Présidence de M.C O L O M B I N I , président
Juges:MM.Creux et Perrot
Greffier :M.Heumann
Art. 308 al. 2, 310 let. a et b CPC ; 61 LCA
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par A., à [...],
demandeur, contre le jugement rendu le 13 novembre 2012 par le
Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois dans la cause divisant
l’appelant d’avec R., à Berne, défenderesse, la Cour d’appel civile
du Tribunal cantonal voit :
mai 2011 sur la somme de 30'203 fr. 25, et subsidiairement à ce que le
jugement soit annulé et la cause renvoyée à l’autorité de première
instance pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des
considérants de l’arrêt à intervenir. A l’appui de son appel, il a produit
deux pièces nouvelles, dont la recevabilité sera examinée ci-après, et a
sollicité le bénéfice de l’assistance judiciaire.
Par décision du 6 juin 2013, le Juge délégué de la Cour d’appel
civile a accordé à A.________ le bénéfice de l’assistance judiciaire avec
effet au 14 mai 2013 dans la procédure d’appel et a désigné Me Michel
Dupuis en qualité de conseil d’office.
R.________ n’a pas été invitée à déposer une réponse.
C.La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base du
jugement complété par les pièces du dossier :
1.A.________ a été employé par la boulangerie B.________ à
K.________ depuis 2003 et jusqu’au 28 février 2010, date à laquelle prenait
effet un congé signifié à son employeur par lettre recommandée du 16
décembre 2009. Il était affilié par son ancien employeur à l’assurance
collective d'indemnité journalière maladie de R.________.
-
4 -
2.Les conditions générales d'assurance collective d'indemnité
journalière maladie de R.________, édition 2007, mentionnent notamment
ce qui suit :
"AEtendue de l'assurance
A1Objet de l'assurance
1Nous accordons une couverture d'assurance contre les
conséquences économiques de maladies. Dans la mesure où un
complément allocation maternité est assuré, la couverture s'étend
également aux conséquences économiques d'un accouchement.
[...]
BNotions
B1Maladie
1Toute atteinte involontaire à la santé, constatée par un médecin et
qui n'est pas la conséquence d'un accident ou de ses suites.
[...]
B2Incapacité de gain
1Incapacité de gain temporaire (indemnité journalière)
Il y a incapacité de gain temporaire lorsque, à la suite d'une maladie, la
personne assurée est incapable, à raison d'au moins 25%, d'exercer son
activité professionnelle au sein de l'entreprise assurée.
Toute personne assurée dont les rapports de travail ont cessé est tenue,
120 jours après le début de l'incapacité de gain dûment attestée par un
médecin, d'accepter une autre activité en rapport avec sa formation et son
statut professionnel. Lorsque la personne assurée refuse de chercher une
activité qu'on peut raisonnablement attendre d'elle ou d'accepter une telle
activité, son degré d'incapacité de gain est réévalué et l'indemnité
journalière réduite en conséquence.
2Incapacité de gain permanente (rente d'invalidité)
Il y a incapacité de gain permanente lorsque, à la suite d'une maladie, la
personne assurée est incapable d'exercer une quelconque activité
professionnelle à raison d'au moins 25%, indépendamment de la profession
et de la formation, et en tenant compte de l'ensemble du marché du
travail.
[...]
CPrestations
Sont assurées les prestations indiquées dans le contrat. Celles-ci
sont considérées comme des prestations d'assurance dommages.
C1Indemnité journalière
1Nous payons l'indemnité journalière pendant la durée de prestation
-
5 -
mentionnée dans le contrat, au maximum toutefois jusqu'à l'âge de la
retraite AVS.
[...]
L'indemnité journalière sera servie pour chaque jour d'incapacité de gain
temporaire dûment constatée par un médecin (B2.1); son montant
dépendra du degré d'incapacité de gain.
Lorsque la personne assurée est réputée au chômage au sens de l'art. 10
de la Loi fédérale sur l'assurance chômage obligatoire (AC), nous allouons
les prestations suivantes:
-
en cas d'incapacité de gain de plus de 50%, l'indemnité journalière
entière;
-
en cas d'incapacité de gain de plus de 25% et jusqu'à 50%, la moitié de
l'indemnité journalière;
-
en cas d'incapacité de 25% ou moins, aucune indemnité
journalière.
Les jours d'incapacité de gain partielle sont considérés comme des jours
entiers dans le calcul de la durée de prestation.
[...]
2L'obligation de servir des prestations commence à l'expiration du
délai d'attente et à la condition que la personne assurée fasse encore
partie du cercle des personnes assurées à l'expiration dudit délai. Le délai
d'attente commence le jour où l'incapacité de gain a été attestée par un
médecin, mais au plus tôt 7 jours avant la date de l'examen médical. Les
jours d'incapacité de gain partielle sont considérés comme des jours entiers
dans le calcul du délai d'attente.
[...]
EDispositions générales
E1Commencement et fin de l'assurance
[...]
3Couverture subséquente
Si, au moment de l'extinction de l'assurance selon l'article E1.2a ou b, une
personne assurée est déjà au bénéfice d'indemnités journalières, celles-ci
lui seront versées également après cette date, au maximum toutefois
pendant la durée de prestation convenue et dans la mesure où l'incapacité
de gain temporaire atteint au minimum 25% sans interruption. Les
indemnités journalières déjà versées seront prises en compte dans la durée
de prestation. La couverture subséquente cesse avec l'extinction du droit à
l'indemnité journalière au sens de l'article C1.1. Pour les travailleurs qui
sont au bénéfice d'une rente d'invalidité, la couverture subséquente reste
valable pour cette prestation.
[...]"
