Récusation admise d’un membre de la commission de conciliation en matière de baux

CA 52011/2011Tribunal cantonal / Chambre administrative24 févr. 2011Droit civilAdmis

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

Un locataire qui avait siégé comme assesseur représentant les locataires au sein de la même commission de conciliation en matière de baux avait auparavant pris part à des contacts professionnels avec les membres de cet organe. Le président de la commission de conciliation Riviera–Pays-d'Enhaut a donc demandé sa propre récusation dans une procédure de conciliation entre locataire et bailleur. La cour administrative cantonale a jugé la requête recevable et l’a admise, considérant que des circonstances objectives pouvaient créer une apparence de prévention. Elle a ordonné que l’affaire soit transmise en l’état à la commission de conciliation de Lavaux-Oron et a statué sans frais ni dépens.

Regeste Omnilex

Art. 47 al. 1 let. f CPC; art. 8a et 8b CDPJ; récusation pour apparence de prévention en procédure de conciliation : la récusation constitue une exception et exige des motifs objectifs sérieux, mais elle se justifie lorsque des circonstances extérieures, appréciées objectivement, sont susceptibles de faire naître des doutes légitimes quant à l’impartialité. Des contacts professionnels réguliers entre un membre d’un organe de conciliation et les membres de cet organe dans la même affaire peuvent justifier la récusation s’ils sont objectivement susceptibles de suggérer une amitié ou une inimitié. Une fois la récusation admise, le dossier doit être transmis en l’état à une autre autorité compétente (consid. 2).

Texte intégral

1201 TRIBUNAL CANTONAL 5/2011 C O U R A D M I N I S T R A T I V E


RECUSATION CIVILE Séance du 24 février 2011


Présidence de MmeE P A R D , présidente Juges:MM. Meylan et Michellod Greffier :M.Intignano


Art. 47 ss CPC, 8a et 8b CDPJ, 6 ROTC Vu la requête de conciliation présentée le 11 février 2011 par A.M.________ et B.M.________ contre la T.________ par-devant la commission de conciliation en matière de baux à loyer de la Riviera – Pays-d'Enhaut, vu la demande de récusation spontanée déposée le 16 février 2011 par le président de dite commission, vu les pièces du dossier;

  • 2 - attendu que la cour de céans est compétente pour statuer sur la demande de récusation du 16 février 2011 en vertu des art. 8a al. 3 CDPJ (Code de droit judiciaire privé vaudois du 12 janvier 2010; RSV 211.02) et 6 al. 1 let. a ROTC (Règlement organique du Tribunal cantonal du 13 novembre 2007; RSV 173.31.1) par renvoi de l'art. 8a al. 4 CDPJ, que la demande satisfait aux exigences de fond et de forme, qu'elle est ainsi recevable; attendu que le requérant A.M.________ occupe la fonction d'assesseur locataire au sein de la commission de conciliation en matière de baux à loyer de la Riviera – Pays-d'Enhaut, que le bail à loyer objet du litige est situé à Vevey, dans le district de la Riviera – Pays-d'Enhaut, qu'à teneur de l'art. 47 al. 1 let. f CPC (Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008; RS 272), les magistrats et fonctionnaires judiciaires se récusent lorsqu'ils pourraient être prévenus, notamment en raison d'un rapport d'amitié ou d'inimitié avec une partie ou son représentant, que la récusation d'un juge ou d'un tribunal ne doit pas être autorisée à la légère, mais uniquement pour des motifs sérieux, la récusation devant demeurer l'exception (ATF 116 Ia 14 c. 4, trad. et rés. au JT 1991 IV 157; ATF 115 IA 172 c. 3), que la garantie du juge impartial, qui découle des art. 30 al. 1 er

de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (RS 101) et 6 §1 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (RS 0.101), s'oppose à ce que des circonstances extérieures au procès puissent influencer le jugement d'une manière qui ne serait pas objective, en faveur ou au

  • 3 - préjudice d'une partie (TF 1B_35/2010 du 18 mars 2010 c. 2.1; ATF 131 I 24 c. 1.1), qu'en la matière, même les apparences peuvent revêtir de l'importance, pour autant qu'elles fassent redouter une attitude partiale du ou des magistrats (ATF 134 I 20 c. 4.2), qu'elles soient objectives et résultent de faits déterminés (ATF 131 I 24 c. 1.1; ATF 124 I 121 c. 3a, JT 1999 I 159 ; ATF 115 IA 172 c. 3), qu'en l'espèce, la fonction d'assesseur locataire de A.M.________ au sein de la commission de conciliation en matière de baux à loyer de la Riviera – Pays-d'Enhaut implique qu'il a eu des contacts réguliers et professionnels avec les membres formant cette commission pour sa propre cause, qu'il pourrait en résulter un rapport d'amitié ou une inimitié entre les membres de dite commission et A.M., qu'afin de garantir l'impartialité de la commission appelée à statuer sur la requête de A.M. et B.M.________, la demande de récusation présentée par le président de dite commission doit être accueillie, que dans un tel cas, la cause doit être transmise, dans l'état où elle se trouve, à une autre juridiction ayant les mêmes compétences (art. 8b al. 4 CDPJ), qu'il convient dès lors de désigner la commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Lavaux-Oron; attendu que la présente décision est rendue sans frais, ni dépens.

  • 4 - Par ces motifs, la Cour administrative du Tribunal cantonal, statuant à huis clos p r o n o n c e : I. La demande de récusation présentée le 16 février 2011 par la commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de la Riviera – Pays-d'Enhaut est admise. II. La cause est renvoyée dans l'état où elle se trouve à la commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Lavaux-Oron. III. L'arrêt est rendu sans frais, ni dépens. IV. L'arrêt est exécutoire. La présidente : Le greffier : Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à : -M. A.M.________ et Mme B.M.________ personnellement -M. le Président de la commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de la Riviera – Pays-d'Enhaut. Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours

  • 5 - constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF). Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à : -la T.________ -M. le Président de la commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Lavaux-Oron, avec le dossier. Le greffier :

Mots-clés

recusalimpartialityappearance of biasconciliation commissionrent disputetransfer of casecourt costs

The recusal request was admissible and had to be accepted because the tenant assessor's professional contacts with the commission could create an appearance of bias.

Under Art. 47 CPC, recusal is exceptional but required where objective circumstances may create a fear of partiality. The tenant assessor's role on the same commission meant regular professional contact with its members, which could give rise to an amicable or hostile relationship.

The file had to be transferred, in the state it was in, to the conciliation commission of Lavaux-Oron.

When recusal is accepted, Art. 8b para. 4 CDPJ requires transmission to another competent authority.

No costs and no party compensation were awarded.

The court decided the matter without fees or dépens.

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