
b) Lors de son témoignage en audience du 28 mai 2013, le
Dr G. a exposé avoir constaté, lors des quatre consultations à son
cabinet, une aggravation de l’état anxio-dépressif d’B.O.________,
objectivée notamment lors de la consultation du 14 mars 2012. En effet,
ce dernier avait eu des idées suicidaires entre le 10 et le 14 mars 2012,
pendant le week-end. Lors des deux derniers entretiens, il s’était déclaré
plus fatigué, avec une humeur qui fluctuait davantage qu’auparavant. Il
s’était plaint d’alternance de moments où il manifestait l’intention de se
battre et formulait des projets, avec des moments où il avait l’impression
que tout lui échappait et qu’il perdait le contrôle. Cette polarité s’était
manifestée lors des consultations et s’était renforcée. Lors des premiers
entretiens, il avait présenté son parcours professionnel sous une
perspective positive, de manière nuancée et avec des moments d’humour.
Il avait exprimé le fait qu’il ne s’était jamais retrouvé dans une telle
situation et trouvait cela étrange. Il se sentait un peu en situation de perte
-
12 -
de contrôle et cela ne correspondait pas à son vécu professionnel. Le
14 mars 2012, il s’était plaint de ses changements incontrôlables
d’humeur, le Dr G.________ déclarant à ce propos qu’« on pourrait parler de
dépersonnalisation et de déréalisation », en ce sens que « son patient
avait l’impression qu’il n’était pas lui-même par moments, qu’il ne se
reconnaissait pas lui-même ». B.O.________ disait perdre ses repères, se
sentait partagé et vivait mal de ne pas pouvoir reprendre le contrôle. Le
Dr G.________ a toutefois ajouté, dans ce contexte, n’avoir pas constaté
d’état psychotique aigu ou décompensé, le patient lui semblant bien ancré
dans la réalité. B.O.________ avait rapporté un état fluctuant, qu’il trouvait
bizarre. Intellectuellement, il comprenait qu’il passait entre deux pôles
sans en avoir le contrôle, d’où ce sentiment d’étrangeté. C’était
imprévisible, brusque et cela contribuait à son état d’épuisement.
L’intéressé s’était plaint de cette fatigue et l’on était dans le contexte de
l’introduction d’un nouveau médicament (Citalopram), le 6 mars 2012, à
raison d’un demi-comprimé (10 mg) par jour, puis à raison d’un comprimé
(20 mg) par jour dès le 10 mars 2012. Le Dr G.________ a évoqué avec son
patient les effets secondaires de ces médicaments, connus en particulier
en début de traitement (spécialement sédation et agitation intérieure),
mais n’a pas pu préciser en audience si l’agitation montrée par
B.O.________ était un signe de l’état anxio-dépressif ou un effet secondaire
du médicament tel que décrit dans la littérature à propos du Citalopram. Il
avait expliqué à son patient qu’il était en début de traitement et qu’il
fallait prendre en compte l’ensemble de ces éléments pour décider d’une
possibilité d’hospitalisation à court terme. B.O.________ avait toutefois
refusé cette option.
Ce témoignage établit que l’assuré souffrait d’un état anxio-
dépressif, qui s’est progressivement aggravé jusqu’au 15 mars 2012. Les
symptômes se caractérisaient par des changements d’humeur pouvant
être brusques et imprévisibles, avec l’alternance de moments où l’assuré
manifestait l’intention de se battre et pouvait faire des projets, d’une part,
et de moments où il n’y parvenait plus et avait l’impression de perdre le
contrôle, d’autre part. Cette impression de perte de contrôle et cette
polarité étaient nouvelles pour lui et ne lui correspondaient pas. Dans ce
-
13 -
sens, le Dr G.________ a évoqué une forme de « dépersonnalisation et de
déréalisation ». Ce sentiment de perte de contrôle et ces fluctuations
d’humeur sont toutefois des symptômes classiques d’un état dépressif et
l’on ne saurait y voir des indices d’une absence de capacité de
discernement de l’assuré, contrairement à ce que soutient la recourante.