-
6 -
3.Selon attestation du Dr E.________ du 26 novembre 2010,
A.________ a été déclaré en incapacité de travail totale pour maladie
depuis le 20 janvier 2010.
Cette incapacité est la suite d'une première affection, à savoir
une "gonalgie bilatérale sur arthrose", ayant justifié une incapacité de
travail du 27 novembre 2008 au 31 janvier 2009.
4.Le 13 avril 2010, A.________ a téléphoné à R.. Il ressort
de la notice téléphonique relative à cet entretien ce qui suit:
"M. A. confirme qu'il est toujours en incapacité de travail. Il a
envoyé les certificats d'IT pour mars et avril à son employeur, M.
G.. Comme nous n'avons rien reçu, il va nous envoyer une copie.
-> envoyer certificats CIT pour ok Dr. E..
[signature]
PS: M. A.________ a été envoyé chez un spécialiste: Dr. Z.________ à
K..
RV: 19.04.2010"
5.Le 15 avril 2010, le Dr E. a établi un certificat médical
concernant l'incapacité de travail, dans lequel il constate qu'il s'est occupé
du traitement ambulatoire du 20 janvier 2010 au 29 mars 2010, mais que
c'est le Dr Z.________ qui a repris ce traitement depuis le 9 mars 2010. Il
ressortait de ce certificat médical que l’on pouvait attendre une reprise de
l’activité professionnelle à une date qui restait "encore à déterminer" mais
que A.________ était apte à travailler dans une activité adaptée à ses
plaintes, soit "en grande partie assis avec possibilité de changements
assez fréquents de positions".
Selon certificat médical du 9 juin 2010, le Dr Z.________ n’a
constaté aucune incapacité de travail, l’aptitude au travail de A.________
ayant été jugée entière par ce spécialiste chirurgien orthopédique FMH. Il
est indiqué sous « Symptômes actuels/état actuel » : « Genoux stables et
sans épanchement. Mobilité complète. » et précisé sous « Enumération
des restrictions physiques, mentales ou psychiques existantes » : « limiter
-
7 -
la marche en terrain accidenté ainsi que la montée/descente des
escaliers ».
6.Par courrier du 1
er
juillet 2010, R.________ signifiait notamment
à A.________ ce qui suit:
"Nous avons reçu un rapport médical détaillé du Dr Z., en date du
17 juin 2010.
Selon les renseignements médicaux de cet orthopédiste, votre capacité de
travail a été jugée entière et aucune incapacité n'a été constatée ni
délivrée.
Par conséquent, nos prestations cessent avec effet à la date de réception
du document.
[salutations/signature]."
A. n’ayant donné aucune suite à ce courrier, R.________
lui a renvoyé une copie de celui-ci le 23 septembre 2010.
Par courrier du 8 novembre 2010, le conseil de A.________ a
mis en demeure R.________ de reprendre le versement des indemnités
dues à son client au motif que celui-ci serait en incapacité complète de
travailler, laquelle aurait été attestée médicalement par le Dr E..
Par courrier du 19 novembre 2010, R. a refusé de
revoir sa décision. Il s’en est suivi un entretien du 9 février 2011 en l’étude
du conseil de A., à la suite duquel R. a confirmé son refus
de toute prestation en faveur de l’intéressé au-delà du 31 mai 2010, se
fondant notamment sur le rapport du Dr Z..
7.Selon décompte de sinistre établi par R. le 1
er
juillet
2010, le salaire annuel assuré de A.________ s'élevait à 49'468 francs. Le
montant de l'indemnité journalière versée par R.________ à l’intéressé se
montait à 108 fr. 45 (80% du salaire assuré), soit 3'361 fr. 95 pour un mois
de 31 jours.
-
8 -
Pour la présente incapacité de travail, R.________ a versé des
indemnités journalières à A.________ dès le 20 janvier 2010 et jusqu'au 31
mai 2010, soit durant 132 jours au total.
8.A.________ a fait l’objet d’une surveillance entre le 4 mai 2010
et le 31 juillet 2010. Il ressort du rapport d’investigations établi par
P., expert en sinistres, notamment ce qui suit :
"Suite à un téléphone auprès de la police du commerce [...] [...], nous
avons appris qu'une autorisation pour l'exploitation d'une cabane à glaces
sur le quai [...], à [...], avait été délivrée au nom de la famille [...] il y a
plusieurs années déjà. Depuis deux ou trois ans, cette patente est au nom
d'A..
Des contrôles sur place ont été effectués sur une période allant du 04.05 au
03.07.2010. Les résultats suivants ont été recueillis:
04.05.2010En début d'après-midi, la cabane était fermée. En
soirée, la cabane était ouverte et un homme correspondant au signalement
de Monsieur A.________ s'y trouvait et travaillait.
05.05.2010Un homme correspondant au signalement de Monsieur
A.________ se trouvait sur place.
21.06.2010La cabane était fermée.
22.06.2010La cabane était fermée.
24.06.2010La cabane était fermée.
25.06.2010La cabane était ouverte et Monsieur A.________ s'y
trouvait et vendait des glaces.
28.06.2010La cabane était ouverte et Monsieur A.________ y
travaillait, vendant des glaces.
03.07.2010La cabane était ouverte et Monsieur A.________ s'y
trouvait, vendant des glaces.
Sur présentation d'une photographie prise à l'une de ces occasions,
Monsieur A.________ a été formellement reconnu comme étant la personne
qui travaille dans la cabane à glaces.
[...]
Propositions
A la vue de ce qui précède, je propose de mettre un terme à nos
prestations dès le 01.06.2010 dans le cadre de ce sinistre en justifiant
notre décision par le fait que la personne assurée à été vu à plusieurs
reprises, dès le 04.05.2010, en train de vendre des glaces dans le stand
-
9 -
pour lequel il a d'ailleurs une autorisation. Mais aussi du fait qu'elle est
déclaré apte au travail à 100%, depuis le début mai 2010."
9.Selon plusieurs attestations médicales délivrées par le Dr
E., l’incapacité de travail de A. s’est prolongée sans
interruption à 100% jusqu’au 31 janvier 2011, puis à 50% dès le 1
er
février
2011 selon attestation médicale du 2 février 2011.
10.Le 16 mars 2011, A.________ s’est présenté à une consultation
chez la Dresse H., médecin-conseil du Service de l’emploi. Celle-ci
lui a délivré un certificat médical attestant de son incapacité de travail à
50% dès le 16 mars 2011. En outre, il ressort du rapport établi le 21 mars
2011 par ce médecin que l’incapacité de travail de l’intéressé est
« probablement de longue durée » et que sa capacité de travail est de
« 50% dès maintenant ». Il est encore précisé que l’intéressé peut encore
exercer sa profession sous réserve des restrictions suivantes : « pas de
port de charges à répétition au-dessus de 7 kg, pas de longues marches,
pas de travail sur du terrain instable, pas de montée et descente des
escaliers, pas d’activités sollicitant fortement le bras gauche ». Sous la
rubrique « remarques », on peut lire ce qui suit : « M. A. présente
des problèmes de santé interférant avec sa capacité de travail. En raison
de ses problèmes médicaux, il ne peut que travailler à 50% dans une
activité adaptée dont les restrictions ont été énumérées ci-dessus. Je
conseille à l’ORP de mettre en place un stage dans une activité adaptée à
50% afin de pouvoir évaluer les possibilités et limitations sur le terrain et
l’attitude globale au travail. En cas de problème de santé durant cet ETS,
seule une attestation médicale effectuée par le médecin-conseil est à
prendre en considération. Le cas échéant, je demande à l’ORP de me
réadresser M. A.________ sans tarder pour une nouvelle évaluation de sa
capacité de travail. A noter qu’une demande AI est en cours. ».
11.Par demande du 29 août 2011 adressée au Tribunal de
l’arrondissement de l’Est vaudois, A.________ a conclu, sous suite de frais
et dépens, à ce que R.________ soit reconnue sa débitrice et lui doive
prompt paiement de la somme de 61'599 fr. 50, avec intérêts à 5% l’an
-
10 -
dès le 1
er
juillet 2010 sur la somme de 31'396 fr. 25 et dès le 1
er
mai 2011
sur la somme de 30'203 fr. 25.
Par réponse du 3 novembre 2011, R.________ a conclu, avec
suite de frais et dépens, à la libération des fins de la demande (I) et à ce
que A.________ soit condamné à lui verser de pleins dépens (II).
Le 11 novembre 2011, A.________ s’est déterminé sur la
réponse et a confirmé les conclusions prises au pied de sa demande du 29
août 2011.
12.Par ordonnance de preuves du 26 janvier 2012, la Présidente
du Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois a notamment
ordonné la mise en œuvre d’un expert, lequel avait mission de répondre
aux allégués n
os
14, 17, 18, 50 à 52.
Le 30 avril 2012, l’expert X.________ a déposé son rapport
d’expertise, duquel il ressort notamment ce qui suit :
"Quel fait médical a-t-il justifié ces déclarations d'incapacité de travail
faites par le Dr E.? J'avoue que je n'en ai trouvé aucun, ni dans le
dossier personnel du Dr E., ni dans les rapports du Dr Z..
[...]
Allégué n°14: (du 29 août 2011): à ce jour, les indemnités
journalières en faveur du demandeur sont toujours dues par la
Défenderesse, compte tenu d'une incapacité de 50% à tout le
moins depuis le 1
er
février 2011?
Réponse: il m'est impossible de répondre à cette question, car il s'agit
d'un problème administratif concernant R. et c'est à elle de décider
si les indemnités journalières sont toujours dues compte tenu de mes
constatations.
Allégué n°17: la durée de l'incapacité de travail du Demandeur
telle que retenue par son Médecin correspond à la réalité?
-
11 -
Réponse: à mon avis, non, car au moment de sa démission de son travail
à B., en décembre 2009, le patient travaillait normalement et qu'il a
été mis à l'incapacité de travail 100% à partir du 1
e
janvier 2010, sans
aucune justification médicale du Dr E., ni envers l'assurance perte
de gains, ni par une aucune mention dans ses notes personnelles.
En outre, car après son examen médical détaillé de mars 2010, à l'attention
du Dr E., confirmé par son certificat médical à R. du 9 juin
2010, le Dr Z.________ ne constate aucune incapacité de travail.
Allégué n°18: (du 29 août 2011): son incapacité de travail se
prolonge encore actuellement, partiellement ou entièrement par
période?
Réponse: je ne peux pas me déclarer d'accord avec cet allégué, étant
donné ma réponse détaillée à l'allégué n°17. Après mes investigations
multiples rapportées dans mon rapport, je considère que monsieur
A.________ comme capable de travailler actuellement à 100% dans une
activité adaptée, telle que celle décrite par le Dr Z.________ dans son
rapport du 9 juin 2010.
Allégué n°50: (du 11 novembre 2011): depuis l'atteinte à sa santé
en janvier 2010, voir bien auparavant, le Demandeur n'a jamais pu
reprendre une activité à 100%?
Réponse: non, car comme déjà développé plus haut, le patient travaillait
normalement selon son ancien patron monsieur G., au moment où
il a donné sa démission, celle-ci étant motivée par une incompatibilité
d'humeur entre lui et l'épouse de monsieur G., (voir sa lettre de
congé du 16 décembre 2009) et non par des problèmes de santé.