Alors qu’B.O.________ n’avait pas souffert de dépression auparavant et
menait une vie professionnelle et familiale stable et harmonieuse, il a
exprimé une perte de repères et le fait qu’il ne s’est plus senti lui-même
face aux fluctuations d’humeur et à l’impression, parfois, de ne plus avoir
la force de poursuivre ses efforts en vue de retrouver un emploi. Dans ce
contexte, la perte de contrôle et le sentiment d’étrangeté dont il a fait part
à son médecin ne se rapportent pas à la capacité de discernement de
l’assuré, mais bien au fait que celui-ci ne parvenait pas à maîtriser ces
fluctuations d’humeur caractéristiques de sa maladie.
Par ailleurs, bien qu’un suicide soit naturellement difficile à
comprendre ou à expliquer, l’assuré a eu un comportement relativement
cohérent le 15 mars 2012. Son attitude traduit la volonté, déjà manifestée
auprès de son médecin traitant, de préserver ses proches autant que
possible. On ignore quand précisément il a pris la décision de mettre fin à
ses jours, mais une fois celle-ci prise, il a emporté son arme démontée,
encore emballée dans des sachets en plastique, et a quitté le domicile
familial, en voiture, jusqu’à un lieu isolé. Il y a monté son arme et a mis fin
à ses jours en se couchant sur son fusil. Contrairement à ce que soutient
la partie recourante, cette manière de procéder n’est pas particulièrement
singulière et dénote le souci d’épargner à sa famille la découverte de son
corps en rentrant du travail ou de l’école. La position du corps comme
celle du fusil, soit une arme proche de la tête, ont probablement été
dictées par la volonté de garantir que le tir serait précis, pour être sûr
d’être mortellement atteint. Elles sont difficilement compatibles avec
l’hypothèse d’une incapacité de discernement. Dans ce contexte
également, le fait que l’assuré n’ait pas annulé des rendez-vous qu’il avait
dans la journée du 15 mars 2012 ou dans les jours suivants, ou encore
qu’il ait planifié des vacances et acheté des billets d’avion, ainsi que
réservé une voiture de location pour ces vacances, le 6 mars 2012, sont le
-
14 -
reflet du caractère fluctuant de l’humeur de l’assuré pendant la période
ayant précédé son décès, mais ne traduisent pas une incohérence
indiquant que son suicide aurait été commis en l’absence de capacité de
discernement. Il en va de même de l’envoi de son curriculum vitae à deux
employeurs, entre 7 h 00 et 8 h 00 le matin même du 15 mars 2012, qui
permet tout au plus de conclure qu’il n’avait pas encore, à ce moment-là,
alors qu’il était encore entouré des siens ou que ces derniers venaient de
partir, d’idées suicidaires. Qu’il ait ensuite subi, dans la matinée, une
baisse de moral qui l’a conduit à mettre fin à ses jours ne permet pas de
conclure à un acte commis sans capacité de discernement.
Enfin, le Dr G.________ n’a pas relevé, lors de ses entretiens, de
diminution de la capacité de discernement de son patient, mais a au
contraire constaté que celui-ci était ancré dans la réalité. Il n’a en
particulier jamais observé de symptômes psychotiques, ni d’idées
délirantes ou d’hallucinations. Il est certes resté très prudent, en audience,
sur la capacité de discernement de son patient au moment de son acte
suicidaire, au motif qu’il ne pouvait pas se prononcer sur un fait qu’il
n’avait pas pu constater directement. Il n’a toutefois rapporté aucun indice
pouvant laisser penser à une incapacité de discernement au regard des
entretiens qu’il avait eus.
c) La recourante allègue qu’B.O.________ a encore confirmé un
rendez-vous professionnel le 15 mars 2012 à 11 h 29, pour le lendemain à
16 h 00. Ce courrier électronique renforcerait l’hypothèse d’un brusque
revirement et d’une perte de la capacité de discernement, vu l’absence de
cohérence entre la confirmation de ce rendez-vous et le suicide commis
peu de temps après. Le courriel auquel se réfère la recourante n’a
toutefois pas été envoyé le 15 mars, mais le 6 mars 2012. On ne peut
donc en tirer aucune conclusion relative à la capacité de discernement de
l’assuré le jour du drame.
d/aa) La recourante soutient, enfin, que les médicaments anti-
dépresseurs prescrits à l’assuré ont aboli sa capacité de discernement.