Allégué n°51: (du 11 novembre 2011): encore actuellement au
moment du dépôt de la présente écriture, le Demandeur est
toujours en incapacité de travail?
Réponse: je considère, comme déjà mentionné, que monsieur A.________ a
une capacité de travail de 100% dans une activité adaptée et que, du reste,
il compte recommencer à travailler le 1
er
mai 2012, dans son ancienne
Boulangerie à [...].
Monsieur A.________ m'a déclaré que, subjectivement, il considérait qu'il ne
pouvait pas travailler à davantage que 50%. C'est une évaluation de sa
-
12 -
part qui ne correspond pas à mes constatations.
Allégué n°52: (du 11 novembre 2011): l'incapacité de travail est
directement consécutive aux atteintes qu'il a subies alors qu'il
était employé par l'entreprise B.________ à K.?
Réponse: j'ai montré, dans mon rapport, que les plaintes du patient
concernant ses deux genoux sont largement antérieures à son activité à
B., puisque déjà en 1996 il s'était plaint au Dr [...], et qu'il avait été
suivi entre 1997 et 2000 par le Dr [...], et puisque jusqu'à maintenant, il n'y
a pas d'évolution évidente de son état pendant ces 12 dernières années
(état de santé de l'épaule gauche et de ses genoux.
On ne peut donc pas être d'accord avec cet allégué."
Par avis du 30 avril 2012, le rapport d’expertise précité a été
communiqué aux parties et un délai prolongé au 20 juin 2012 leur a été
imparti pour requérir des explications ou poser des questions
complémentaires.
Le 19 juin 2012, A.________ s’est déterminé sur les conclusions
du rapport d’expertise. Il n’a requis aucune explication ni question
complémentaire. Il a toutefois voulu préciser que s’il avait existé des
tensions entre lui-même et l’épouse de son ancien employeur, cet élément
n’avait eu aucune influence sur l’effectivité des problèmes de santé qu’il
avait rencontrés, contrairement à ce que semblait dire l’expert dans son
rapport, et que c’étaient donc bien les douleurs engendrées par les
difficultés liées à son activité professionnelle, qui avaient eu pour effet
d’obliger son médecin traitant à ordonner un arrêt de travail depuis le 20
janvier 2010 jusqu’à ce jour.
13.Le 1
er
novembre 2012, s’est déroulée l’audience de jugement,
au cours de laquelle les parties, assistées de leurs conseils respectifs, ont
été entendues.
Informé des conséquences pénales d’une fausse déclaration
en justice et exhorté à dire la vérité, A.________ a confirmé avoir été
-
13 -
employé de la boulangerie B.________ depuis 2003 et jusqu'au 28 février
-
G., né en 1957, boulanger-pâtissier, domicilié à [...],
ancien employeur de A. à la boulangerie B., lequel a
confirmé que celui-ci avait donné son congé pour le 28 février 2010. Il a
déclaré savoir que l’intéressé exploitait une cabane à glaces sur les quais
à [...] et qu’il avait l’intention de remettre cette cabane, mais ignorer qu’il
était sous surveillance. Il a également précisé savoir que, du temps où il
travaillait chez lui, A. exploitait cette cabane, en tous cas le week-
-
14 -
end et lors de ses jours de congé. En revanche, il a indiqué ignorer si
A.________ avait travaillé dans cette cabane à glaces après avoir quitté son
entreprise.
-
P., né en 1976, expert en sinistre, domicilié à [...], qui
a déclaré avoir soumis A., entre le 4 mai et le 3 juillet 2010, à
surveillance à la suite d’une dénonciation informant que celui-ci travaillait
dans une cabane à glaces sur les quais à [...] ; il a d’abord repéré les lieux,
puis a cherché à savoir s’il s’agissait de l’intéressé qui exploitait cette
cabane à glaces. Il a par ailleurs pris des photos qu'il a montrées à
R., qui a reconnu A.. Dès qu'il a eu confirmation de
l’identité de la personne exploitant la cabane à glaces, il a procédé à trois
passages d'une trentaine de minutes les 25 et 28 juin 2010 ainsi que le 3
juillet suivant. Il a pu constater que A.________ travaillait à chaque fois
dans cette cabane, seul. Il a pu observer que celui-ci travaillait debout et
ne souffrait apparemment d’aucune limitation fonctionnelle quelconque.
E n d r o i t :
1.a) Le jugement entrepris a été notifié aux parties le 15 avril
2013, de sorte que les voies de droit sont régies par le CPC (Code de
procédure civile suisse du 19 décembre 2008 ; RS 271), entré en vigueur
le 1
er
janvier 2011 (art. 405 al. 1 CPC). Le CPC s'applique aux litiges en
matière d'assurance complémentaire à l'assurance-maladie sociale, peu
importe qu'il soit soumis à la juridiction civile ou qu'il reste de la
compétence d'un tribunal des assurances (art. 7 CPC ; Rüetschi, in Sutter-
Somm/Hasenböhler/Leuenberger, Kommentar zur Schweizerischen
Zivilprozessordnung, Zurich-Bâle-Genève 2010, n. 15 ad art. 7 CPC).
Depuis le 1
er
janvier 2011, les litiges en la matière sont soumis à la
juridiction civile ordinaire ratione valoris (juge de paix, président de
tribunal d'arrondissement, tribunal d'arrondissement ou Chambre
patrimoniale cantonale) et peuvent faire l'objet d'un appel qui doit être
-
15 -
adressé, selon la valeur litigieuse, à la Chambre des recours civile ou à la
Cour d'appel civile (cf. note de Jean-Luc Colombini in JT 2011 III 145 s.).
b) L'appel est recevable contre les décisions finales de
première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC), dans les causes patrimoniales
dont la valeur litigieuse est supérieure à 10'000 fr. (art. 308 al. 2 CPC).