Elle allègue que le Cymbalta entraîne d’importants effets secondaires,
-
15 -
notamment des « appels au suicide ». Le passage du Cymbalta au
Citalopram, avec poursuite du traitement anxiolitique au Lexotanil, a
également pu avoir cet effet. Elle demande qu’une expertise soit mise en
œuvre pour clarifier ces questions et observe, dans ce contexte, que l’on
ignore la dose de médicaments avalée par l’assuré le jour du drame.
Toujours selon la recourante, l’expertise permettrait également d’établir
une faute professionnelle du Dr G.________, qui aurait dû ordonner une
hospitalisation forcée, compte tenu de l’entretien du 14 mars 2012. Cette
faute professionnelle devrait être qualifiée, comme telle, d’accident.
bb) Selon le Compendium suisse des médicaments, auquel se
réfère la recourante, le Cymbalta peut entraîner une augmentation des
idées suicidaires, de l’automutilation et du comportement suicidaire. De
manière générale, même lorsque des signes d’amélioration de la maladie
sont visibles, ce risque persiste jusqu’à obtention d’une rémission
significative. En conséquence, les patients sous traitement anti-dépresseur
devront être étroitement surveillés à la recherche de tout signe
d’aggravation de la dépression, en particulier d’un comportement
suicidaire ainsi que d’une agitation et/ou une acathésie (agitation
intérieure, psychomotrice), ceci principalement au début du traitement et
lors d’un changement de dosage. Il conviendra également de bien
surveiller les patients après chaque modification posologique, ainsi que
lors de l’interruption du traitement, car de tels symptômes peuvent être
des signes aussi bien de sevrage que de l’imminence d’une rechute. Cette
surveillance concerne également tout particulièrement les patients ayant
déjà commis des tentatives de suicide ou ayant des idées suicidaires en
début de traitement. L’attention des patients et des personnes qui
s’occupent d’eux devra être attirée sur le fait que des
idées/comportements suicidaires peuvent apparaître durant un traitement
anti-dépresseur et qu’il y a urgence, dans de tels cas, à contacter un
médecin ou à prendre immédiatement un avis médical. Les médecins
devraient encourager leurs patients à parler à tout moment avec eux de
l’apparition de pensées ou de sentiments dépressifs.
-
16 -
En ce qui concerne le Citalopram, le Compendium suisse des
médicaments précise que la dépression est associée à un risque accru de
survenue d’idées suicidaires, d’auto-agression et de suicide (événements
de type suicidaire). Ce risque persiste jusqu’à l’obtention d’un
soulagement significatif des symptômes. Ce résultat pouvant ne pas
survenir avant plusieurs semaines de traitement, les patients doivent être
surveillés étroitement jusqu’à l’obtention d’une amélioration. L’expérience
clinique montre que le risque suicidaire peut augmenter au début d’un
traitement. D’autres troubles psychiatriques pour lesquels le Citalopram
est prescrit peuvent également être associés à un risque accru
d’événements suicidaires. De plus, ces troubles peuvent être associés à
une dépression. Les mêmes précautions que celles mentionnées pour les
patients souffrant de dépression doivent donc être appliquées aux patients
présentant d’autres troubles psychiatriques. Les patients ayant des
antécédents de comportement suicidaire ou d’intentions suicidaires
significatives avant le traitement ont un risque accru de survenue d’idées
suicidaires ou de tentatives de suicide. Ils doivent donc être surveillés
avec un soin particulier au cours du traitement. Une méta-analyse
d’études cliniques contrôlées par placebo sur l’utilisation d’anti-
dépresseurs chez l’adulte présentant des troubles psychiatriques a montré
une augmentation du risque de comportements de type suicidaire chez les
patients de moins de vingt-cinq ans sous anti-dépresseurs, par rapport au
placebo. Une surveillance étroite des patients, en particulier des patients à
haut risque de suicide, doit accompagner le traitement médicamenteux,
surtout au début du traitement et lors d’ajustements posologiques. Les
patients et les personnes qui les encadrent doivent être avertis de la
nécessité d’une surveillance pour identifier toute aggravation clinique,
apparition de comportements/idées suicidaires ou changement inhabituel
du comportement. Si de tels symptômes apparaissent, ces personnes
doivent immédiatement demander l’avis du médecin. Surtout au début du
traitement, le plus petit emballage approprié du médicament sera prescrit,
afin de réduire le risque d’incidents de type suicidaire. Les patients
doivent être surveillés soigneusement même après l’arrêt du traitement,
en raison du risque de récidive dépressive (créant à nouveau un potentiel
de comportements suicidaires) ou de symptômes de sevrage. Bien
-
17 -
qu’aucun lien de causalité entre des symptômes d’agitation, y compris
l’acathésie (agitation interne, agitation psychomotrice), et les tendances
suicidaires ait été clairement établi, les patients doivent être étroitement
surveillés à la recherche de ces symptômes pendant un traitement anti-
dépresseur.
cc) Le Dr G.________ a suivi l’assuré sur le plan médical entre le
25 février et le 14 mars 2012. Il l’a notamment vu en consultation le
25 février 2012, puis a eu deux entretiens téléphoniques, avant de le
revoir trois fois en consultation entre le 6 et le 14 mars 2012, notant
l’apparition d’idées suicidaires le week-end précédant le 14 mars 2012. Il
s’agit d’un suivi très étroit. Le Dr G.________ était inquiet pour son patient.
Il le lui a dit le 14 mars 2012 et lui a proposé une hospitalisation,
notamment pour le protéger en cas de réapparition des idées suicidaires.
De toute évidence, il aurait préféré le voir accepter cette hospitalisation.
Devant le refus du patient, il a dû procéder à une appréciation des risques
encourus et l’a laissé rentrer chez lui sans hospitalisation. Il a considéré
n’avoir pas suffisamment d’éléments pour une hospitalisation forcée le
14 mars 2012, estimant que l’intéressé était ancré dans la réalité, qu’il
n’avait plus eu d’idées suicidaires dans les trois jours ayant précédé
l’entretien et que les mesures de précautions convenues (consigne
donnée au patient d’appeler le service des urgences en cas de
réapparition des idées suicidaires, sans attendre une prochaine
consultation médicale ; consigne donnée à l’assuré de lui téléphoner le
vendredi 16 mars 2012 dans tous les cas, et consigne donnée au patient
de l’appeler dans une plage horaire convenue, le 15 mars 2012, en cas de
besoin) seraient suffisantes. Le lendemain, le Dr G.________ s’est encore
renseigné sur les effets secondaires du Lexotanil, eu égard aux plaintes
exprimées à ce sujet par B.O.________ ; au vu des renseignements obtenus
auprès de confrères spécialisés en psychopharmacologie, qui lui ont dit
que le traitement de Lexotanil pouvait être poursuivi, le Dr G.________ a
tenté de joindre son patient pour lui en faire part, sans succès.
Il résulte de ces constatations que le Dr G.________ a
clairement identifié le risque de suicide, mais a considéré que l’assuré
-
18 -
conservait une capacité de discernement suffisante et qu’une
hospitalisation forcée n’était pas donc pas justifiée. Il a appliqué les
consignes recommandées dans ce type de situation, en suivant
étroitement son patient, en l’incitant à discuter de la péjoration de son
état de santé avec son épouse, ainsi qu’à l’appeler ou à téléphoner
immédiatement à un service d’urgence en cas de réapparition des idées
suicidaires, ainsi qu’en convenant d’un entretien téléphonique dans les
deux jours. Compte tenu des circonstances rapportées de manière
détaillée par le Dr G.________ en audience du 28 mai 2013, la production
de l’intégralité de son dossier médical concernant B.O., y compris
les notes internes, n’est pas nécessaire et constituerait une atteinte
disproportionnée au droit du patient à ne pas voir divulguer des
informations personnelles sensibles, y compris après son décès. Une
erreur médicale grossière du Dr G., seule susceptible d’être
qualifiée d’accident au sens de la jurisprudence (cf. TF 8C_767/2012 du
18 juillet 2013 consid. 3.2 et les références), peut être exclue, sans qu’une
expertise sur ce point soit nécessaire.