Celle-ci est déterminée par le dernier état des conclusions des parties en
première instance (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 13 ad art. 308
CPC, p. 1243). L'appel, écrit et motivé, est introduit auprès de l'instance
d'appel, dans les trente jours à compter de la décision motivée (art. 311
al. 1 CPC).
Formé en temps utile par une partie qui y a un intérêt digne de
protection (art. 59 al. 2 let. a CPC) contre une décision finale de première
instance rendue dans une cause patrimoniale dont la valeur litigieuse est
supérieure à 10'000 francs, le présent appel est recevable.
2.a) L’appel peut être formé pour violation du droit ou pour
constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L’autorité d’appel peut
revoir l’ensemble du droit applicable, y compris les questions
d’opportunité ou d’appréciation laissées par la loi à la décision du juge et
doit, le cas échéant, appliquer le droit d’office conformément au principe
général de l’art. 57 CPC (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, nn. 2 ss ad
art. 310 CPC). Elle peut revoir librement l’appréciation des faits sur la base
des preuves administrées en première instance (Jeandin, op. cit., n. 6 ad
art. 310 CPC).
b) Les faits et moyens de preuve nouveaux ne sont pris en
compte que s'ils sont invoqués ou produits sans retard et ne pouvaient
être invoqués ou produits devant la première instance, bien que la partie
qui s'en prévaut ait fait preuve de la diligence requise, ces deux conditions
étant cumulatives (art. 317 al. 1 CPC; Jeandin, op. cit., n. 6 ad art. 317
CPC). Il appartient à l’appelant de démontrer que ces conditions sont
réalisées, de sorte que l’appel doit indiquer spécialement de tels faits et
-
16 -
preuves nouveaux et motiver spécialement les raisons qui les rendent
admissibles selon lui (JT 2011 III 43 et les références citées).
En l’espèce, l’appelant a produit deux pièces nouvelles, soit le
certificat médical du 18 mars 2011 établi par la Dresse H.________ et le
rapport du même médecin daté du 21 mars 2011. L’autorité de première
instance avait ordonné la production du dossier de l’appelant auprès du
Service de l’emploi. Cette autorité avait néanmoins refusé de remettre ce
dossier, invoquant des motifs de protection des données de l’assuré, tout
en réservant le cas où ce dernier donnerait son consentement à la
production. Quand bien même l’assuré avait finalement consenti à cette
production, le dossier du Service de l’emploi concernant l’appelant ne
figurait pas au dossier de première instance lorsque le jugement a été
rendu. Compte tenu de ce qui précède, et dès lors que deux pièces
ressortant du dossier du Service de l’emploi ont été produites par
l’appelant, il convient de prendre celles-ci en compte, si bien que l’état de
fait du jugement a été complété en conséquence.
3.a) L’appelant fait grief aux premiers juges d’avoir écarté les
certificats médicaux établis par le Dr E., son médecin traitant, sans
fournir de réelles explications et d’avoir privilégié les avis médicaux
contraires exprimés par le Dr Z., médecin mandaté par l’intimée,
et l’expert X.. Il reproche également aux premiers juges de n’avoir
fait aucun cas et de n’avoir tiré aucune conséquence du rapport du 21
mars 2011 établi par la Dresse H., duquel il ressort que
l’incapacité de travail de l’appelant était de longue durée et lui imposait, à
son terme, de retrouver une activité adaptée à ses douleurs, excluant tout
port de charge à répétition au-dessus de 7kg, de longues marches, un
travail sur du terrain instable, des montées et descentes d’escaliers, et
aucune activité sollicitant fortement le bras gauche.
b/aa) D’après les Conditions générales (CG) pour l’assurance
collective d’indemnité journalière maladie (Edition 2007) de R.________, il y
a incapacité de gain temporaire lorsque, à la suite d’une maladie, la
-
17 -
personne assurée est incapable, à raison d’au moins 25%, d’exercer son
activité professionnelle au sein de l’entreprise assurée (art. B2.1 al. 1 CG).
L’indemnité journalière sera servie pour chaque jour d’incapacité de gain
temporaire dûment constatée par un médecin ; son montant dépendra du
degré d’incapacité de gain (art. C1.1 al. 3 CG).
bb) Les assurances complémentaires pratiquées par les
caisses-maladie en plus de l’assurance-maladie sociale relèvent du droit
privé. Elles sont régies par la législation civile fédérale, notamment par la
LCA (Loi fédérale du 2 avril 1908 sur le contrat d’assurance ; RS
221.229.1), et non par la législation de droit public sur l’assurance-maladie
sociale (Loi fédérale du 18 mars 1994 sur l’assurance-maladie [LAMal] ; RS
832.10 ; cf. art. 12 al. 3 LAMal). La procédure est régie par le CPC, lequel
soumet les litiges portant sur des assurances complémentaires à
l’assurance-maladie sociale à la procédure simplifiée (art. 243 al. 2 let. f
CPC qui a remplacé au 1
er
janvier 2011 l'art. 85 al. 2 LSA [loi fédérale du
17 décembre 2004 sur la surveillance des entreprises d’assurance,
RS 961.01]). S'agissant de l'appréciation des preuves et en particulier des
rapports médicaux, on peut se référer à la jurisprudence des cours
sociales du Tribunal fédéral.
Le juge des assurances sociales doit examiner de manière
objective tous les moyens de preuve, quelle qu'en soit la provenance, puis
décider si les documents à disposition permettent de porter un jugement
valable sur le droit litigieux. Le juge fonde sa décision, sauf dispositions
contraires de la loi, sur les faits qui, faute d'être établis de manière
irréfutable, apparaissent comme les plus vraisemblables, c'est-à-dire qui
présentent un degré de vraisemblance prépondérante (ATF 126 V 353 c.