Une expertise médicale n’est pas davantage nécessaire pour
établir si les médicaments prescrits à l’assuré ont aboli sa capacité de
discernement le 15 mars 2012. L’intéressé était étroitement suivi par le
Dr G., psychiatre, qui n’a pas constaté d’absence ou de diminution
de cette capacité de discernement lors de ses consultations. Ce médecin
n’a pas davantage rapporté d’indice probant d’une abolition de cette
capacité de discernement en dehors du cadre des consultations, quand
bien même il n’a pas voulu se prononcer formellement sur des faits dont il
n’avait pas été le témoin direct. Enfin, le Dr G. a certes proposé
une expertise pour établir les faits en question, mais l’expert n’en aurait
pas davantage été témoin direct et ne pourrait guère se prononcer, post
mortem, que sur la base des constatations du médecin traitant. On voit
mal comment il pourrait, mieux que ce dernier, établir une incapacité de
discernement de l’assuré au moment d’agir, que ce soit avec ou sans lien
avec le traitement anti-dépresseur. Invité à préciser sur quels autres
éléments cliniques l’expert pourrait se prononcer, par rapport à ceux déjà
mis en évidence dans son témoignage, le Dr G.________ a évoqué les
-
19 -
résultats d’une éventuelle autopsie ou d’autres problèmes dont il n’aurait
pas connaissance, comme une consommation excessive d’alcool. Or, seul
un examen externe du corps d’B.O.________ a été réalisé après son décès
et il n’y a aucun indice au dossier d’une consommation excessive d’alcool
ou d’autres « problèmes » que l’expert pourrait prendre en considération.
La recourante évoque une interaction entre la prise d’Allopur par l’assuré,
depuis plusieurs mois, et le traitement anti-dépresseur et anxiolotique. Il
s’agit toutefois d’une hypothèse pour le moins peu vraisemblable,
qu’aucun document médical au dossier ne vient étayer. L’Allopur est un
médicament prescrit pour réduire la formation d’urates/d’acide urique en
présence de dépôts d’urates et d’acide urique déjà constitués. Le
Compendium suisse des médicaments ne mentionne aucune contre-
indication en cas de traitement anti-dépresseur et l’on ne trouve aucun
indice, dans les interactions décrites pour le Cymbalta, le Citalopram ou le
Lexotanil, d’une interaction possible avec l’Allopur et son principe actif.
5.Au vu de ce qui précède, il faut tenir pour établi, au degré de
la vraisemblance prépondérante, qu’B.O.________ n’était pas privé de sa
capacité de discernement au moment de mettre fin à ses jours, de sorte
que l’intimée était en droit de nier le caractère accidentel de son décès. Il
convient également d’exclure que ce décès ait été la conséquence d’une
erreur médicale qu’il conviendrait de qualifier d’accident. Partant, c’est à
juste titre que l’intimée a refusé les prestations litigieuses. Une expertise
médicale ou la production du dossier médical complet de l’assuré auprès
des Drs Q.________ et G.________, notes internes comprises, ne sont pas
nécessaires pour statuer.
6.En conclusion, le recours doit être rejeté et la décision sur
opposition entreprise confirmée.
La recourante n’obtenant pas gain de cause, elle ne saurait
prétendre à l’allocation de dépens (art. 61 let. g LPGA).
Il n'y a pas lieu de percevoir des frais de justice, la procédure
étant gratuite (art. 61 let. a LPGA).
-
20 -
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est rejeté.
II. La décision sur opposition rendue le 12 décembre 2012 par
X.________ SA est confirmée.
III. Il n’est pas alloué de dépens ni perçu de frais de justice.
Le président : La greffière :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-Me Jean-Michel Duc, avocat (pour A.O.),
-Me Philippe A. Grumbach, avocat (pour X. SA),
-Office fédéral de la santé publique,
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17
juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai 6, 6004
-
21 -
Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).
La greffière :