5b ; ATF 125 V 193 c. 2 et les réf. cit. ; TF 8C_657/2009 du 15 novembre
2010 c. 4.1 ; TF 8C_24/2010 du 27 décembre 2010 c. 2 ; TF 8C_1034/2010
du 22 décembre 2010 c. 4.2 ; TF 8C_704/2007 du 9 avril 2008 c. 2). La
tâche du médecin consiste à évaluer l'état de santé de la personne
assurée et à indiquer dans quelle proportion et dans quelles activités elle
est incapable de travailler (ATF 125 V 256 c. 4 ; TF 8C_862/2008 du 19
août 2009 c. 4.2 ; TF 9C_519/2008 du 10 mars 2009 c. 2.1). En outre, les
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18 -
renseignements fournis par les médecins constituent une base importante
pour apprécier la question de savoir quelle activité peut encore être
raisonnablement exigée de la part de la personne assurée (ATF 125 V 256
c. 4 ; ATF 115 V 133 c. 2 ; ATF 114 V 310 c. 2c ; ATF 105 V 156 c. 1).
Pour conférer une pleine valeur probante à un rapport médical,
les points litigieux importants doivent avoir fait l'objet d'une étude
circonstanciée. Il faut encore que le rapport se fonde sur des examens
complets, qu'il prenne également en considération les plaintes de la
personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance du dossier
(anamnèse), que la description du contexte médical et l'appréciation de la
situation médicale soient claires et enfin que les conclusions de l'expert
soient bien motivées. Au demeurant, l'élément déterminant, pour la valeur
probante, n'est ni l'origine du moyen de preuve, ni sa désignation comme
rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 134 V 231
c. 5.1 ; ATF 125 V 351 c. 3a et la réf. cit. ; TF 9C_22/2011 du 16 mai 2011
c. 5 ; TF 9C_745/ 2010 du 30 mars 2011 c. 3.1). L'appréciation de la
situation médicale d'un assuré ne se résume pas à trancher, sur la base de
critères formels, la question de savoir quel est parmi les rapports
médicaux versés au dossier, celui qui remplit au mieux les critères
jurisprudentiels en matière de valeur probante. La valeur probante d'une
expertise dans une discipline médicale particulière dépend également du
point de savoir si l'expert dispose d'une formation spécialisée dans le
domaine concerné. L'administration et les tribunaux devant pouvoir se
reposer sur les connaissances spécialisées de l'expert, cela suppose des
connaissances correspondantes bien établies de la part de l'auteur du
rapport médical ou à tout le moins du médecin qui le vise (TF
9C_547/2010 du 26 janvier 2011 c. 2.2 ; TF 8C_420/2010 du 27 octobre
2010 c. 4.3 ; TF 8C_65/2010 du 6 septembre 2010 c. 3.1 ; TF 9C_53/2009
du 29 mai 2009 c. 4.2 et les arrêts cités).
Un rapport médical ne saurait être écarté pour la simple et
unique raison qu'il émane du médecin traitant. De même, le simple fait
qu'un certificat est établi à la demande d'une partie et produit pendant la
procédure ne justifie pas, en soi, des doutes quant à sa valeur probante.
-
19 -
Cependant, selon la Haute Cour, les constatations émanant de médecins
consultés par l'assuré doivent être admises avec réserve; il faut en effet
tenir compte du fait que, de par la position de confidents privilégiés que
leur confère leur mandat, les médecins traitants ont généralement
tendance à se prononcer en faveur de leurs patients ; il convient dès lors
en principe d'attacher plus de poids aux constatations d'un expert qu'à
celles du médecin traitant (ATF 125 V 351 cd. 3b/cc et les réf. cit. ; TF
8C_15/2009 du 11 janvier 2010 c. 3.2 ; TF 9C_91/2008 du 30 septembre
2008).
c) En l'espèce, il n’est pas contesté que les relations
contractuelles entre les parties sont régies par les conditions générales
d’assurance collective d’indemnité journalière maladie de l’intimée. En
revanche, les parties sont divisées sur la question de savoir si l’appelant a
été en incapacité de travail et si celle-ci a été dûment constatée par un
médecin. Les premiers juges se sont fondés sur le rapport du 30 avril 2012
de l’expert X.________ et sur le certificat médical du 9 juin 2010 du Dr
Z.________ pour considérer que l’appelant n’était au bénéfice d’aucune
incapacité de travail depuis le 1
er
juin 2010 ; ils ont écarté les attestations
médicales établies par le Dr E.________ pour le motif qu’elles ne reposaient
sur aucune justification médicale et que deux autres praticiens étaient
d’un avis contraire. Pour l’appelant, la pertinence des certificats médicaux
du Dr E.________ ne saurait être remise en cause au motif que ce praticien
le suit depuis de nombreuses années, qu’il a d’ailleurs effectué un grand
nombre de consultations en 2010 et qu’il l’a accompagné depuis le début
de son incapacité de travail.
Quand bien même un rapport médical ne saurait être écarté
pour la simple et unique raison qu’il émane du médecin traitant, il existe
en l’espèce des éléments au dossier qui permettent de retenir que les
attestations d’incapacité de travail du Dr E.________ ont été établies sans
justification médicale suffisante. En effet, il ressort du rapport d’expertise
que l’expert a sollicité la consultation du dossier médical du Dr E.________
dès lors qu’il avait constaté que, dans tous les documents qui lui avaient
été remis, il n’y avait aucune justification médicale de l’incapacité de
-
20 -
travail de l’appelant (rapport d’expertise, p. 8). Après examen du dossier
remis par le successeur du Dr E.________ (rapport d’expertise p. 8 à 13), ce
dernier ayant cessé son activité en automne 2011, l’expert a constaté que
l’appelant avait déjà, et depuis longtemps, souffert de ses deux genoux et
de son épaule gauche, et ceci avant son engagement à la boulangerie de
G.________ en 2003. L’expert a également constaté que depuis 2006,
l’appelant se plaignait encore et toujours de ses genoux et de son épaule
gauche, de même que de douleurs épigastriques et il a ajouté que : « Il
[réd : l’appelant] subit des arthroscopies pour ses deux genoux et son
épaule, mais je ne trouve, à part dans le rapport du Dr Z.________ aucune
justification médicale pour cet arrêt de travail total commencé le 20
janvier 2010, et qui a perduré à 100% jusqu’à fin janvier 2011. Le Dr
E.________ ne décrit jamais dans ses notes ses constatations permettant
d’objectiver les plaintes subjectives du patient. » (rapport d’expertise, p.
14). On relèvera que le rapport d’expertise s’avère fouillé et détaillé sur la
question de la justification médicale des attestations d’incapacité du Dr
E., puisque l’expert est allé jusqu’à solliciter le dossier médical de
A. auprès du Dr E.________ et qu’il a examiné en détail tous les
documents y figurant, y compris les notes manuscrites du médecin
traitant. Dans cette mesure, on ne saurait remettre en cause les
constatations de l’expert, qui n’a trouvé aucune justification médicale des
arrêts de travail consentis par le Dr E.. Les éléments qui suivent
permettent également d’émettre certains doutes au sujet des attestations
établies par le Dr E. : a) la Dresse H.________ avait fait part de ses
doutes à l’expert concernant l’appelant (rapport d’expertise, p. 15), b) à la
lecture du rapport du 9 mars 2010 du Dr Z., l’expert avait
considéré que « [c’était] la première fois dans tout le dossier que l’on
trouv[ait] une description clinique détaillée de l’état du patient » (rapport
d’expertise, p. 17), c) G., ancien employeur de l’appelant avec
lequel s’était entretenu l’expert, lui avait déclaré que l’appelant avait eu
une vive altercation avec son épouse, dispute que l’appelant n’avait pas
supporté, que quelques jours plus tard, l’appelant avait envoyé sa lettre
de congé et qu’à cette époque, l’appelant suivait normalement son rythme
de travail à 100%, de sorte qu’il avait été très étonné d’apprendre par la
suite que l’appelant avait été mis à l’arrêt complet de travail en janvier
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21 -
2010 et enfin que le Dr E.________ avait la réputation d’être généreux avec
les arrêt de travail (rapport d’expertise, p. 19), d) l’expert ne trouvait pas
d’évolution dans l’état de santé de l’appelant depuis l’an 2000 et aucun
fait médical ne justifiait les déclarations de travail faites par le Dr
E.________ (rapport d’expertise, p. 33).
Au vu des éléments qui précèdent, force est de constater que
l’appréciation des premiers juges est bien fondée et qu’ils ont, avec
raison, écarté les attestations médicales établies par le Dr E.________ au
profit des avis médicaux contraires du Dr Z.________ et de l’expert
X.. Cette appréciation est d’ailleurs conforme à la jurisprudence de
notre Haute Cour qui considère qu’il convient en principe d’attacher plus
de poids aux constatations d’un expert qu’à celles du médecin traitant,
lequel aurait plus tendance à se prononcer en faveur de son patient.
Il reste à examiner si l’appréciation des premiers juges doit
être revue compte tenu du rapport du 21 mars 2011 de la Dresse
H., lequel n’avait pas été discuté dans le cadre du premier
jugement. On précisera que ce médecin n’a rencontré l’appelant qu’à une
reprise, le 16 mars 2011, à son cabinet de consultation de Pully. S’il est
vrai qu’il ressort du rapport du 23 mars 2011 que la Dresse H.________ a
remarqué la présence de problèmes de santé interférant avec la capacité
de travail de l’appelant et qu’en conséquence, elle a admis que celui-ci ne
pouvait travailler qu’à 50% dans une activité adaptée, ce rapport, très
succinct, basé sur une consultation, ne saurait toutefois à lui seul
renverser les conclusions solidement étayées de l’expert, qui confirment
celles émises précédemment par le Dr Z.. On relèvera également
que lors de sa conversation téléphonique du 21 février 2012 avec l’expert,
la Dresse H. avait expliqué que, s’agissant de l’incapacité de
travail de l’appelant, elle avait suivi le Dr E.________ qui avait constaté une
incapacité de travail de 50%, mais qu’elle avait quelques doutes à ce
sujet. Ce dernier élément permet également de relativiser la portée du
rapport du 21 mars 2011. Dès lors, force est de constater que
l’appréciation des premiers juges doit être confirmée et ceci en dépit de
cette pièce nouvelle.
-
22 -
Au demeurant, on relèvera que l’appelant ne saurait de bonne
foi remettre en cause l’appréciation de l’expert devant l’autorité d’appel,
alors qu’il n’a pas contesté ses conclusions, ni sollicité un complément
d’expertise ou une nouvelle expertise dans le délai de l’art. 187 al. 4 CPC
qui lui avait été imparti en première instance. En effet, dans sa lettre du
19 juin 2012, le conseil de l’appelant s’est contenté de formuler quelques
observations à propos des circonstances ayant entouré sa démission et
l’arrêt de travail décidé par son médecin, sans poser de nouvelles
questions ou solliciter des explications complémentaires de l’expert.
Par surabondance, il sied également de relever que l’appelant
a été aperçu à trois reprises à fin juin et début juillet 2010 dans une
cabane à glace sur les quais de [...], alors qu’il se disait en incapacité
totale de travailler. Comme l’a constaté l’expert en sinistre, P.,
l’appelant pratiquait cette activité seul et en station debout et il
n’apparaissait souffrir d’aucune limitation fonctionnelle quelconque. Si l’on
ne peut valablement déduire de la présence de l’appelant quelques jours
dans ce commerce, le fait qu’il y travaillait régulièrement, force est
néanmoins de constater que cet élément ne fait que renforcer les
conclusions du Dr Z. et de l’expert X.________, selon lesquelles
l’intéressé ne souffrait d’aucune incapacité de travail et était donc apte au
travail à 100%.
4.a) Dans un second moyen, l’appelant reproche aux premiers
juges de n’avoir pas pris en compte les dispositions de la Loi fédérale du 2
avril 1908 sur le contrat d’assurance (LCA ; RS 221.229.1), en particulier
son art. 61, et d’avoir rendu une décision sur la base d’une seule analyse
médico-théorique, sans lien avec sa situation concrète. L’appelant soutient
que l’assureur aurait dû à tout le moins lui impartir un délai pour lui
permettre de se réorienter dans une activité compatible avec ses atteintes
de santé avant toute décision de suspension des indemnités journalières.
Néanmoins, il précise que compte tenu de ses douleurs et de ses
-
23 -
limitations fonctionnelles, il n’existe aucune activité adaptée qu’il pourrait
exercer à plein temps.
b) L'art. 61 LCA dispose que lors du sinistre, l'ayant droit est
obligé de faire tout ce qui est possible pour restreindre le dommage; s'il
n'y a pas péril en la demeure, il doit requérir les instructions de l'assureur
sur les mesures à prendre et s'y conformer (al. 1); si l'ayant droit
contrevient à cette obligation d'une manière inexcusable, l'assureur peut
réduire l'indemnité au montant auquel elle serait ramenée si l'obligation
avait été remplie (al. 2). De jurisprudence constante, cette disposition est
un principe général du droit des assurances, qui s'applique également à
l'assurance des personnes et aux assurances de sommes, notamment à
l'assurance d'indemnités journalières (ATF 133 III 527 c. 3.2.1 ; ATF 128 III
34 c. 3b ;TF 5C.18/2006 du 18 octobre 2006 c. 7.1 publié in SJ 2007 I 238).
c) En l’espèce, il est vrai que le jugement de première instance
reste muet sur la question de l’application de l’art. 61 al. 2 LCA. Toutefois,
c’est avec raison que les premiers juges n’ont pas abordé cette question
et ont ainsi implicitement écarté ce moyen. En effet, contrairement à ce
que soutient l’appelant, cette disposition n’est pas applicable à un cas où,
comme en l’espèce, il n’est pas question de ′′ recouvrer une capacité de
travail à 100% ′′ en exerçant ′′ une activité adaptée à son état ′′ (cf. TF
4A_304/2012 du 14 novembre 2012 c. 2.4), puisque la capacité de travail
de l’appelant a été jugée pleine et entière d’abord par le Dr Z.,
puis par l’expert X.. Certes, l’expert utilise l’expression d’′′ activité
adaptée ′′ dans son rapport d’expertise (p. 34), mais il se réfère
directement aux restrictions énoncées par le Dr Z.________ dans son
certificat médical du 9 juin 2010, à savoir : « limiter la marche en terrain
accidenté ainsi que la montée/descente des escaliers ». Du reste, l’expert
n’exclut pas que cette ′′activité adaptée ′′ puisse s’exercer au même
pourcentage, soit à 100%, l’appelant ayant lui-même évoqué cette
possibilité (rapport d’expertise, p. 35). Il s’ensuit que l’art. 61 al. 2 LCA
n’est d’aucun secours pour l’appelant, qui a échoué dans la preuve de
toute incapacité de travail.
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24 -
5.En définitive, l’appel doit être rejeté selon le mode procédural
de l’art. 312 al. 1 CPC et le jugement entrepris confirmé.
L'arrêt est rendu sans frais judiciaires (art. 114 let. e CPC).
Le conseil d'office de l’appelant, Me Michel Dupuis, a produit
sa liste des opérations, dont il ressort qu'il a consacré 4,9 heures à la
procédure d'appel, ce qui paraît justifié au vu de la nature et des
difficultés de la cause. L'indemnité d'office sera donc arrêtée à 1’056 fr. 80
TVA comprise ; ce montant comprend le remboursement effectif des
débours, par 104 fr. 25 TVA comprise.
Le bénéficiaire de l'assistance judiciaire est, dans la mesure de
l'art. 123 CPC, tenu au remboursement de l'indemnité au conseil d'office
mise à la charge de l'Etat.
L'intimée n'ayant pas été invitée à se déterminer, il n'y a pas
lieu à l'allocation de dépens.
Par ces motifs,
la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos,
en application de l'art. 312 al. 1 CPC,
p r o n o n c e :
I. L’appel est rejeté.
II. Le jugement est confirmé.
III. L’arrêt est rendu sans frais judiciaires.
IV. L’indemnité d’office de Me Michel Dupuis, conseil de
l’appelant, est arrêtée à 1'056 fr. 80 (mille cinquante-six francs
et huitante centimes), TVA et débours compris.
-
25 -
V. L’appelant A.________ est tenu, dans la mesure de l’art. 123
CPC, au remboursement de l’indemnité de son conseil d’office
mise à la charge de l’Etat.
VI. L’arrêt motivé est exécutoire.
Le président : Le greffier :
Du 7 août 2013
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit
aux intéressés.
Le greffier :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :
-Me Michel Dupuis (pour A.),
-Me Eric Stauffacher (pour R.).
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est
supérieure à 30'000 francs.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Dans les affaires
-
26 -
pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de
droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la
contestation ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF).
Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :
-Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois.
Le greffier :